06.10.2008
LE BEAU AUJOURD'HUI
Le beau exprime une émotion, un jugement, une appartenance culturelle
Il semble que le beau fasse l'objet d'une expérience complexe et mouvante comme le suggére au fil du temps l'histoire de l'art; le beau demande une adhésion mais aussi une éducation même si au départ, il y a une satisfaction à voir ou à entendre, un plaisir désintéressé qui suscite un jugement irréfléchi « c'est beau ! »; ce jugement nous invite ensuite à nous livrer à une explicitation par des considérations sur la chose aussi bien dans l'ordre de la beauté naturelle (beauté corporelle, naturelle) que dans l'ordre de la beauté artistique (tableaux, vitraux, fresques, architectures ou autre productions humaines).
« c'est beau! » c'est aussi faire partager notre émotion comme si le beau pouvait faire l'objet d'un jugement universel.
Nous observons alors que certaines productions-surtout contemporaines -exposées dans les musées ou sur les places publiques nous choquent. Est-ce une erreur d'appréciation de notre part ou le signe d'un manque de culture? D'où l'intérêt de tenter de discerner quelques critéres du beau même si nous savons bien que le beau ne se prouve pas mais qu'il s'éprouve, et prendre ainsi conscience de l'objectivité ( ce qui est partagé par tous ) ou de la subjectivité (émotion non partagée par tous ) de nos jugements esthétiques.
En Occident, parmi les nombreuses doctrines esthétiques quis'affrontent, j'en citerai 2 principales:
l'une est classique ( en vigueur durant l'Antiquité, la Renaissance et jusqu'au XVII°eme siécle): la beauté artistique repose sur une « vérité choisie », autrement dit une certaine imtitation de la nature qui elle-même est très souvent belle
EXEMPLE la statue de LAOCON du 3°eme siécle avant JC dans laquelle MICHEL ANGE voyait un miracle de l'art.
L'autre doctrine est moderne mais complexe (théorie kantienne développée dans la critique du jugement): le jugement esthétique semble attribuer une qualité à une oeuvre d'art mais en réalité il part d'une réalité subjective: les sources du beau sont en nous même, quand il y a une satisfaction désintéressée née du libre jeu de la sensibilité et de la faculté intellectuelle; malgré tout, il est possible théoriquement, selon KANT, de passer de la subjectivité qui fonde le « c'est beau !» à une objectivité, celle du « c'est beau pour tous ». En outre, il n'y a pas de règles préetablies pour produire le beau: ceci explique déjà que le beau est toujours une surprise, une grâce qui fonde notamment la séparation entre le prosaïque et le poétique...Cependant, KANT a encore une prétention trop classique à l'universalité, négligeant les facteurs culturels...
le beau exprime une émotion, une jugement mais aussi une appartenance culturelle. Les oeuvres d'art sont exposées dans les musées et si certaines productions contemporaines ne nous semblent pas belles, elles y sont néammoins présentées car elles marquent une étape historique ou un avénement, l'art « authentique » serait de « faire » pour la première fois et non pas de « refaire » (tout le monde pourrait refaire du MONDRIAN ou du PICASSO avec des rectangles et des cercles et d'autres figures géométriques mais cela ne serait plus original ni originel); certaines de ces créations sont exposées peut-être aussi tout simplement parce qu'on appelle art ce qui a été institutionnalisé comme tel (EXEMPLE la roue de bicyclette sur un tabouret de DUCHAMP); il y aurait une élite qui fait la loi et dicte plus ou moins arbitrairement la séparation de ce qui est laid, de ce qui est vulgaire par rapport à ce qui est beau ou distingué.
Finallement, il serait difficile de mettre au point une définition éternelle de la beauté ( mais pour moi qui suis trop classique -le classicisme, c'est ce qui est si vieux que cela ne peut plus vieillir- la beauté se définira toujours comme le « resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matiére » Thomas d'Aquin/Aristote ).
Et pourtant, je concluerai qu'en matiére de jugements esthétiques, le temps « feutre » les évènements et les autres combats d'avant garde (art brut, cubisme, constructivisme, dadaïsme, fauvisme, surréalisme, pop art): jugements que le temps et la postérité enrichissent parfois de commentaires élogieux et qui rendent souvent « classiques », « les modernes » du temps présent.
D. CREPIN
11:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : beau, esthétique, regard, beauté, séduction, vieillir, jeunesse
30.07.2008
LE SOURIRE
VICHY salle Napoléon animation Dominique CREPIN
19 juin 2008
définition:il est un sous-rire »: simple mouvement de la et/ou des yeux mais ce petit mouvement physique transforme toute la physionomie, le visage étant le lieu de toutes les connaissance que l'on peut lire sur un individu.
il fait partie de l'univers ambigu des signes; le sourire voile autant qu'il dévoile: c'est un champ de communication tantôt comme adjuvant à la parole, tantôt au contraire traduisant en langage mimique ce que le parler veut taire
| les caractères du sourire |
A Similitude avec le rire:
comme le rire , il opére une suspension provisoire du sérieux; il distrait la « pensée » et de la pensée; parfois aussi il comporte comme le rire un caractére subversif que nous préciserons à propos de l'ironie....
Différences:
1 le sourire semble plus mobile , plus fugace, plus fuyant que le rire; il n'y a pas de « fou sourire irrépressible »
2 étant plus maîtrisé que le rire, il est plus spirituel ( il traduit le trait d'esprit, l'humour, l'ironie ....)
3 il est plus séxué: il est presque un attribut féminin apparenté à a douceur, contrairemnt aux hommes dont le sourire est plus rare et plus figé, me semble-t-il (il y a moins de représentations picturales d'hommes souriants que de femmes)
B Différences avec la parole:
1 il est plus facile de tromper quelqu'un par la parole que par l'oeil, dans lequel le sourire se développe par l'éclat des yeux
2 il révèle parfois mieux que tout aveu prononcé et la question se posera de savoir s' il comporte une richesse d'expression aussi grande que le pouvoir de la parole......
C le sourire exprime de nombreux sentiments, principalement de 3 sortes:
1 il instaureapparemmentune relation pacifique: attention, tendresse, sympathie, politesse, galanterie, relations apaisantes de complicité
2 il traduit le sentiment comique: humour , ironie, ton de la plaisanterie
3 il peut être le signe de rapports hostile: sourire narquois , dédaigneux , sceptique: il y a des poignards dans le sourire.....
D il est d'une très grande richesse expressive:
LE SOURIRE D'EN HAUT: sourire intérieur de l'homme comblé; BOUDDHA:sourire de détachement, de la grandiose concentration de l'homme devenu sage; sourire d'apaisement et d'encouragement ( des infirmiéres...)
LE SOURIRE DE ROUTINE: un minimum social , une « forme d'inattention polie », sinon on serait jugé hautain; sourire empathique (du medecin)
LE SOURIRE D'EN BAS: le sourire aggressif du criminel; le sourire aguicheur de la prostituée qui dit toute la misére de la vie volée, violée, violentée; le sourire de la traîtrise ou de la feinte gentillesse
E insistons enfin sur le caractére équivoque du sourire:la signification du sourire joue en fonction des expressions verbales,de la gestuelle, de la direction du regard qui accroisse la difficulté de comprendre les intentions de celui qui sourit EXEMPLE analyse du sourire énigmatique de la JOCONDE....
EXEMPE analyse de la « grammaire de la promotion sociale » développée dans le roman de MARCEL PROUST.....
le sourire reléve d'une symbolique rituelle, corporelle et psychologique acquise par la présence de l'autre, renouvelée en permanence par les innombrables liens qui se nouent à chaque instant.....
| les fonctions du sourire |
A fonctions relationnelles: dans la vie publique le sourire est la premiére « porte » de communication; dans le travail, il peut entretenir un climat de cordialité
B le sourire est un révélateur social et culturel:
il est un signe de différenciation des civilisations: EXEMPLES civilisation africaine( mal accepté: connotation d'irrespect et de moquerie); civilisation nippone(codifié de façon très rigide); il agit comme un maquillage; peu importe que le sourire contredise les sentiments : son but est de faire violence à la violence de la vie quotidienne qu'il faut masquer; chez nous , en occident, le sourire prétend être davantage authentique en tant qu'expression directe de l'âme.
C il comporte une valeur éducative: comme le regard il contribue à la socialisation ( signe parfois de reproche, de discrimination, de critique) il peut faire souffrir mais il s'agit d'une souffrance éducative; il peut aussi être un signe d'approbation et d'encouragement.
CONCLUSION: le sourire ne doit pas être sousestimé pour la connaissance de la condition humaine: il contribue à définir l'humanité au même titre que les rires , les paroles et les larmes.
De cette célébration , on retiendra qu'il a principalement une valeur positive et comme dit le poéte « un sourire enrichit toujours celui qui le reçoit, sans jamais appauvrir celui qui le donne ».
21:20 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sourire, Crépin
16.01.2008
LA SAGESSE DES MODERNES selon A. COMTE-SPONVILLE et L. FERRY
La sagesse des modernes (Robert Laffont 1998) est un gros livre dicté au magnétophone par André COMTE-SPONVILLE et Luc FERRY. C'est un dialogue entre 2 philosophes parmi les plus connus du grand public, le premier est un matérialiste athée, le second un humaniste agnostique; dans cet ouvrage, ils se proposent de reformuler dans un langage contemporain les interrogations des Anciens et de confronter leurs visions respectives sur des questions essentielles, à savoir:
La vie a t-elle un sens ?
Comment vivre?
Comment trouver la sagesse sans se soumettre aux religions?
Comment être libre?
Nous rappellons que FERRY et SPONVILLE sont surtout connus, le premier comme ancien ministre de l' Education nationale (2002/2004) mais aussi comme l'auteur de L'homme-Dieu (Grasset 1996),..le second pour son Petit traité des grandes vertus (PUF 1995) et le bonheur désespéremment (Pleins Feux 2000). Tous leurs travaux philosophiques suivent une même tentative, celle de promouvoir la sécularisation du christianisme qui constitue selon eux le caractère principal de l'Occident moderne : cette évolution leur paraît aussi irréversible que la marche vers la démocratie en politique ; elle serait liée à un mouvement de rationalisation et de laïcisation enregistré depuis 3 siècles et elle se traduit pour eux par le refus de renvoyer l'homme à autre chose que lui-même, un homme moderne qui revendique progressivement son autonomie et sa liberté de conscience; ils évoquent donc, à leur manière, l'évolution de l'Occident vers un univers laïque qui récuse la représentation d'un Dieu et celui d'un univers transcendant, tout ce qui est « extérieur » à l'homme.Ce mouvement d'émancipation se traduit aussi par le rejet de l'argument d'autorité et du refus du dogmatisme des religions révélées. Cependant, ils estiment aussi que la philosophie doit prendre le relais de la religion et qu'elle doit lutter contre des visions encore trop réductrices de l'homme.
Tout en gardant leur vision propre, FERRY et SPONVILLE s'accordent à estimer que la question du sens est devenue aujourd'hui plus que jamais nécessaire dans nos sociétés occidentales ; aussi leurs interrogations sont-elles centrées principalement sur l'éthique comme le dénote le contenu des dialogues qui développent 3 thèmes principaux:
1- débats centrés sur les fondements et les enjeux de l'éthique, de l'humanitaire, de la bioéthique
2- débats centrés sur l'éthique face à la religion: que nous est-il permis d'espérer sans le secours de Dieu?
3- réflexions sur le rôle du philosophe dans la cité: l'esthétique moderne, la société médiatique, la politique et la résolution de ses conflits.
Finalement, l'un et l'autre se demandent comment on peut être encore humaniste ?( point de vue de la « transcendance dans l'immanence » défendu par FERRY) ou comment on peut être encore matérialiste?( SPONVILLE).
Des questions très diverses y sont évoquées: on y parle tour à tour de la neurologie, de l'écologie, de la sociobiologie. des évenements de Mai 1968, du féminisme, du Front National ou de la télévision. Rien n'est oublié , au risque de perdre un peu le lecteur, d'autant plus que d'autres personnalités interviennent aussi à l'improviste dans la conversation: on peut citer entre autres MAREK HALTER, BERNARD KOUCHNER, TZVETAN TODOROV, l'éditeur BERNARD FIXOT...
Mais dans ce dialogue, les deux voix de FERRY et SPONVILLE suivent leurs préférences personnelles pour l'une des deux voies, qui sont deux traditions qui s'opposent, aussi anciennes que celles de l'histoire de la philosophie et l'histoire de la sagesse.
Le débat se porte d'abord sur le terrain strictement philosophique à travers une série d'oppositions
- dans lesquelles FERRY et SPONVILLE reconnaissent une partie de leurs convictions respectives- et dont la ligne de front serait :
Le conflit
entre le matérialisme (EPICURE) et l'idéalisme(PLATON);
entre le monisme (SPINOZA) et le dualisme (DESCARTES);
entre le naturalisme de (DIDEROT) et l'humanisme (ROUSSEAU);
entre l'immanence (SPINOZA de nouveau, mais aussi MARX et FREUD) et la transcendance ( fût-elle en quelque sorte de « l'intérieur »: KANT et HUSSERL)
et dans le prolongement des oppositions précédentes: le structuralisme (LEVI-STRAUSS, ALTHUSSER) et l'existentialisme (SARTRE).
Autrement dit, pour résumer, le dialogue FERRY/SPONVILLE apparaît d'abord comme une vaste confrontation entre une philosophie de la nature ou de l'histoire d'une part, une philosophie de la personne ou du sujet d'autre part.
En effet, Luc FERRY est fortement influencé par le kantisme et plaide en faveur « d'un humanisme transcendantal » selon lequel « il y a du sacré » en l'homme et d'une certaine maniére du divin, c'est-à-dire des valeurs transcendantes et absolues. » . « L'humanisme transcendantal » désigne ici la position « hors nature » du propre de l'homme, dans la mesure où il échappe aux déterminismes qui régissent les phénomènes naturels. Pour FERRY, les sciences humaines ont trop tendance à réduire l'homme à des déterminismes bio-socio-historiques.
A l'inverse, SPONVILLE se reconnaît davantage dans la tradition de la philosophie sceptique et matérialiste ou encore dans le naturalisme classique d'un SPINOZA. Certes, il rejette le nihilisme pour lequel il n'y a ni permis ni défendu...mais il rejette aussi le lien entre la vérité et la valeur qu'il estime être un nouveau « dogmatisme ». Il accorde davantage de crédit que FERRY aux sciences humaines et au contexte pour cerner la condition humaine...
Sur le plan plus large de la sagesse et de la religion, les oppositions entre les 2 hommes sont encore flagrantes:
L'un et l'autre concédent bien l'existence d'une forme de sacré et affirment que c'est bien la primauté de l'amour et du respect de la vie qui donnent à la morale sa véritable signification, une morale libérée des illusions sécurisantes de l'espérance religieuse .
Cependant, SPONVILLE refuse l'existence d'un sacré qui ne se réduise pas finalement à du naturel « différencié » ou socialisé; il refuse toute transcendance y compris celle proposée par FERRY, fut- elle pensée de « de l'intérieur » : SPONVILLE critique FERRY qui préfère « croire » à l'homme et qui maintient encore en l'homme une zone de « mystère et de liberté ». Au contraire, SPONVILLE cherche à approfondir les frontières entre le déterminisme et l'indéterminisme dans un cadre strictement naturaliste, qui nie l'existence de la liberté en tant que telle: SPONVILLE évoque le clinamen d'EPICURE , et de nos jours, l'effet « réversif » de la nature contre elle-même (culture) développé par DAMASIO, J.P..CHANGEUX....
Mais paradoxalement, SPONVILLE se définit aussi comme un « athée fidèle »:
Athée parce que les religions révélées sont « un asile d'ignorance » et qu'il ne croit pas en Dieu;
Fidéle parce qu'il reconnaît certaines valeurs valeurs judéo chrétiennes, intéressantes seulement pour leur morale (Evangiles): on n'a pas besoin de croire en Dieu pour comprendre que l'amour et la compassion valent mieux que la haine. Sur ce point, SPONVILLE se sent plus proche que FERRY des spiritualités orientales immanentes (bouddhistes, taoïstes) et des autres sagesses immanentes grecques(épicurisme, stoïcisme). FERRY se sent plutôt étranger à ces spiritualités orientales, malgré leurs préceptes de compassion, en raison de son apologie pour une spiritualité de la personne, de l'espérance, très éloignée donc de la dissolution de l'ego ou du sujet dans l'immanence, et sans véritable espérance selon lui...
Dans ce livre on ne peut passer sous silence le champ politique et humanitaire qui est largement évoqué:
En politique comme en philosophie il convient de « penser par soi- même » KANT ( même si en pratique l'on commence toujours par penser par et avec les autres), il faut promouvoir et poursuivre le mouvement d'émancipation des individus entrepris depuis 1789 avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen: SPONVILLE et FERRY s'accordent donc pour refuser « la langue de bois » qui engendre le conformisme; ils veulent développer autant que possible la vérité et la liberté dans l'espace public, en incitant le citoyen à faire preuve d'une plus grande responsabilité. FERRY est convaincu que le fameux repli sur la sphére privée dont on a tant parlé depuis quelque temps, est loin de consacrer le triomphe des égoïsmes et que la sacralisation progressive des liens affectifs privés qui marque l'histoire de la famille s'accompagne aussi d'un souci inédit de justice universelle et d'un potentiel de « sympathie » qui pourraient être utilisés pour fonder de grands projets politiques. Il en voit la possiblité concréte dans le développement de l'humanitaire qui constitue un grand progrès; l'humanitaire se situe dans la droite ligne de la philosophie contemporaine qui place l'expérience d'autrui au coeur de la conscience morale et qui pourrait être résumé par le fameux précepte chrétien: « ne fais pas à l'autre ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ».
Pour FERRY le désenchantement du monde actuel ne serait donc causé que par les excès de la technique (dénoncés déjà par HEIDEGGER) dans un monde privé des réponses ultimes fournis autrefois par les religions; il estime qu'on ne peut pas fonder uniquement la politique sur des motivations de type technique mais sur les « passions positives ». précitées.... SPONVILLE s'avére bien plus pessimiste et pense au contraire que la principale difficulté n'est pas celle de déterminer la finalité de la politique ( bien commun, solidarité) sur laquelle tout le monde semble presque d'accord , mais la difficulté réside dans les moyens techniques pour rêgler les conflits très concrets qui opposent les intérêts et les égoïsmes des groupes sociaux. Il n'en demeure pas moins vrai que tous deux demeurent soucieux de la juste mesure en matière d'exigence éthique et politique, ils restent encore attachés, dans une certaine limite, à une forme d'universel aussi bien théorique ( la raison) que pratique( les droits de l'homme).
Conclusion personnelle et très anti-moderne qui vont vous choquer :
La lecture de ce livre nous est apparue très intéressante mais difficile . Pour nous, Luc FERRY et André COMTE SPONVILLE sont bel et bien représentatifs de la morale moderne, mais nous éprouvons de la réticence pour ce type de sagesse moderne d'où Dieu est absent: qui aura encore l'audace comme nous de prétendre que l'expérience morale est véritablement d'essence religieuse et en même temps que la référence à Dieu semble métaphysiquement établie et fondatrice de l'ordre moral ?( sur ce point, permettez nous de citer SAINT THOMAS D'AQUIN somme théologique Ia, Q60, a5
« toute chose qui par nature reléve d'une autre, se trouve d'abord inclinée vers cette autre plus que vers elle-même... en effet, ... la main s'expose aux coups, pour préserver le corps...Ceci posé, il faut remarquer que le bien universel est Dieu lui-même ... il suit de là que l'ange et l'homme aimeront naturellement Dien en priorité et plus qu'eux mêmes »).
19:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sagesse, clbarimaj, arimaj, A. COMTE-SPONVILLE, L. FERRY
23.07.2007
Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique
Vendredi 13 mai 2005 café philo CLERMONT Dominique CREPIN
Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique
PLAN PROPOSELa recherche d’une définition qui pose beaucoup de problèmes
Genèse
Une première distinction : l’anthropologie philosophique/ l’anthropologie scientifique
XVIII et XIX avènement de l’anthropologie scientifique moderne grâce à l’ethnologie
Les courants principaux
Evolutionnisme
Structuralisme
Culturalisme
Valeur : quelques interrogations importantes
principal débat: y a t il des universaux constitutifs d’un fonds humain commun ou y-a t -il un émiettement du sujet ? (réponses des sciences humaines et de la philosophie)
Il y a un émiettement du sujet traditionnel :
dans la remise en cause de la séparation nature/ culture
LEVI-STRAUSS
dans le relativisme
Il y a un fonds commun :
anthropologie structurale
le retour à la philosophie avec des valeurs universelles : liberté, jugements éthiques
INTRODUCTION de quel homme parle-t-on ?
De quel homme parle-t-on ? multiples aspects possibles : un archipel de points de vue : philosophie, médecine, psychologie, sociologie, ethnographie, ethnologie, histoire, économie, linguistique sémantique, lexicologie
Nécessité de distinguer un point de vue général et englobant concernant l’étude de l’homme : ce point de vue est-il impérativement de nature philosophique ( comme le pensait KANT), n’est-il pas plutôt scientifique et dans quel sens ?
HISTORIQUE du statut de l’anthropologie
Distinction entre anthropologie philosophique et anthropologie scientifique
2 points de vue : philosophique et scientifique qui vont s’affronter à partir de KANT:
avant KANT « la science philosophique de l’homme » n’étant pas encore autonome s’insère dans un champ d’étude plus vaste que lui : il n’est l’objet que d’une partie de la philosophie de la nature et de l’éthique ( psychologie rationnelle, morale spéciale, générale ),
soit uniquement comme une simple partie de la nature sans statut particulier: (EXEMPLE matérialisme des « physiciens »)
soit comme esprit c’est-à-dire comme un maillon compréhensible qu’au regard de son origine divine ou de sa vocation transcendante : un esprit créé à l’image de DIEU
Avant KANT, dans le tiercé dieu/monde/homme …l’homme occupe toujours une place intermédiaire… (EXEMPLE scolastique ; la somme théologique de ST THOMAS) image de la maison….. l’homme en est le toit…point de passage ou d’achèvement entre DIEU et le monde ….. ( et même après KANT : EXEMPLE TEILHARD : l’homme est une flèche montante, il participe au mouvement général de convergence de l’univers vers DIEU : tout ce qui monte converge )
à partir du XVIII : 2 démarches différentes avec la naissance de l’ethnographie
Le mot anthropologie apparaît fin XVIII avec les grands voyages de découvertes, avec la rencontre avec les peuples sauvages, (((( témoins des origines de l’homme et de la diversité des mœurs)))) :
Expéditions de COOK et plus tard de BOUGAINVILLE dans les îles du pacifique
Un premier guide d’ethnographie « diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages » rédigé par JOSEP MARIE DE GUERANDO à l’intention du capitaine BAUDIN pour sa mission d’exploration des terres australes.
Expéditions britanniques à l’intérieur de l’Afrique : MUNGO PARK en GAMBIE et sur les bords du NIGER.
Constitution de Sociétés d’ethnographie nationales :
FRANCE 1839
ÉTATS UNIS 1842
GRANDE BRETAGNE 1843
ALLEMAGNE 1851
CHAVANNES professeur de théologie à LAUSANNE en 1788 publie
une anthropologie ou « science générale de l’homme » comprenant
-une « anthropologie physique » : « l’homme considérée comme un espèce répandue sur le globe » ( (une partie de la zoologie))
-une Noologie ( l’homme doué de volonté)
- Lexicologie ( analyse du langage/grammatologie ; mythologie)
Deux PRÉOCCUPATIONS MAJEURS : qu’est ce qui différencie l’homme de l’animal ?Y a-t-il une seule espèce de l’homme ? (débat monogénisme ((Buffon )) plurigénisme)
A partir de KANT l’anthropologie philosophique devient une « science» totalement autonome avec un objet et une méthode spécifique
autonome, Indépendante de DIEU et de la nature :
1 l’homme est sa propre fin (KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :
« L’objet le plus important du monde est l’homme…L’homme est à lui même sa fin dernière ….
2 elle est « pragmatique » : par sa conduite et son action l’homme détenteur de compétences spécifiques (raison, langage qui le distinguent des animaux) doit se perfectionner et progressermoralement et socialement ;(KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :
« L’homme est destiné par sa raison à former une société avec les autres et dans cette société à se cultiver, à se civiliser et à se moraliser par les arts et les sciences ».)
Pour KANT L’homme a une spécificité de nature dont la connaissance a priori est étrangère à l’expérience du savant:
par sa raison ( liberté et langage) l’homme est doté d’une dignité et d’un perfectibilité : il est susceptible de progrès…
Par sa nature, l’homme n’est pas réduite à sa condition empirique ( soumis au déterminisme) : il est un être respectable au dessus des lois de la nature ( qui se distingue de l’animal par sa dignité infinie, par sa capacité de perfectibilité, par sa liberté)
Position proche de BERGSON : « l’animal ne peut que tirer la chaîne ; l’homme peut briser la chaîne (des déterminismes) »
3 PRIMAUTE de la philosophie sur la science et différence de méthode :
PRIMAUTE de la philosophie sur la science
La progression de l’homme est l’objet d’une l’éducation qui est du ressort de laseule philosophie dans la mesure où .l’homme étant libre, il doit « se cultiver lui-même » : il lui appartient de se choisir, de décider ce qu’il doit être…. la liberté n’est pas un objet de connaissance scientifique…..l’éducation n’est donc pas directement du ressort de l’expérience scientifique ou de « l’anthropologie physique »…PRIMAUTE de la philosophie sur la science car l’éducation de l’homme est l’objet de la philosophie critique qui seule donne la réponse aux 3 questions :que puis-je savoir, que puis-je connaître, que dois je faire ?
Cf préface de Michel FOUCAULT page 12 : la connaissance générale doit toujours précéder la connaissance locale
différence de méthode : l’anthropologie philosophique est a priori ; elle se distingue donc de l’anthropologie scientifique (« physiologique ») qui ,elle, est expérimentale :Philosophie : étude des Condition de possibilité du savoir de l’homme et d’une vie harmonieuse
Il y a une nature humaine spécifique qui est objet d’étude la philosophie : cependant cette nature demeure trop spéculative et générale / le point de vue général philosophique devant logiquement et méthodologiquement précéder le point de vue scientifique local
MaisKANT est lecteur de ROUSSEAU ; et comme lui il admet l’existence d’une anthropologie scientifique (( locale))…….. induite par l’expérience et les récits de voyages, la vogue naissante de l’ethnologie….. qui est un regard original sur la diversité :
L’originalité de cette méthodea été remarquée par LEVI-STRAUSS qui voit dans ROUSSEAU le père fondateur de l’ethnologie (« il faut apprendre à porter sa vue au loin ») et de l’anthropologie scientifique moderne (rupture épistémologie opérée par le refus de l’ethnocentrisme et de l’évolutionnisme)
Domaine de référence de l’anthropologie moderne : regard sur la diversité et les différences d’une culture à une autre.
La vogue de l’ethnologie : c’est être attentif à l’exotisme et aux différences culturelles selon le principe énoncé par ROUSSEAU :
« Quand on veut étudier leshommes, il faut regarder prés de soi, mais pour étudier l’homme il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d’abord observer les différences pour découvrir les propriétés ». Essai sur l’origine des langues chapitre 8
il faut regarder prés de soidans le cadre d’une culture déjà homogène, d’une société déjà bien définie et analyser le comportement des hommes de façon différentielle, dans leur singularité (ce qui est le propre d’une certaine psychologie appliquée: « étudier les hommes »).
Etudier l’homme : dégager ce qui est le plus universel, donc éliminer ce qui est variable individuellement.
Apprendre à porter sa vue au loin : c’est vouloir s’affranchir de la tentation inconsciente d’ériger en absolu les conditions particulières de la société dans laquelle on baigne, qui sont pour nous des normes trop familières : refus de l’ ethnocentrisme.
il faut observer les différences sans chercher à les intégrer dans une hiérarchie dont le principe serait arbitraire. La critique de l’ethnocentrisme opère une rupture épistémologique fondatrice de l’anthropologie contemporaine.
CONSEQUENCES de cette démarche :
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chez ROUSSEAU
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cette distanciation critique est thématisée comme la condition pour trouver encore une nature humaine sous jacente . Mais cette anthropologie tourne le dos à l’humanisme philosophique traditionnel d’un KANT qui répond de façon trop abstraite et trop spéculative à la question : qu’est ce que l’homme ?( le point de vue général devant précéder le point de vue local)
EXEMPLE ROUSSEAU Etablir une typologie des langues, en deçà des différences (climatiques)
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Le refus de l’ethnocentrisme doit écarter la confusion entre l’historique et l’originel. : refus des illusions du progrès de l’histoire et de l’apologie du présent qu’elle implique.
EXEMPLE « le mythe du bon sauvage » ( la civilisation n’est pas un réel progrès) dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 1755 « …. »
EXEMPLE Refus de l’ethnocentrisme dans le domaine éducatif….pour ROUSSEAU: refus de «l’adulto-centrisme » dans l’EMILE.
Or, cette confusion entre l’historique et l’originel est présente dans les premières anthropologiesappartenant au courant physique et évolutif et qui travaillent sur l’ethnologie: ( les sauvages sont des êtres frustes qu’il faut civiliser). Ce n’est qu’au XX siècle que ces notions de progrès et de hiérarchie sont abandonnées
EXEMPLES l’anthropologie physique du XIX éme siècle et l’évolutionnisme culturel
L’anthropologie physique
Les travaux ethnologiques en sont entachés …… qui souhaitent montre la supériorité de la race blanche au sein de l’espèce humaine
Paul BROCA fondateur de la SOCIETE d’ANTHROPOLOGIE de PARIS en 1859 était convaincu que « jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe, n’a pu s’élever spontanément vers la civilisation »
L’évolutionnisme culturel
L’évolutionnisme culturel s’est développé à la fin du XIX et début du XX siècle : tous les peuples sont censé passer par 3 phases de développement, de la sauvagerie à la civilisation en passant par la barbarie.
EXEMPLE James G. FRAZER le Rameau d’or 1890 ( magie, religion, science)
EXEMPLE Lucien LEVY-BRUHL ( 1857-1939) La mentalité primitive1922 . Dans la mentalité primitive le raisonnement est radicalement différent de celui des Occidentaux …. Ne connaît pas le principe de non-contradiction…( une personne est soi-même et quelqu’un d’autre : loi de participation … avec un enfant par exemple au point que s’il est malade c’est le père qui prend le médicament)
l’anthropologie culturelle
Les premiers pasde L’anthropologie contemporaine est marquée par :
L’Anthropologie culturelle initiée par FRANZ BOAS 1858 – 1942 : ( travaux sur le potlach)
qui remet en question avec MALINOWSKI l’idée ethnocentrique de catégories universelles.( exemple de cadeau pour rien donc pas d’échanges économiques comme en 0ccident : cette interprétation sera critiquée par LEVI-STRAUSS)
UN PRINCIPE de BASE (selon la directive indiquée par ROUSSEAU):
Nécessité d’établir des descriptions ethnographiques sans théories préconçuesni hiérarchie de valeur : selon BOAS, les diverses œuvres culturelles ont toutes un intérêt égal : développement technique des occidentaux , spiritualité des Orientaux, complexité sociales des aborigènes ....
Le rejet de l’ éthnocentrisme et de ses préjugés (prise de conscience de la relativité des valeurs occidentales) conduit à une méthode d’observation directe par immersion de l’observateur dans la société observée supposant une rupture avec sa société d’origine :
EXEMPLES
WILLIAMS HALSE RIVERS
BRONISLAW MALINOWSKI
Travaux de GEORGES DUMEZIL sur le monde indo-européen
UNE CONSTATATION GENERALE:
Influence prépondérante de la culture sur la personnalité : la culture d’appartenance façonne une « personnalité de base » ((( influence prédominante du groupe sur l’individu ….. point de départ aussi de l’essor de la sociologie de DURKHEIM à BOURDIEU Les Héritiers1964 : ils mettre l’accent sur la société plutôt que sur l’individu, prisonnier de sa classe sociale d’origine EXEMPLE BOURDIEUpar habitusdésigne un style de vie de vie et de pensée acquis dans l’enfance au sein de la famille et du milieu social d’appartenance qui va déterminer son parcours personnel et professionnel)
FRANZ BOAS est à l’origine de l’anthropologie CULTURALISTE américaine :
RUTH BENEDICT 1887 1948 le sabre et le chrysanthème1946
MARGARET MEAD (1901 1978 ): elle mènent des études comparatives sur les personnalités forgées par différentes sociétés exotiques.
RALPH LINTON (1893-1953) le fondement culturel de la personnalité1968
ABRAM KARDINER1891-11981 l’individu dans la société1969
Il définissent des « personnalités de base » et de « personnalités de groupes »
EDWARD SAPIR 1884 1939
Ils insistent sur l’autonomie de la culture comme pattern, déterminant la formation de la personnalité ; ils procèdent par comparaison de types contrastés et n’entendent donner aucune explication causale à l’existence des différences culturelles.
Un culturalisme qui insiste sur le relativisme des principes et des distinctions qui constitueraient un fond commun universel
Le relativisme de l’école culturaliste se fonde surl’observation de la diversité des coutumes et des sociétés et les progrès de l’ethnologie, pour argumenter contre l’existence d’une nature humaine universelle de nature rationnelle.
EXMPLE chaque culture a son domaine « du ressentir »pas d’unité dans le contenu du mot émotion, pas de distinction évidente entre raison et émotion : la distinction entre raison et émotion constitue une tache embarrassante. En AMAZONIE lesYANOMAMI emploie le même mot bihipour dire penser, perdre conscience, être en colère. Cette entreprise engagerait un travail de critique sur la rationalité, causalité….
Cette anthropologie culturaliste constitue les premiers pas d’une révolution contre la notion de nature humaine universelle
Difficulté donc pour concilier l’hyper-relativisme du culturalisme avec les tenants d’un certain universalisme de la culture humaine .
D’où les nombreuses controverses sur la notion de sujet et de nature humaine individuelle
anthropologie universaliste
De même sous un autre aspect il y a des invariants observés par l’anthropologie universaliste :
D.E. BROWN Human Universals1991
EXEMPLES
D. M. BUSSLes stratégies de l’amour1994 : Les hommes préfèrent les femmes jeunes et jolies, tandis que les femmes préfèrent les hommes plus âgés qu’elles et dotés d’un statut social élevé
La domination universelle des hommes sur les femmes sur la scène publique…………
L’universalité des expressions émotionnelles s’exprimant en particulier par des expressions faciales identiques chez tous les peuples (((anecdote : le test et la controverse de WALLADOLID : ….. les indiens qui rient en voyant tomber un prélat …))))
L’universalité de la classification des couleurs.
Anthropologie structurale( recueil d’articles 1958)de LEVI- STRAUSS
LEVI-STRAUSS ne nie pas l’universalité de certaines règles fondatrices de la culture : EXEMPLE les structures élémentaires de la parenté 1947Il montre comment les systèmes de parenté sont des dispositifs d’échange fondés sur la distribution variable d’une distinction entre consanguins et alliés mais avec une même fonction reposant sur des invariants culturels, ici le caractère universel de la prohibition de l’inceste…..
EXEMPLE il transpose à l’étude de la parenté (les structures élémentaires de la parenté 1947) ou des mythes ( les Mythologiques) le cru et le cuit 1964 ) les principes et les méthodes du structuralisme linguistique ( Roman JAKOBSON) : au-delà de leur fonction , les phénomènes socio-culturels sont des systèmes de symboles signifiants dont les structures impliquent une structure mentale universelle.
Dans ses 4 volumes des Mythologiques 1964-1972 : il explique les variations de récits amérindiens par un petit nombre d’éléments pris à des codes alimentaires, astronomiques et sociologiques. Une culture est une représentation sociale qui met en œuvres des structures sociales inconscientes.
Quelques critiques….. Une perspective essentiellement synchronique et symbolique qui gomme l’histoire et l’influence prépondérantes des bases matérielles.
Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire
ORIGINALITE des écoles françaises mettant en œuvre des dynamiques historiques et économiques : GEORGES BALANDIER créateur du Centre d’études africaine et du marxiste MAURICE GODELIER
LEVI-STRAUSS comme les fonctionnalistes ; considère les faits dans leur dimension synchronique, mais s’intéresse à leur rapport logiques et non utilitaires.
Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire:
Dans l’anthropologie fonctionnaliste ( école britannique):
Cette école s’attache moins à la description des traits particuliers d’une culture qu’à la fonction qu’ils remplissent dans la société conçue comme un organisme vivant qui fonctionne de façon à se reproduire et à assurer son avenir.
Bronilaw MALINOWSKI (1884-1942) les Argonautes du Pacifique occidental1922 : modèles de monographies
La fonctionnalité&
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18.07.2007
L'interrogation métaphysique est elle d'actualité ?
20:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mp3, enregistrement, métaphysique
14.06.2007
La Caresse
PLAN
1 fonction des caresses
2 quelques remarques sur les caresses d'amour
3 quelle valeur faut-il accorder aux caresses du corps et aux caresses de l'âme?
INTRODUCTION
Au concours de l'agrégation je suppose que beaucoup de candidats auraient remis une feuille blanche comme moi ...par ignorance, par pudeur ou pour lui laisser tout son mystère ....essayons quand même de nous promener dans le jardin des caresses, donc pas de brutalité ce soir d'autant plus qu' une caresse au sens propre et figuré c'est effleurer avec délicatesse, : un attouchement tendre, affectueux, parfois sensuel et érotique , un effleurement qui peut troubler.....
au sens propre: un attouchement
au sens figuré:
1 un contact ou un mouvement doux et agréable
EXEMPLE les caresses du vent, des flots, « le vent fracasse un chêne ou effleure une fleur »
2 témoigner son affection; cajoler, donner des signes d'affection; à la limite flatterie, « caresser quelqu'un du regard. »....et pour les véritables caresses de l'âme Jean GUITTON dans une mére dans sa vallée observe que
«les caresses des yeux sont les plus agréables
elle apportent l'âme aux limites de l'être
et livrent des secrets autrement ineffables
dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître»
3 convoiter: EXEMPLE caresser du regard les friandises d'un étalage .
Une question parmi d'autres : en amour, la caresse n'est-elle qu'une embuscade tendue à l'autre , une manipulation , un instrument de captation qui transforme le sujet en objet (SARTRE analyse la séduction dans ce contexte) ? Est-elle au contraire une donation (la main ne « saisit » rien), la révélation de quelque chose de plus mystérieux , de plus noble qui nous fait sortir de nous même (LEVINAS évoque une sorte d'extase et de transcendance) ?.
Ce modeste exposé tentera de cerner quelques aspects de l'interaction entre l'âme et le corps, entre le toucher et la communication avec autrui .
1ere partie fonction des caresses
elles semblent indispensables au développement harmonieux de l'individu et relévent du domaine de l'intime
A EN PUBLIC LES CARESSES SONT RARES ET TRES CODIFIEES dans la mesure où elles sont avant tout un contact physique ( de la main, de la bouche) : on ne fait donc pas n'importe quoi, n'importe où avec n'importe qui lorsqu'on touche autrui en public
EXEMPLE le code du baisemain (on ne touche pas la main); le baiser de paix ( on effleure); et même dans les dancing il y a souvent des limites dans le cheek to cheek (même si le slow semble parfois « un lit vertical »); autres tabous: chez certaines femmes d'orient.....ne pas toucher ni caresser la nuque....
1 une femme est peut-être plus libre que l'homme dans ses gestes dans certaines circonstances: EXEMPLE au cours d'un repas,si ce n'est pas un repas trop guindé.. elle a le droit de poser sa main d'une façon anodine et familière sur la main d'un homme......l'homme a uniquement le droit de lui offrir momentanément son bras pour traverser la rue la nuit..ou comme dans cette opéra de DEBUSSY Pelleas et Mélisande quand PELLEAS lui prend la main pour l'aider à descendre de la falaise vers la mer...mais ici.la musique demeure bel et bien « un spasme chaste » (Comtesse de Noailles) et MELISANDE ne sait pas aussi ce qu'elle veut.... mais pour nous hommes souvent moins délicats que PELLEAS, il nous est seulement permis de poser notre main sur l'épaule ou l'avant bras de la femme comme un petit oiseau tombé du nid....et encore (faites ça dans votre bureau avec la chef de service, elle vous trouvera irrespectueux) ....
2 les caresses érotiques sont normalement réservées aux conjoints: condamnation sociale de l'adultère. (7°me commandement du Décalogue)...d'où le drame de Tritan/Ysold et plus prés de nous Lady Chatterley: ..........transgression sociale de CONSTANCE pour qui l'amour est plus fort que les barrières sociales; elle caresse le garde chasse OLIVIER MELLORS et découvre les mystères de la vraie vie.... OLIVIER est un homme sensible et pensif pour qui la vie s'est montrée si amère qu'elle l'a conduit à chercher un refuge dans la solitude de cette fonction .....il a des circonstances atténuantes....... mais CONSTANCE aussi.... elle reproche à son mari CLIFORD de consumer sa vitalité en entretiens vides et de vivre sans passion...... elle désirerait au moins un enfant qui remplirait son coeur d'une affection; ce livre est donc une apologie de l'amour physique comme moyen de guérir « tout intellectualisme maladif» et de retrouver le contact avec les forces instinctives et naturelles dela vie....... nous verrons si elle a raison.
B la caresse révèle notre besoin de sentir physiquement la connexion à l'autre et elle se pratique dans l'intimité de la vie privée:
En effet, la caresse est nécessaire au développement harmonieux de l'homme: de l'enfant et de l'adulte:
1 besoin de caresse: les enfants élevés au sein ont un développement physique et psychique supérieur; importance pour l'enfant du baiser maternel et plus tard du baiser amoureux ( les 2 avec Diane de POITIERS : baiser de Diane à Henri encore enfant pour le convaincre de partir en Espagne en qualité d'otage et de libérer ainsi son père qui est prisonnier de Charles Quint et plus tard en politique.....)
ce que nous enseigne les animaux: importance du léchage pour élever les petits ; les animaux se livrent à d'incessants jeux de peau: reniflement, morsure, corps à corps , baisers , étreintes, toilettages..... et plus tard dans les rapports amoureux parfois un peu de violence EXEMPLE « la morsure du sanglier »( chez les orientaux)
2 toutefois SUPERIORITE DES HUMAINS; il faut bien distinguer ce que nous enseigne les animaux, et ce que nous enseigne les humains:
La nature ne semble pas caressante, et la caresse humaine semble le produit d'un long polissage de la bestialité et surtout il y a sans aucun doute une supériorité fonctionnelle de la main et du baiser chez l'homme
1 Cependant, concernant le baiser......PROUST déplore que nous n'avons pas d'organe pour le baiser..:
Le mauvais ajustage de la mécanique humaine n’épargne même pas les relations sexuelles : pour goûter le rose de la joue d'ALBERTINE dont il rêve , le NARRATEUR écrase son nez sur la joue tant désirée qui n’a rien d’une fleur et il déplore de ne pas être mieux équipé qu’un animal avec sa corne : « il n’y a pas d’organe pour le baiser ( paraît-il) ».
et pourtant...pour celui qui qui est embrassé, la bouche semble souvent le moyen de stimulation le plus agréable....
Sur le plan de l'inconscient le baiser est porteur de symboles:
embrasser c'est manger : .... dit la mère à l'enfant et l'amant à l'amante; si les amants «se dévorent de baisers»,
- C'est pour sonder sa tendresse et tenter une fusion : ils ne veulent plus faire qu'un à l'instar de l'amour fusionnel qu'ils ont vécu avec leur mère
- ingérer c'est aussi s'approprier, désir de possession
- c'est aussi absorber les qualités de l'autre: intégrer une part de de sa personnalité , sa beauté, son intelligence
2 concernant la main: ici encore nette supériorité des humains sur les animaux par leur variété et la complexité de leur signification: et n'oublions pas que là où la main passe la bouche passe.
(chez les animaux) dans les rapports amoureux la caresse physique a souvent l'allure d'un conflit violent et irrespectueux
chez les humains il n'en est pas ainsi ......et il y a en beaucoup plus: s'y ajoutent le pathétique de l'amour, le voluptueux même de la volupté, et d'une certaine façon le vulnérable
3 Enfin, nous observons que dans l'amour véritable( en supposant qu'il existe) il y a quelque chose d'aussi fort qu'un médicament qui passe à travers le contact physique
EXEMPLE tenir la main: -lorsqu'un mari tient la main de sa femme, l'effet sur le cerveau( l' hypothalamus) est proportionnel à l'amour qu'elle ressente pour le mari; l'attraction croît pendant les caresses .....
N'oublions pas non plus l'aspect thérapeutique : effet antistress; les caresses renforcent notre système immunitaire:
Au GUATEMALA les thérapeutes se tiennent souvent la main pendant les réunions; il convient de préciser aussi que le soignant ne peut pas appréhender la personne malade exclusivement comme un concept clinico-biologique: témoignage du psychologue PHILIPPE FREQUELIN qui nous a rendu compte de de la découverte d'un ressentiment inconscient entre un frère et une soeur au cours d'une séance collective de massage ....
2 eme partie quelques remarques sur les caresses d'amour
A Les caresses dans l'amour physique:
caresse et sexualité: la caresse du corps est au coeur de l'amour physique
on oublie trop souvent que la sexualité est une création commune faite de jeu, de complicité, d'expérimentations et d'émotions et que les caresses sont toujours un langage à décoder.
Le langage des caresses: le langage des caresses révèle un premier paradoxe : un langage immédiat mais pas totalement clair.
-un langage immédiat parce que le contact de la caresse est un lien privilégié qui fait l'interface entre le psychisme et le corps: aussi elle ne devrait pas être un geste anodin: par exemple la caresse distraite où le caresseur n'est pas présent dans son activité( caresser sa femme comme un toutou).
-elle exprime toujours un minimum de tendresse; mais il peut s'y mêler autre chose: du désir, de l'impatience, une noix de quémande, deux doigts de soupçon, un zeste d'inquiétude ou des rondelles de ressentiment....
le caressé reçoit le message de tendresse; il perçoit confusément ou clairement l'autre chose car elle ne se confond pas avec le geste du désir primaire. Le caressé peut connaître l'ennui, le doute sur les significations et hésiter sur sur sa réponse.....
Après les caresses, langage muet des couples endormis ...
2 les caresses de l'âme
L'amour ne se réduit pas à l'érotisme ni à la volupté physique, il n'est pas un simple passe temps ; il semble bien qu'il soit quelque chose de plus noble qui fait appel à l'âme.
SARTRE
Cependant, pour pour SARTRE la caresse est toujours une embuscade tendue à l'autre sous couvert de beaux et nobles sentiments :
Selon SARTRE, la caresse est envisagée comme un façonnement et la vie elle-même comme un roman où tout est combat, où derrière les moments les plus tendres, derrière les mélodies câlines de la fusion des corps, transparaît la lutte même des consciences:
Une séduction guidée uniquement par le désir de volupté physique et le désir de s'emparer de la liberté d'autrui et dans le cas des « caresses de l'âme », en lui faisant éprouver de l'admiration
EXEMPLE « parler le langage de l'âme pour s'emparer du corps » (reproche adressé par Marcel PROUST à son ami le Prince de BIBESCO véritable DON JUAN);
AUTRE EXEMPLE : la séduction de l'artiste et du poète qui caressent l'âme de leur public( succès féminins des chanteurs célèbres CARUSO 1873/1921 et de Pol PLANCON 1851/1914 lorsqu'ils chantent le caïd d'Albert THOMAS: l'air du tambour major « les fils d'or de ses épaulettes sont moins nombreux que ses conquêtes »).
Cette artifice culturel de la séduction aboutit finalement à un asservissement de l'être aimé, à une embuscade pour que l'aimé/e se fasse présence offerte, renonçant par là à son regard et à sa liberté: la séduction physique et « morale » le rendent prisonnier: « l'être désiré est empâté dans sa chair »; je le fige pour en devenir propriétaire (SARTRE L'être et le néant pages 440 et 416 « la caresse n'est pas un simple effleurement .... elle est façonnement..; en caressant autrui je fais naître sa chair, par ma caresse, sous mes doigts... par la caresse je fige à mon tour dans l'inertie celui ou celle dont le regard m'a englué dans l'être »; le rapport à autrui consiste donc à agir sur sa liberté pour la nier comme telle.
CRITIQUE:
l'amant se retrouve seul si l'aimé s'est transformé en automate ou en un reflet passif de mon moi. Et cela me semble dommage car la véritable admiration de l'aimé pour l'amant ne se confond pas avec l'envie captatrice; elle est « super videre »: reconnaissance d'une supériorité de l'autre qui du même coup me fait sortir de moi et me sentir moi-même meilleur; en ce sens, l'amour nous fait sortir de nous -même par une sorte d'extase et de transcendance qui grandissent les amants au lieu de les asservir.
LEVINAS
LEVINAS conçoit l'amour comme la possibilité d'une authentique caresse de l'âme en instaurant un mode de relation à l'autre à la fois immanente et transcendante:
la caresses vient comme un nouveau mode de relation à l'autre :si l'émotion n'est pas partagée: entente impossible, impossible attente car son avènement est mystérieux
la caresse mène au mystère:
la caresse nous mène au seuil du transcendant, comme un mode d'être paradoxal:
paradoxe: ce qui est caressé n'est pas touché à proprement parler; la caresse ne sait pas ce qu'elle recherche; elle est comme un jeu avec quelque chose qui se dérobe, sans projet ni plan avec quelque chose d'autre, toujours autre, toujours inaccessible, toujours à venir et la caresse est l'attente de cet avenir pur sans contenu; « la caresse consiste à ne se saisir de rien, à solliciter ce qui échappe sans cesse vers un avenir... qui se dérobe.......: elle est une recherche, une marche vers l' invisible » totalité et infini EMMANUEL LEVINAS
Pour LEVINAS, dans le rapport à l'aimé il y a une immaîtrisable proximité ( dévoilement partiel d'une ipséité) « le corps sous la caresse se fait tout en entier visage »: le temps et l'autre mais l'autre ne se livre jamais complètement:
il n'y a pas de fusion dans l'amour mais une dualité insurmontable: l'autre se retire dans son mystère.
CONSEQUENCES:
la relation érotique n'est ni lutte, ni fusion, ni connaissance
elle est une expérience bouleversante qui nous chavire:
la caresse procède non pas du besoin ( et son corrélât la jouissance en tant que « morsure » sur l'être) mais du désir ( la volupté même)
une volupté qui est une expérience qui ne se coule dans aucun concept (tendresse, respect, vulnérabilité).... la caresse est donation.
la caresse incarne la sagesse de l'incertitude
une aventure hors de soi vers l'imprévisible: l'aimé, sous la caresse entraîne l'amant dans un abîme vertigineux; la caresse se tient à l'écart du concept dans un no man's land, entre l'être et le non être
CRITIQUES:
1 Comme HUSSERL (Méditations cartésiennes), LEVINAS pratique dans sa description de la caresse, une phénoménologie descriptive mais il refuse l'immanence de la phénoménologie de HUSSERL au nom de la transcendance de l'autre. Personnellement je me sens plus poche de la connaissance par connaturalité affective d'un HUSSERL ou d'un MAX SCHELER que celle de LEVINAS (consulter Maurice Nédoncelle La réciprocité des consciences.)
2 critique de la notion de mystère chez LEVINAS qui me paraît trop irrationnelle ..... sans doute lorsque 2 futurs amants se rencontrent... c'est l'irrationnel qui commande mais l'analyse pourrait y déceler la conjonction de souvenirs préderterminants et d'autres déterminismes: revenons sur terre.....
3 eme partie VALEUR DE LA CARESSE
DENIGREMENTde la caresse:
1 comme l'odeur, la caresse devient un signe pénible de promiscuité si elle n'est pas choisie ou consentie par les individus en présence
2 et même consentie ou choisie, elle paraît pour certains trop loin de l'intelligence, trop éloignée de l'âme et de la pensée car elle est assimilée à la sexualité
EXEMPLE pour PLATON les mains sont une instance de dégradation et une filiation platonicienne fait du toucher un sens vulgaire qui ne distingue guère l'homme de l'animal.
APOLOGIE DE LA CARESSE:
1 la caresse: aspect thérapeutique
2 la disparition du toucher serait une privation de la jouissance du monde (CONDILLAC.).
3 dimension affective, amoureuse et morale dans le respect de l'autre
4 le grand Jeu de la caresse incarne une sagesse: apologie du jeu dans son double sens:
- une marge de manoeuvre et d'indétermination comme « le jeu de l'amour et du hasard »MARIVAUX
- au sens mécanique, laisser un peu de souplesse ( et d'improvisation) ........comme dans la vie elle-même; GRODDEK « le plus difficile dans la vie, se laisser aller et suivre les voix du ça tant pour le prochain que pour soi-même.....peu à peu on redevient un enfant » ; laisser un peu de place au hasard ou au Destin.
CONCLUSION
Il faut que dans le champ des désirs, subsiste une part de mystère ; dans son aspect le plus noble, la caresse au sens propre et figuré est donc la découverte d'une sorte transcendance et surtout une invitation au respect de l'autre comme tout autre, respect du vulnérable et du fragile car il y a comme le dit LEVINAS une vulnérabilité respectueuse de la personne.
Enregistrement (durée = 1h42) de la Conférence au Café Larbaud 23 juin 2007 Vichy
Témoignage de CL Berthon consultant, psychanalyste.
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09.05.2007
Conférence Pôle Lardy VICHY 31 MARS 2007
Dans le cadre du Colloque sur le rire organisé par le Club Audiovisuel et l'université Indépendante, de Vichy
Quelques réflexions philosophiques sur le comique à travers l'humour et l'ironie
Introduction
Je vous propose d'explorer quelques facettes du comique à travers l'humour et l'ironie à l'aide de quelques écrivains et auteurs philosophiques :
BERGSON le rire 1900,
FREUD le mot d'esprit 1904, (dans son ouvrage FREUD fait 2 fois référence au livre «charmant et vivant» de BERGSON) (de même BERGSON salue les contributions de FREUD sur l'inconscient en 1919 dans l'énergie spirituelle)
JANKELEVITCH l'ironie 1964, disciple et exécutant testamentaire de BERGSON
enfin SARTRE les mots 1964 et PROUST créateur de toute une «comédie humaine» qui à mes yeux concurrence brillamment celle de BALZAC.
Dans ses manifestations physiologiques, le comique nous fait rire ou sourire, mais le rire et le sourire ici naissent de la perception d'un décalage ( «irruption du mécanique dans le vivant» disait BERGSON, intrusion de l'artificiel dans le naturel, de l'anormal dans le normal) et il me semble que ce décalage est perceptible plus finement encore, dans l'humour et l'ironie où selon JANKELEVITCH on y trouve «une hésitation feinte entre 2 vérités» où encore comme le dit BERGSON dans le rire page 97 «décrire ce qui est, en affectant de croire que c'est là ce que les choses devraient être» ; dans l'humour et l'ironie il y a une certaine façon de voir les choses à distance, un décalage entre un énoncé et ce qui est à entendre; humour et ironie adoptent tous deux un regard faussement naïf,un dédoublement de la conscience qu'il conviendra de préciser.
Dans un premier moment, nous verrons comment humour et ironie s'inscrivent dans le comique verbal et se distinguent l'un de l'autre
dans un deuxième temps nous examinerons leurs fonctions et leur portée philosophiques tout en montrant aussi comment ils s'exercent dans les autres genres du comique (comique de gestes, de situation, de caractère).
I ° partie quelques remarques sur l'humour et l'ironie:
En effet, humour et ironie s'inscrivent principalement dans le comique verbal, et nous affirmons que l'ironie se distingue de l'humour par l'emploi fréquent d'un procédé de rhétorique l'antiphrase: (penser le contraire de ce que l'on dit) plus une intention de raillerie ou de critique (contrairement à l'humour qui peut se limiter à n'être qu' un oasis dans le sérieux, une attitude simplement bouffonne ou solitaire)
EXEMPLE cité par FREUD un condamné à mort part au supplice un lundi matin et le bourreau dit:«voilà pour vous une semaine qui commence bien!»: ici il y a ironie ( raillerie); les mêmes paroles dites par la victime serait plutôt de l'humour noir ( pour conjurer, mettre à distance l’angoisse et la gravité de la situation).
Notons dés à présent que l'humour peut être présent dans les autres genres du comique ( comique de situation, comique de geste, comique de caractère) en absence de tout dialogue:
EXEMPLE (hésitation feinte entre 2 vérités): durant la révolution, un aristocrate marche à la guillotine, tout en lisant un livre et il le remet enfin au bourreau après l’avoir écorné comme s’il devait un jour en continuer la lecture;
EXEMPLE : dans un film de dessins animés, un personnage est sur le point de tomber dans un trou parce qu’il regarde en l’air, au dernier moment il voit le trou et ne tombe donc pas; il adresse aussitôt au public un clin d’œil amusé, l’air de dire « je vous ai bien eu !»
l'humour déborde dans les autres genres du comique, d'autant plus que son emploi s'est généralisé de nos jours au point de remplacer le mot comique :
il a perdu son sens originel de spirituel en demi teinte décrit par VOLTAIRE (lettre à l'abbé OLIVET) : un comique en demi-teinte où le rire franc est volontairement remplacé par une apparente impassibilité : une manière anglaise ( sens of humor) de décrire le comique en y refusant les aspects les plus voyants,
1 dans humour et ironie il y a l' intention chez l'émetteur, d'offrir un regard faussement naïf:
Selon JANKELEVITCH, ils se distinguent donc du comique franchement involontaire causé par les «coquilles» et autres étourderies, qui lui aussi repose sur des propos équivoques ou contradictoires…
EXEMPLES : les perles du bac
le cerveau des femmes, c’est la cervelle
MICKEY L’ANGE et LE HOMARD DE VINCI sont des peintres de la Renaissance
La climatisation est une chauffage froid
Pour conserver la glace il faut d’abord la geler
Les égyptiens transformaient leurs morts en momies pour les garder vivants
Les américains vont souvent à la messe car les protestants sont très catholiques
La mortalité infantile sévissait sauf chez les vieillards
AUTRES EXEMPLES:
«il dévisagea la personne qui lui tournait le dos»;
«les parlementaires ont entendu l’appel muet de la Nation»;
«suite à de violents orages, les trains ont été bloqués pendant 3 heures et le trafic n’a repris que goutte à goutte».
Dans un avis de vente de charité adressé à des dames patronnesses, on pouvait lire: «débarrassez vous des choses inutiles qui feront le bonheur des autres; emmenez aussi vos maris.»
ce caractère apparemment involontaire sera très étudié par FREUD qui dans l'élaboration du comique souligne l'importance d'une activité inconsciente très proche du lapsus, du rêve, de l'acte manqué ........
EXEMPLE (humour involontaire, proche du lapsus) avant de se rendre chez un compositeur en panne d'inspiration, COCTEAU fait la leçon à son ami en lui disant de ne pas l'interroger sur son travail en cours......ils entrent directement après avoir essayé de sonner. « nous sommes entrés car la sonate ne marche pas».
2 pour le moment disons que c'est bien l'intention consciente et l'attitude de l'émetteur qui font la distinction entre humour et ironie
le principal procédé de l’ironie est l'antiphrase : ce n'est pas un mensonge mais une expression qui laisse entendre le contraire de ce qu’elle dit
A l’origine , elle était une attitude intellectuelle, celle de SOCRATE : action d’interroger (ierôneia) en feignant l’ignorance.
Par la suite, l'antiphrase est devenu un dédoublement de sens à travers des jeux de langage pour exprimer un jugement de désapprobation, mêlé de raillerie, sous la forme d’un discours à l’envers
EXEMPLE (attitude de raillerie) COCTEAU visite avec un ami un atelier de peintre ; le peintre se rend compte que ses visiteurs semblent peu admiratifs; il leur montre un dernier tableau en s’excusant parce qu’il n’est pas fini…aussitôt COCTEAU adresse à son ami ces paroles « il serait peut-être humain de l’achever ».
EXEMPLE(attitude de désapprobation) : MITTERAND rencontre par hasard un ami d’enfance qui lui demande s’ils peuvent à nouveau se tutoyer comme autrefois …..«si vous voulez»
EXEMPLE : (autre attitude de désapprobation critique) lors d’une manœuvre navale dans les dom/tom DE GAULLE passe en revue des officiers supérieurs … l’un d’eux est en tenue non réglementaire (il est en en culotte courte kaki au lieu du pantalon ) –« la prochaine fois vous apporterez votre cerceau!»( par la suite il n’a jamais obtenu de promotion)…ici se manifeste de façon nette la fonction de châtiment social contre ce que BERGSON appelle la distraction, l'inattention à la vie, le rire étant dans ce cas au service de la société ; il devient une sanction contre ceux qui transgressent les normes sociales : BERGSON cite l'exemple de MENALQUE dépeint par LA BRUYERE et aussi le DON QUICHOTTE de CERVANTES.
la présence de l'antiphrase rend le décryptage de l'intention d'ironie plus aisé: mais c'est aussi le moyen pour beaucoup d'écrivains de contourner les foudres de la censure gouvernementale «c'était seulement pour rire » : RABELAIS, LA BRUYERE, MONTESQUIEU, VOLTAIRE
EXEMPLE les critiques acides de VOLTAIRE, MONTESQUIEU:
ZADIG appelle ironiquement «sages du pays»,«miroirs de sagesse» des juges et inquisiteurs stupides ( conte du petit chien de la reine….) de même au chapitre 6 de Candide, il appelle « les sages du pays» des inquisiteurs qui sont de véritables fous furieux; de même MONTESQUIEU fait preuve d'une ironie grinçante contre les esclavagistes quand il affirme que «le noir est noir de la tête au pied, et qu'il n’a donc pas d’âme» (exemple cité par BERGSON).
3 parfois l'intention véritable de l'émetteur est difficile à déceler devant l'incertitude interprétative: Y a t il raillerie, y a t il une victime? s’agit d’un combat contre un adversaire? (dialogue polémique à trois :attaquant, victime, public destinataire).
hésitation entre ironie et humour ; le ton fait la différence EXEMPLES
SACHA GUITRY:«ma maîtresse baillait tout le temps , alors je lui ai dit: bye, bye!»
une maman voit revenir son jeune enfant avec des chaussures crottées de boue: «te voilà propre!»; s’il y a réprimande c’est de l’ironie, sinon avec un ton plus gentil, c’est peut-être de l’humour?: «tu aurais pu en mettre aussi sur ton pantalon»….
L’ironie se démarque de l’humour par la notion de sérieux qui s’y rattache et communique plus facilement sa signification implicite; au contraire, l’humour peut jeter davantage un doute sur le réel et provoque une hésitation herméneutique, qui ont pour conséquence de retarder le rire:
EXEMPLE FERNANDEL déclame sur 20 tons différents « tout condamné à mort aura la tête tranchée »
(comme le montre JANKELEVITCH) dans l'ironie il y a une plus grande anesthésie du cœur que dans l’humour : même remarque chez BERGSON; Max JACOB précise que « l’ironie vous dessèche et dessèche la victime » ; l’ironiste veut provoquer un rire d’exclusion du public contre un adversaire ( rire sarcastique) ; au contraire, l’humour comporte une part d’affectivité et de sensibilité : l’humoriste vise à établir un lien de sympathie et de bienveillance avec son public ( rire d’intégration)
et même parfois l’ironie est peu comique :
EXEMPLE : l’ironie du sort dans la tragédie grecque…
EXEMPLE : le directeur des pompes funèbres n’est pas enterré parce que son personnel est en grève
.
Mais il existe ainsi une auto ironie très proche de l’humour:
EXEMPLE : ROSTAND Cyrano la tirade du nez :« tendre, Eh quoi ! aimez-vous à ce point les oiseaux que vous vous préoccupâtes de tendre un perchoir à leurs petites pattes ? »;
EXEMPLE : SACHA GUITRY … « .il y a 2 sortes de femmes : celles qui sont jolies, celles qui ont bien voulu de moi… »...
Concernant l'auto-ironie, je pense surtout à SARTRE pour avoir écrit un premier volet autobiographique intitulé les mots (1964) auquel il n'a pas donné suite car le récit se termine à l'âge de 11 ans , quand il entre au lycée de LA ROCHELLE au moment du remariage de sa mère. SARTRE évoque avec AMBIVALENCE, dérision et auto-dérision ce qui a fait de lui un enfant « truqué», (avec une ironie sans rancoeur très proche de PROUST qui adopte lui volontiers l'attitude d'un voyeur sans émettre de jugement moralisant), .Mais contrairement à PROUST et d'autres écrivains (ROUSSEAU, GIDE, PAGNOL), SARTRE évoque son enfance sans tendresse, un enfant vidé de sa substance, réduit à l'écorce d'un acteur; un livre à l'humour parfois grinçant qu'il intitule « une comédie aux 100 squetch divers » parce qu'il s'agit d'une mise en scène de sa vie livrée très tôt au jeu passionnel des adultes, un jeu qui sonne faux. Il démystifie tout attendrissement pour cette époque de sa vie , en affirmant « j'étais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets».
Le petit POULOU est un enfant unique élevé dans un milieu féminin et par son grand père, un vieillard majestueux à la longue barbe blanche; il est choyé par tous ; il est rendu soucieux de plaire et de « bouffonner», ce qui, dit-il, est le sort de tous les enfants bourgeois, dans sa famille qui est à sa façon un microcosme de la société où chacun joue son rôle.
Son grand père est «le maître de menuet qui lui propose de danser le ballet stylisé de son enfance », « nous formions un groupe de saxe »avec tout un rituel de surface qui fait l'objet d'une dérision
EXEMPLE en parlant de sa mère et de sa grand mère, il dit « ces dames vont à la messe, elles croient en DIEU, le temps de goûter un toccata .... la foi des autres les dispose à l'extase musicale».
Dérision et auto-dérision :il est vertueux par comédie « il joue à être sage »; « on m'adore donc je suis adorable » ( c'est normalement l'inverse).......( en réalité, le petit POULOU est victime aussi de ce que SARTRE appellera la mauvaise foi, c'est-à-dire un mauvais usage plus ou moins conscient de la liberté...)
Heureusement, dans ce livre SARTRE met en même temps en lumière la vigueur et la précocité de son imagination et de son activité mentale qui lui ont permis d'échapper au cadre étroit et artificiel de sa famille. SARTRE nous présente ici un livre à l'écriture étincelante, rapide, incisive, colorée et pleine d'esprit......
2 humour et ironie utilisent chacun à leur manière le trait d'esprit : en allemand, il se dit WITZ aptitude à assembler promptement des pensées et à découvrir des ressemblances éloignées
1 BERGSON et FREUD ont montré dans leurs ouvrages respectifs comment le trait d'esprit s'applique différemment à l’humour inoffensif et à l’humour tendancieux, celui qui se rapproche de l’ironie :
Rappelons que le mot d'esprit tendancieux est dénommé comique par BERGSON quand il nous fait rire d'un tiers( le rire page 79 « un mot est comique quand il fait rire de celui qui le prononce, il est spirituel quand il nous fait rire de nous »)
Mais dans tous les cas, le mot d'esprit est doublement ingénieux : il ramasse un sens condensé qui frappe par son acuité et son immédiateté fulgurante ; il tombe à propos dans la conversation, il est ajusté à la situation.
l'humour inoffensif se réduit à des jeux de mots gratuits:
EXEMPLE tel est le cas de l'abbé MUGNIER célèbre pour son esprit, qui était souvent invité et apprécié dans le grand monde du faubourg ST GERMAIN (comme MARCEL PROUST qu'il a souvent rencontré) et à la fin il leur était devenu tellement familier qu'on osa lui proposer de l’emmener aux folies bergères, « Hélas, non, demain je confesse , ce sont mes folies-brebis ! »
EXEMPLE: journal de l’abbé MUGNIER .Une femme du monde se confesse à lui: « je me trouve belle est - ce un péché ?… non, c’est une erreur ».
Parfois, un humour un peu moins inoffensif….
EXEMPLE :MUGNIER il est invité à la table d’une châtelaine de province, un brave curé de campagne y est convié également pour égayer la conversation ; à la fin du repas, après le départ du curé, elle lui demande : « quand pensez- vous ?- Il a donné le maximum de son minimum ».
Et vous connaissez tous comme moi ces simples jeux de mots:
Pourquoi parle- t-on des 4 coins de la terre alors qu’elle est ronde ?
Pourquoi le bruit transpire avant d’avoir couru ?
Pourquoi les nuits blanches sont elles causées par des idée noires ?
Pourquoi l’employeur remercie t-il l’employé quand il n’est pas content de lui ?
Pourquoi lave ton une injure et essuie- t- on un affront
Utiliser une casserole carrée pour empêcher le lait de tourner
Par contre, le caractère polémique de l’ironie confère au trait d’esprit une pointe assassine : effet de surprise et décodage rapide pour le destinataire.
EXEMPLES cités par JANKELEVITCH et BERGSON à propos d’un personnage vaniteux : « il y a ceux qui font des mots et ceux qui ont de l’esprit» ; on dit de lui : «il court après l’esprit, il fut répondu : je parie pour l’esprit »
EXEMPLE : raillerie de MONTESQUIOU contre une demi mondaine très snob qui décède durant un dîner mondain : «elle est partie prendre son café dans un monde meilleur».
Enfin il convient de noter que le trait d'esprit s'exerce dans le comique des mots selon de nombreux procédés littéraires :(Collusion entre 2 mots, calembour, zeugma, inversion, oxymore, hyperbole, périphrase héroï-comique) , un travail sur les mots parfois proche de la poésie:
EXEMPLE : journal de l’abbé MUGNIER « les jeunes filles à ST SEVERIN tricotaient avec des voix en aiguille, la laine fatiguée des cantiques ».
Mais de nos jours, les procédés littéraires se veulent de plus en plus originaux car le sens des mots s'émousse comme les sens des hommes par sénélité, par épuisement, par habitude, d'où les recherches d'un Frédéric DARS, d'un FINCKELKRAUT, d'un ELGOZY , qui après nous avoir offert un contradictionnaire, puis un fictionnaire, propose aussi un antidictionnaire:
EXEMPLE :FINCKELKRAUT (fictionnaire illustré) : « zeros: dieu de l’amour et des petits rien »
EXEMPLE F DARS « que ta volonté soit fête!».
Mon excellent ami et psychanalyste Claude-Louis Berthon ne m'en voudra pas si je n'évoque que pour mémoire les jeux de mots et contrepèteries dont LACAN a fait tout une théorie....et pour lesquelles il a été traité bien à tort de psycho-pitre... Il n'est pas moins vrai qu' actuellement l'humour opère un subtil mélange des genres faisant largement place au saugrenu, au bizarre à l'incohérence sémantique et narrative:
EXEMPLE MARCEL DUCHAMP 1887-1968: objet d'art sous forme de canular
EXEMPLE photographie d'une machine compliquée : « machine à fabriquer le bonheur »
EXEMPLE tiré de la publicité: la photocopie d'un mariage sort de la photocopieuse devant 2 employés qui viennent de s'embrasser
Humour et ironie se manifestent aussi dans les autres registres traditionnels du comique (comique de gestes, de situation, de caractère), . Nous tacherons de les évoquer maintenant pour souligner les fonctions et la portée philosophique de l'humour et de l'ironie.
II ° partie fonctions et signification philosophique de l'humour/ironie chez BERGSON et FREUD
Pour BERGSON l'humour et le rire en général ont 2 fonctions :
COMIQUE ET ESTHETIQUE
Nous avons vu que chez lui l'humour inoffensif permet d'abord à l'adulte de retrouver la liberté du non sens, propre au monde de l'enfance, et le plaisir du langage avant les contraintes de l'éducation et de la pensée rationnelle; l' humour peut même avoir une vocation artistique quand il renouvelle notre regard sur la réalité, en nous détachant de l'action utilitaire et nous redonner un regard innocent sur la nature;
EXEMPLE : RABELAIS fait découvrir un planteur de choux sous la langue de Pantagruel; avec le planteur de choux RABELAIS fait comprendre que le familier peut se trouver dans ce qui est appelé à tort le nouveau; ce comique permet de jeter un doute sur la réalité et ruiner les prétentions des discours dogmatiques à représenter le réel.....
Sur ce point FREUD est d'accord avec BERGSON qui a deviné « les racines infantiles du comique » quand l'enfant rit par pur plaisir sans inhibition (le mot d'esprit 345). mais il précise que le jeu gratuit avec les mots et les idées libère la circulation de l'énergie psychique globale de l'individu qui se décharge dans le plaisir du rire ........et lui épargne aussi une dépense d'énergie que nécessiterait l'inhibition .
COMIQUE ET SOCIETE
Pour BERGSON, le rire est surtout un châtiment social , (« une espèce de brimade sociale ») contre la raideur de certains individus. Le but est de dégonfler certaines formes de sérieux qui nous oppriment. Nous rions parce que nous avons le sentiment que certains hommes régressent par leurs gestes et leurs paroles à une apparence de « mécanique plaquée sur le vivant »; c'est la raison pour la quelle il emprunte volontiers ses exemples au théâtre comique , ne faisant plus de différence ici entre comique de mots et action.......;
BERGSON évoque ce qu'il dénomme des types ou caractères dans lesquels le rire réprime l'absence d'élasticité dans la vie sociale:
Pour être comique, le personnage doit paraître insociable et nous laisser insensible, sinon nous tomberions peut-être dans le tragique qui prend en considération tout l'aspect individuel et non l'apparence superficielle de chose ou d'automatismes: je pense en particulier à certains héros de MOLIERE: après un premier rire contre la raideur sociale d'un ALCESTE, on se prend à sympathiser avec sa misanthropie comme on sympathise avec les sentiments des héros tragiques. Pour le rendre encore comique MOLIERE actionne le procédé du diable à ressort: ALCESTE devient comique quand il entre en conflit avec lui-même; il souffre en essayant de comprimer un sentiment de misanthropie par des manières de gentilhomme, répétant à plusieurs reprises «je ne dis pas cela » à ORONTE qui lui demande si ses vers sont mauvais.
BERGSON démontre que le théâtre utilise de nombreux procédés analogues au comique verbal: répétition, caricature, disproportion entre l'effet et la cause, inversion, interférence des séries, quiproquo, crescendo avec effets boule de neige, et autres procédés causés par « la distraction des choses ».
Une distraction qui nous masque la vie véritable à cause d'une trop grande place accordée aux rituels, cérémonies et autres mascarades; je pense ici à une observation faite par GUY BEDOS dans son livre « je craque »: notre conditionnement social est tellement INCONSCIENT , dit-il que dans un studio de cinéma, les figurants officiers et soldats durant les pauses continuent à manger séparément dans la cantine du studio.........
Une place importante est faite aussi par BERGSON à la critique de la vanité, défaut risible par excellence pour BERGSON car elle synthétise tous les éléments du comique. Il dénonce en particulier la « vanité professionnelle », tendant à la solennité de ceux qui traitent leur public comme s'il avait été crée pour eux.
BERGSON montre que le comique de caractère qui imprime certaines professions utilise la caricature et l'imitation. Il vise en particulier le corps médical car de MOLIERE à JULES RENARD les médecins ont été les personnages favoris des auteurs comiques, parce que leur pouvoir inspire une secrète terreur. Sur ce point il faut citer PROUST:
EXEMPLE le docteur COTTARD est à la fois imbécile et grand clinicien.
EXEMPLE : le croquis, fin mesuré et mais profondément comique du DOCTEUR DIEULAFOY, introducteur de la mort et chef du protocole funèbre. « .......... » RECHERCHE DU TEMPS PERDU.
Au comique de caractère PROUST intègre l’évolution dans le temps du vocabulaire de ses personnages:
EXEMPLE Le langage tenu par le Docteur COTTARD :
La vulgarité de l’homme est d'abord souligné par la platitude de ses calembours :
EXEMPLE durant un cours de médecine à ses étudiants, il préconise le lait comme remède
Au lait, au lait (hollé, hollé)/Vive l’Espagne!
EXEMPLE au milieu d’une partie de piquet, il dit : «Savez- vous quel est le comble de la distraction ? C’est de prendre l’édit de NANTES pour une anglaise »
Mais lui-même prend au pied de la lettre toutes les expressions figurées:
EXEMPLE au cours du repas avec FORCHEVILLE, il ne comprend pas le calembour «serpent à sonate » qui désigne Madame DE SAINTE EUVERTE ( aussi mauvaise langue que bonne pianiste) et juge utile de rectifier « on dit serpent à sonnette »…on lui explique alors.....
Il admire les expressions employées par Madame VERDURIN (celle que PROUST appelle avec dérision « la patronne ») puis s’y risque et souvent à contre temps. Plus tard devenu professeur illustre, son langage demeure vulgaire mais s’est enrichi au point de devenir une mosaïque de locutions toutes faites.
Son incapacité à démêler le sérieux du comique traduit un être peu sûr de lui qui l’engage à adopter « un sourire conditionnel et provisoire», source parfois de malentendus .
EXEMPLE Au cours d’un repas chez les VERDURINS «Il regardait sous son lorgnon pour faire connaissance de son voisin de table et rompre la glace , avec des clignements beaucoup plus insistants qu’ils n’eussent été jadis …. Et les regards engageants accrus par leurs sourires qu’il adresse à son voisin CHARLUS, crée un malentendu: le baron croit que COTTARD a deviné qu'il est homosexuel et qu'il lui fait de l’œil. Aussitôt CHARLUS réagit durement en raison d’une « loi » générale : « l’être que nous n’aimons pas et qui nous aime nous paraît insupportable».
C’est bien là un des charmes de la RT : accepter d’être ballotté d’erreurs en demi- vérités : un sorte de pacte de lecture enjouée ; la distance temporelle génératrice de comique permet de saisir rétrospectivement le comique d’une situation ou d’un propos ( comique de l’escalier..).
Pour FREUD le mot d'esprit et le comique sont en rapport très étroit avec l'inconscient et sa thése centrale c'est qu'il est source de plaisir par la levée partielle des inhibitions :
En effet, chez BERGSON la question de l'humour et du mot d'esprit n'est pas totalement explorée comme le dit FREUD lui-même dans le mot d'esprit page 350 « nous devons aller un peu plus loin que BERGSON ».
1 BERGSON ne prend en compte le registre scatologique du comique contemporain, ce qui relève du racisme larvé, de la dérision de la personne
2 FREUD développe plus profondément la parenté de l'humour et du mot d'esprit avec le rêve, le lapsus....à travers toute une « logique » cachée, un peu comme dans un rêve qui signifie apparemment une absurdité mais qui réalise un rébus; on y retrouve des processus d'élaboration similaires:
déplacement
représentation indirecte par homophonies
représentation par le contraire
emploi du contre sens (EXEMPLE un aveugle demande à un paralytique : « comment allez-vous? Réponse: « comme vous le voyez !»
allusion métaphorique
et enfin la condensation
le rôle de la condensation est fréquent dans la structure du mot d'esprit
EXEMPLE: j’ai dîné avec ROTHSCHILD et il m’a traité de façon familionnaire;
Deux forces psychiques sont à l’œuvre et la dualité des idées se concentre en un seul mot ( d'où le caractère elliptique du WITZ). L’idée effacée ( je ne suis pas un des leurs) resurgit malgré tout dans le mot valise.
Le WITZ est un lapsus volontaire dont l’expression concise fait l’objet d’une élaboration inconsciente.
Le mot d’esprit tendancieux a pour but de nuire à quelqu’un ; servir les intérêts de celui qui le formule mais d’où vient le plaisir qu'il procure ?
Nous observons que l’idée principale est seulement suggérée : le rire collectif cautionne cette violence sublimée. Il récompense celui qui a su dominer ses tendances hostiles et les couler dans un moule socialement acceptable, en lui procurant un plaisir narcissique.
En effet, le plaisir provient du fait que sans les ressources de l’esprit, la tendance à l’agressivité serait insatisfait et constituerait une source d’irritation permanente : le plaisir tendancieux est le soulagement d’un état pénible. Il s’agit de flirter avec les limites sociales : une quasi transgression « à blanc », en s’approchant aussi prés que possible de la censure.
Plus un jeu de mots est audacieux, plus il doit être spirituel. Sinon un jeu de mot grossier serait l’analogue du cauchemar pour le rêve; une transgression trop explicite provoquerait un sentiment d’insécurité.
CONCLUSION
1 L’humour et l’ironie deviennent un plaisir pour l’esprit lorsqu’on comprend les propos véritables derrière l’énoncé exprimé: des calculs interprétatifs sollicitent l’intelligence et la culture du destinataire, étant entendu que l’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ni dans n’importe quelle circonstances .
2 L’un et l’autre poursuivent des buts parfois similaires au comique en général:
Châtiment social contre la raideur de certains individus, contre le coté mécanique des pensées et des actions (BERGSON)
Rendre plus réceptif aux sujets sérieux
Dans l’ironie, provoquer attaquer et soumettre ses cibles
3 Et surtout dégonfler certaines formes de sérieux qui nous oppriment.
Dans l’humour, atténuer les audaces, détendre l’atmosphère: l’homme se plaît à rire de ce qui l’effraye: la mort, la maladie, les femmes, l’amour, le mariage le gouvernement, les grands de ce monde.
Reproduire le grotesque et le sublime
4 Mais aussi par moment régresser vers les tendances inoffensives de l’enfance.
L’étude de l’humour et de l’ironie nous a conduit à brouiller les frontières traditionnelles du comique (dépasser la classification entre comique des mots, comique des gestes, comique de situation, comique de caractère).Ils constituent un ensemble de phénomènes complexes, expression de la sensibilité, de l’intelligence et de la liberté dont on ne se lasse pas.
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03.03.2007
MUSIQUE ET PHILOSOPHIE CHEZ NIETZSCHE
(1844-1900)
« sans la musique, la vie serait une erreur »
Pourquoi ce titre ? Parce que la musique a joué un rôle très important dans l'élaboration de sa philosophie:
NIETZSCHE écrit : « la musique est l'idée vraie du monde » dans naissance de la tragédie édition....où il développe notamment le difficile problème des rapports entre art et vérité.
La musique est la pulsation transparente du monde et elle pourrait tenir la place de la métaphysique, comme le pensait déjà SCHOPENHAUER dont il a tout d'abord été longtemps le disciple à partir de 1866. Il me semble que NIETZSCHE propose une esthétique de l'existence, où la musique tient une place inouïe, mieux peut-être que SCHOPENHAUER dans la mesure où il est lui-même bien un meilleur musicien/compositeur et qu'il sait, lui aussi, quels sont les pouvoirs profonds de cette forme d'expression.
Cependant, cette esthétique de l'existence fut souvent interprétée comme un jeu talentueux mais sans logique profonde ; ce qui est faux :une philosophie, il est vrai difficile à interpréter et à cerner: son oeuvre est énigmatique, multiple, fragmentée, avec des surgissements imprévus à la musicalité et à l'éclat de fragments difficiles à relier parce qu'ils sont parfois contradictoires. Une oeuvre qui se veut, la plupart du temps, délibérément non systématique, remplie d'affirmations véhémentes et passionnées .... «une philosophie à coup de marteaux » ( sous-titre de crépuscule des idoles 1889) pour détruire les vieilles idoles, servie aussi par un style poétique, pratiquant l'épigramme et l'aphorisme, seuls moyens pour évoquer son rêve d'un idéal immanent.
Annonce du plan
I Nous développerons d'abord cette « métaphysique de la musique » chez le jeune NIETZSCHE (1869-1876) : une réflexion sur l'art comme moyen d'échapper à l'absurdité qui est largement influencée par SCHOPENHAUER (1788-1860) et par WAGNER(1813-1883) qui pour NIETZSCHE semble représenter le mieux dans ses drames lyriques la renaissance de la tragédie grecque (Tristan). ...
II Par la suite, à partir de 1876 : fin de l'aventure wagnérienne:
il y a un retournement contre WAGNER- qu'il faudra expliquer comme un espoir déçu, un rejet qui prendra ensuite une allure parfois phobique chez le NIETZSCHE de la maturité, qui débute à partir de 1882 jusqu'à ses derniers textes en 1888 (CAS WAGNER NIETZSCHE CONTRE WAGNER ....).
III Cette rupture s'accompagne aussi pour NIETZSCHE d'une révolution musicale et culturelle-(notamment un refus ontologique de la « représentation »)- qu'il conviendra de préciser et qui annonce, peut-être, l'aube de la musique moderne.
I INFLUENCES DE SCHOPENHAUER ET DE WAGNER SUR LE JEUNE NIETZSCHE
Ces influences se manifestent très nettement dans naissance de la tragédie 1872 (et jusqu'en 1874 dans les considérations inactuelles et intempestives où l'un des volumes est intitulé « SCHOPENHAUER éducateur »:
Dans naissance de la tragédie, NIETZSCHE nous fait partager son admiration pour les grecs, il nous montre l'influence de WAGNER et celle de SCHOPENHAUER dont il adopte le pessimisme et en grande partie, la théorie de la « VOLONTE ».
A Pour SCHOPENHAUER comme pour NIETZSCHE, la musique est d'abord la métaphore de la vie, expression de la « VOLONTÉ »
En effet, pour SCHOPENHAUER comme pour NIETZSCHE, la musique etablit un rapport immédiat avec la nature profonde du monde; elle constitue le monde des sentiments et de la vie la plus intime que la raison ne saurait saisir.
Pour SCHOPENHAUER, elle est l'expression directe de la VOLONTE (un dynamisme irrationnel et primitif qui existe d'abord au sens kantien sur le plan « nouménal »); le monde concret est un produit de la VOLONTE qui se dégrade en REPRESENTATION (division à l'infini du VOULOIR en existences individuelles sur le plan des « phénoménes »); le VOULOIR implique souffrance du monde mais la musique nie le VOULOIR grâce à la contemplation.
La VOLONTE insatiable se déchire elle- même et crée sans cesse de nouvelles souffrances mais il arrive que par ses jeux, l’art musical mieux que les autres arts réussisse à transposer (« hinüberspielen ») sur le plan de la REPRÉSENTATION les mouvements du VOULOIR. Or ce faisant, elle transforme l’univers réel parce qu’elle transforme le sujet connaissant et lui impose l’attitude contemplative. Notre douleur, notre désir égoïste deviennent la douleur, le désir universel et nous cessons de souffrir parce que nous cessons de « vouloir » .
La musique n’ayant pas besoin de mots, elle est langue universelle et coïncide avec l’essence des choses : elle est explication du monde : « la musique est la mélodie dont le texte est formé par le monde » leçons philosophiques 1820. Elle ne parle pas des choses mais uniquement du bien être et de la douleur, les seules réalités valables pour la « VOLONTE » : bien être et souffrance constituent par exemple les thèmes de l’amour tragique des opéras y compris ceux de « la mauvaise musique » et autres chansonnettes ( un bouillon cube avec 3 notes) dont Marcel PROUST, défenseur des idées de SCHOPENHAUER, fait paradoxalement l’éloge dans les Plaisirs et les Jours.
Nous préciserons comment la dualité schopenhaurienne de la Volonté et de la Représentation est transposée chez NIETZSCHE sous les figures de DIONYSIOS dieu des désirs débridés, et d'APOLLON dieu de la beauté formelle, mais il est intéressant aussi de savoir que pour SCHOPENHAUER la musique a le privilége d'être l'expression de la VOLONTÉ sous la forme de 2 analogies:
1 l’échelle des formes musicales est parallèle aux degrés d’objectivation du VOULOIR (le monde comme volonté et comme représentation Livre II) : le rythme est une forme de la sensibilité pure…..la mélodie ( noyau de la musique) est une phrase fermée qui part de la tonique et qui y revient après être passé par la dominante…elle est réconciliation toujours renouvelée de l’élément rythmique et d l’élément harmonique……. Le charme de la musique ( succession de dissonances et d’accords harmoniques ) suggère la naissance toujours nouvelle des désirs et de leusr satisfactions, faisant miroiter à l’homme la réalisation de ses vœux sans jamais les décrire en particulier…d'où l'explication de l'équivocité apparente de la musique.....
2 Toute l’architecture musicale vaut comme une analogie des différents degrés de l’être: elleest bâtie sur le socle du grave analogue à de la matière inerte, les voies moyennes pour le monde végétal et animal, la voie aiguë, porteuse de mélodie la VOLONTE pleinement consciente de soi que seule possède l’humanité.....
LA VOLONTÉ imperceptible commence à être perçue dans la note la plus basse que puissent entendre les instruments de musique, la « basse fondamentale » ( analogue au socle de la matière inerte ) dont le prélude de l’Or du Rhin de WAGNER est une image approchée.
Rappelons que le prélude de l’Or du Rhin commence par le petit grain d’une note grave mi bémol qui enfle de façon statique progressivement pendant 137 mesures.
AUDITION WAGNER prélude de l'or du rhin
pour NIETZSCHE le but suprême de la tragédie et de l'art en général est atteint lorsque DIONYSIOS parle la langue d'APOLLON, APOLLON finissant par parler le langage de DIONYSIOS
NIETZSCHE reprend à son compte la dualité schopenhaurienne de la Volonté et de la Représentation et l'utilise dans sa conception de l'art : le but suprême de la tragédie et de l'art en général est atteint lorsque DIONYSIOS parle la langue d'APOLLON, APOLLON finissant par parler le langage de DIONYSIOS: naissance de la tragédie « DIONYSIOS parlant la langue d'APOLLON, APOLLON finissant par parler le langage de DIONYSIOS, le but suprême de la tragédie et de l'art en général se trouvant alors atteint »
EN EFFET, DIONYSOS chez NIETZSCHE symbolise la force vitale, parfois douloureuse ...ce dieu renaît sans cesse du fond même de sa destruction Eet symbolise l'apologie de la vie comprise comme « volonté de puissance » (notion très proche de celle de VOLONTE)
Le mythe de DIONYSIOS fut inspiré à NIETZSCHE par FRIEDRICH CREUZER et JOHANN JAKOB BACHOFEN : l'art émane d'états émotifs dont le principal est l'enivrement....l'extase fait pressentir la douleur universelle et génère la volupté du pessimisme. Or seule la vision pessimiste du monde pour le jeune NIETZSCHE suscite la création musicale; DIONYSIOS dieu du morcellement et de l'excès, dieu de la frénésie et de la souffrance est le dieu de la destruction créatrice.....
le principe apollinien apparaît comme un salut pour celui qui se perd dans l'action destructrice de la musique dionysiaque; il convient donc de codifier les pulsions régressives et sexuelles par l'art apollinien (embellir mensongèrement et de façon optimiste l'apparence; créer un ordre simple , rigoureux , là où tout n'est en vérité que chaos et impitoyable hasard.)
l'union des arts est nécessaire pour rendre supportable la force destructrice de la musique pure qui crée exubérance et exaltation: harmonie et rythme s'imposant finalement au cahos .
la tragédie grecque – dont le drame lyrique de Tristan WAGNER serait selon NIETZSCHE la renaissance - représente l'association de ces 2 forces et aide le spectateur à supporter héroïquement l'existence.
On peut donc résumer l'influence de SCHOPENHAUER sur NIETZSCHE comme celle d'un romantisme irrationaliste:
-la musique est reproduction immédiate de la Volonté
-la musique se rapporte symboliquement à la contradiction et à la douleur qui sont au coeur du monde
-elle reproduit symboliquement l'essence de la nature .
B NIETZSCHE décrit WAGNER comme le nouvel artiste dionysiaque
1 l'admiration de NIETZSCHE pour WAGNER fut immense: 1ere rencontre en novembre 1868 à LEIPZIG dans la maison de l'orientaliste HERMANN BROCKHAUS, où il fut subjugué par la présence de ce « génie »....il le revoit en 1869 lorsqu'il est nommé professeur de philologie classique à l'université de BÂLE, WAGNER habitant alors à LUCERNE..; il devient alors un intime de RICHARD et de COSIMA à TRIBSCHEN (lac des 4 cantons)...
2) WAGNER est décrit comme le nouvel artiste dionysiaque:
Pour NIETZSCHE en 1972, c'est WAGNER qui transcrit le mieux en sons, la langue universelle, l'expression du vouloir vivre définie par SCHOPENHAUER et la nécessité de l'union des arts qui lui semble nécessaire pour rendre supportable la force destructrice de la musique pure : (il est en accord avec la conception de l'art total défendue par WAGNER dans son son écrit de 1870 sur BEETHOVEN) .
NIETZSCHE décrit WAGNER comme le nouvel artiste dionysiaque dans WAGNER à Bayreuth 1876 :
1 la musique de WAGNER est «métaphysique de l'amour»(Tristan) ; elle est un art à part , qui vise à exprimer le monde nouménal;
2 WAGNER restitue au mythe son aspect viril; on y trouve des êtres titanesques qui entrent en conflit et éprouvent une souffrance dionysiaque .
3 WAGNER régénére l'ALLEMAGNE et le romantisme, substitut de la religion: il renoue avec l'esprit dionysiaque qui est inscrit dans l'esprit allemand, qui doit vaincre l'esprit socratique, qui doit fait revivre l'antiquité grecque en luttant contre l'esprit latin trop optimiste.
4 Il crée un langage sans concept, capable de traduire le pathos, c'est-à-dire la volonté passionnée et le désir, ce que NIETZSCHE appelle «les violentes tempêtes de l'âme» (WAGNER à Bayreuth )
En réalité, NIETZSCHE plaque dans l'oeuvre de WAGNER des caractéristiques qui vont dans le sens de sa propre théorie de la musique; il voit dans dans son oeuvre un miroir dans lequel il se mire narcissiquement.
NIEZTSCHE admire tout particulièrement Tristan :
Rappelons l'histoire: TRISTAN est blessé à mort par MELOT à la fin de l'acte 2, il délire dans son château de Bretagne et rendra son dernier soupir après avoir vu sa bien aimée.....
Il admire notamment le célèbre Sehnsucht- Motiv de l'accord de Tristan » dans le prélude MESURES 1 à 7 ( motif révélateur des sortiléges de l'amour/ puissance du philtre,où le désir et volonté se confondent)......
AUDITION du prélude et de l'accord de PARSIFAL Tristan mesures 1 à 7 ( progression chromatique sol dièse, la la dièse si )( tout un ensemble de notes de passage qui destructurent la stabilité tonale avec des glissements chromatiques créant un sentiment d'attente.. à comparer avec le superbe duo d'amour du second acte ........on observe des tensions successives toujours non résolues; ce n'est pas une indétermination absolue mais plutôt une détermination qui se transforme en mouvement imprévisible. C'est en ce sens que que la musique exprime le Vouloir ou la contradiction originaire...
« l'accord de Tristan » passa longtemps comme une curiosité harmonique, presque inalysable dans le cadre de l'harmonie classique, en raison d'altérations et de modulations inattendues.....
C NIETZSCHE musicien wagnérien:
En 1871, au moment où NIETZSCHE écrit La Naissance de la tragédie, il n'est pas seulement un philosophe wagnérien. C'est également un musicien wagnérien:
MAIS AUPARAVANT déjà, précisons que NIETZSCHE était musicien/compositeur dés l'âge de 12 ans (exemple une oratorio de NOËL en 1860/1861 où les paroles y sont rares, en conformité avec le genre de l'oratorio, la musique devant dépasser symboliquement la parole ...conformément aux voeux de .SCHOPENHAUER ; et pourtant NIETZCHE composera des « musiques narratives », ce qui nous pose le probléme de savoir quel est pour lui le vrai rapport entre parole et musique...)
De 1861 à 1865, NIETZSCHTE compose de nombreux lied: ( une vingtaine) de style schubertien et schumanien; EXEMPLE en 1865 il compose « JUNGE FISCHERIN » qui fait l'objet de 2 versions successives concernant une jeune fille qui brûle de retrouver son bien aimé. NIETZSCHE commente les poèmes et les lied de sa composition comme «un cri à l'état brut,..un sourd délire» ( bel effet de balancement pour évoquer la mer aux mesures 18/26..... dans la seconde version, on observe de nombreux points d'orgues...... débat: le second poème change t-il en fonction de la musique ou est-ce l'inverse?)
AUDITION de la 2° VERSION (12 minutes)
En 1872, NIETZSCHE est surtout connu pour être l'auteur de Manfred Meditation « sonate pour piano à 4 mains » (écrite au printemps 1872): MANFRED est bourré de remords après avoir tué sa demi-soeur ASTARTE qu'il aimait ; il essaie en vain de se jeter d'un pic élevé; enfin lui apparaît le fantôme d'ASTARTE qui lui annonce sa mort pour le lendemain...
le titre rend compte des puissants échos que l'Angleterre avait éveillé chez le jeune NIETZSCHE ( souvenirs de ses ,lectures de Conversations de GOETHE avec ACKERMANN dans lesquelles GOETHE avoue avoir une tendresse toute particulière pour BYRON qui lui rappelle sa propre jeunesse, impétueuse et passionnée....) le titre de cette oeuvre rappelle aussi celui de SCHUMANN qui a écrit un « Manfred » en 1851.et que NIETZSCHE connaissait.(.Il admirait SCHUMANN avant d'admirer la musique WAGNER )
l'influence de WAGNER y est manifeste:
Le célèbre Sehnsucht- Motiv de Tristan ( progression chromatique sol dièse, la la diése si ) est présent dés le début de Manfred (la bemol, la becarre, si bemol, si bécarre).......Manfred privilégie aussi constamment l'indétermination tonale comme dans Tristan...: ...présence fréquente aussi de la septième diminuée.
Cette composition a peut-être été injustement critiquée par son ami HANS VON BULOW qui critique son indécence prolixité .....; cependant, d'une manière générale, il est vrai que la plupart des oeuvres musicales de NIETZSCHE souffrent d' une imperfection formelle due à l' absence de réel motif mélodique et à leur caractère rhapsodique......
APRÈS la fin de son aventure wagnérienne, NIETZSCHE a peu composé; on relève « l' hymne à la vie » qui serait la seule composition bien connue.
hymne à la vie (version pour choeur et orchestre arrangée par son ami PETER GAST) sur un texte de LOU SALOME, composé en juillet 1882 que NIETZSCHE considère comme conforme à son mode de pensée: « je t'aime ô vie, et si tu dois m'anéantir..... je m'arracherai de tes bras avec douleur, tout comme l'ami s'arrache de la poitrine de l'ami ».
Il s'agit en réalité d'une reprise d'une précédente mélodie « prière à la vie » que NIETZSCHE explique ainsi: « cette oeuvre se veut un commentaire du gay savoir...... pour rallier les hommes à ma vie philosophique »( lette à H. KOSELITZ du 1er septembre 1882). D'aprés les spécialistes, dans « prière de la vie », on y observe encore une influence de WAGNER : analogie avec le thème des pèlerins dans l'ouverture de Tannhäuser ......
AUDITION
II PARTIE Retournement contre SCHOPENHAUER et surtout contre WAGNER
A Rejet partiel de la philosophie de SCHOPENHAUER à partir de 1878
1 NIETZSCHE aprés l'avoir tant admiré, prend ses distances avec lui, en le jugeant trop pessimiste: SCHOPENHAUER qui prône l' ascétisme et la morale, souffrirait d'une carence de vitalité. Il a été sourd à la musique de la vie
2 Il critique aussi la conception du Vouloir de SCHOPENHAUER notamment à partir de 1886 (dans gay savoir: la conscience perçoit la lutte des instincts et des affects au sein de la volonté) et 1887:( dans généalogie) car sa propre théorie de la Volonté a évolué et s'est complexifiée :
..
d'une part elle est une tendance à augmenter indéfiniment sa puissance et pas seulement à la conserver( SCHOPENHAUER); d'autre part, NIETZSCHE demeure d'accord avec SCHOPENHAUER pour affirmer que la volonté de puissance est partout mais elle est pour NIETZSCHE sujette à une dualité: besoin de croissance/autodestruction;...... volonté de puissance affirmative joyeuse, dont l'art représente la meilleure expression / volonté destructrice et triste dont l'expression est le ressentiment..
Le surhomme détient la volonté de puissance « affirmative », et la plus grande jouissance de l'existence consiste comme lui à vivre dangereusement et de façon joyeuse.
B 1878 (humain trop humain) marque la FIN OFFICIELLE DE SON AVENTURE WAGNERIENNE : un espoir déçu concernant le retour du tragique dans la tragédie de WAGNER, une musique jugée décadente, malsaine et impure
En effet, les premiers doutes concernant la valeur de WAGNER apparaissent en août 1874 avec un premier désaccord: NIETZSCHE apprécie une oeuvre de BRAHMS qu'il vient d'entendre (triumphlied « chant triomphal », une sorte de pendant à la marche triomphale de WAGNER), au point d'apporter la partition et de la jouer à son ami WAGNER qui se met en colére: « nous (WAGNER et COSIMA) sommes effrayés de la pauvreté de cette composition que vante notre ami NIETZSCHE; c'est HÄNDEL, MENDELSHON et SCHUMANN reliés en cuir » journal de COSIMA.......
1876 marque le début de la vraie rupture lors du festival de BAYREUTH. NIETZSCHE quitte le festival car il éprouve des troubles psychiques et somatiques durant la représentation du RING; puis il se sépare de lui corps et âme en lui assénant des critiques acerbes : à partir de 1878, il s'agit là d'une véritable mise à mort symbolique, par laquelle il critique le côté démagogue et mégalomane de WAGNER, et sa musique jugée décadente parce que chrétienne et germanique.
IL NE SUPPORTE PLUS CETTE MUSIQUE:
1 physiologiquement parce qu'elle agit sur les nerfs comme un narcotique ou un excitant et détruit la réceptivité du corps ( souvenons nous que « cela endort le duc de GUERMANTES » recherche du temps perdu PROUST..)
2 intellectuellement
A)refus de son projet culturel : NIETZSCHE se serait séparé de WAGNER au moment où il pressentait en lui un prélude à la modernité spectaculaire qui transforme l'art en propagande: WAGNER serait donc un ingénieur social; NIETZSCHE aurait vu venir à BAYREUTH un dispositif spectaculaire où l'ingénierie primait sur le spectacle (société du spectacle). WAGNER serait comme le précurseur de ceux pour qui la musique devient un substitut de la religion (une sorte de pop musique), à destination des masses droguées. Finalement, le génie de WAGNER se limiterait à avoir été un homme de communication , sachant séduire la foule( Gay savoir ). La musique de WAGNER est ravagée par le théatre , la grandiloquence, la démesure dramatique; il le considéré comme un magicien, un ensorceleur, « Klingsor de tous les Klingsor » avec des morceaux tapageurs... à l'opposé de l'art subtil d'un CHOPIN par exemple que NIETZSCHE préfère parce que sa musique s'exprime par allusion.
NIETZSCHE rejette le projet wagnérien de régénération de la culture allemande par le théâtre musical parce qu'il ne croit plus à l'âme allemande ni au romantisme qui nous prive du droit de penser : épanchement d'un ressentiment contre le romantisme que l'on retrouve dans humain trop humain (1878) et plus tard dans NIETZSCHE contre WAGNER (1888 ).
3 reproches esthétiques: critique du romantisme et de « la musique moderne » ( celle de WAGNER), origine de la décadence.
NIETZSCHE souhaite le renouveau d'une musique « classique » qui puisse intégrer l'apollinien dans le dionysiaque, qui soit surabondance de vie et en même temps vision tragique et courageuse de la vie; mais la puissance de fantaisie et de dérèglement est toujours plus rapide que la puissance des règles; Dans Généalogie de la morale 1887, NIETZSCHE montre que la contrainte extérieure oblige les forces réprimées à créer une intériorité « c'est ce que j' appelle l'intériorisation de l'homme ( naissance de l'esprit) »( cité par B. SEVE) ; en ce sens, le règlement de la musique (« classique ») peut donc parfois être l'occasion de l'invention d'une musique supérieure.
Il rejette la musique qui appauvrit la vie par le calme et l'engourdissement: NIETZSCHE dans Le Gay Savoir (aphorisme 370) oppose le dionysiaque et sa contrefaçon, l'ivresse.(SEVE)...
La musique de WAGNER est une musique non structuréé, sans unité, une musique du chaos: WAGNER abuse de «l 'homophonie » (technique pour donner une expression plus intense aux sentiments) qui ne convient qu'à la masse (« au troupeau ») et qui enlève l'élégance du rythme. En effet, NIETZSCHE critique chez WAGNER l'absence d'une véritable temporalité: une musique qui se meut dans un instant qui se renouvelle sans cesse, qui n'affirme rien, n'invente pas ( errer sans cesse dans les tonalités et par la même les suspendre); Le rythme wagnérien n'est pas un temps proprement musical car il est soumis au fluctuations de l'affect avec ses crescendo et ses diminuendo, donc au pathos et non à l'ethos (rythme stable grec et classique); « la mélodie infinie de WAGNER est imprécise... on entre dans la mer... on perd pied..... on n'a plus qu'à nager... au lieu de marcher, danser... » (NIETZSCHE contre WAGNER 1888 ).( jugement identique de la part du célèbre critique musical Edouard HANSLICK, contemporain de NIETZSCHE).
WAGNER n'a de talent que dans les petits détails ; « un artiste du minuscule »:des oeuvres fragmentaires reliés artificiellement par la mélodie(CAS WAGNER) ; WAGNER n'est grand que lorsqu'il met en musique sa propre souffrance ou sa propre personnalité.......et s'il a pu admirer WAGNER dans sa jeunesse, c'est parce qu'il a crû y reconnaître la marque de l'esprit dionysiaque qui fait sourdre la tragédie d'un trop plein de vitalité(NIETZSCHE contre WAGNER)
5 la conversion de WAGNER et son ralliement au Dieu allemand, à l'Eglise et le Reich allemand est vécu comme une trahison.
Lettre du 22 février 1883 à MALWA VON MEYSENBURG « WAGNER m'a mortellement offensé... j'ai ressenti son retour lent et rampant vers le christianisme et à l 'église comme une insulte personnelle ».
Plus tard, le Parsifal de WAGNER est considéré par NIETZSCHE comme un « drame chrétien » et donc comme un « véritable attentat à sa morale ». La polémique sur le christianisme et la chasteté apparaît avec le personnage de PARSIFAL parce qu'il prône un idéal ascétique de dévouement, de fidélité, de pureté. Le code de la sainteté, la vertu de pitié, qui incite à la recherche de DIEU, c'est-à-dire du néant entrave l'amour de la vie....
La rupture a t-elle été vraiment totale? NIETZSCHE n'a pas cessé de débattre avec WAGNER. Cela ne s'est pas arrêté avec leur séparation. Lorsqu'on lit les Fragments posthumes, on constate que, sans arrêt, et de manière tout à fait impromptue, mais insistante, NIETZSCHE revient sur WAGNER; c'est une discussion qui n'est jamais finie, qui nous obligerait à tenir compte des contradictions et de la complexité de son caractère .... cette contradiction dans ses jugements est présente aussi dans son ambivalence entre le classicisme et le romantisme: en voici 2 EXEMPLES:
D'une part, il considère GOETHE comme un dionysien qui incarne « le classicisme de l'avenir »; d'autre part, dans crépuscule des idoles, dans le chapitre « ce que je dois aux athéniens », il est dit que GOETHE n'a pas compris les grecs ni les mystères dionysiens.....
d'une part, il témoigne un un hommage vibrant aux romantiques: son dernier texte de décembre 1888 rappelle son admiration pour BYRON, MUSSET, POE, LEOPARDI, KLEIST, GOGOL) « hommes du moments, sensuels, absurdes, légers, et soudain dans leur méfiance et dans la confiance...... hommes supérieurs » 1888 NIETZSCHE contre WAGNER.....et d'autre part, durant la même époque, il nous fait part de sa rupture avec le romantisme à travers la découverte du plaisir des arts visuels classiques, de la peinture, de CLAUDE LE LORRAIN et de l'architecture.....
Même ambivalence dans ses jugements sur la musique de BIZET comme nous allons le montrer maintenant.
III° PARTIE ÉVOLUTION DES GOÛTS MUSICAUX DE NIETZSCHE
A ATTRAIT DE NIETZSCHE POUR LA MUSIQUE DU SUD: NIETZSCHE demande à la musique la capacité de décrire les passions, et non plus la capacité de dévoiler une dimension métaphysique
A partir de 1880, NIETZSCHE quitte l'Allemagne et s'installe dans le sud, entre GENES et NICE ; là s'opére une véritable mutation de sa sensibilité. Dans ecce homo , il écrit « si je me reporte quelques mois plus tôt......modification soudaine et radicale de mon goût, surtout en musique ». NIETZSCHE y découvre une autre terre: le Sud, Naples, l'Italie et il s'opère chez lui une renaissance dans l'art d'écouter.
NIETZSCHE préfère, à la fin de sa vie, la musique du sud : celle de ROSSINI, celle de son ami PETER GAST, DELIBES Lakmé et surtout celle de BIZET, Carmen 1875 dont il sera « toqué ». Il écrit .
En effet, c'est au théatre de GÊNES en novembre 1881 qu'il assiste pour la première fois à Carmen – « une oeuvre extrêmement méridionale »- « cette oeuvre vaut pour moi un voyage en Espagne, une oeuvre extrêmement méridionale. Il faut méditerraniser la musique ».
Il s'agit d'une « vraie musique de tragédie » à caractère populaire (exemple de la dernière scène: « le salut de mon âme je l'aurai perdu pour toi ») ;
l'opéra est composé sur une nouvelle de MERIMEE.... (DON JOSE/brigadier, ESCAMILLO/torero, MICAËLA/jeune fiancée paysanne, contrebandiers, bohémiens; BIZET a fait entrer dans la musique cultivée européenne une « sauvagerie » qui est celle de la musique populaire. (C'est ce que fera BARTOK plus tard avec les chants hongrois).
NIETZSCHE trouve dans l'opéra de BIZET une musique libérée des prétentions métaphysiques, de la légèreté, décrivant une réalité imprégnée d'une sorte d'immoralisme joyeux et de gaieté fataliste.
AUDITION d'un extrait..HABANERA « un jeu séducteur, irrésistible, démoniaque, railleusement provocateur. C'est ainsi que les Anciens concevaient Eros. Je ne connais rien de pareil » affirme NIETZSCHE.
NIETZSCHE a-t-il vraiment aimé BIZET (parce qu'il s'est lassé de WAGNER)?
D'une part, il déclare l'admirer et d'autre part, il semble que dans cette déclaration, il y ait une forte dose d'ironie: .le Carmen de BIZET semble constituer une antithèse ironique au drame wagnérien: il écrit le 27 décembre 1888 à CARL FUCHS, quelques jours avant sa crise de folie à TURIN, son dessein de ridiculiser WAGNER en lui préférant BIZET : « vous ne devez pas prendre au sérieux ce que je dis de BIZET, aussi vrai que je suis, BIZET n'entre mille fois pas en ligne de compte pour moi. Mais comme antithèse il produit un grand effet ».
B LA CRITIQUE DE NIETZSCHE tend à revaloriser la musique comme une sorte de jeu du monde. ELLE ANNONCE UNE RÉVOLUTION CULTURELLE: la faillite du systéme de la représentation
NIETZSCHE opère une véritable réflexion sur la révolution culturelle à l'aube d'une nouvelle modernité (il annonce la faillite du système de la « représentation » du système tonal..et l'avènement de l'oeuvre ouverte.. voir RAYMOND COURT), laissant la place à la réalité du pluralisme, du devenir, du multiple, de l'imprévu....un révolution qui tend à revaloriser une sorte de jeu du monde: l'oeuvre se ressource dans un esprit dionysiaque qui reconstitue le chaos originaire.
Comme le montre aussi BERNARD SEVE, la musique est le jeu par excellence parce qu'elle est à la fois absence de fin et improvisation (comme dans le jazz) (n'oublions pas que NIETZSCHE avait de grands talents d'improvisation): « la musique fait respirer le temps, elle ne nous sépare pas du monde, mais nous y inscrit autrement.......c'est sans doute ce que NIETZSCHE, avait en vue, quand il disait préférer la légèreté de BIZET à la lourdeur de WAGNER: la musique qui dore l'existence est celle qui allège l'âme » (l'altération musicale ).
CONCLUSION GENERALE
La musique est en rapport étroit avec sa philosophie car elle demeure la quintessence de la vie.
Ambivalence de NIETZSCHE pour SCHOPENHAUER, pour WAGNER et le romantisme....mais l'esprit dionysiaque demeure toujours pour lui l'essentiel; dans ce cas, la musique ne peut pas se manifester comme un simple divertissement. La superficialité n'est acceptée que si elle repose sur une certaine profondeur; c'est bien ce que dit NIETZSCHE dans Ecce Homo (pourquoi je suis avisé) : « Ce que quant à moi je demande véritablement à la musique. Qu'elle soit de belle humeur et profonde....»
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15.01.2007
interlude musical
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26.11.2006
Quels sont les moyens de connaître autrui?
Quels sont les moyens de connaître autrui?
Introduction
Explication des termes:
Qui est autrui ?
C’est l’autre, à la fois semblable et différent.
1 Etymologiquement un alter ego : Cette conception d'autrui comme prochain (comme moi, il est un sujet et une conscience) m'incite à comprendre en lui ce qui me ressemble.
2 je peux considérer autrui comme un être trés différent : une altérité pleine d'ambiguité:
- a)l'altérité est promesse d'une complémentarité par rapport à ce que je ne suis pas et qui me manque, un enrichissement de ma culture et de ma personnalité et vers lequel je tends....
-b)l'altérité c'est voir aussi une opposition qui menace mon identité et ma sécurité, (« l'enfer c'est les autres »)
-c)ou encore un ensemble d'êtres abstraits, lointains, invisibles: l'ensemble de ceux qui ne sont pas moi, que je condense sous forme de clichés (idées simplifiées et impersonnelles); précisons tout de suite que c'est la société dans laquelle je baigne qui façonne inconsciemment ma vision collective d'autrui et même une partie de ma senbilité EXEMPLE pour nous français, les anglais nous apparaissent froids, les italiens jovials.... et paraît-il, nous sommes intelligent!!! ; .une simplification ethnocentrique et illusoire dénoncée par l'anthroplogie contemporaine, qui montre que dans l'histoire elle a été la cause de graves malentendus (colonisation injustifiée du « bon sauvage »....).
Connaître comment?: de quelle maniére et jusqu'à quel point arrive-t-on à connaître les motifs (raisons conscientes) et les mobiles ( motivations plus ou moins inconscientes) des actes d'autrui et à comprendre ses intentions et ses expériences?
connaissance explicative (mais toujours partielle) de la personne si je me limite à la connaissance rationnelle des motifs de ses actes ou à une interprétation systématique des mobiles de son action
connaissance compréhensive si je tente à embrasser sa personnalité entière, atteindre l'autre dans son fond original et irréductible et dans sa liberté..... une approche qui privilégie ici la connaissance du singulier
Quels sont donc, selon les circonstances et selon les buts que je poursuis moi-même, les meilleurs moyens pour connaître autrui?
Plan
les moyens de connaissance d'autrui de la vie courante
les apports de la connaissance scientifique
1ere partie les moyens de connaissance d'autrui dans la vie courante
La connaissance d'autrui dans la vie courante semble osciller entre 2 points vue
point de vue de la psychologie classique : DESCARTES partait d'une conscience close, d'où il résultait que nous ne pouvions connaître autrui et nous mettre à sa place que par analogie avec nous même; la connaissance d'autrui se base sur la connaissance de soi dans la mesure où nous recherchons des intentions identiques ou similaires; l'explication rétrospective de la conduite d'autrui est alors comparable à l'explication rétrospective de ma propre conduite.
Le point de vue de la psychologie contemporaine pose, au contraire, la notion d'une conscience ouverte et d'une intersubjectivité qui en vient presque à faire de la connaissance d'autrui quelque chose d'aussi immédiate que la connaissance de soi.
1 La connaissance d'autrui semble d'abord une expérience immédiate: à partir de signes et de symbôles naturels
On peut affirmer que nous avons une expérience immédiate d'autrui, à condition de prendre le terme expérience dans le sens d'intuition ou de sentiment direct.
A Ce sentiment direct existe déjà chez le tout jeune enfant qui distingue très bien les personnes des choses et sait deviner leurs dispositions,
B Ce contact avec autrui s'établit notamment grâce aux signes naturels du langage émotionnel : lecture directe des sentiments grâce aux modifications du visage, du regard, de la voix.
Sans doute, les sentiments d'un autre nous demeurent invisibles, mais ils entraînent des modifications corporelles qui ne sont pas des effets quelconques, car ils viennent achever le sentiment lui-même, le faire affleurer dans le monde physique.
EXEMPLE quand je percois les traits de la JOCONDE ais-je besoin de me rappeler des expériences antérieures qui m'ont appris tel état d'âme?
Ce contact avec autrui s'établit surtout grâce au regard..
C Il existe enfin différentes formes de communication directe avec autrui qui vont de la sympathie, voire de la simple contagion psychique, à la véritable compréhension affective
Toutefois, toute connaissance suppose un minimum d'interprétation et donc de recul .
l'adulte lui-même se fait souvent bien des illusions sur sa compréhension spontanée d'autrui..EXEMPLE loi d'illusionnement: un éléve beau est jugé a priori plus intelligent par ses professeurs.
La véritable connaissance d'autrui suppose l'expérience directe mais elle a besoin d'être complétée par une expérience raisonnée.
2 La connaissance d'autrui est acquise le plus souvent par la connaissance du comportement interprêté de façon raisonnée:
A C'est déjà une véritable connaissance que nous apporte la fréquentation d'autrui.
Nous savons par exemple que parmi les personnes que nous fréquentons, telle est capable de tenir sa parole, telle autre non, telle autre a du coeur, telle autre est égoiste : il s'agit d'une expérience raisonnée fondée sur l'interprétation du comportement d'autrui, sur la comparaison de ses réactions en diverses circonstances:
Nous acquérons cette connaissance d'autrui par une interprétation de ses actes . EXEMPLE c'est par la description de leurs comportements qu'un LA BRUYERE, nous fait connaître les caractéres de ses personnages.
B Parmi les comportements, le langage en est le principal.
Mais dans quelle mesure nous fait-il vraiment connaître autrui?
1 Le langage peut servir à travestir la pensée aussi bien qu' à l'exprimer:
L'individu n'est pas forcément de bonne foi, et même s'il l'est, il peut se tromper...il en est de même des tiers qui émettent des jugements contradictoires sur autrui EXEMPLE dans la recherche du temps perdu le Narrateur est jugé par les autres à travers des points de vue contradictoires: pour ceux qui connaissent déjà le livre je citerai ALBERTINE qui le trouve gentil, RACHEL qui le trouve cultivé , LEGRANDIN qui le trouve méchant, NORPOIS aux dires de la duchesse de GUERMANTES digne d'être aimé mais d'aprés les dires de Mme de VILLEPARISIS, NORPOIS aurait dit que c'était un flatteur à moitié hystérique.......
le langage peut servir à travestir la pensée EXEMPLE la peinture humoristique du vieux diplomate M. de NORPOIS qui ne veut rien dire qui puisse le compromettre;il est interpellé pendant l'affaire DREYFUS par BLOCH et il arrive par 2 phrases contradictoires, à ramener la somme de ses propos à zéro.
2 les mots n'ont pas la même résonance pour tout le monde surtout lorsqu'il s'agit de la vie affective : les mots ne traduisent que les aspects les plus communicables, donc les moins individuels et les moins « profonds » de la vie affective;
3 les mots n'ont pas toujours la même résonance selon les circonstances...et les cultures....leur signification dépend des conventions culturelles ou encore d'autres éléments liés à l'éducation de la personne d'où la nécessité d'interpréter sous peine de malentendu EXEMPLE le « Narrateur » réussit à décrypter les signes du langage mondain, lorsque le duc de GUERMANTES, accompagné de la reine d'Angleterre lui dit et lui fait signe dit de venir le rejoindre.......le Narrateur comprend aussitôt qu'il ne doit pas venir en pareille compagnie et lui adresse de loin un salut respectueux qui lui vaudra aussitôt l' admiration générale......
4 REMARQUE: le langage n'est pas tout entier dans les mots:
à côté du langage vocal, il y a le langage émotionnel et le langage par geste............
dans le langage parlé, il faut tenir compte du ton, de la mimique vocale.......souvent plus révélateur que les paroles : on sait quelle importance la psychanalyse accorde aux lapsus où émergent des aspects ignorés de la personnalité.
C Jusqu'à quel point, ces procédés nous permettent de connaître nos semblables? Reconnaissons que cette connaissance est toujours précaire:
1 Nous ne nous connaissons pas nous mêmes; à plus forte raison, nous est-il difficile de pénétrer les secrets de l'âme d'autrui. Si les consciences ne sont pas absolument closes les unes aux autres, elles demeurent toujours quelque peu distantes, et seule la parfaite communion avec un être aimé est capable de faire tomber ces barriéres.
A cet obstacle s'ajoute la complexité des caractéres EXEMPLE complexité des héros décrits par les romanciers russes/DOSTOIEVSKI .........
2 Il demeure au fond de chaque âme un monde inconscient ou subconscient........qui ne se manifeste à nous que par éclairs,
- soit dans le regard.................
-soit dans les actes involontaires( gestes spontanés, actes manqués analysés par la psychanalyse)
-soit dans des circonstances imprévues, inhabituelles , dans lesquelles autrui est obligé de se démasquer, de quitter le masque de la simple politesse
Conclusion partielle: la connaissance d'autrui commence par les images et les comportements qu'il nous livre ; des situations de communication qui demandent à être approfondies.
Faut-il en conclure comme PROUST, que les signes conventionnels et volontaires comptent peu, notamment « l'énoncé direct » que les gens fournissent de leur vie et de leur pensée ?( « j'en été arrivé à ne plus attacher d'importance qu'aux témoignages qui ne sont pas une expression rationnelle et analytique de la vérité » III 596); faut-il pour autant refuser une place à la connaissance scientifique et rationnelle d'autrui qui prolonge la connaissance ordinaire?
2eme partie : les apports de la connaissance scientifique
Il existe, au-delà de l'expérience courante, une connaissance scientifique des autres. Encore faut-il préciser qu'elle n'intéresse pas le vulgaire qui cherche non pas « expliquer » autrui mais à savoir s'il pourra en faire son ami ou son collaborateur: une connaissance qui n'est pas analytique mais globale à visée pratique, où il s'agit de déceler autant ses intentions et ses qualités morales que ses qualités physiques et psychologiques.
Il existe une connaissance scientifique des autres
1 dans le cadre des sciences empiriques:( utilisation des substituts de la pensée sous formes de symboles, gestes , paroles, écriture)
EXEMPLE la caractérologie
Cette typologie ne débouche par à proprement parler sur une connaissance individuelle mais elle explique jusqu'à un certain point l'individu, tout en n'étant pas rigoureusement scientifique.
2 dans le cadre des sciences expérimentales:
pour progresser en direction d'une abstraction vraiment scientifique et explicative nous pouvons utiliser d'autres ressources de la psychologie expérimentale avec l'emploi de la méthode des tests : ils permettent, par exemple, d'établir le niveau intellectuel d'un individu par rapport à son âge physique. Cependant, les tests sont d'un emploi toujours difficile; ils me renseignent sur l'existence de telle ou telle faculté mais pas sur l'usage que j'en fais.
3 limites de la connaissance scientifique: la connaissance scientifique porte sur le général( .une connaisance qui procéde par abstraction et finalement par raisonnement analogique), inadéquate pour la connaissance du particulier en tant que tel.....
3éme partie: QUELLE VALEUR FAUT- IL ACCORDER à la connaissance intuitive et à celle de la connaissance rétrospective et analogique
Mais d'abord quelques rappels:
--------La connaissance analogique et conjecturale serait une interprétation d'autrui à partir de l'intérieur de nous mêmes:
« la clef d'autrui est d'abord en nous mêmes car nous ne faisons jamais que conjecturer autrui » Ch BLONDEL Psychologie de M. Proust page 162.
La véritable compréhension d'autrui ne serait donc pas la saisie intuitive directe d'un état de conscience et d'un être total à travers sa physionomie et son corps ........elle s'élabore dans une reconstruction patiente de la conscience d'autrui qui n'a rien à voir avec la sympathie ni avec la participation affective....une attitude proche de la psychologie de DESCARTES qui juge que l'intersubjectivité est seconde (autrui est pour moi une « projection (le résultat d'une déduction) » d'une conscience dans un corps).
------------ la connaissance intuitive serait une connaissance d'autrui à partir d'une relation compréhensive instaurant une connaissance immédiate:
-selon BERGSON, la sympathie est bien un mode de connaissance qui ne reléve pas de l'intelligence, mais de l'instinct: « l'instinct est sympathie », et lorsque cette sympathie devient conscience d'elle-même, elle est intuition
- dans la phénoménologie contemporaine on retrouve la même certitude originaire de l'existence d'autrui (EXEMPLE l'intersubjectivité évoquée par HUSSERL: « la conscience reconnaît l'existence d'autres consciences dans un sentiment originaire de co-existence »).
EXAMEN CRITIQUE
L'expérience d'autrui est une expérience vécue ; elle n'est pas de soi réfléchie
Il n'est pas nécessaire de faire un raisonnement pour prêter un sens aux attitudes et aux expressions d'autrui. Mais nier le raisonnement analogique n'est pas nier l'analogie. le rapport de ressemblance entre les psychismes peut jouer san être saisi comme un rapport d'analogie EXEMPLE l'enfant répond spontanément au sourire de sa mére, en éprouve la signification affectueuse, sans faire le moindre raisonnement. .
1re conséquence: importance de la communication directe des consciences ;
la communication des consciences est antérieure au langage parlé et à l'exercice du raisonnement:
cette communication originaire semble s'exprimer de façon variée en termes de conflit, d'antipathie, de haine ou au contraire d'empathie, de sympathie, d'amitié ou d'amour:
SARTRE, comme dans les perspectives hégéliennes, affirme que cette intuition repose sur l'expérience du conflit entre 2 personnes, exprimé par le regard : « surpris par le regard d'autrui je me sens gêné », car je sens ma liberté m'échapper en objet, par ce regard ; pour SARTRE, je suis prisonnier du jugement d'autrui (huis clos): le contact avec autrui manifeste une altérité radicale.....la conscience de chacun demeure irréductible et au-deça du comportement visible. SARTRE développe l'importance du conflit en même temps que celui de l'absurde (« tout existant naît par hasard, se prolonge par faîblesse et meurt par rencontre »). Nous ne le suivrons pas sur ce terrain.
CRITIQUE: le regard fixé sur moi peut être une gêne , dans la mesure où je me sens découvert, MAIS il peut aussi m'être infiniment précieux, si je veux espérer me révéler à autrui au delà des mots que je prononce. Au lieu d'être une cause de conflit, le regard peut être un moyen de sympathie et de découverte.( analyses de JASPERS, de l'existentialisme chrétien de GABRIEL MARCEL, de LEVINAS.....)
2eme conséquence: apologie de la sympathie dont le moyen formel de connaissance est la ressemblance:
pour MAX SCHELER (nature et forme de la sympathie), je peux atteindre des valeurs inaccessibles à l'intelligence: elles appartiennent à la « logique du coeur » et sont en elles-mêmes alogiques.
L'amour est une expérience connaturelle ( un contact et une expérience fruitive qui cause une joie);
Sans doute, d'une certaine façon, on ne peut-on aimer que ce qu'on connaît, par l'intelligence. Mais le moyen formel de la connaissance amoureuse n'est plus le même: ce n'est plus le concept mais la ressemblance: j'aime mon ami parce qu'il y a une ressemblance qui m'invite à le considérer comme un autre moi-même et vers qui je tends comme en un bien , en qui je peux me reposer.
3 eme conséquence: la connaissance par sympathie est une connaissance « obscure »; l'objet d'amour est davantage senti que pensé
sans doute, y a-t-il interaction entre connaissance intellectuelle et l'amour: plus j' aime autrui, plus je ne cesse d'inventorier, par la pensée , ses aspects délectables mais ici on ne « voit » pas l'âme de l'autre pas plus que nous « voyons » notre âme dans son essence, lorsque nous en avons une expérience réflexe ; nous « sentons » l'âme de notre ami comme un objet d'expérience obscure et ineffable, dans lequel le toi et le moi sont confondus dans une même ressemblance fusionnelle; obscur car je pressens qu'il y a plus en l'ami que l'intelligence ne me fait connaître.
4 éme conséquence : La connaissance par connaturalité est une connaissance authentique mais elle doit être complétée par la réflexion:
l'intrusion du coeur dans les choses du jugement sont souvent cause d'erreurs; en suivant son « instinct » , on imagine autrui selon l'image que l'on s'en fait, en le recouvrant de nos songes (« l'amour rend aveugle »). Aussi pensons- nous que la sympathie ne peut jouer ici qu'un rôle heuristique et qu'elle ne peut suppléer la reflexion, qui, tenant compte de tous les moyens que nous disposons, nous permettra de nous faire d'autrui une idée moins conjecturale.
CONCLUSION: la connaissance d'autrui n'est jamais compléte ni infaillible mais on peut y progresser par toutes les formes de la connaissance ordinaire et scientifique.
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