16.01.2008

LA SAGESSE DES MODERNES selon A. COMTE-SPONVILLE et L. FERRY

Café philo les Augustes Clermont-Ferrand 14 septembre 2004 (Evelyne et Dominique)

La sagesse des modernes (Robert Laffont 1998) est un gros livre dicté au magnétophone par André COMTE-SPONVILLE et Luc FERRY. C'est un dialogue entre 2 philosophes parmi les plus connus du grand public, le premier est un matérialiste athée, le second un humaniste agnostique; dans cet ouvrage, ils se proposent de reformuler dans un langage contemporain les interrogations des Anciens et de confronter leurs visions respectives sur des questions essentielles, à savoir:

La vie a t-elle un sens ?

Comment vivre?

Comment trouver la sagesse sans se soumettre aux religions?

Comment être libre?

Nous rappellons que FERRY et SPONVILLE sont surtout connus, le premier comme ancien ministre de l' Education nationale (2002/2004) mais aussi comme l'auteur de L'homme-Dieu (Grasset 1996),..le second pour son Petit traité des grandes vertus (PUF 1995) et le bonheur désespéremment (Pleins Feux 2000). Tous leurs travaux philosophiques suivent une même tentative, celle de promouvoir la sécularisation du christianisme qui constitue selon eux le caractère principal de l'Occident moderne : cette évolution leur paraît aussi irréversible que la marche vers la démocratie en politique ; elle serait liée à un mouvement de rationalisation et de laïcisation enregistré depuis 3 siècles et elle se traduit pour eux par le refus de renvoyer l'homme à autre chose que lui-même, un homme moderne qui revendique progressivement son autonomie et sa liberté de conscience; ils évoquent donc, à leur manière, l'évolution de l'Occident vers un univers laïque qui récuse la représentation d'un Dieu et celui d'un univers transcendant, tout ce qui est « extérieur » à l'homme.Ce mouvement d'émancipation se  traduit aussi par le rejet de l'argument d'autorité et du refus du dogmatisme des religions révélées. Cependant, ils estiment aussi que la philosophie doit prendre le relais de la religion et qu'elle doit lutter contre des visions encore trop réductrices de l'homme.

Tout en gardant leur vision propre, FERRY et SPONVILLE s'accordent à estimer que la question du sens est devenue aujourd'hui plus que jamais nécessaire dans nos sociétés occidentales ; aussi leurs interrogations sont-elles centrées principalement sur l'éthique comme le dénote le contenu des dialogues qui développent 3 thèmes principaux:

1- débats centrés sur les fondements et les enjeux de l'éthique, de l'humanitaire, de la bioéthique

2- débats centrés sur l'éthique face à la religion: que nous est-il permis d'espérer sans le secours de Dieu?

3- réflexions sur le rôle du philosophe dans la cité: l'esthétique moderne, la société médiatique, la politique et la résolution de ses conflits.

Finalement, l'un et l'autre se demandent comment on peut être encore humaniste ?( point de vue de la « transcendance dans l'immanence » défendu par FERRY) ou comment on peut être encore matérialiste?( SPONVILLE).

Des questions très diverses y sont évoquées: on y parle tour à tour de la neurologie, de l'écologie, de la sociobiologie. des évenements de Mai 1968, du féminisme, du Front National ou de la télévision. Rien n'est oublié , au risque de perdre un peu le lecteur, d'autant plus que d'autres personnalités interviennent aussi à l'improviste dans la conversation: on peut citer entre autres MAREK HALTER, BERNARD KOUCHNER, TZVETAN TODOROV, l'éditeur BERNARD FIXOT...

Mais dans ce dialogue, les deux voix de FERRY et SPONVILLE suivent leurs préférences personnelles pour l'une des deux voies, qui sont deux traditions qui s'opposent, aussi anciennes que celles de l'histoire de la philosophie et l'histoire de la sagesse.

Le débat se porte d'abord sur le terrain strictement philosophique à travers une série d'oppositions

- dans lesquelles FERRY et SPONVILLE reconnaissent une partie de leurs convictions respectives- et dont la ligne de front serait :

Le conflit

entre le matérialisme (EPICURE) et l'idéalisme(PLATON);

entre le monisme (SPINOZA) et le dualisme (DESCARTES);

entre le naturalisme de (DIDEROT) et l'humanisme (ROUSSEAU);

entre l'immanence (SPINOZA de nouveau, mais aussi MARX et FREUD) et la transcendance ( fût-elle en quelque sorte de « l'intérieur »: KANT et HUSSERL)

et dans le prolongement des oppositions précédentes: le structuralisme (LEVI-STRAUSS, ALTHUSSER) et l'existentialisme (SARTRE).

Autrement dit, pour résumer, le dialogue FERRY/SPONVILLE apparaît d'abord comme une vaste confrontation entre une philosophie de la nature ou de l'histoire d'une part, une philosophie de la personne ou du sujet d'autre part.

En effet, Luc FERRY est fortement influencé par le kantisme et plaide en faveur « d'un humanisme transcendantal » selon lequel « il y a du sacré » en l'homme et d'une certaine maniére du divin, c'est-à-dire des valeurs transcendantes et absolues. » . « L'humanisme transcendantal » désigne ici la position « hors nature » du propre de l'homme, dans la mesure où il échappe aux déterminismes qui régissent les phénomènes naturels. Pour FERRY, les sciences humaines ont trop tendance à réduire l'homme à des déterminismes bio-socio-historiques.

A l'inverse, SPONVILLE se reconnaît davantage dans la tradition de la philosophie sceptique et matérialiste ou encore dans le naturalisme classique d'un SPINOZA. Certes, il rejette le nihilisme pour lequel il n'y a ni permis ni défendu...mais il rejette aussi le lien entre la vérité et la valeur qu'il estime être un nouveau « dogmatisme ». Il accorde davantage de crédit que FERRY aux sciences humaines et au contexte pour cerner la condition humaine...

Sur le plan plus large de la sagesse et de la religion, les oppositions entre les 2 hommes sont encore flagrantes:

L'un et l'autre concédent bien l'existence d'une forme de sacré et affirment que c'est bien la primauté de l'amour et du respect de la vie qui donnent à la morale sa véritable signification, une morale libérée des illusions sécurisantes de l'espérance religieuse .

Cependant, SPONVILLE refuse l'existence d'un sacré qui ne se réduise pas finalement à du naturel « différencié » ou socialisé; il refuse toute transcendance y compris celle proposée par FERRY, fut- elle pensée de «  de l'intérieur » : SPONVILLE critique FERRY qui préfère « croire » à l'homme et qui maintient encore en l'homme une zone de « mystère et de liberté ». Au contraire, SPONVILLE cherche à approfondir les frontières entre le déterminisme et l'indéterminisme dans un cadre strictement naturaliste, qui nie l'existence de la liberté en tant que telle: SPONVILLE évoque le clinamen d'EPICURE , et de nos jours, l'effet « réversif » de la nature  contre  elle-même (culture) développé par DAMASIO, J.P..CHANGEUX....

Mais paradoxalement, SPONVILLE se définit aussi comme un « athée fidèle »:

Athée parce que les religions révélées sont « un asile d'ignorance » et qu'il ne croit pas en Dieu;

Fidéle parce qu'il reconnaît certaines valeurs valeurs judéo chrétiennes, intéressantes seulement pour leur morale (Evangiles): on n'a pas besoin de croire en Dieu pour comprendre que l'amour et la compassion valent mieux que la haine. Sur ce point, SPONVILLE se sent plus proche que FERRY des spiritualités orientales immanentes (bouddhistes, taoïstes) et des autres sagesses immanentes grecques(épicurisme, stoïcisme). FERRY se sent plutôt étranger à ces spiritualités orientales, malgré leurs préceptes de compassion, en raison de son apologie pour une spiritualité de la personne, de l'espérance, très éloignée donc de la dissolution de l'ego ou du sujet dans l'immanence, et sans véritable espérance selon lui...

Dans ce livre on ne peut passer sous silence le champ politique et humanitaire qui est largement évoqué:

En politique comme en philosophie il convient de «  penser par soi- même » KANT ( même si en pratique l'on commence toujours par penser par et avec les autres), il faut promouvoir et poursuivre le mouvement d'émancipation des individus entrepris depuis 1789 avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen: SPONVILLE et FERRY s'accordent donc pour refuser « la langue de bois » qui engendre le conformisme; ils veulent développer autant que possible la vérité et la liberté dans l'espace public, en incitant le citoyen à faire preuve d'une plus grande responsabilité. FERRY est convaincu que le fameux repli sur la sphére privée dont on a tant parlé depuis quelque temps, est loin de consacrer le triomphe des égoïsmes et que la sacralisation progressive des liens affectifs privés qui marque l'histoire de la famille s'accompagne aussi d'un souci inédit de justice universelle et d'un potentiel de « sympathie » qui pourraient être utilisés pour fonder de grands projets politiques. Il en voit la possiblité concréte dans le développement de l'humanitaire qui constitue un grand progrès; l'humanitaire se situe dans la droite ligne de la philosophie contemporaine qui place l'expérience d'autrui au coeur de la conscience morale et qui pourrait être résumé par le fameux précepte chrétien: « ne fais pas à l'autre ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ».

Pour FERRY le désenchantement du monde actuel ne serait donc causé que par les excès de la technique (dénoncés déjà par HEIDEGGER) dans un monde privé des réponses ultimes fournis autrefois par les religions; il estime qu'on ne peut pas fonder uniquement la politique sur des motivations de type technique mais sur les « passions positives ». précitées.... SPONVILLE s'avére bien plus pessimiste et pense au contraire que la principale difficulté n'est pas celle de déterminer la finalité de la politique ( bien commun, solidarité) sur laquelle tout le monde semble presque d'accord , mais la difficulté réside dans les moyens techniques pour rêgler les conflits très concrets qui opposent les intérêts et les égoïsmes des groupes sociaux. Il n'en demeure pas moins vrai que tous deux demeurent soucieux de la juste mesure en matière d'exigence éthique et politique, ils restent encore attachés, dans une certaine limite, à une forme d'universel aussi bien théorique ( la raison) que pratique( les droits de l'homme).

Conclusion personnelle et très anti-moderne qui vont vous choquer :

La lecture de ce livre nous est apparue très intéressante mais difficile . Pour nous, Luc FERRY et André COMTE SPONVILLE sont bel et bien représentatifs de la morale moderne, mais nous éprouvons de la réticence pour ce type de sagesse moderne d'où Dieu est absent: qui aura encore l'audace comme nous de prétendre que l'expérience morale est véritablement d'essence religieuse et en même temps que la référence à Dieu semble métaphysiquement établie et fondatrice de l'ordre moral ?( sur ce point, permettez nous de citer SAINT THOMAS D'AQUIN somme théologique Ia, Q60, a5

« toute chose qui par nature reléve d'une autre, se trouve d'abord inclinée vers cette autre plus que vers elle-même... en effet, ... la main s'expose aux coups, pour préserver le corps...Ceci posé, il faut remarquer que le bien universel est Dieu lui-même ... il suit de là que l'ange et l'homme aimeront naturellement Dien en priorité et plus qu'eux mêmes »).

23.07.2007

Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique

Vendredi 13 mai 2005 café philo CLERMONT Dominique CREPIN

Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique

PLAN PROPOSE

La recherche d’une définition qui pose beaucoup de problèmes

Genèse

Une première distinction : l’anthropologie philosophique/ l’anthropologie scientifique

XVIII et XIX avènement de l’anthropologie scientifique moderne grâce à l’ethnologie

Les courants principaux

Evolutionnisme

Structuralisme

Culturalisme

Valeur : quelques interrogations importantes

principal débat: y a t il des universaux  constitutifs d’un fonds humain commun ou y-a t -il un émiettement du sujet ? (réponses des sciences humaines et de la philosophie) 

Il y a un émiettement du sujet traditionnel :

dans la remise en cause de la séparation nature/ culture

LEVI-STRAUSS

dans le relativisme

Il y a un fonds commun :

anthropologie structurale

le retour à la philosophie avec des valeurs universelles : liberté, jugements éthiques

CONCLUSION


INTRODUCTION de quel homme parle-t-on ?

De quel homme parle-t-on ? multiples aspects possibles : un archipel de points de vue : philosophie, médecine, psychologie, sociologie, ethnographie, ethnologie, histoire, économie, linguistique sémantique, lexicologie

Nécessité de distinguer un point de vue général  et englobant concernant l’étude de l’homme : ce point de vue est-il impérativement de nature philosophique ( comme le pensait KANT), n’est-il pas plutôt scientifique et dans quel sens ?


HISTORIQUE du statut de l’anthropologie

Distinction entre anthropologie philosophique et anthropologie scientifique

2 points de vue : philosophique  et scientifique qui vont s’affronter à partir de KANT:

Historiquement l’anthropologie fait d’abord partie de la philosophie : l’homme est étudié dans une même discipline surtout comme sujet du savoir ( que puis je connaître ? que dois je faire, que puis je espérer) et secondairement comme objet lui-même de savoir ( notamment étude de son origine et de sa place dans l’univers): une même réflexion philosophique sur l’origine de l’homme et de la vie en société confiée à la philosophie de la nature et de l’ethique EXEMPLE PLATON Mythe de Prométhée/ Epiméthée

avant KANT « la science philosophique de l’homme » n’étant pas encore autonome s’insère dans un champ d’étude plus vaste que lui : il n’est l’objet que d’une partie de la philosophie de la nature et de l’éthique ( psychologie rationnelle, morale spéciale, générale ),  

soit uniquement comme une simple partie de la nature sans statut particulier: (EXEMPLE matérialisme des « physiciens ») 

soit comme esprit c’est-à-dire comme un maillon compréhensible qu’au regard de son origine divine ou de sa vocation  transcendante : un esprit créé à l’image de DIEU

Avant KANT, dans le tiercé dieu/monde/homme …l’homme occupe toujours une place intermédiaire… (EXEMPLE scolastique ; la somme théologique de ST THOMAS) image de la maison….. l’homme en est le toit…point de passage ou d’achèvement entre DIEU et le monde ….. ( et même après KANT : EXEMPLE TEILHARD : l’homme est une flèche montante, il participe au mouvement général de convergence de l’univers vers DIEU : tout ce qui monte converge )

à partir du XVIII : 2 démarches différentes avec la naissance de l’ethnographie

Le même mot anthropologieapparaît avec 2 démarches différentes chez KANTqui distingue nettement anthropologie philosophique et anthropologie scientifique KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797


Le mot anthropologie apparaît fin XVIII avec les grands voyages de découvertes, avec la rencontre avec les peuples sauvages, ((((  témoins des origines de l’homme et de la diversité des mœurs)))) :

Expéditions de COOK et plus tard de BOUGAINVILLE dans les îles du pacifique

Un premier guide d’ethnographie «  diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages » rédigé par JOSEP MARIE DE GUERANDO à l’intention du capitaine BAUDIN pour sa mission d’exploration des terres australes.

Expéditions britanniques à l’intérieur de l’Afrique : MUNGO PARK en GAMBIE et sur les bords du NIGER.

Constitution de Sociétés d’ethnographie nationales :

FRANCE 1839

ÉTATS UNIS 1842

GRANDE BRETAGNE 1843

ALLEMAGNE 1851


CHAVANNES professeur de théologie à LAUSANNE en 1788 publie

une anthropologie ou « science générale de l’homme » comprenant

-une « anthropologie physique » : « l’homme considérée comme un espèce répandue sur le globe » ( (une partie de la zoologie))

-une Noologie ( l’homme doué de volonté)

- Lexicologie ( analyse du langage/grammatologie ; mythologie)

Deux PRÉOCCUPATIONS MAJEURS : qu’est ce qui différencie l’homme de l’animal ?Y a-t-il une seule espèce de l’homme ? (débat monogénisme ((Buffon )) plurigénisme)

A partir de KANT l’anthropologie philosophique devient une « science» totalement autonome  avec un objet et une méthode spécifique


autonome, Indépendante de DIEU et de la nature :

l’homme est sa propre fin (KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :

« L’objet le plus important du monde est l’homme…L’homme est à lui même sa fin dernière ….

2  elle est «  pragmatique » : par sa conduite et son action l’homme détenteur de compétences spécifiques (raison, langage qui le distinguent des animaux) doit se perfectionner et progressermoralement et socialement ;(KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :

« L’homme est destiné par sa raison à former une société avec les autres et dans cette société à se cultiver, à se civiliser et à se moraliser par les arts et les sciences ».)

Pour KANT L’homme a une spécificité de nature dont la connaissance a priori est étrangère à l’expérience du savant:

par sa raison ( liberté et langage) l’homme est doté d’une dignité et d’un perfectibilité : il est susceptible de progrès

Par sa nature, l’homme n’est pas réduite à sa condition empirique ( soumis au déterminisme) : il est un être respectable au dessus des lois de la nature ( qui se distingue de l’animal par sa dignité infinie, par sa capacité de perfectibilité, par sa liberté)

Position proche de BERGSON : «  l’animal ne peut que tirer la chaîne ; l’homme peut briser la chaîne (des déterminismes) »

3  PRIMAUTE de la philosophie sur la science et différence de méthode :

 

PRIMAUTE de la philosophie sur la science

La progression de l’homme est l’objet d’une l’éducation qui est du ressort de laseule philosophie dans la mesure où .l’homme étant libre, il doit « se cultiver lui-même » : il lui appartient de se choisir, de décider ce qu’il doit être…. la liberté n’est pas un objet de connaissance scientifique…..l’éducation n’est donc pas directement du ressort de l’expérience scientifique ou de « l’anthropologie physique »PRIMAUTE de la philosophie sur la science car l’éducation de l’homme est l’objet de la philosophie critique qui seule donne la réponse aux 3 questions :que puis-je savoir, que puis-je connaître, que dois je faire ?

Cf préface de Michel FOUCAULT page 12 : la connaissance générale doit toujours précéder la connaissance locale


différence de méthode : l’anthropologie philosophique est a priori ; elle se distingue donc de l’anthropologie scientifique (« physiologique »)  qui ,elle, est expérimentale :Philosophie : étude des Condition de possibilité du savoir de l’homme et d’une vie harmonieuse

CONCLUSION PARTIELLE…
 Il y a une nature humaine spécifique qui est objet d’étude la philosophie : cependant cette nature demeure trop spéculative et générale / le point de vue général philosophique devant logiquement et méthodologiquement précéder le point de vue scientifique local


MaisKANT est lecteur de ROUSSEAU ; et comme lui il admet l’existence d’une anthropologie scientifique (( locale))…….. induite par l’expérience et les récits de voyages, la vogue naissante de l’ethnologie….. qui est un regard original sur la diversité :

Les débuts de l’anthropologie scientifique moderne commencent avec la méthode et la rupture épistémologique indiquée par ROUSEAU

L’originalité de cette méthodea été remarquée par LEVI-STRAUSS qui voit dans ROUSSEAU le père fondateur de l’ethnologie (« il faut apprendre à porter sa vue au loin ») et de l’anthropologie scientifique moderne (rupture épistémologie opérée par le refus de l’ethnocentrisme et de l’évolutionnisme)

Domaine de référence  de l’anthropologie moderne : regard sur la diversité et les différences d’une culture à une autre.

La vogue de l’ethnologie : c’est être attentif à l’exotisme et aux différences culturelles selon le principe énoncé par ROUSSEAU :

« Quand on veut étudier leshommes, il faut regarder prés de soi, mais pour étudier l’homme il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d’abord observer les différences pour découvrir les propriétés ». Essai sur l’origine des langues chapitre 8

il faut regarder prés de soidans le cadre d’une culture déjà homogène, d’une société déjà bien définie et analyser le comportement des hommes de façon différentielle, dans leur singularité (ce qui est le propre d’une certaine psychologie appliquée: « étudier les hommes »).

Etudier l’homme : dégager ce qui est le plus universel, donc éliminer ce qui est variable individuellement.

Apprendre à porter sa vue au loin : c’est vouloir s’affranchir de la tentation inconsciente d’ériger en absolu les conditions particulières de la société dans laquelle on baigne, qui sont pour nous des normes trop familières : refus de l’ ethnocentrisme.

il faut observer les différences sans chercher à les intégrer dans une hiérarchie dont le principe serait arbitraire. La critique de l’ethnocentrisme opère une rupture épistémologique fondatrice de l’anthropologie contemporaine.


CONSEQUENCES de cette démarche :

  • chez ROUSSEAU

  • cette distanciation critique est thématisée comme la condition pour trouver encore une nature humaine sous jacente . Mais cette anthropologie tourne le dos à l’humanisme philosophique traditionnel d’un KANT qui répond de façon trop abstraite et trop spéculative à la question : qu’est ce que l’homme ?( le point de vue général devant précéder le point de vue local)

EXEMPLE ROUSSEAU Etablir une typologie des langues, en deçà des différences (climatiques)

  • Le refus de l’ethnocentrisme doit écarter la confusion entre l’historique et l’originel. : refus des illusions du progrès de l’histoire et de l’apologie du présent qu’elle implique.

EXEMPLE « le mythe du bon sauvage » ( la civilisation n’est pas un réel progrès) dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 1755 « …. »

EXEMPLE Refus de l’ethnocentrisme dans le domaine éducatif….pour ROUSSEAU: refus de «l’adulto-centrisme » dans l’EMILE.

Or, cette confusion entre l’historique et l’originel est présente dans les premières anthropologiesappartenant au courant physique et évolutif et qui travaillent sur l’ethnologie: ( les sauvages sont des êtres frustes qu’il faut civiliser). Ce n’est qu’au XX siècle que ces notions de progrès et de hiérarchie sont abandonnées

EXEMPLES l’anthropologie physique du XIX éme siècle et l’évolutionnisme culturel

L’anthropologie physique

L’anthropologie physiquedu XIX siècle est préoccupée de hiérarchiser les races humaines : multiples mensurations relatives au volume du crâne, à l’angle facial ( les mâchoires saillantes étant perçue comme un signe d’infériorité), à la longueur de l’avant bras ( un avant bras long étant considéré comme un trait rapprochant du singe ).

Les travaux ethnologiques en sont entachés …… qui souhaitent montre la supériorité de la race blanche au sein de l’espèce humaine

Paul BROCA fondateur de la SOCIETE d’ANTHROPOLOGIE de PARIS en 1859 était convaincu que « jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe, n’a pu s’élever spontanément vers la civilisation »

L’évolutionnisme culturel

L’évolutionnisme culturel s’est développé à la fin du XIX et début du XX siècle : tous les peuples sont censé passer par 3 phases de développement, de la sauvagerie à la civilisation en passant par la barbarie.

EXEMPLE James G. FRAZER le Rameau d’or 1890 ( magie, religion, science)

EXEMPLE Lucien LEVY-BRUHL ( 1857-1939) La mentalité primitive1922 . Dans la mentalité primitive le raisonnement est radicalement différent de celui des Occidentaux …. Ne connaît pas le principe de non-contradiction…( une personne est soi-même et quelqu’un d’autre : loi de participation … avec un enfant par exemple au point que s’il est malade c’est le père qui prend le médicament)

l’anthropologie culturelle

Les premiers pasde L’anthropologie contemporaine est marquée par :

L’Anthropologie culturelle initiée par FRANZ BOAS 1858 – 1942 : ( travaux sur le potlach)

qui remet en question avec MALINOWSKI l’idée ethnocentrique de catégories universelles.( exemple de cadeau pour rien donc pas d’échanges économiques comme en 0ccident : cette interprétation sera critiquée par LEVI-STRAUSS)

UN PRINCIPE de BASE (selon la directive indiquée par ROUSSEAU):

Nécessité d’établir des descriptions ethnographiques sans théories préconçuesni hiérarchie de valeur : selon BOAS, les diverses œuvres culturelles ont toutes un intérêt égal : développement technique des occidentaux , spiritualité des Orientaux, complexité sociales des aborigènes ....

Le rejet de l’ éthnocentrisme et de ses préjugés (prise de conscience de la relativité des valeurs occidentales) conduit à une méthode d’observation directe par immersion de l’observateur dans la société observée supposant une rupture avec sa société d’origine :

EXEMPLES

WILLIAMS HALSE RIVERS

BRONISLAW MALINOWSKI

Travaux de GEORGES DUMEZIL sur le monde indo-européen

UNE CONSTATATION  GENERALE:

Influence prépondérante de la culture sur la personnalité : la culture d’appartenance façonne une «  personnalité de base » ((( influence prédominante du groupe sur l’individu ….. point de départ aussi de l’essor de la sociologie de DURKHEIM à BOURDIEU Les Héritiers1964 : ils mettre l’accent sur la société plutôt que sur l’individu, prisonnier de sa classe sociale d’origine EXEMPLE BOURDIEUpar habitusdésigne un style de vie de vie et de pensée acquis dans l’enfance au sein de la famille et du milieu social d’appartenance qui va déterminer son parcours personnel et professionnel)

FRANZ BOAS est à l’origine de l’anthropologie CULTURALISTE américaine :

RUTH BENEDICT 1887 1948 le sabre et le chrysanthème1946

MARGARET MEAD (1901 1978 ): elle mènent des études comparatives sur les personnalités forgées par différentes sociétés exotiques.

RALPH LINTON (1893-1953) le fondement culturel de la personnalité1968

ABRAM KARDINER1891-11981 l’individu dans la société1969

Il définissent des « personnalités de base » et de « personnalités de groupes »

EDWARD SAPIR 1884 1939

Ils insistent sur l’autonomie de la culture comme pattern, déterminant la formation de la personnalité ; ils procèdent par comparaison de types contrastés et n’entendent donner aucune explication causale à l’existence des différences culturelles.

FRANZ BOAS fait pénétrer aussi l’idée novatrice de pluralité culturelle.

Un culturalisme qui insiste sur le relativisme des principes et des distinctions qui constitueraient un fond commun universel

Le relativisme de l’école culturaliste se fonde surl’observation de la diversité des coutumes et des sociétés et les progrès de l’ethnologie, pour argumenter contre l’existence d’une nature humaine universelle de nature rationnelle.

EXMPLE chaque culture a son domaine « du ressentir »pas d’unité dans le contenu du mot émotion, pas de distinction évidente entre raison et émotion : la distinction entre raison et émotion constitue une tache embarrassante. En AMAZONIE lesYANOMAMI emploie le même mot bihipour dire penser, perdre conscience, être en colère. Cette entreprise engagerait un travail de critique sur la rationalité, causalité….

Cette anthropologie culturaliste constitue les premiers pas d’une révolution contre la notion de nature humaine universelle

Difficulté donc pour concilier l’hyper-relativisme du culturalisme avec les tenants d’un certain universalisme de la culture humaine .

D’où les nombreuses controverses sur la notion de sujet et de nature humaine individuelle

DEUX EXEMPLES l’anthropologie universaliste  contemporaine  et l’anthropologie structurale de LEVI-STRAUSS :


anthropologie universaliste

De même sous un autre aspect il y a des invariants observés par l’anthropologie universaliste :

D.E. BROWN Human Universals1991

EXEMPLES

D. M. BUSSLes stratégies de l’amour1994 : Les hommes préfèrent les femmes jeunes et jolies, tandis que les femmes préfèrent les hommes plus âgés qu’elles et dotés d’un statut social élevé

La domination universelle des hommes sur les femmes sur la scène publique…………

L’universalité des expressions émotionnelles s’exprimant en particulier par des expressions faciales identiques chez tous les peuples (((anecdote : le test et la controverse de WALLADOLID : ….. les indiens qui rient en voyant tomber un prélat …))))

L’universalité de la classification des couleurs.


Anthropologie structurale( recueil d’articles 1958)de LEVI- STRAUSS

LEVI-STRAUSS ne nie pas l’universalité de certaines règles fondatrices de la culture : EXEMPLE les structures élémentaires de la parenté 1947Il montre comment les systèmes de parenté sont des dispositifs d’échange fondés sur la distribution variable d’une distinction entre consanguins et alliés mais avec une même fonction reposant sur des invariants culturels, ici le caractère universel de la prohibition de l’inceste…..

EXEMPLE il transpose à l’étude de la parenté (les structures élémentaires de la parenté 1947) ou des mythes ( les Mythologiques) le cru et le cuit 1964 ) les principes et les méthodes du structuralisme linguistique ( Roman JAKOBSON) : au-delà de leur fonction , les phénomènes socio-culturels sont des systèmes de symboles signifiants dont les structures impliquent une structure mentale universelle.

Dans ses 4 volumes des Mythologiques 1964-1972 : il explique les variations de récits amérindiens par un petit nombre d’éléments pris à des codes alimentaires, astronomiques et sociologiques. Une culture est une représentation sociale qui met en œuvres des structures sociales inconscientes.

Quelques critiques….. Une perspective essentiellement synchronique et symbolique qui gomme l’histoire et l’influence prépondérantes des bases matérielles.

Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire

Concernant, l’anthropologie structurale : elle adopte une perspective essentiellement synchronique et symbolique qui gomme l’histoire et l’influence prépondérantes des bases matérielles ( difficile à concilier avec l’anthropologie marxiste qui fait une place à l’histoire, …. et avec l’anthropologie sociale matérialiste qui mettent en avant des bases matérielles des sociétés humaines : J. H STEWARD MARSHALL SAHLINS …. ANDRE LEROI-GOURHAN)

ORIGINALITE des écoles françaises mettant en œuvre des dynamiques historiques et économiques : GEORGES BALANDIER créateur du Centre d’études africaine et du marxiste MAURICE GODELIER

LEVI-STRAUSS comme les fonctionnalistes ; considère les faits dans leur dimension synchronique, mais s’intéresse à leur rapport logiques et non utilitaires.

Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire:

Dans l’anthropologie fonctionnaliste ( école britannique):

Cette école s’attache moins à la description des traits particuliers d’une culture qu’à la fonction qu’ils remplissent dans la société conçue comme un organisme vivant qui fonctionne de façon à se reproduire et à assurer son avenir.

Bronilaw MALINOWSKI (1884-1942) les Argonautes du Pacifique occidental1922 : modèles de monographies

 

 

La fonctionnalité&

18.07.2007

L'interrogation métaphysique est elle d'actualité ?

Lien Enregistrement au Café Philo Larbaud  le 19 mai 2007 à Vichy par CLBarimaj 

Introduction Présentation par André Leca = 2mn35
Conférence par Dominique Crépin


Fichier mp3 99Mo
durée 1h49

14.06.2007

La Caresse

PLAN

1 fonction des caresses

2 quelques remarques sur les caresses d'amour

3 quelle valeur faut-il accorder aux caresses du corps et aux caresses de l'âme?


INTRODUCTION
Au concours de l'agrégation je suppose que beaucoup de candidats auraient remis une feuille blanche comme moi ...par ignorance, par pudeur ou pour lui laisser tout son mystère ....essayons quand même de nous promener dans le jardin des caresses, donc pas de brutalité ce soir d'autant plus qu' une caresse au sens propre et figuré c'est effleurer avec délicatesse, : un attouchement tendre, affectueux, parfois sensuel et érotique , un effleurement qui peut troubler.....

au sens propre: un attouchement

au sens figuré:

1 un contact ou un mouvement doux et agréable
EXEMPLE les caresses du vent, des flots, « le vent fracasse un chêne ou effleure une fleur »

2 témoigner son affection; cajoler, donner des signes d'affection; à la limite flatterie, « caresser quelqu'un du regard. »....et pour les véritables caresses de l'âme Jean GUITTON dans une mére dans sa vallée observe que
«les caresses des yeux sont les plus agréables
elle apportent l'âme aux limites de l'être
et livrent des secrets autrement ineffables
dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître»

3 convoiter: EXEMPLE caresser du regard les friandises d'un étalage .

Une question parmi d'autres : en amour, la caresse n'est-elle qu'une embuscade tendue à l'autre , une manipulation , un instrument de captation qui transforme le sujet en objet (SARTRE analyse la séduction dans ce contexte) ? Est-elle au contraire une donation (la main ne « saisit » rien), la révélation de quelque chose de plus mystérieux , de plus noble qui nous fait sortir de nous même (LEVINAS évoque une sorte d'extase et de transcendance) ?.
Ce modeste exposé tentera de cerner quelques aspects de l'interaction entre l'âme et le corps, entre le toucher et la communication avec autrui .


1ere partie fonction des caresses


elles semblent indispensables au développement harmonieux de l'individu et relévent du domaine de l'intime

A EN PUBLIC LES CARESSES SONT RARES ET TRES CODIFIEES dans la mesure où elles sont avant tout un contact physique ( de la main, de la bouche) : on ne fait donc pas n'importe quoi, n'importe où avec n'importe qui lorsqu'on touche autrui en public
EXEMPLE le code du baisemain (on ne touche pas la main); le baiser de paix ( on effleure); et même dans les dancing il y a souvent des limites dans le cheek to cheek (même si le slow semble parfois « un lit vertical »); autres tabous: chez certaines femmes d'orient.....ne pas toucher ni caresser la nuque....

1 une femme est peut-être plus libre que l'homme dans ses gestes dans certaines circonstances: EXEMPLE au cours d'un repas,si ce n'est pas un repas trop guindé.. elle a le droit de poser sa main d'une façon anodine et familière sur la main d'un homme......l'homme a uniquement le droit de lui offrir momentanément son bras pour traverser la rue la nuit..ou comme dans cette opéra de DEBUSSY Pelleas et Mélisande quand PELLEAS lui prend la main pour l'aider à descendre de la falaise vers la mer...mais ici.la musique demeure bel et bien « un spasme chaste » (Comtesse de Noailles) et MELISANDE ne sait pas aussi ce qu'elle veut.... mais pour nous hommes souvent moins délicats que PELLEAS, il nous est seulement permis de poser notre main sur l'épaule ou l'avant bras de la femme comme un petit oiseau tombé du nid....et encore (faites ça dans votre bureau avec la chef de service, elle vous trouvera irrespectueux) ....

2 les caresses érotiques sont normalement réservées aux conjoints: condamnation sociale de l'adultère. (7°me commandement du Décalogue)...d'où le drame de Tritan/Ysold et plus prés de nous Lady Chatterley: ..........transgression sociale de CONSTANCE pour qui l'amour est plus fort que les barrières sociales; elle caresse le garde chasse OLIVIER MELLORS et découvre les mystères de la vraie vie.... OLIVIER est un homme sensible et pensif pour qui la vie s'est montrée si amère qu'elle l'a conduit à chercher un refuge dans la solitude de cette fonction .....il a des circonstances atténuantes....... mais CONSTANCE aussi.... elle reproche à son mari CLIFORD de consumer sa vitalité en entretiens vides et de vivre sans passion...... elle désirerait au moins un enfant qui remplirait son coeur d'une affection; ce livre est donc une apologie de l'amour physique comme moyen de guérir « tout intellectualisme maladif» et de retrouver le contact avec les forces instinctives et naturelles dela vie....... nous verrons si elle a raison.

B la caresse révèle notre besoin de sentir physiquement la connexion à l'autre et elle se pratique dans l'intimité de la vie privée:

En effet, la caresse est nécessaire au développement harmonieux de l'homme: de l'enfant et de l'adulte:


1 besoin de caresse: les enfants élevés au sein ont un développement physique et psychique supérieur; importance pour l'enfant du baiser maternel et plus tard du baiser amoureux ( les 2 avec Diane de POITIERS : baiser de Diane à Henri encore enfant pour le convaincre de partir en Espagne en qualité d'otage et de libérer ainsi son père qui est prisonnier de Charles Quint et plus tard en politique.....)
ce que nous enseigne les animaux: importance du léchage pour élever les petits ; les animaux se livrent à d'incessants jeux de peau: reniflement, morsure, corps à corps , baisers , étreintes, toilettages..... et plus tard dans les rapports amoureux parfois un peu de violence EXEMPLE « la morsure du sanglier »( chez les orientaux)

2 toutefois SUPERIORITE DES HUMAINS; il faut bien distinguer ce que nous enseigne les animaux, et ce que nous enseigne les humains:
La nature ne semble pas caressante, et la caresse humaine semble le produit d'un long polissage de la bestialité et surtout il y a sans aucun doute une supériorité fonctionnelle de la main et du baiser chez l'homme

1 Cependant, concernant le baiser......PROUST déplore que nous n'avons pas d'organe pour le baiser..:
Le mauvais ajustage de la mécanique humaine n’épargne même pas les relations sexuelles : pour goûter le rose de la joue d'ALBERTINE dont il rêve , le NARRATEUR écrase son nez sur la joue tant désirée qui n’a rien d’une fleur et il déplore de ne pas être mieux équipé qu’un animal avec sa corne : « il n’y a pas d’organe pour le baiser ( paraît-il) ».
et pourtant...pour celui qui qui est embrassé, la bouche semble souvent le moyen de stimulation le plus agréable....
Sur le plan de l'inconscient le baiser est porteur de symboles:
embrasser c'est manger : .... dit la mère à l'enfant et l'amant à l'amante; si les amants «se dévorent de baisers»,
- C'est pour sonder sa tendresse et tenter une fusion : ils ne veulent plus faire qu'un à l'instar de l'amour fusionnel qu'ils ont vécu avec leur mère
- ingérer c'est aussi s'approprier, désir de possession
- c'est aussi absorber les qualités de l'autre: intégrer une part de de sa personnalité , sa beauté, son intelligence

2 concernant la main: ici encore nette supériorité des humains sur les animaux par leur variété et la complexité de leur signification: et n'oublions pas que là où la main passe la bouche passe.
(chez les animaux) dans les rapports amoureux la caresse physique a souvent l'allure d'un conflit violent et irrespectueux
chez les humains il n'en est pas ainsi ......et il y a en beaucoup plus: s'y ajoutent le pathétique de l'amour, le voluptueux même de la volupté, et d'une certaine façon le vulnérable

3 Enfin, nous observons que dans l'amour véritable( en supposant qu'il existe) il y a quelque chose d'aussi fort qu'un médicament qui passe à travers le contact physique
EXEMPLE tenir la main: -lorsqu'un mari tient la main de sa femme, l'effet sur le cerveau( l' hypothalamus) est proportionnel à l'amour qu'elle ressente pour le mari; l'attraction croît pendant les caresses .....
N'oublions pas non plus l'aspect thérapeutique : effet antistress; les caresses renforcent notre système immunitaire:
Au GUATEMALA les thérapeutes se tiennent souvent la main pendant les réunions; il convient de préciser aussi que le soignant ne peut pas appréhender la personne malade exclusivement comme un concept clinico-biologique: témoignage du psychologue PHILIPPE FREQUELIN qui nous a rendu compte de de la découverte d'un ressentiment inconscient entre un frère et une soeur au cours d'une séance collective de massage ....


2 eme partie quelques remarques sur les caresses d'amour


A Les caresses dans l'amour physique:
caresse et sexualité: la caresse du corps est au coeur de l'amour physique
on oublie trop souvent que la sexualité est une création commune faite de jeu, de complicité, d'expérimentations et d'émotions et que les caresses sont toujours un langage à décoder.

Le langage des caresses: le langage des caresses révèle un premier paradoxe : un langage immédiat mais pas totalement clair.

-un langage immédiat parce que le contact de la caresse est un lien privilégié qui fait l'interface entre le psychisme et le corps: aussi elle ne devrait pas être un geste anodin: par exemple la caresse distraite où le caresseur n'est pas présent dans son activité( caresser sa femme comme un toutou).

-elle exprime toujours un minimum de tendresse; mais il peut s'y mêler autre chose: du désir, de l'impatience, une noix de quémande, deux doigts de soupçon, un zeste d'inquiétude ou des rondelles de ressentiment....
le caressé reçoit le message de tendresse; il perçoit confusément ou clairement l'autre chose car elle ne se confond pas avec le geste du désir primaire. Le caressé peut connaître l'ennui, le doute sur les significations et hésiter sur sur sa réponse.....
Après les caresses, langage muet des couples endormis ...



2 les caresses de l'âme

L'amour ne se réduit pas à l'érotisme ni à la volupté physique, il n'est pas un simple passe temps ; il semble bien qu'il soit quelque chose de plus noble qui fait appel à l'âme.
SARTRE
Cependant, pour pour SARTRE la caresse est toujours une embuscade tendue à l'autre sous couvert de beaux et nobles sentiments :
Selon SARTRE, la caresse est envisagée comme un façonnement et la vie elle-même comme un roman où tout est combat, où derrière les moments les plus tendres, derrière les mélodies câlines de la fusion des corps, transparaît la lutte même des consciences:
Une séduction guidée uniquement par le désir de volupté physique et le désir de s'emparer de la liberté d'autrui et dans le cas des « caresses de l'âme », en lui faisant éprouver de l'admiration

EXEMPLE « parler le langage de l'âme pour s'emparer du corps » (reproche adressé par Marcel PROUST à son ami le Prince de BIBESCO véritable DON JUAN);

AUTRE EXEMPLE : la séduction de l'artiste et du poète qui caressent l'âme de leur public( succès féminins des chanteurs célèbres CARUSO 1873/1921 et de Pol PLANCON 1851/1914 lorsqu'ils chantent le caïd d'Albert THOMAS: l'air du tambour major « les fils d'or de ses épaulettes sont moins nombreux que ses conquêtes »).
Cette artifice culturel de la séduction aboutit finalement à un asservissement de l'être aimé, à une embuscade pour que l'aimé/e se fasse présence offerte, renonçant par là à son regard et à sa liberté: la séduction physique et « morale » le rendent prisonnier: « l'être désiré est empâté dans sa chair »; je le fige pour en devenir propriétaire (SARTRE L'être et le néant pages 440 et 416 « la caresse n'est pas un simple effleurement .... elle est façonnement..; en caressant autrui je fais naître sa chair, par ma caresse, sous mes doigts... par la caresse je fige à mon tour dans l'inertie celui ou celle dont le regard m'a englué dans l'être »; le rapport à autrui consiste donc à agir sur sa liberté pour la nier comme telle.

CRITIQUE:
l'amant se retrouve seul si l'aimé s'est transformé en automate ou en un reflet passif de mon moi. Et cela me semble dommage car la véritable admiration de l'aimé pour l'amant ne se confond pas avec l'envie captatrice; elle est « super videre »: reconnaissance d'une supériorité de l'autre qui du même coup me fait sortir de moi et me sentir moi-même meilleur; en ce sens, l'amour nous fait sortir de nous -même par une sorte d'extase et de transcendance qui grandissent les amants au lieu de les asservir.

LEVINAS

LEVINAS conçoit l'amour comme la possibilité d'une authentique caresse de l'âme en instaurant un mode de relation à l'autre à la fois immanente et transcendante:

la caresses vient comme un nouveau mode de relation à l'autre :si l'émotion n'est pas partagée: entente impossible, impossible attente car son avènement est mystérieux

la caresse mène au mystère:
la caresse nous mène au seuil du transcendant, comme un mode d'être paradoxal:

paradoxe: ce qui est caressé n'est pas touché à proprement parler; la caresse ne sait pas ce qu'elle recherche; elle est comme un jeu avec quelque chose qui se dérobe, sans projet ni plan avec quelque chose d'autre, toujours autre, toujours inaccessible, toujours à venir et la caresse est l'attente de cet avenir pur sans contenu; « la caresse consiste à ne se saisir de rien, à solliciter ce qui échappe sans cesse vers un avenir... qui se dérobe.......: elle est une recherche, une marche vers l' invisible » totalité et infini EMMANUEL LEVINAS

Pour LEVINAS, dans le rapport à l'aimé il y a une immaîtrisable proximité ( dévoilement partiel d'une ipséité) « le corps sous la caresse se fait tout en entier visage »: le temps et l'autre mais l'autre ne se livre jamais complètement:
il n'y a pas de fusion dans l'amour mais une dualité insurmontable: l'autre se retire dans son mystère.

CONSEQUENCES:
la relation érotique n'est ni lutte, ni fusion, ni connaissance

elle est une expérience bouleversante qui nous chavire:
la caresse procède non pas du besoin ( et son corrélât la jouissance en tant que « morsure » sur l'être) mais du désir ( la volupté même)
une volupté qui est une expérience qui ne se coule dans aucun concept (tendresse, respect, vulnérabilité).... la caresse est donation.

la caresse incarne la sagesse de l'incertitude
une aventure hors de soi vers l'imprévisible: l'aimé, sous la caresse entraîne l'amant dans un abîme vertigineux; la caresse se tient à l'écart du concept dans un no man's land, entre l'être et le non être

CRITIQUES:

1 Comme HUSSERL (Méditations cartésiennes), LEVINAS pratique dans sa description de la caresse, une phénoménologie descriptive mais il refuse l'immanence de la phénoménologie de HUSSERL au nom de la transcendance de l'autre. Personnellement je me sens plus poche de la connaissance par connaturalité affective d'un HUSSERL ou d'un MAX SCHELER que celle de LEVINAS (consulter Maurice Nédoncelle La réciprocité des consciences.)

2 critique de la notion de mystère chez LEVINAS qui me paraît trop irrationnelle ..... sans doute lorsque 2 futurs amants se rencontrent... c'est l'irrationnel qui commande mais l'analyse pourrait y déceler la conjonction de souvenirs préderterminants et d'autres déterminismes: revenons sur terre.....


3 eme partie VALEUR DE LA CARESSE


DENIGREMENTde la caresse:

1 comme l'odeur, la caresse devient un signe pénible de promiscuité si elle n'est pas choisie ou consentie par les individus en présence

2 et même consentie ou choisie, elle paraît pour certains trop loin de l'intelligence, trop éloignée de l'âme et de la pensée car elle est assimilée à la sexualité
EXEMPLE pour PLATON les mains sont une instance de dégradation et une filiation platonicienne fait du toucher un sens vulgaire qui ne distingue guère l'homme de l'animal.


APOLOGIE DE LA CARESSE:

1 la caresse: aspect thérapeutique
2 la disparition du toucher serait une privation de la jouissance du monde (CONDILLAC.).
3 dimension affective, amoureuse et morale dans le respect de l'autre
4 le grand Jeu de la caresse incarne une sagesse: apologie du jeu dans son double sens:
- une marge de manoeuvre et d'indétermination comme « le jeu de l'amour et du hasard »MARIVAUX
- au sens mécanique, laisser un peu de souplesse ( et d'improvisation) ........comme dans la vie elle-même; GRODDEK « le plus difficile dans la vie, se laisser aller et suivre les voix du ça tant pour le prochain que pour soi-même.....peu à peu on redevient un enfant » ; laisser un peu de place au hasard ou au Destin.


CONCLUSION

Il faut que dans le champ des désirs, subsiste une part de mystère ; dans son aspect le plus noble, la caresse au sens propre et figuré est donc la découverte d'une sorte transcendance et surtout une invitation au respect de l'autre comme tout autre, respect du vulnérable et du fragile car il y a comme le dit LEVINAS une vulnérabilité respectueuse de la personne.

 

Enregistrement (durée = 1h42) de la Conférence au Café Larbaud  23 juin 2007 Vichy

Par Dominique Crépin

Témoignage de CL Berthon consultant, psychanalyste.

Fichier Téléchargement 92,8 Mo

 

09.05.2007

Conférence Pôle Lardy VICHY 31 MARS 2007

Dans le cadre du Colloque sur le rire organisé par le Club Audiovisuel et l'université Indépendante, de Vichy

Quelques réflexions philosophiques sur le comique à travers l'humour et l'ironie


Introduction

Je vous propose d'explorer quelques facettes du comique à travers l'humour et l'ironie à l'aide de quelques écrivains et auteurs philosophiques :

BERGSON le rire 1900,
FREUD le mot d'esprit 1904, (dans son ouvrage FREUD fait 2 fois référence au livre «charmant et vivant» de BERGSON) (de même BERGSON salue les contributions de FREUD sur l'inconscient en 1919 dans l'énergie spirituelle)
JANKELEVITCH l'ironie 1964, disciple et exécutant testamentaire de BERGSON
enfin SARTRE les mots 1964 et PROUST créateur de toute une «comédie humaine» qui à mes yeux concurrence brillamment celle de BALZAC.

Dans ses manifestations physiologiques, le comique nous fait rire ou sourire, mais le rire et le sourire ici naissent de la perception d'un décalage ( «irruption du mécanique dans le vivant» disait BERGSON, intrusion de l'artificiel dans le naturel, de l'anormal dans le normal) et il me semble que ce décalage est perceptible plus finement encore, dans l'humour et l'ironie où selon JANKELEVITCH on y trouve «une hésitation feinte entre 2 vérités» où encore comme le dit BERGSON dans le rire page 97 «décrire ce qui est, en affectant de croire que c'est là ce que les choses devraient être» ; dans l'humour et l'ironie il y a une certaine façon de voir les choses à distance, un décalage entre un énoncé et ce qui est à entendre; humour et ironie adoptent tous deux un regard faussement naïf,un dédoublement de la conscience qu'il conviendra de préciser.

Dans un premier moment, nous verrons comment humour et ironie s'inscrivent dans le comique verbal et se distinguent l'un de l'autre

dans un deuxième temps nous examinerons leurs fonctions et leur portée philosophiques tout en montrant aussi comment ils s'exercent dans les autres genres du comique (comique de gestes, de situation, de caractère).


I ° partie quelques remarques sur l'humour et l'ironie:

En effet, humour et ironie s'inscrivent principalement dans le comique verbal, et nous affirmons que l'ironie se distingue de l'humour par l'emploi fréquent d'un procédé de rhétorique l'antiphrase: (penser le contraire de ce que l'on dit) plus une intention de raillerie ou de critique (contrairement à l'humour qui peut se limiter à n'être qu' un oasis dans le sérieux, une attitude simplement bouffonne ou solitaire)
EXEMPLE cité par FREUD un condamné à mort part au supplice un lundi matin et le bourreau dit:«voilà pour vous une semaine qui commence bien!»: ici il y a ironie ( raillerie); les mêmes paroles dites par la victime serait plutôt de l'humour noir ( pour conjurer, mettre à distance l’angoisse et la gravité de la situation).
Notons dés à présent que l'humour peut être présent dans les autres genres du comique ( comique de situation, comique de geste, comique de caractère) en absence de tout dialogue:
EXEMPLE (hésitation feinte entre 2 vérités): durant la révolution, un aristocrate marche à la guillotine, tout en lisant un livre et il le remet enfin au bourreau après l’avoir écorné comme s’il devait un jour en continuer la lecture;

EXEMPLE : dans un film de dessins animés, un personnage est sur le point de tomber dans un trou parce qu’il regarde en l’air, au dernier moment il voit le trou et ne tombe donc pas; il adresse aussitôt au public un clin d’œil amusé, l’air de dire « je vous ai bien eu !»

l'humour déborde dans les autres genres du comique, d'autant plus que son emploi s'est généralisé de nos jours au point de remplacer le mot comique :
il a perdu son sens originel de spirituel en demi teinte décrit par VOLTAIRE (lettre à l'abbé OLIVET) : un comique en demi-teinte où le rire franc est volontairement remplacé par une apparente impassibilité : une manière anglaise ( sens of humor) de décrire le comique en y refusant les aspects les plus voyants,


1 dans humour et ironie il y a l' intention chez l'émetteur, d'offrir un regard faussement naïf:


Selon JANKELEVITCH, ils se distinguent donc du comique franchement involontaire causé par les «coquilles» et autres étourderies, qui lui aussi repose sur des propos équivoques ou contradictoires…
EXEMPLES : les perles du bac
le cerveau des femmes, c’est la cervelle
MICKEY L’ANGE et LE HOMARD DE VINCI sont des peintres de la Renaissance
La climatisation est une chauffage froid
Pour conserver la glace il faut d’abord la geler
Les égyptiens transformaient leurs morts en momies pour les garder vivants
Les américains vont souvent à la messe car les protestants sont très catholiques
La mortalité infantile sévissait sauf chez les vieillards

AUTRES EXEMPLES:
«il dévisagea la personne qui lui tournait le dos»;
«les parlementaires ont entendu l’appel muet de la Nation»;
«suite à de violents orages, les trains ont été bloqués pendant 3 heures et le trafic n’a repris que goutte à goutte».
Dans un avis de vente de charité adressé à des dames patronnesses, on pouvait lire: «débarrassez vous des choses inutiles qui feront le bonheur des autres; emmenez aussi vos maris.»
ce caractère apparemment involontaire sera très étudié par FREUD qui dans l'élaboration du comique souligne l'importance d'une activité inconsciente très proche du lapsus, du rêve, de l'acte manqué ........
EXEMPLE (humour involontaire, proche du lapsus) avant de se rendre chez un compositeur en panne d'inspiration, COCTEAU fait la leçon à son ami en lui disant de ne pas l'interroger sur son travail en cours......ils entrent directement après avoir essayé de sonner. « nous sommes entrés car la sonate ne marche pas».

2 pour le moment disons que c'est bien l'intention consciente et l'attitude de l'émetteur qui font la distinction entre humour et ir