27.04.2006
La réalité
que signifie la réalité ?
« signifie » : désigner, nommer;
« la réalité » : définition provisoire , celle du dictionnaire du Petit Robert : ce qui est réel
I le vocabulaire de la réalité
a)dans le dictionnaire : de trop nombreuses expressions qui compliquent le problème : le mot employé est seul, avec un article, avec un adjectif ou avec un complément de nom :
une réalité, la réalité
réalité de la matière (matérialisme), réalité de l’esprit (spiritualisme)
croyance à la réalité extérieure, ce qui existe en fait
caractère réel concernant les choses : ce qui est actuel, ce qui est donné comme tel par l’esprit, en réalité, réellement, en fait
l’existence réelle opposée aux illusions , aux rêves, a l’imagination, à la représentation des images
quelques expressions courantes : « l’expérience de la réalité », « confronté à la dure réalité ».
Pour essayer de simplifier :
une première remarque : beaucoup de termes se distribuent en contraires :
réalité sensible/ réalité intelligible
réalité externe/ réalité interne
réalité objective/ réalité subjective
réalité réelle/ réalité idéale
une deuxième remarque :
des couples qui - selon nous - recoupent– de façon synonyme- un dédoublement de l’être en :
être/ paraître
essence/ existence.
Ces deux articulations ont l’avantage de dépasser le point de vue étymologique qui me semble insuffisant. En effet, l’étymologie « res » (chose) a d’abord un sens physique très concret, et signifie objet dans un sens dérivé: voir HEIDEGGER qu’est ce qu’une chose ? le mot chose a donc une portée plus générale comme le suggère l’expression « objet et chose ce n’est pas la même chose »…. l’étymologie, trop matérielle, doit donc être dépassée pour laisser place à d’autres plans plus abstraits de la réalité ….
b)le mot réalité est synonyme du mot être avec ses dédoublements
être/ paraître, essence/ existence :
essence/ existence :
EXEMPLES Pierre, la lune existe, la lune existe mais Pierre n’est pas la lune ;
3 n’est pas 4 mais, « d’une certaine façon »( pour reprendre l’expression du Philosophe) le chiffre 3 existe, le chiffre 4 existe.
Un couple qui aurait une portée analogique et universelle (même pour Dieu ?…) et qui mériterait beaucoup de précisions : ces notions sont-elles vraiment distinctes, sont-elles séparables ou inséparables, quelle priorité d’une terme sur l’autre ?
Un débat qui date du Moyen–Age et qui a été remis à l’ordre du jour par SARTRE : « l’existence précède l’essence ».
être/ paraître : dans le langage ordinaire :
Cette distinction permet déjà de recouper une grande partie des couples de contraires énumérées au début notamment l’opposition (très ambiguë) entre réalité objective/ réalité subjective . L’être serait du coté du réel, du vrai et de l’objectif,
Le statut du paraître( apparence, apparaître) s’avère plus problématique ; car paraître a 2 significations : « ce qui apparaît »( phénomène une réalité qui n’est pas forcément fausse ou illusoire)et apparence au sens alors d’illusion.
1-l’apparaître au sens d’illusion :
a) le mensonge : induire volontairement chez autrui de fausses croyances ; elle est une tromperie véritable (tromperie intentionnelle pour travestir, transgresser la réalité)
b)l’illusion involontaire, lorsque la victime se trompe elle-même :
illusions des sens externes et internes: notre œil n’est pas une caméra, notre oreille n’est pas un magnétophone, notre perception temporelle n’est pas une horloge car notre cerveau a été programmé pour être rapide, et non pour être exact ; il s’agit toutefois de faits physiques objectifs ( ils ont une réalité objective) : illusions d’optiques, illusions sonores, illusions temporelles.
illusions d’optique ( EXEMPLES voir un bâton droit courbé lorsqu’il est plongé à moitié dans l’eau, voir sur un fond montagneux des nuages comme des montagnes, ne pas distinguer la véritable séparation entre l’air et l’eau dans un horizon marin, prendre des récifs pour des bateaux à la façon des tableaux de TURNER) ; l’information qui traverse la pupille est segmentée, déformée, amplifiée, reconstituée, présagée. La plus grande illusion est encore celle-ci : comment peut-on avoir l’impression de voir si bien avec un appareil optique si pauvre ?
illusion temporelle EXEMPLE le temps semble passer plus vite quand notre corps accélère..
illusions sonores EXEMPLES :continuer à entendre une cloche sonner… il existe des dispositifs expérimentaux qui font croire - faussement du point de vue acoustique- que le son monte ; AUTRE EXEMPLE un cerveau qui baigne dans le bruit urbain, soustrait le son régulier des voitures, étant donné que la cochlée située dans l’oreille interne accentue le contraste auditif…
ces illusions sont encore en grande partie des faits physiques objectifs (ils sont causés par une réalité externe), avec des effets subjectifs ( subjectif au sens de vécu par un sujet) contrairement aux délires totalement subjectifs (cad des images mentales, des affects sans aucun fondement externe provoqués uniquement par l’état du cerveau de l’individu).
autre illusions:
celles qui sont provoquées par « l’imagination déformante » et par l’inconscient dans le domaine des passions…..: certaines ont un sens caché .EXEMPLE la signification du rêve selon FREUD : le rêve signifie apparemment une absurdité mais il réalise un rébus.
Dans le « paraître », le « faire semblant » peut être ( contrairement au mensonge) un travestissement complice du réel à travers des effets poétiques et jeux de langages EXEMPLES les métaphores : « le printemps de la vie », « le Puy de Dôme a mis son chapeau ». . ou encore des fictions littéraires purement imaginaires EXEMPLE le griffon, le phénix.
Les métaphores, lorsqu’elles ne sont pas trop « usées » par le langage courant (comme aujourd’hui « le pied de la table », « la terre est bleue comme une orange »), permettent de mieux faire comprendre des états de conscience liés aux affects, sentiments et autres visions personnelles : elles facilitent la connaissance par connaturalité …
2 le paraître au sens ordinaire de phénomène : un aspect vrai de l’être mais qui n’est pas tout l’être. En quel sens alors faut-il comprendre le mot tout ?
Pour ce faire, il convient de dépasser la notion d’être au sens vague c’est à dire tout ce qui conjugue le verbe exister : à l’indicatif « ce qui est », « ce qui peut être », à l’impératif « ce qui doit être».et de développer l’opposition être/ paraître sur le terrain plus solide de l’ontologie.
II LES DOCTRINES QUI DEDOUBLENT LA REALITE entre ETRE et PARAITRE
peuvent se ranger soit dans une dualité souple soit dans un dualisme radical :
Dualité souple entre être et paraître :
a) Chez ARISTOTE et les scolastiques du Moyen-Age un compromis est possible entre les exigences de l’un et du multiple, entre le même et l’autre ( changer c’est devenir autre tout en restant d’une certaine façon le même: le même serait ici du côté de l’être/substance, le devenir autre serait du côté du paraître/accident.
« l’être se prend en plusieurs acceptions » Méta. ARISTOTE : la richesse de la réalité s’explique par les théories logique et ontologique des catégories (notamment la distinction substance/ accidents), de l’acte et de la puissance (autre explication du devenir) …..
les scolastiques ont développé des principes analogiques d’explication de l’être à travers le couple essence/ existence et autre relatifs que sont les transcendantaux que sont l’un, le vrai et le bien (qui incarnent de façon complexe mais souple la distinction entre être et paraître): CONSEQUENCE : « l’être n’est pas un genre » ni un concept univoque, il est pensable- dans une certaine mesure- dans l’unité de sa réalisation analogique…
REMARQUE la valeur métaphysique du principe d’analogie sera niée à partir du XVIII° siècle notamment par KANT et plus récemment par SARTRE, HEIDEGGER… qui contestent la valeur métaphysique de la raison...
b) Dualisme radical : EXEMPLES : les éléates, le jeune PLATON, DESCARTES, les logiciens de l’école de VIENNE, certains épistémologues… cas particulier de KANT :
La réalité vraie s’oppose à l’apparent ( phénomène) ou à l’illusoire si l’on privilégie le permanent, le stable, l’identique, le nécessaire ( ce sont les caractères même de l’être en tant qu’être selon PARMENIDE : « l’être est, le non-être n’est pas » ; refus du PARAITRE, refus du changement et du multiple du monde sensible car changer c’est devenir autre… de l’être ne peut venir le non-être puisque l’être est déjà : il n’y a donc pas de changement réel. La deuxième partie du Poème décrit les illusions du changement et de la diversité du monde sensible. Par là PARMENIDE s’oppose à HERACLITE défenseur du changement radical « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » ) ; il s’oppose à ARISTOTE pour qui de l’être en tant que non-être( puissance) vient l’être ( en acte).
COROLLAIRE : dans ce contexte l’ontologie véritable nécessite une dé-subjectivation du réel (l’ordre du monde suggère spontanément son intelligibilité mais cette intelligibilité est impensable dans le cadre des concepts commun)
EXEMPLES :
DESCARTES : privilégier le quantitatif et tout ce qui est conceptualisable de façon claire et distincte (argument du morceau de cire……), comme pour le jeune PLATON, penser c’est identifier
travaux de logique et de linguistique de l’Ecole de Vienne… WITTGENSTEIN
travaux des épistémologues ……BERNARD d’ESPAGNAT
Une place particulière pour KANT :
Ici encore, la célèbre coupure noumène (être : réalité en soi)/ phénomène( apparence du monde) est radicale ; elle place l’être véritable du côté du noumène inconnaissable, même si les phénomènes sont connaissables scientifiquement.
Par ailleurs, KANT privilégie « l’impératif » ( la morale) sur « l’indicatif » pour justifier a posteriori la réalité des Idées « pures » du MONDE , du MOI, de DIEU, une triangulation qui était contestée un premier temps ( étape de la critique de la raison pure)… et auquel se réfèrent nos réalités : monde : réalité physique, sociale, économique, politique, juridique, artistique….
moi : psychologie, morale…..
Dieu : religion
La démarche kantienne est inverse de celle de la tradition antique et scolastique où la morale était fondée sur l’étude préalable de la nature …..le devoir reposant d’abord sur ce qui est… « deviens ce que tu es » .
QUELQUES CRITIQUES: ce qui est excessif est insignifiant…
Des concepts trop rigides qui ne rendent pas compte suffisamment de la richesse du réel. (EXEMPLE en morale, l’impératif kantien conçu sur le mode de l’universel me paraît sans nuance concernant la prise en compte des mobiles, du contexte, de la nature de l’action morale .).
Même si la réalité ordinaire semble équivoque, elle demeure en partie pensable à l’aide de principes et de causes rationnelles en accord avec l’expérience de la réalité ordinaire.
III LE DUALISME DE L’ETRE ET DU PARAITRE
est une base solide à la solution des grands problèmes de l’ontologie :
démonstration a contrario à partir de l’existentialisme athée de SARTRE :
la position de SARTRE :
Il refuse la réification des distinctions ontologiques. « le dualisme de l’être et du paraître ne saurait plus trouver droit de cité en philosophie » écrit-il dans l’introduction de son livre l’Etre et le Néant.
--- Pour lui cette affirmation a une valeur « phénoméniste » : « ce qui apparaît » est la seule réalité qui soit, puisque le phénomène est la seule réalité que nous atteignons. Il n’y a rien en dehors de ce qui paraît, ni même de « noumène », fut- ce en le déclarant inconnaissable, comme le faisait KANT.
Cette affirmation se veut « existentialiste » : l’apparence n’est pas une simple représentation mentale. Elle est l’existant lui-même qui se réduit « à la série de ses apparitions ».
En prétendant éliminer le faux problème du dualisme de l’être et du paraître, il prétend éliminer aussi l’opposition idéalisme/ réalisme, qui sont des doctrines qui soutiennent – grosso modo- que l’idée correspond à un réel qui est « en dehors » de la pensée. Pour SARTRE, Il ne faut pas distinguer l’intérieur et l’extérieur de l’existant. « le phénomène est absolument indicatif de lui-même » écrit-il.
La conscience révèle l’être : « toute conscience est conscience de quelque chose »
(il reprend HUSSERL). Bien plus encore, elle n’est conscience que par cet être qui se révèle comme existant par elle.
Finalement pour SARTRE, à la dualité de l’être et du paraître, se substitue une AUTRE dualité entre le fini (qui est le paraître actuel) et l’infini du « transphénoménal » (qui est la série des apparitions pour la conscience).
a)critiques contre SARTRE :
CERTES, il a raison de refuser la réification des distinctions ontologiques (notamment une bonne critique de KANT…)
il a raison d’affirmer qu’il n’y a pas de conscience qui ne soit pas conscience de quelque chose
TOUTEFOIS,
pour lui, l’homme se réduit à sa pensée et tout est en acte EXEMPLE le génie de PROUST se réduit à l’ensemble de ses manifestions
critique : Qu’est ce qui permet alors à l’homme de se connaître lui-même, de se diriger lui-même ? Que devient l’unité entre le corps et la pensée ? Que devient la personnalité de l’homme ? En effet, comment maintenir la distinction essence/existence sans les notions d’acte et de puissance ?
grâce à la distinction acte puissance, l’être garde sa puissance qui n’est pas épuisée par ses actes EXEMPLE lorsque je dors , je ne suis pas intelligent en acte, je le demeure en puissance.
CERTES, SARTRE admet la distinction ESSENCE/EXISTENCE :
pour lui l’essence s’identifie à l’apparence, l’existence est la source des essences, il admet une dimension trans-phénoménale de la conscience pour expliquer le caractère permanent des essences.
« l’existence, c’est la loi qui préside à la succession des apparences, la raison des séries » l’être et le néant.
critique : Mais qu’est ce que cette loi qui ne réside en aucun être, puisque la conscience elle-même n’est que phénomène ? Solution non recevable encore sans les notions de puissance et de substance/accident qui maintient l’identité de la série des apparitions
conclusion : être= trans phénoménal, substance, puissance( puissance active) et en partie existence….
Paraître= phénomène, apparitions en acte, apparitions changeantes et en partie essence….
CONCLUSION GENERALE
LA REALITE : toute la conjugaison du verbe être en maintenant les 2 aspects d’une duplication essence/existence, être/paraître, étant entendu que le paraître n’est pas tout l’être dans le cadre d’un dualisme souple(dualité) ou radical…...
Que signifie la réalité ? une tentative trop ambitieuse devant la richesse du réel et l’indigence de son expression : SHAKESPEARE « il y a plus de réalités sur la terre et dans le ciel que dans toute la philosophie »
Force est de constaté que j’ai opéré un choix trop limité de doctrines (par exemple j’ai passé sous silence HEGEL important dans l’histoire de la philosophie ….ou encore de nos jours le psychanalyste LACAN … J’ai cité par contre d’autres penseurs moins importants..)
J’ai montré surtout ma préférence pour les théories qui satisfont à la fois nostalgie de l’unité et en même temps la diversité du réel, notamment pour la scolastique qui développe une représentation analogique de la réalité : l’être , le vrai , le bien sont des relatifs qui résolvent selon moi d’une manière souple le problème incontournable de l’un et du multiple.
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09.04.2006
La responsabilité
LA RESPONSABILITE
INTRODUCTION
Définition provisoire de la responsabilité :
D’après l’étymologie : obligation de « répondre »( se porter « garant » ; cas extrême : « doit être sanctionné »
exemple : dans une ville occupée par l’ennemi les otages (qui sont responsables sans l’avoir voulu) seront responsables
c’est à dire « punis » en cas de troubles).
En outre, on « répond « toujours devant une autorité souveraine
( tribunal intime de ma conscience, celui de mon « for intérieur » ou tribunal externe institué par divers groupes sociaux)
PLAN PROPOSE
Nous examinerons d’abord les 2 principales formes de responsabilité suivant l’autorité devant laquelle on doit répondre :
- responsabilité morale vis à vis de mon for intérieur,
- responsabilité sociale : responsabilité politique, professionnelle, responsabilité pénale, responsabilité civile
Enfin, nous verrons comment les conditions de la responsabilité morale (Liberté et connaissance du bien et du mal)
ne sont pas toujours très claires et nous invitent à élargir le champ de notre réflexion.
1- EXAMEN des différentes sortes de responsabilité
A- responsabilité morale( celle d’un individu physique, libre et pleinement conscient)
Ici, je suis tenu de répondre de mes actes devant le tribunal intime de ma conscience.
Condition :Pour que je puisse être jugé moralement responsable de mes actes, il faut être pleinement conscient,
capable de discerner le bien et le mal ; il faut être libre (ne pas subir de contrainte externe et disposer de toute ma liberté interne)
B- les différentes formes de responsabilité sociale :
>
* responsabilité pénale : un homme est pénalement responsable lorsqu’il a personnellement commis un délit ou un crime.
Elle est directement liée à la responsabilité morale : l’intention de l’inculpé a plus d’importance que la gravité du dommage.
Un meurtre sera plus sévèrement puni qu’un homicide par imprudence
* responsabilité civile : elle est très différente de la responsabilité pénale. Si on me vole ma voiture et
si le voleur écrase un piéton, c’est moi qui suis civilement responsable (autrement dit c’est mon assurance qui paiera),
du moins tant que je n’ai pas déclaré le vol au commissariat.
* La responsabilité civile (définie aux articles 1383 et 1384 du Code Civil) semble obéir à d’autres préoccupations
que la responsabilité morale. Ce qui compte, ce n’est pas l’intention du responsable, qui n’est pas toujours
une personne physique ( exemple une compagnie ou Société ou autre personne « morale » au sens juridique) ;
ce qui compte, c’est le dommage causé et le responsable est celui qui peut, en pratique, payer réparation.
La responsabilité civile a recours à des assurances, vastes systèmes collectifs de protections et de garanties réciproques
En droit positif français, la responsabilité civile fait partie de « la responsabilité délictuelle » : obligation de réparer
le dommage causé par des faits juridiques intentionnels(délits) ou non intentionnels ( quasi-délits) ( exemple :
je suis responsable de la chose dont j’ai la garde, par exemple, de mon chien s’il mord un passant…exemple :
dans le domaine professionnel, les enseignants et artisans sont responsables du dommage causé par leurs élèves ou
apprentis pendant qu’ils sont sous leur surveillance.) Cependant, en matière de responsabilité civile, l’accent porte
davantage sur le dommage et sur sa réparation, que sur la culpabilité morale de l’auteur
* responsabilité politique : en régime parlementaire, les ministres sont responsables devant le Parlement,
ils peuvent être appelés à se justifier, doivent littéralement « répondre » aux « interpellations » des députés.
CONCLUSION partielle
Typologie de la responsabilité en fonction de l’autorité et de l’intention ;
Par delà les différentes formes, une similitude dans les conditions de toute responsabilité :
est pleinement responsable celui qui peut prévoir les conséquences de ce qu’il fait ou de ce dont il est gardien….
2 - LIMITES et ambiguïtés de la responsabilité :
dans le domaine de la responsabilité morale : quelques objections qui limitent la responsabilité
* les illusions de la liberté : le remords apporte quelquefois l’illusion du libre arbitre.
J’ai du remords quand j’ai l’impression d’avoir choisi librement le mal et donc d’être responsable de mes actes.
Or, selon les rationalistes, « nul n’est méchant volontairement »(SOCRATE) : on ne peut pas « choisir librement le mal » :
dans une certaine mesure, la responsabilité morale semble limitée chez celui qui est prisonnier de ses préjugés et de ses passions ;
le « coupable » n’est pas libre, mais esclave de son ignorance et de ses passions ; dans ce contexte,
liberté/libération s’identifie avec la raison.
Les traditionalistes répliquent que l’expérience du remords prouve que le libre arbitre a été engagé dans la faute,
car si je ne me savais pas libre d’avoir choisi le mal, j’aurais tout au plus du regret et pas de remords
( comme j’ai simplement du regret qu’il ait plu dimanche et pas de remords car ce n’est pas de ma faute)
- cas extrême : chez certains existentialistes (SARTRE), ma responsabilité est toujours entière, étant donné la nature de ma liberté ...
Autre difficulté dans le cas d’une éventuelle responsabilité collective :
quelle est la part de responsabilité d’un citoyen dans les domaines d’un génocide ou autres crimes contre l’humanité si son pays en est l’auteur ?
EXEMPLES: la « solution finale » en Allemagne , les génocides africains ou serbes : témoignages à la fois accablants et nuancés…
(A titre de curiosité, dans le domaine religieux : le scandale du péché originel pour certains chrétiens : scandale logique ou paradoxe ?
pourquoi endosser la responsabilité de ce qu’a fait ADAM ?
Pourquoi devrais-je être hypothéqué par une action que je n’ai pas décidée ?…solution proposée par THOMAS D’AQUIN …
3- L’EDUCATION A LA RESPONSABILITE
La responsabilité fait partie de l’éducation qui vise la socialisation, notamment celle des jeunes générations: rôle des institutions
qui prennent le relais des parents pour inculquer la maîtrise de soi et la notion de devoir envers la société ( instruction civique à l’Ecole)
Par définition, les structures éducatives développent toute sorte de compétences mais la compétence renvoie souvent à
une capacité de décision dans un domaine donné : la responsabilité doit alors être comprise comme une charge
( une fonction ) que l’on accepte d’assumer ( « prendre une responsabilité », « avoir des responsabilités »
dans un environnement social privé, public, professionnel)( avec beaucoup de difficultés parfois,
exemples professionnels : responsabilité du magistrat, du médecin….)
Une nouvelle forme d’éducation à la responsabilité a fait son apparition : devoirs à l’égard de la biosphère (Hans Jonas) ;
le danger des derniers développements techniques menaçants pour l’environnement ( exemple : pollution)
et l’humanité future (exemple : clonage humain), impose la prise en compte d’obligations et
de devoirs visa vis de la planète et des générations futures.
CONCLUSION
L’étude de la responsabilité permet d’éclaircir la nature du lien que l’homme entretient avec ses actes.
Une notion à la fois morale et juridique qui s’articule de façon complexe sur celle de la liberté humaine.
Angelicum
18:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Philosophie


