13.02.2006

La querelle des Universaux au Moyen Age

PLAN proposé :

I le problème des universaux

II les solutions proposées et ses conséquences durant les trois périodes du moyen âge

III quelques retombées de ce débat dans le monde scientifique actuel




I L’étude des universaux pose le problème de la valeur de la connaissance conceptuelle
Il s’agit de 5 concepts ( genre, espèce, différence, propre, accident) qui sont les modes généraux d’attributions. Leur étude fait partie de la seule logique lorsque ces prédicables sont considérés du point de vue de l’extension (ensemble des sujets auxquels l’idée convient) EXEMPLE « l’arbre » du néo-platonicien PORPHYRE de la fin du III° siècle ; leur étude devient intéressante dés que l’on prétend restituer ces représentations aux objets concrets par un jugement de type compréhensif (ensemble des éléments dont une idée se compose EXEMPLE l’homme est vivant, animal, raisonnable): ces concepts sont-ils ou non des éléments ayant un fondement direct dans les choses?. Ces prédicables sont-ils applicables aux dogmes et mystères de la religion ? Les problèmes deviennent alors métaphysiques et théologiques.

La question des universaux avait été posée sans réponse par PORPHYRE dans son introduction (Isagoge) aux Catégories d’ARISTOTE :
« Les espèces et les genres existent ils dans la nature en tant que choses réelles ou n’existent-ils qu’à titre de pensées dans notre esprit ?
S’ils existent hors de nous sont corporels ou incorporels ?
Existent-ils séparés des objets sensibles ou dans les objets mêmes ? »

BOECE (480-524), considéré comme le dernier des romains et le premier scolastique, avait rouvert et commenté ce dossier avec 2 attitudes seulement à son époque:
Attitude ante rem (réalisme): proche de PLATON et SAINT AUGUSTIN : les essences (idées et universaux ) sont des êtres réels puisque l’intelligence les connaît ; mais l’intelligence ne saurait les percevoir directement dans le sensible qui est singulier et soumis au devenir, il faut admettre que les universaux subsistent dans un monde intelligible,
Attitude post rem (Une attitude très peu admise avant le XII° siècle): les abstracta élaborés par notre esprit n’ont pas de portée ontologique mais seulement une fonction utilitaire ; ils ne sont que de simples mots pour désigner des collections d’individus (nominalisme)..
Grâce à BOECE, pendant des siècles byzantins , juifs , arabes et latins d’occident apprirent la même logique et la même ontologie rudimentaire, comprenant l’arbre de PORPHYRE jusqu’au début du XIII , date à la quelle la totalité des œuvres du STAGIRITE sera enfin totalement traduite et diffusée en Occident, une découverte qui par la suite permettra de proposer des solutions plus complexes.

II les querelles du Moyen Age

1° La querelle durant la période de la « première scolastique »
A ) ROSCELIN (1050-1121), chanoine de COMPIEGNE souleva le premier la querelle, lorsqu’il eu l’imprudence d’appliquer la théorie nominaliste au dogme de la TRINITE : les 3 personnes ne sont que 3 aspects sous lesquels l’idée de DIEU se présente à l’esprit et par conséquent la TRINITE n’était qu’une abstraction, n’ayant aucune réalité réelle hors de l’esprit : « on pourrait dire vraiment qu’il y a 3 dieux si l’usage le permettait ».
Il fut donc anathématisé par le concile de SOISSONS en 1092 et aussitôt le nominalisme devint suspect au point d’être considéré incompatible avec l’orthodoxie religieuse.

ROSCELIN eut pour adversaire GUILLAUME DE CHAMPEAUX et le célèbre ANSELME,( 1033-1109) futur archevêque de CANTORBERY. Le réalisme régna sans conteste avec l’Ecole de CHARTRES (1124-1130)…..

B) la position ante rem appliquée à la théologie fut attaquée à son tour par d’AMAURY DE CHARTRES et par ABELARD :
C’est ainsi que AMAURY critique GUILLAUME DE CHAMPEAUX en tirant toutes les conséquences du réalisme de ce théologien qui, selon lui, mène au panthéisme (du même genre plus tard que celui de GIORDANO BRUNO et de SPINOZA), lequel absorbe toutes choses dans l’être infini et risque ainsi de déprécier la solidité concrète de la Création . AMAURY souhaite montrer au contraire l’irréductible originalité de l’âme individuelle et l’éminente valeur du rapport à autrui qui est bien plus qu’une simple participation aux monde des idées….
ABELARD (1079-1142) un auteur non moins illustre tentera de définir une voie moyenne : les idées générales ne sont ni des types , ni de simples mots mais des conceptions de l’esprit (conceptualisme) qui n’ont qu’une existence subjective. Le conceptualisme s’avère en fait un nominalisme modéré. Il sera donc à son tour condamné au concile de SENS , accusé à tort par saint BERNARD de comprendre la TRINITE comme un arien, la grâce comme un pélagien, et la Personne du CHRIST comme un nestorien….

C) retour au fidéisme et au mysticisme ( BERNARD DE CLAIRVAUX : « il y a plus de choses à apprendre sous les roches et les arbres que dans les livres ») :
L’application excessive de la dialectique en matière religieuse risque de compromettre la foi, en versant dans l’hérésie (BERANGER, ROSCELIN, ABELARD). On observe alors chez certains la même réaction de défiance que celle jadis des Simpliciores de l’Eglise primitive. Pierre DAMIEN au milieu du XI me siècle fulmine contre les excès des dialecticiens. De même, le pape GREGOIRE IX déclare que les théologiens ne doivent délaisser les disciplines ecclésiastiques au profit des sciences séculières : La philosophie ne doit pas être la maîtresse (comme pour BERANGER DE TOUR mort en 1088) , ni la servante maîtresse ( comme pour ANSELME et ABELARD) mais la captive de la théologie (philosophia ancilla theologiae).

2° La querelle durant la période de la haute scolastique.

A) quelques précisions historiques :
Jusqu’au XII° siècle, le monde intellectuel avait vécu sous un régime intellectuel théologique :
Il n’existait que des écoles de sciences sacrés étudiant la sacra pagina (écrits inspirés), quelques écoles de droit et de médecine, des écoles d’arts libéraux : à part la logique, 7°me des arts libéraux, la philosophie était absent de ses programme scolaires.( on ne connaît guère à cette époque, qu’une partie de l’Organon d’ARISTOTE.)
A partir du milieu du XII° siècle, l’invasion massive de la philosophie païenne provoque une crise intellectuelle sans précédent. Au début du XIII° me siècle, la diffusion de l’œuvre complète d’ARISTOTE se fait par des traductions venues d’ESPAGNE, de SICILE, d’ITALIE ; son œuvre immense apparut comme la somme des connaissances humaines auxquelles l’esprit humain peut accéder par ses propres forces ;
B) SAINT THOMAS (1225-1274), rompt avec les hésitations de ses contemporains néo platoniciens et même avec son maître ALBERT DE COLOGNE ; il estime que la métaphysique aristotélicienne qui développe un réalisme modéré (l’idée trouve sa source dans la réalité sensible ), est prédestinée à la justification rationnelle du dogme :
Mais un aristotélisme intégral ne saurait satisfaire aucun chrétien. Aussi, il perfectionne les distinctions aristotéliciennes (substance/accident, acte/puissance), en y appliquant les notions essence/existence, déjà découvertes par les néoplatoniciens: l’ensemble formera alors la théorie de la distinction réelle entre l’essence et l’existence et de son inséparabilité . .
Cette théorie qui est la clé de voûte de la métaphysique thomiste aura pour conséquence d’opérer la distinction entre universel logique et universel métaphysique ( universel réflexe, universel direct), et la distinction entre concept formel et concept objectif : le même esse se trouve exercée, sous des modes différents, dans la nature et dans l’esprit. Le couple substance/accident, ainsi complété, permet de mieux admettre par EXEMPLE :
- le mystère de l’EUCHARISTIE transsubstantiation des espèces consacrées sous la permanence des accidents sensibles du pain et du vin ;
- en anthropologie, la distinction réelle entre âme et facultés, et la nature individuelle de l’intellect agent ( contre AVERROES 1125- 1196).

Toutefois, au moyen âge l’école thomiste ne sera jamais majoritaire, pour des raisons historiques : la menace d’excommunication qui accompagna le décret de 1277 freina le progrès du thomisme à PARIS en raison de la confusion de ses thèses avec celles de l’aristotélisme hétérodoxe comme celui de SIGER DE BRABANT(1220-1196) qui professe la théorie de « la double vérité » et surtout à cause du raz de marée du nominalisme au XIV° me siècle. Comme le dit E. GILSON « ce solitaire n’a pas écrit pour son siècle, mais il avait le temps pour lui »…..la « Philosophie Perennis » du Docteur Angélique deviendra la philosophie officielle de l’Eglise dans l’Encyclique de LEON XIII Aeterni Patris du 4 août 1879.En attendant, le Docteur Angélique, trouvera son apothéose au Paradis de la Divine Comédie, où il préside la couronne des Douze Sages du 4eme ciel….

3° Le nominalisme durant la période de la « scolastique tardive » et ses conséquences : la philosophie cesse tout à fait d’être la servante de la théologie et devient autonome :
A) les nominalistes font leur véritable apparition au XIII eme siécle avec le franciscain Guillaume d’OCKHAM (1300-1350) dénommé le « docteur irréfragable » (appelé à OXFORD Venerabilis Inceptor Nominalium). Ensuite, il est suivi dés le XIV eme, par la plupart des maîtres de l’Université de PARIS et de l’Université d’OXFORD, notamment :
DURAND DE SAINT POURCAIN, NICOLAS D’AUTRECOURT, BURRIDAN de BETHUNE, NICOLAS ORESME.

Ils rejettent le réalisme des universaux ou l’existence in re des idées abstraites par une série d’objections:
Rejet des universaux en DIEU : ( existence ante rem) : comment concilier la pluralité des idées avec la simplicité de l’essence divine ?
Rejet des universaux ( in re) : en raison de la convertibilité de l’être et de l’un , si l’universel existe hors de notre esprit, il devrait être unique de son espèce : comment l’essence humaine pourrait elle exister distributivement chez tous les individus de l’espèce humaine ?( ils rejettent aussi la théorie thomiste de l’individuation et des formes substantielles) .

B la doctrine d’OCKHAM et ses conséquences
: son empirisme et sa théorie du terminisme ruinent le réalisme :
- OCKHAM distingue la connaissance intuitive ( connaissance claire et singulière) de la connaissance abstraite
( connaissance confuse) EXEMPLE « Socrate est un homme » n’est qu’une superpositions de photographies. L’intuition porte seulement sur le quia ( jugement d’existence des vérités empiriques) et non sur le propter quid (comprendre la raison des choses).
- IL s’oppose à saint THOMAS en refusant l’universel direct dont SAINT THOMAS faisait l’objet propre de l’intelligence humaine. Pour lui, l’universel dans l’esprit ne fait que suppléer les réalités singulières de l’expérience : l’objet immédiat de l’esprit n’est pas la chose même mais ce qui « supplée » pour elle ; la réalité extra-mentale devient un objet indirect, le terme d’une inférence (terminisme).
- conséquences : plus de place à la métaphysique ; la philosophie se réduit alors à la physique et à la logique , elle cesse d’être la servante de la théologie. Avec OCKHAM, réapparaissent la théorie averroïste de la double VERITE et le renforcement du fidéisme.
En 1339, la faculté es Arts de PARIS interdit d’alléguer les opinions des savants d’OXFORD dans les leçons et disputes. En dépit de ces condamnations et de celle du pape CLEMENT VI en 1346, l’ockhamisme passe d’OXFORD à PARIS puis à PADOUE, à HEIDELBERG puis à TUBINGEN.

III quelques aspects de ce débat dans le monde scientifiqueA)un premier débat pour ou contre le nominalisme scientifique dans la période 1860/1910 :
A cette époque certains savants s’interrogent sur les fondements, les méthodes, les limites, de leurs disciplines
( MACH, HELMHOLTZ, DUHEM, POINCARE, LEROY).
Pour les partisans du nominalisme scientifique la science est un simple construction de l’esprit, reposant sur des conventions commodes, dont la valeur est purement instrumentale, sans qu’elle puisse prétendre décrire la nature réelle des objets auxquels elle s’applique.
Parmi les grandes figures de la philosophie des sciences qui défendent cette thèse, on peut citer Pierre DUHEM et Edouard LEROY :
Pierre DUHEM ( 1861-1916) professeur agrégé de physique théorique montre (dans le système du monde, histoire des doctrines cosmologiques…1913). que tout système scientifique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain…Il cherche à jeter un pont sur le fossé qui semblait séparer la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne et affirme que les nominalistes du moyen age facilitèrent le passage de l’esprit médiéval à l’esprit moderne grâce à leur empirisme et en s’émancipant du joug de d’ARISTOTE et de l’Ecriture. Pierre DUHEM montre ainsi que BURIDAN et ORESME, ces deux grands philosophes et savants du XIV° siècle annoncent la mécanique universelle de COPERNIC, GALILEE, NEWTON. LEROY montre que ce sont eux qui ont fait sortir la physique de sa prison en rompant avec la notion de mouvement éternel et cyclique (qui était d’ailleurs celle d’ARISTOTE). En outre, ORESME ( avec son traité de la sphère 1337) apparaît comme un précurseur de la géométrie analytique de DESCARTES.

Les thèses soutenues par DUHEM Pierre ( 1861-1916) sont reprises par EDOUARD LEROY ( 1870-1955). Pour lui, la vérité est le résultat d’une sorte d’invention re-créatrice personnelle. Il s’élève contre le dogmatisme scientifique, contre le dogmatisme religieux, contre le dogmatisme thomiste…Dans un article de la revue de Métaphysique et de Morale (1899-1900) il s’attaque au dogmatisme scientifique où l’on croyait encore que la science donnait dans ses lois un tableau fidèle et objectif de l’univers, dans lequel il entrait peu d’éléments subjectifs.
Il souligne l’écart qui sépare la science de la réalité. L’esprit casse le réel en morceaux mesurables : les faits sont taillés par l’esprit dans la matière amorphe du donné. La théorie repose sur le fait mais comme elle a servi en partie à la confection de l’expérience où le fait apparaît , « nous sommes au rouet » .

B) Contre offensive des défenseurs du réalisme scientifique à l’époque de LEROY
La position du nominalisme scientifique de LEROY réveilla les savants de leur sommeil dogmatique : Elle amena le mathématicien HENRI POINCARE (1854-1912 science et méthode 1908) à rétorquer et à ramener l’écart entre la science et le réel à de plus justes proportions « la commodité d’un symbole résulte au moins de la vérité partielle de ce symbole ».
D’une manière générale, POINCARE s’élève contre les excès du conventionnalisme d’un PEANO ou d’un RUSSELL qui réduisent les mathématiques à la logique, alors que l’auteur soutient que le conventions sont admises en fonction de leur conformité avec des faits….

C) Sur le continent américain, la philosophie des sciences a connu un nouveau tournant contre le réalisme
dans les années soixante avec KUHN ( structure des révolutions scientifiques 1962), QUINE qui débattent sur la variété du réalisme en philosophie des sciences ….

Conclusion
Cette problématique des universaux du moyen âge a permis d’enrichir le vocabulaire de la philosophie, même si par ailleurs il y a eu nécessité de réécrire ce vocabulaire dans un langage plus accessible aux hommes de notre siècle. Elle a permis aussi de nourrir les débats concernant la portée et la valeur de la connaissance conceptuelle.
Elle démontre une fois de plus que tout système scientifique et philosophique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain et qu’il est possible parfois de jeter un pont entre la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne.

01/02/06 Angelicum

08.02.2006

COMIQUE, HUMOUR ET IRONIE

Je vous propose d’explorer quelques facettes du comique à travers l’humour et l’ironie ; quelles sont leurs fonctions, leurs différences et leurs procédés ?
Au sens large, le comique peut se définir comme:« une hésitation feinte entre 2 vérités »(JANKELEVITCH): le comique, c’est ce qui nous fait rire ; dans l’humour et l’ironie, plutôt sourire par une certaine façon de voir les choses à distance, un décalage qui implique le dédoublement de la conscience ; humour et ironie adoptent tous deux une regard faussement naïf, qu’il convient de préciser…

I PREMIERES REMARQUES:

Tout d’abord humour et ironie sont des regards faussement naïfs et ils se distinguent du comique vraiment involontaire causé par des « coquilles » et autres étourderies, qui lui aussi repose sur des propos équivoques ou contradictoires…
EXEMPLES : les perles du bac
le cerveau des femmes, c’est la cervelle
MICKEY L’ANGE et LE HOMARD DE VINCI sont des peintres de la Renaissance
La climatisation est une chauffage froid
Pour conserver la glace il faut d’abord la geler
Les égyptiens transformaient leurs morts en momies pour les garder vivant
Les américains vont souvent à la messe car les protestants sont très catholiques
La mortalité infantile sévissait sauf chez les vieillards

AUTRES EXEMPLES :

« il dévisagea la personne qui lui tournait le dos » ;
« les parlementaires ont entendu l’appel muet de la Nation » ;
dans un avis de vente de charité adressé à des dames patronnesses, on pouvait lire : « débarrasser vous des choses inutiles qui feront le bonheur des autres ; emmener aussi vos maris. »
«suite à de violents orages, les trains ont été bloqué pendant 3 heures et le trafic n’a repris que goutte à goutte ».

IRONIE
A l’origine , une attitude intellectuelle, celle de SOCRATE : action d’interroger (ierôneia) en feignant l’ignorance.
Par la suite, penser le contraire de ce que l’on dit : antiphrase ; un dédoublement de sens à travers des jeux de langage pour exprimer un jugement de désapprobation, mêlé de raillerie, sous la forme d’un discours à l’envers
EXEMPLE LA FONTAINE fables : « je suppose qu’un moine est toujours charitable »
EXEMPLE MOLIERE le misanthrope, Dorine s’adressant à Orgon….
EXEMPLE MONTESQUIEU, « le noir est noir de la tête au pied, il n’a donc pas d’âme »
EXEMPLE VOLTAIRE Zadig appelle ironiquement « sages du pays », « miroirs de sagesse » des juges et inquisiteurs stupides ( conte du petit chien de la reine….)


HUMOUR
A l’origine, un comique en demi-teinte où le rire franc est volontairement remplacé par une apparente impassibilité : une manière anglaise ( sens of humor) de décrire le comique en y refusant les aspects les plus voyants, donc très proche de spirituel.

Par la suite, le mot s’est généralisé au point de prendre souvent la place de comique.

Principaux caractères :
une plaisanterie qui s’étend à toutes les questions même les plus graves, en les effleurant, sans avoir la prétention de les résoudre, le contraire d’une attitude d’autorité et de conviction ;
l’humour est une manière de présenter les choses, davantage une tournure d’esprit que des jeux de mots bien que ces derniers soient très importants EXEMPLE le calembour ; « le comble de l’inattention : prendre l’édit de Nantes pour une anglaise »PROUST.

L’humour me semble une notion encore plus fuyante , plus difficile à cerner que l’ironie, avec des procédés d’expression qui dépassent les simples jeux de langage de l’ironie.
L’ironie est principalement un procédé de rhétorique( l’antiphrase) et se place d’emblée dans le registre des jeux de mots: on pense le contraire de ce que l’on dit. L’humour, est plutôt l’ironie de l’ironie…avec une fonction moins polémique et railleuse que l’ironie, et il peut demeurer seulement un simple oasis dans le sérieux….
EXEMPLE : dans un film de dessins animés, un personnage est sur le point de tomber dans un trou parce qu’il regarde en l’air, au dernier moment il voit le trou et ne tombe donc pas; il adresse aussitôt au public un clin d’œil amusé, l’air de dire « je vous ai bien eu ! ».
EXEMPLE : durant la révolution, l’aristocrate marche à la guillotine, tout en lisant un livre et il le remet enfin au bourreau après l’avoir écorné comme s’il devait un jour en continuer la lecture;
EXEMPLE : avant d’arriver devant la potence, il réclame un foulard pour se protéger du froid.


II AUTRES DIFFERENCES ENTRE HUMOUR ET IRONIE :


-1 C’est l’intention et l’attitude de l’émetteur qui font la distinction entre humour et ironie ;
EXEMPLE COCTEAU visite un atelier de peintre ; le peintre se rend compte que le visiteur ne semble pas admiratif; il lui montre un dernier tableau en s’excusant parce qu’il n’est pas fini…COTEAU répond « il serait humain de l’achever ».
EXEMPLE : MITTERAND : son ami d’enfance lui demande s’ils peuvent à nouveau se tutoyer comme autrefois ….. « si vous voulez »
EXEMPLE : DE GAULLE lors d’une manœuvre en outre mer passe en revue des officiers supérieurs … l’un d’eux est en tenue non réglementaire (il est en en culotte courte kaki au lieu du pantalon ) –« la prochaine fois vous apporterez votre cerceau ! »( par la suite il n’a jamais obtenu de promotion…).
EXEMPLE : le décalage d’intention : un voisin se plaint : « votre chien a aboyé toute la nuit ! (sous entendu il a gêné les dormeurs ) ; réponse du voisin qui fait mine de ne pas comprendre « c’est pas grave, il dort toute la journée ».

l’intention véritable de l’émetteur est parfois difficile à déceler devant l’incertitude interprétative : « c’était pour rire seulement » ; d’où l’emploi fréquent de l’ironie pour détourner la censure. EXEMPLES : RABELAIS, LA BRUYERE , MONTESQUIEU, VOLTAIRE.

Y a t il raillerie, y a t il une victime ? s’agit d’un combat contre un adversaire ? (dialogue polémique à trois :attaquant, victime, public destinataire)
EXEMPLE cité par FREUD le condamné à mort part au supplice un lundi matin : « voilà une semaine qui commence bien ! »dit par le bourreau : ironie ( raillerie); les mêmes paroles dites par la victime : humour noir( conjurer, mettre à distance l’angoisse et la gravité de la situation)

- 2 Une plus grande anesthésie du cœur dans l’ironie que dans l’humour : « l’ironie vous dessèche et dessèche la victime » Max JACOB :l’ironiste veut provoquer un rire d’exclusion du public contre un adversaire ( rire sarcastique) ; au contraire, l’humour comporte une part d’affectivité et de sensibilité : l’humoriste vise à établir un lien de sympathie et de bienveillance avec son public ( rire d’intégration).

L’auto-ironie est proche de l’humour :
EXEMPLE : Cyrano la tirade du nez :« tendre, Eh quoi ! aimez-vous à ce point les oiseaux que vous vous préoccupâtes de tendre un perchoir à leurs petites pattes ? »;
EXEMPLE : SACHA GUITRY ….il y a 2 sortes de femmes : celles qui sont jolies, celles qui ont bien voulu de moi…..

hésitation entre ironie et humour ; le ton fait la différence EXEMPLES
une maman voit revenir son jeune enfant avec des chaussures crottées de boue: « te voilà propre ! » ; s’il y a réprimande c’est de l’ironie, sinon avec un ton plus gentil, c’est peut-être de l’humour ? : « tu aurais pu en mettre aussi sur ton pantalon… »………….
SACHA GUITRY: « ma maîtresse baillait tout le temps , alors je lui ai dit : bail, bail ! »

- 3 L’ironie se démarque de l’humour par la notion de sérieux qui s’y rattache et tend davantage à communiquer une signification implicite; au contraire, l’humour jette davantage un doute sur le réel et provoque une hésitation herméneutique, qui ont pour conséquence de retarder le rire
EXEMPLE FERNANDEL déclame avec 20 tons différents « tout condamné à mort aura la tête tranchée »
EXEMPLE d’humour: journal de l’abbé MUGNIER .Une femme du monde se confesse à lui: « je me trouve belle est - ce un péché ?… non, c’est une erreur ».
Parfois, l’ironie est peu comique :
EXEMPLE : l’ironie du sort dans la tragédie grecque…
EXEMPLE : le directeur des pompes funèbres n’est pas enterré parce que son personnel est en grève

- 4 Dans l’ironie il y a une utilisation différente du trait d’esprit :
WITZ allemand : aptitude à assembler promptement des pensées et de découvrir des ressemblances éloignées. Le mot d’esprit est doublement ingénieux : il ramasse un sens condensé qui frappe par son acuité et son immédiateté fulgurante ; il tombe à propos dans la conversation , il est ajusté à la situation.
Le caractère polémique de l’ironie confère au trait d’esprit une pointe assassine : effet de surprise et décodage rapide pour le destinataire.

EXEMPLES à propos d’un personnage vaniteux : « il y a ceux qui font des mots et ceux qui ont de l’esprit » ; on dit de lui : « il court après l’esprit, il fut répondu : je parie pour l’esprit »
EXEMPLE : raillerie de MONTESQUIOU contre une demi mondaine très snob qui décède durant un dîner mondain : « elle est partie prendre son café dans un monde meilleur ».

Dans l’ironie, la conversation devient un duel : un conflit symbolique où s’affrontent les images de soi de chaque interlocuteur
EXEMPLES LA BRUYERE caractères exemple GNATHON a le teint frais…
EXEMPLE LA FONTAINE fables….

Le trait d’esprit dans l’humour est inoffensif :
EXEMPLE MUGNIER invité dans un repas mondain, on lui propose de l’emmener demain aux folies bergères, « Hélas, non, demain je confesse , ce sont mes folies-brebis ! »
Parfois, un peu moins inoffensif…. EXEMPLE :MUGNIER célèbre pour son esprit, est invité à la table d’une châtelaine, un brave curé de campagne y est convié également pour égayer la conversation ; à la fin du repas , après le départ du curé, elle lui demande : « quand pensez- vous ?- Il a donné le maximum de son minimum ».

III QUELQUES SIMILITUDES DANS LES STRATEGIES ET LES PROCEDES

Stratégie sur l’inter-action verbale : interrompre l’interlocuteur, provoquer une réaction, esquiver une question, atténuer une affirmation
Stratégie sur le plan psychologique : influencer l’état d’esprit des participants, modifier la tension que crée leur échange verbal( pour instaurer un climat favorable à la persuasion)

Humour et ironie empruntent des procédés que l’on retrouve dans les genres traditionnels du comique ( comique de mots, de geste, de situation , de caractère):
EXEMPLES chez PROUST d’une littérature satirique ( mais non cynique ): utilisation de la caricature et du pastiche,
Comique de caractère et de gestes: Mme Verdurin incarne la caricature de la fausse amabilité, une parodie de la culture et de la distinction, de même Madame de Cambremer…..
Comique de situation : le grand-père du Narrateur souhaite pour son petit fils une recommandation lorsqu’il ira en cure à BALBEC …. sans succès….. Monsieur LEGRANDIN utilise diverses stratégies pour détourner la conversation du grand père.
Comique de mots : Zeugma : Madame Verdurin s’adressant au familiers du petit clan sur le ton du CHRIST….

Travail sur les mots : des jeux de mots parfois proche de la poésie
EXEMPLE : journal de l’abbé MUGNIER « les jeunes filles à ST SEVERIN tricotaient avec des voix en aiguille la laine fatiguée des cantiques »
EXEMPLE pastiches poétiques des fables de La Fontaine

Prendre de la distance avec les apparences en reliant des choses contradictoires :
EXEMPLE prolonger une droite jusqu’à l’infini : qu’est ce que vous trouvez au bout ?
EXEMPLE à son retour de voyage SAINT SIMONT est interrogé par son épouse : « m’avez vous été fidèle ? »- « oui, souvent ».
Zeugma EXEMPLE: les camionneurs dans leur camion écoutent de la musique classique et font des commentaires comme le ferait le critique musical GAVOTY…

L’incongru :
EXEMPLE : RABELAIS fait découvrir un planteur de choux sous la langue de Pantagruel….
EXEMPLE : les gouvernants des pays du golf sont tellement riches qu’ils font même éclairer la nuit le bord de mer pour que les poissons ne se perdent pas en chemin.

L’inversion :
EXEMPLE VOLTAIRE le nez est fait pour porter les lunettes
JANKELEVITCH évoque l’hésitation feinte entre ce qui est réversible et irréversible EXEMPLE un sous titre d’une pièce musicale de SATIE « je rajeunis tous les jours ! »
EXEMPLE la machine à corned-beef :le consommateur mécontent retourne la boite dans le distributeur/transformateur de viande et la bœuf en ressort vivant.

Des jeux de langage :

Détournement de mots EXEMPLE San Antonio…quilestboquandilbaise..
Calembour EXEMPLE :F DARS « que ta volonté soit fête ! ».
Collusion entre 2 mots EXEMPLE :FINCKELKRAUT fictionnaire illustré « zeros : dieu de l’amour et des petits rien ».
Alliance de mots aux significations contradictoires :
L’oxymore ( 2 mots contradictoires) : dédoublement de l’acte illocutoire en un acte principal non littéral et acte littéral qui entrent en concurrence sans que l’un élimine complètement l’autre.
EXEMPLE « vous l’avez payé combien cette merveille » ? (une veille voiture d’occasion) .

L’hyperbole l’énorme EXEMPLE Cyrano « c’est un pic , c’est un roc » VOLTAIRE, LA FONTAINE…..

Périphrase héroï-comique : LA FONTAINE : le chat…. « Attila des rats ».

Litote : VOLTAIRE décrit la prison de Candide comme des « appartements d’une extrême fraîcheur dans lesquels on n’est jamais incommodé par le soleil ».


IV FONCTIONS DE L’HUMOUR ET DE L’IRONIE

- A Dans l’ironie : condamner, sanctionner, moraliser de façon détournée. Fonction pédagogique ou didactique….instruire sans imposer dogmatiquement. Aspect polémique :démystifier les relations du pouvoir et du savoir. Jeter un doute sur la réalité , ruiner les prétentions des discours à représenter le réel , bannir toute forme de dogmatisme….

EXEMPLE : avec le planteur de choux RABELAIS fait comprendre que le monde déjoue nos représentations et que le familier peut se trouver dans ce qui est appelé a tort le nouveau

Raillerie : attaque ad hominem , ou plus simplement un sourire pour dénoncer le hors norme EXEMPLE un jeune homme déguisé en fille


-B Dans l’humour :

Un regard lucide sur soi-même et les autres :
EXEMPLE la tirade du nez de Cyrano
EXEMPLE SACHA GUITRY devenu vieux….il est accosté par une admiratrice à la fin de la représentation d’une de ses pièces : « maître, j’ai beaucoup aimé Chérie….- voyez ! elle me tutoie déjà »
EXEMPLE : SACHA GUITRY : il y a deux sortes de femmes….


Permettre à l’adulte de retrouver la liberté du non sens, propre au monde de l’enfance, le plaisir du langage avant les contraintes de l’éducation et de la pensée rationnelle :l’humour « inoffensif » :
EXEMPLE : sketch de P. DAC avec F. BLANCHE déguisé en fakir qui dit voir à distance la date de naissance de la carte d’identité d’une spectatrice mais qui s’arrange finalement à ne pas le dire …..

-C Cas particulier de l’humour noir : dans l’humour noir le sourire manque de gaieté.
Il est parfois le seul recours contre la tentation du désespoir, le moyen d’assumer l’angoisse, les atteintes du sort en les vidant de leurs charge affective, en mettant à distance les émotions et les passions
Parfois il est très proche du carnavalesque et du grotesque, comme le rire profanateur, il peut être transgressif, subversif ; on atteint les limites du supportable
Son but : abolir les distances et les conventions qu’impose la vie en société ; il joue avec les tabous( violence, irrévérence)
L’humour noir grotesque, à la limite du supportable, scabreux:
EXEMPLE sur un sapin de Noël en Allemagne durant la guerre de 1914 : des boules en forme de soldats français tués
EXEMPLE : humour raciste…..
EXEMPLE : « plus cancéreux que moi, tumeur »
EXEMPLE : SWIFT….procédé pour se débarrasser des enfants
EXEMPLE : SAINT SIMON caricature avec férocité la princesse d’Harcourt en évoquant les contorsions des gargouilles : …

V place de l’humour et de l’ironie dans le comique actuel……un subtil mélange des genres…

« le sourire du texte » : l’humour est le signe d’une plus grande liberté esthétique :
du spirituel il en a la subtilité
du comique il en a le détachement, la neutralisation des émotions qui permet d’en jouer
il garde ses origines anglaises : une proximité avec la tristesse, une gaieté mélancolique.

autres genres : l’incohérence narrative et sémantique, comique bizarre, surréaliste, saugrenu

EXEMPLE le canular Marcel DUCHAMP 1887-1968 : objet d’art sous forme de canular
EXEMPLE photographie d’une machine compliquée : « machine à fabriquer le bonheur »
AUTRES EXEMPLES tirés de la publicité actuelle…..la photocopie d’un mariage sort de la photocopieuse devant 2 employés qui viennent de s’embrasser.

CONCLUSION

L’humour et l’ironie deviennent un plaisir pour l’esprit lorsqu’on comprend les propos véritables derrière l’énoncé exprimé : des calculs interprétatifs sollicitent l’intelligence et la culture du destinataire, étant entendu que l’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ni dans n’importe quelle circonstances .
L’un et l’autre poursuivent des buts parfois similaires propres au comique en général:
Châtiment social contre la raideur de certains individus , contre le coté mécanique des pensées et des actions (BERGSON).
Rendre plus réceptif aux sujets sérieux.
Parfois dans l’ironie, provoquer attaquer et soumettre ses cibles.
Et surtout dégonfler certaines formes de sérieux qui nous oppriment.
Dans l’humour, atténuer les audaces, détendre l’atmosphère : l’homme se plaît à rire de ce qui l’effraye : la mort, la maladie, les femmes, l’amour, le mariage le gouvernement, les grands de ce monde.
Reproduire le grotesque et le sublime
Mais aussi par moment régresser vers les tendances inoffensives de l’enfance.

L’étude de l’humour et de l’ironie nous a conduit à brouiller les frontières traditionnelles du comique(dépasser la classification entre comique des mots , comique des gestes, comique de situation, comique de caractère).Ils constituent un ensemble de phénomènes complexes, expression de la sensibilité, de l’intelligence et de la liberté dont on ne se lasse pas.

Angelicum

Contre Kant

« Penser contre KANT »

Arguments contre le kantisme

Mauvais arguments
1- il y aurait contradiction entre les 2 critiques : la seconde restitue la métaphysique que la première critique avait détruite.
réponse : la seconde critique pose à titre de foi les objets métaphysiques, par un acte de foi , sans prétention les connaître ou les démontrer.
2- KANT conduit au scepticisme :
réponse : KANT échappe au scepticisme par la découverte de principes transcendantaux qui fondent la science.

LES VERITABLES DIFFICULTES du KANTISME:
-1 ( critique faite par JACOBI) : équilibre instable entre idéalisme et réalisme :
Pour KANT, les choses en soi sont nécessaires : source de nos impressions mais pour les poser on doit faire un usage transcendant du principe de causalité alors que la critique ne lui reconnaît qu’un usage immanent.
Si les choses en soi sont vraiment inconnaissables, n’en parlons plus ; ne parlons que de ce qu’on connaît : l’activité de l’esprit (cette chose en soi que le kantisme laisse subsister devant l’entendement il s’agira plus tard de s’en passer définitivement : FICHTE, SCHELLING, )

-2 On pourrait sortir du kantisme qui est un idéalisme par le réalisme :
- en refusant de séparer le phénomène de l’être ; le phénomène est un aspect réel d’une partie de l’être( ainsi dévoilé).
- la connaissance est extatique : elle porte sur les choses qui existent hors de nous.
Ceci dit, même dans le réalisme le mode d’union entre l’objet connu et la faculté de connaître demeure mystérieux ; mais je constate que je ne suis pas la couleur que je vois et que cette couleur est en moi, d’une certaine manière, comme objet de connaissance…..

-3 la négation de l’intuition intellectuelle avancé par Kant semble un argument non convaincant :
argument de KANT : une intuition intellectuelle serait créatrice (or, elle semble bien comporter une passivité).
réponses :
intuition et abstraction ne s’excluent pas ( comme si pour KANT l’intuition ne pouvait être que concret)
pour HUSSERL il y a des intuitions eidétiques ; l’intuition ne porte pas uniquement sur du concret. « Tout conscience est conscience de quelque chose ».
Pour ARISTOTE dans les sciences expérimentales, l’esprit est capable d’abstraite le nécessaire grâce aux intuitions intellectuelles en s’appuyant sur l’induction expérimentale

-4 les jugements synthétiques a priori créés par KANT me semblent inconsistants ou inexacts:
Rappelons que pour KANT la synthèse a priori est le problème général de la raison :
les concepts purs ( a priori) de l’entendement résultant de notre structure mentale servent à organiser le donné phénoménal et à construire la science. La nature est donc un produit de l’esprit ; de cette doctrine KANT donne pour preuve les jugements synthétique a priori : des jugements en lesquels le prédicat ajoute au sujet EXEMPLE la ligne droite est la plus courte : KANT dit que l’expérience étant toujours singulière, ce n’est pas l’intuition qui rend possible la synthèse du sujet et du prédicat, le jugement est nécessaire sous l’effet de notre structure mentale
réponses:
-KANT limite le jugement analytique au premier mode d’attribution par soi (immédiat et nécessaire). EXEMPLE le prédicat compose une partie de l’essence EXEMPLE animal, raisonnable :prédicats « par soi » de l’homme. Toutefois,il existe un deuxième mode a priori (ARISTOTE) que KANT me semble ignorer: le prédicat est une propriété du sujet EXEMPLE droit ou courbe de la ligne ; cette liaison est perçue en vertu de l’exigence même de l’objet.


-5 « la métaphysique n’a pas trouvé la voie sure d’une science » ;
- argument de la contradiction entre philosophes
- la métaphysique est un champ de bataille interminable de doctrines contradictoires (car livrée à elle-même la raison devient dialectique : elle s’illusionne en prenant de simples pensées pour de véritables connaissances)
réponse : pétition de principe
si tous les systèmes se valent c’est qu’on les considère du dehors, en s’abstenant d’y pénétrer et pour se dispenser de les étudier mais alors on n’a pas le droit de soutenir qu’aucun n’est valable
autre argument de KANT : « la métaphysique n’est pas rigoureuse comme les mathématiques » donc elle n’est pas une science.
réponse :les mathématiques ne sont pas le type unique de science ; c’est un préjugé cartésien ; la métaphysique n’est pas la science de la quantité mais science de l’être.


DIFFICULTES que soulèvent sa MORALE


MAUVAIS ARGUMENT
: ce serait une morale inhumaine, inapplicable (« KANT a les mains pures mais il n’a pas de mains »)..
réponse : KANT reconnaît qu’aucune action pure, accomplie par unique respect du devoir n’a jamais été accompli ; KANT pose un idéal ; (comme pour les chrétiens : il faut suivre la règle d’être parfait « comme le Père céleste est parfait ».)

AUTRES OBJECTIONS
1 erreur de KANT d’affirmer que la recherche du bien est nécessairement égoïste ; l’amour de soi serait immoral.
réponses :
a)si on aime DIEU pour lui-même l’amour est pur
b)il y a un amour de soi qui fait partie intégrante de la vie morale ;
l’égoïsme c’est un désordre qui consiste à préférer un bien particulier à un bien absolu
c)Dans l’amour de soi, il y a une finalité plus haute: s’aimer soi-même comme son prochain, pour l’amour de DIEU

2 erreur de KANT de dire que le bien ne peut fonder l’obligation :
réponses contre Kant:
- premier principe de la morale : « il faut faire le bien »
- C’est un principe analytique car si l’on comprend ce qu’est le bien on voit qu’il est à aimer, à faire, qu’il doit être recherché.
Mais c’est un principe souple avec divers degrés de gérondif : tout bien est à faire ; certains sont strictement obligatoires, d’autres de « conseil ».

Pour KANT seule la raison ( qui se caractérise par l’exigence de l’universel dans l’impératif catégorique) fonde le devoir : « érige le motif de ton acte en règle universelle » : le particulier ne doit pas triompher de l’universel
Ceci dit, RICOEUR ( qui a du cœur) juge cette morale trop puritaine car elle est EXPLICITEMNT sans affect, uniquement le respect et la raison…
Mais IMPLICITEMENT, RICOEUR fait observer que, d’une part, traiter l’humanité comme une fin jamais comme un moyen, d’autre part, considérer l’autre comme un alter ego sous entendent un postulat encore plus fondamental de la morale universelle à savoir l’altruisme qui est un sentiment…

..En outre, la pluralité des devoirs engendre elle aussi des conflits qu’il appartient à la sagesse pratique d’arbitrer. EXEMPLE CREON/ANTIGONE

RICOEUR souhaite parachever l’exigence du devoir :
Il faut ajouter au respect du devoir, la bienveillance pour autrui, le sens de l’honneur, le bien de l’autre ; la vie bonne , c’est, selon RICOEUR, l’estime de soi, la sollicitude pour autrui, le sens du juste et de l’injuste ( voix de la conscience et recourir éventuellement aux conseils des sages).
L’alter ego invite à la sympathie et à l’amitié car il est comme nous ; alors, comme le montre LEVINAS, ARISTOTE ( ethique à NICOMAQUE, ) dans l’amitié l’autre est un appel, l’occasion d’un ouverture vers un tiers….En outre DIEU ne doit pas être considéré seulement comme le garant de l’ordre morale, il en est l’auteur. Il n’y a pas non plus de devoirs spéciaux envers DIEU : KANT semble soumettre DIEU au monde des idées de la raison pratique…….

En résumé pour moi , il faut montrer que l’obligation trouve sa raison dans le bien et non l’inverse.

3 autre point faible de la morale kantienne : la jonction du moi phénoménale soumise à la nécessité des lois naturelles et le moi nouménal soumis à la liberté.
Comment une décision libre prise dans le monde intelligible du nouméne peut-elle se traduire dans le monde sensible où tout est strictement déterminé ? Un liberté en soi, transcendante semble inutile.( objections de RENOUVIER, BRUNSCHVICG).
Une objection qui nous ramène à la difficulté fondamentale du kantisme : la séparation du phénomène et de l’être.

QUELQUES CRITIQUES CONTRE SA THEORIE DU BEAU( 1ere partie de sa critique de la faculté de juger) :

*1 au préalable un rapide exposé de sa théorie esthétique :
le plaisir esthétique apparaît à l’occasion de la contemplation de l’objet esthétique, dans l’harmonie du libre jeu entre imagination et entendement (l’imagination n’est pas contrainte par l’entendement comme c’est le cas dans une visée cognitive).
Un contemplation formellement désintéressée : une activité qui ne vise pas un résultat déterminé
Une contemplation fondée sur le sentiment de plaisir causé par la forme de l’objet ( et non par la matière d’une sensation privée).
KANT suppose que le rapport des facultés de connaître est le même chez tous les hommes et il explique ainsi l’universalité de mon jugement. Cette universalité du jugement du goût tend les individus à expliquer le beau par des propriétés objectales ; Or, pour lui le plaisir esthétique ne s’explique pas ainsi……
dans le domaine de l’art, l’artiste de génie accomplit « une finalité sans fin » à condition que l’objet apparaisse comme s’il était une œuvre de la nature ;
dans le beau naturel, « la finalité sans fin » est présente dans une belle chose comme si elle avait été faite pour nous plaire ( d’où renvoi à un monde nouménal qui nous fait signe à travers une expérience esthétique satisfaisant).

CONSEQUENCES
*1 COMMENT EXPLIQUER LE RELATIVISME ESTHETIQUE ( désaccord entre les hommes) ?
l’argument de KANT est d’invoquer l’impureté de nos jugements de goût pour expliquer ce relativisme
( cet argument me semble une tautologie..). Ne pas accepter la relativité de l’évaluation esthétique c’est s’engager sur une fausse voie………
*2 critique des romantiques allemands ; de HEGEL ; de HEIDEGGER……….
KANT s’oppose à une tradition spéculative de l’art ; il s’oppose aussi à la conception de l’art comme révélation ontologique : d’où les critiques des romantiques allemands de IENA : NOVALIS, SCHLEGEL et surtout SCHOPENHAUER, SCHELLING :
HEGEL critique chez KANT son universalité subjective ; il le critique pour avoir affirmé que la conciliation des contraires (entendement , imagination) réalisée dans l’œuvre d’art est une affaire subjective au lieu de la concevoir comme conforme à la réalité et à la vérité.
Pour HEIDEGGER, l’œuvre d’art doit être saisi dans sa vérité de « fondement historial ». L’activité de contemplation esthétique comme le lieu privilégié de l’accès à l’être en tant qu’être. Ainsi, l’esthétique de HEIDEGGER s’oppose autant à l’esthétique subjective de KANT qu’à l’esthétique d’inspiration sociologique (qui met en évidence le lien existant entre l’expression artistique et les conditions sociales et historiques qui la déterminent).

CONCLUSION GENERALE
JEAN LACROIX (Kant et le kantisme QSJ page 121) conclue que pour KANT la philosophie est la recherche des fins inconditionnées de l’humanité et que cette recherche ne peut aboutir que sur le plan moral.( la dignité de l’homme est d’éduquer sa raison, à condition que l’intelligence bascule sous la suprématie de la volonté). D’où rappel de ma principale critique : pour KANT, qui nie la valeur de la métaphysique, la sagesse n’est régie uniquement que par l’activité pratique du sujet D. CREPIN

Qu’est ce qu’un Problème philosophique ?

introduction

Un problème comporte normalement question et réponse :
Faut- il en philosophie - comme le suggère la tradition- privilégier le questionnement ?

(JASPERS : les Questions sont plus importantes que les réponses)
(KANT : on n’apprend pas la philosophie on n’apprend qu’à philosopher critique de la raison pure)
(BERGSON : en philosophie il y a de « bonnes questions »…)

Distinction entre l’objet formel et l’objet matériel de la philosophie (« le philosophe sait le tout, sans tout savoir » BERGSON)
Objet formel : en philosophie (recherche des fondements), chercher le pourquoi et non le comment
( c’est la raison pour la quelle la science est limitée au «comment » et ne «pense » pas selon HEIDEGGER : elle se limite à établir des lois sur les variations concomitantes entre phénomènes )

Objet matériel : traditionnellement tout ce qui existe ou peut exister

1 POINT DE VUE FORMEL

La question philosophique

a) Recherche des fondements
au niveau des premiers principes et des premières causes exemple ARISTOTE et sa définition de la philosophie : science des premiers principes et des premières causes

poser les questions préalables : rechercher ce qui a été postulé
aller à l’essentiel passé sous silence
transformer une notion en problème

avec un passage incessant du particulier au général pour nourrir la démonstration

conduire la réflexion en une progression ordonnée : en dialectisant les oppositions selon différents types de plans, généralement en trois parties

b) Un mode de questionnement :

-aporétique : le questionnement de SOCRATE, les dialogues platoniciens du début
l’ironie socratique

-scolastique : les dialogues de la maturité de PLATON
au MOYEN AGE : sic, contra, sed, conclusio

-critique : le doute cartésien (DESCARTES et la «droite »)
et depuis KANT «crise et critique » : la philosophie critique : seul l’analytique décrit le champ d’investigation possible…..

-sceptique : NIETSCHE, HEIDEGGER DERRIDA : un questionnement qui aboutit uniquement à la «déconstruction » des certitudes

2 OBJET MATERIEL de la Philosophie


a) Les problèmes ont une histoire

quelques problèmes :

à partir de Parménide le problème de l'être structuré dans celui de l’un et du multiple (et son évolution avec PLATON : le Parménide, le Sophiste, le Philébe)
(ensuite avec ARISTOTE : « l’ être se dit en plusieurs sens » : unité analogique des êtres)

problème des rapports essence /existence au Moyen Age

problème de l’Homme : KANT et ses 4 questions
que puis je connaître ?
que dois-je faire ?
que puis-je espérer ?
qu’est-ce qu’une anthropologie ? ,

NIETZSCHE : théorie du surhomme
SARTRE : la philosophie est l’étude de l’homme dans sa globalité
Actuellement dans l’Education programme du bac : la pensée, l’action , autrement dit, les deux aspect du sophon :spéculatif et pratique, distribué dans
1 LE MONDE ET LA CULTURE
2 LA CONNAISSANCE
3 LES PRATIQUES ET LES FINS

b) Difficultés à trouver des réponses
car il y a de faux problèmes :
exemple l’union du corps et de l’âme en termes de communication des substances selon DESCARTES
exemple : pourquoi y a t il quelque chose plutôt que rien ? ( critique adressée par TRESMONTENT à KANT et à HEIDEGGER)
il y a des « penseurs » qui s’affirment absolument sceptiques : la philosophie n’existe pas ; (RUSSELL…couper les cheveux en quatre.) elle n’est tout au plus qu’un archipel de la littérature, «une confiture d’opinions » (rétrospectivement ARISTOTE répond : vous dites que la philosophie n’existe pas mais là encore il faut philosopher :…deinde philosophari).
Dans ce cas la philosophie n’est plus construction de vérités mais déconstruction de certitudes : NIETZSCHE, HEIDEGGERR, DERRIDA ou uniquement « jeu » de construction de concepts : exemple : philosophie « nomade » de DELEUZE, M. SERRE.


CONCLUSION

Un problème philosophique se caractérise surtout par un point de vue formel : recherche des fondements ultimes de la réalité pour assurer la promotion des intérêts supérieurs de la pensée. Toutefois le cheminement est plus une quête qu’une conquête (« il faut chercher comme si on allait trouver et trouver comme si l’on devait encore chercher »SAINT AUGUSTIN): un mode de questionnement devenu critique à partir de DESCARTES et de KANT.
Le philosophe doit donc être sensible aux aspects contrastés de la réalité : problème de l’un et du multiple chez les grecs ; problème des antinomies de la raison et la solution critique de KANT, problème de la condition humaine chez les philosophes modernes et contemporains; actions de déconstruction sans réponses satisfaisantes pour les « philosophies du soupçon ».

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