28.05.2006

Le pouvoir des signes

INTRODUCTION : un jeu de piste infini

La combinaison des signes et leur interprétation s’avère une tache infiniment variée et variable qui nous invite à nous interroger sur leurs pouvoirs et leurs limites :
Les signes supposent une intelligence qui les interprète, étant entendu que les signes sont ce qui permet de connaître ou de reconnaître, de deviner ou de prévoir, de faire connaître une pensée, un désir, un ordre….
EXEMPLE signe de pluie quand les hirondelles volent bas
EXEMPLE élément du langage ou de mimique permettant de faire connaître une pensée, un désir, un ordre….

Il existe une pluralité de termes (signal, indice, symbole, code) pour désigner des contenus plus ou moins mystérieux EXEMPLE code DA VINCI, plus ou moins abstraits et conventionnels EXEMPLES signes mathématiques, signes logiques, signes du langage, signes sémiologiques ( ensemble de système de signes dont le langage constitue le champ le plus important ; en fait la sémiologie s’occupe de tous les systèmes signifiants autres que les langues naturelles).

Un pouvoir qui ne se limite pas au rôle d’information:
Il convient d’attribuer une place importante à l’étude du signe dans le pouvoir du langage en raison de son triple pouvoir (selon BOURDIEU) :
1 pouvoir d’information : les signes sont destinés à être compris, pour transmettre une information
2 pouvoir de richesse culturelle ou sociales : signes de richesse destinés à être appréciés
3 pouvoir d’autorité : signes d’autorité destinés à être crus et obéis.

Le langage est médiateur entre la pensée et le monde ; y a t il pour autant adéquation du langage à la pensée ? Examiner le pouvoir des signes au sens le plus large, c’est s’interroger aussi sur les ambitions de la sémiotique ( théorie générales des signes Charles MORRIS) qui prétend fournir une base pour la compréhension de toutes les activités humaines, puisque celles- ci se reflètent dans les signes, linguistiques ou non.

PLAN proposé
1 Définition des signes
2 leurs domaines d’application
3 Leurs pouvoirs, leurs limites




1 Définition des signes : représentation à caractère plus ou moins conventionnel d’une chose



1 Les différents types de signes : ….. (signe iconique, indiciel, symbolique)
le signe forme un triangle : signifiant, signifié , référent

le signifiant est le support matériel (figures, son) et le signifié est le sens contenu dans le signe ; le référent est la chose concrète désignée

a) le signe iconique représente directement ce qu’il désigne (dessin , photo)

a)le signe indiciel joue sur l’association de fait qui lie 2 éléments EXEMPLE on peut évoquer le feu par la représentation de la fumée . En font partie les signes oraux et écrits du langage verbal: langage articulé, braille, langage des sourds…….

c) le signe symbolique résulte d’une convention EXEMPLE la balance figure la justice .
le symbole avant d’être un signe totalement indépendant de la réalité qu’il nomme (EXEMPLE symboles mathématiques), comporte parfois aussi un aspect concret, un lien indiciel entre signifiant et signifié :

les trois aspects du symbole :
1 étymologiquement ( sumbalo jeter ensemble) un objet possédé par 2 individus. Sa possession par chacun d’eux leur permet de se rejoindre, de se reconnaître comme membre d’une communauté EXEMPLES le credo comme symbole des apôtres , le mot de passe….

2 Sous forme d’une figure, d’un animal il renvoie à une réalité abstraite par correspondance analogique

3 abstraction totale EXEMPLE un symbole logico-mathématique


2 dénotation et connotation : 2 valeurs distinctes du signe
Dans de nombreux cas un énoncé verbal signifie plus que son sens littéral.

EXEMPLE l’accent d’un locuteur peut trahir son origine régionale. MAURIAC « cette province que l’on quitte à l’âge de 20 ans mais qui, elle, ne vous quitte pas »
Ou bien ses intonations révèlent ses sentiments. En plus du sens propre de ses paroles (ou dénoté), il produit, volontairement ou non, des significations supplémentaires ( ou connotées).

les campagnes publicitaires recourent à ses 3 types de procédés (iconiques, indiciels, symboliques) en choisissant de présenter soit directement l’image du produit, soit de lui associer divers indices socio- culturels ( luxe, virilité, robustesse, authenticité…)


2 Leurs pouvoirs et leurs domaines d’application : linguistique, sémiologie, sémiotique


LA PLACE DU SIGNE EN LINGUISTIQUE

a)le champ sémantique traditionnel : domaine principalement des langues naturelles.

Théoriquement, le domaine de la sémantique est constitué par tout ce qui , dans une langue, tient au sens : significations engendrées par les mécanismes grammaticaux ou par le lexique Cependant, les recherches sémantiques s’en sont toujours tenues à l’étude des sens des mots : le mot est l’unité première en matière de signification. Pour cette raison, la sémantique reste fortement ancrée dans la lexicologie : travail sur les mots : étymologie et variation du sens des mots au cours de l’histoire
EXEMPLE les travaux de BREAL Essai de sémantique 1897 EXEMPLE spécialisation du sens : necare, tuer donne en français noyer ; généralisation du sens : mansione, endroit où on s’arrête pour un voyage donne maison …autre glissement de sens : coxa hanche/cuisse en français..

b) le champ linguistique moderne

le rapport signifiant/signifié dans la linguistique contemporaine est arbitraire :
Selon SAUSSURE, il n’existe aucun lien de détermination entre le signifiant et le signifié : la relation entre les 2 est absolument arbitraire ; elle est arbitraire non en ce qu’elle dépend du choix individuel des sujets parlants, mais parce qu’elle est immotivée, sans attache naturelle avec la réalité.

SAUSSURE entendait s’opposer aux théories de LEIBNIZ ou de HUMBOLD qui faisaient de l’imitation des bruits naturels la source du langage. Un mot tel que « fouet », dont le signifiant présente une sonorité suggestive, s’explique par le hasard de l’évolution phonétique. Il dérive du latin « fagus ».

SEMIOLOGIE ET SEMIOTIQUE
La sémiologie a été développé par le philosophe américain PEIRCE (1839-1914) : une sémiotique influencée par la linguistique et la logique
(Charles SANDERS PEIRCE le premier considère la sémiologie comme une discipline indépendante de la philosophie qu’il appela sémiotique ; les européens préfèrent le terme de sémiologie..)
Selon PEIRCE Dans la triade signe/objet/interprétation, le rapport existant entre le signe et son interprétant peut être illustré par celui qui existe entre un mot du dictionnaire et sa définition : celle-ci est formée à son tour de mots, dont on peut chercher à nouveau la définition : le signe est ce qui peut se traduire « le signe n’est pas un signe à moins qu’il puisse se traduire en un autre signe dans lequel il est plus pleinement développé »
Une sémiotique influencée par la linguistique non sans rapport avec la sémiologie de SAUSSURE qui distingue 3 sortes de relations ………
étude de la combinatoire des signes entre eux : syntaxe
le rapport entre le signe et la réalité : sémantique
la façon dont nous utilisons les signes : pragmatique

ou encore ROLAND BARTHES dont les Eléments de sémiologie 1964 constituent en fait une initiation aux concepts essentiels de la linguistique.
ROLAND BARTHES dissèquent les mythes dont se nourrit notre civilisation ( tourisme, sport, discours électoraux, affiches publicitaires)
EXEMPLE publicité pour les pâtes italiennes analysée par ROLAND BARTHES……

La ligne « logique » des études sémiologiques commencée par PEIRCE a été continuée par les philosophes Ernst CASSIRER Philosophie des formes symboliques, B. RUSSELL signification et vérité, Rudolf CARNAP syntaxe logique de la langue et Ch. MORRIS fondement de la théorie de la signification .

La sémiologie porte sur 3 sortes de codes : codes de la connaissance, codes esthétiques, codes épistémologiques…..
Codes de la connaissance :
codes paralinguistiques (alphabet, idéogrammes, pictogrammes, langage gestuel)
Codes pratiques qui dirige l’action : code de la route, sonneries de clairon, sirènes
Codes épistémologiques : représenter la réalité pour permettre la connaissance : codes scientifiques (signes mathématiques, chimiques), codes magiques des arts divinatoires (cartomancie, astrologie)

Codes esthétiques : recherche sur la symbolique EXEMPLE récurrence de « l’azur » chez MALLARME ; morphologie des récits comme systèmes structurés avec des situations à valeur symbolique ( contes de fée….) travaux de KRISTEVA et de BARTHES….

Codes sociaux : des signes destinés à assurer la cohésion sociale .
Systèmes d’identifications : pavillons uniformes insignes, enseigne
Signes de politesse : salutations, ton de la voix….

Rites : cultes et fêtes : mariages….
Jeux : bridge, jeux olympiques

En fin les mythes sociaux comme celui de l’automobile , de la jeunesse, des vacances( l’élite part à la côte d’azur puis aux baléares puis aux …….)


UNE PLACE IMPORTANTE AU SYMBOLISME

Une place particulière au symbolisme :

1 le symbole montre et rend sensible des valeurs abstraites

son pouvoir est de réunir : il signale l’appartenance ; il va inclure et exclure ; son pouvoir est exclusif : il n’admet pas de contestation sur son contenu et son sens EXEMPLE le signe de croix pour les chrétiens signale l’appartenance Il a donc valeur pour le groupe…..selon ORTIGUES, il n’a de signification que par l’intermédiaire de la structure sociale à laquelle on participe…. « il a la forme d’un pacte qui fondent les possibilités allocutives de la parole ».

2 le symbole ordonne et commande EXEMPLE le sceptre signale le pouvoir et commande le respect

PROBLEME : y a t il des symboles universaux ?
En psychanalyse, FREUD étudie le rêve et montre qu’il a une sens; le rêve signifie de l’absurde mais ne le réalise pas , le symbole … expression de désirs inconscients… interprétation ……contenu manifeste/latent…. interprétation : figuration, condensation déplacement…...

FREUD estime qu’il n’existe pas « de clef des songes » mais reconnaît aux symboles une valeur universelle.
JUNG suppose des structures inconscientes collectives universelles, appelées archétypes….
LACAN affirme que le discours humain s’inscrit dans un ordre structurant symbolique…..
De même dans son anthropologie structurale LEVI STRAUSS estime que l’inconscient a une fonction symbolique , qu’il n’est pas seulement le dépositaire d’une histoire individuelle mais qu’il organise la vie du sujet selon des lois identiques pour tous.

A l’opposé des défenseurs du symbolisme universel, le positivisme logique de Ecole de VIENNE affirme que le sens se réduit à son emploi…. le rapprochement avec la réalité concrète est le seul critère de vérification d’un énoncé……

EXEMPLE le corps dans le miroir social

L’apparence corporelle répond à une mise en scène, un style de présence :
La manière de se présenter
Tenue vestimentaire
Manière de se coiffer
Les modalités symboliques d’appartenance sociale sont dépendants des effets de modes. En revanche dans l’aspect physique l’acteur ne dispose que d’une étroite marge de manœuvre : taille, poids, qualités esthétiques…
Importance du look dans le recrutement, la publicité, l’exercice du contrôle de soi promu par les agences de communication à l’usage des hommes politiques

La mise en scène de l’apparence livre l’acteur au regard évaluatif de l’autre, notamment à la pente des préjugés qui le fixe d’emblée dans une catégorie sociale ou morale au vu de sa mine et de son aspect vestimentaire ( or l’habit pourtant ne fait pas le moine…).
Un marché en pleine croissance renouvelle en permanence les signes visant à la mise en valeur de l’apparence : vêtements, cosmétiques, pratiques physiques….le corps est l’objet d’un souci constant : un faire valoir dont on tire un bénéfice narcissique et social…

AUTRES exemples Dans la religion et la magie, hermétisme et « recherche du sens perdu »
EXEMPLE le code DA VINCI dévoilé…….

Le symbole en littérature : le symbolisme
En littérature : Le symbole offre une figuration de l’idée et une interprétation idéaliste de l’univers : ……( poésie, drames, romans)…
la logique du visible est au service de l’invisible ; magie incantatoire, les poètes ont l’intention de reprendre à la musique leur bien (VALERY)
BAUDELAIRE, correspondance
RIMBAUD les illuminations
VERLAINE, art poétique
Jean MOREAS manifeste symboliste dans un article du FIGARO en 1886
MALLARME théorie du symbole dans Avant dire ; « le poète ne nommera pas la chose mais l’impression qu’elle a faite sur l’esprit »
EXEMPLE WAGNER (mythes scandinaves et germanique) , HUYMANNS (occultisme) CLAUDEL METERLINCK (1862-1949) serres chaudes 1889, VEHAEHREN soirs 1887, Débâcles 1888 (recueils imprégnés de mysticisme et de plaintes), les drames de CLAUDEL, Léon BLOY

Le symbole dans l’art

Le symbolisme en art :
But : rendre à l’idée pure son rôle d’inspiratrice de l’œuvre d’art
les artistes opposent à la sensation de l’impressionnisme la libre traduction de l’imagination et cette soumission docile à la venue de l’inconscient dont a parlé ODILON REDON
I° génération : GUSTAVE MOREAU (1860-1865), PUVIS DE CHAVANNES(1824- 1848) le pauvre pêcheur 1881, ODILON REDON (1840-1916) l’araignée souriante….
2° génération : GAUGUIN (1848-1903) D’où venons nous ?Que sommes nous ?Où allons nous ? 1898
influence de GAUGUIN sur MAURICE DENIS, les nabis, les « décadents » (BOECKLIN, Gustav KLIMT)

3 limites et incertitudes des signes
a)critiques contre la linguistique : ses limites….
la genèse du langage humain se limite à des hypothèses :
la linguistique s’avère impuissante à expliquer tous les processus de la grammaire mentale :

EXEMPLE Diachronie et synchronie : discussion : Comment expliquer la variation du sens des mots ?
Le point de vue traditionnel : Michel BREAL essai de sémantique (1897) insiste sur les conditions socio- historiques pour expliquer la variabilité du sens des mots

NOAM CHOMSKY suppose l’existence d’une grammaire mentale innée : le fait que tout être humain normal puisse comprendre et créer un nombre infini de phrases dans sa langue maternelle, implique que le cerveau humain contient des principes grammaticaux inconscients qui lui permettraient de décider que telle phrases est grammaticales alors que telle autre ne l’est pas : CHOMSKY est à la recherche d’universaux …en se fondant sur l’hypothèse d’un innéisme…la langue aurait ainsi une structure profonde et une structure de surface soumise aux accidents :

Echec de la grammaire générative : EXEMPLE RUVET critiqué……(paradoxe de l’acquisition du langage) : les linguistes les plus talentueux, aidés des ordinateurs les plus puissants, n’ont pas encore réussi à expliquer les principes grammaticaux qui président à la structuration des langues, alors que tout enfant maîtrisera sa langue maternelle vers l’âge de 8-10 ans….

b) critique contre la sémiotique :
Jusqu’à présent, aucune des théories existante n’a pu donner une définition opérationnelle, ni expliquer ce qu’il y a à la fois commun et différent entre les systèmes signifiants linguistiques et non linguistiques
la sémiologie a développé dans le passé des enjeux épistémologiques et philosophiques parfois trop ambitieux :
EXEMPLE la logique :….Actuellement, effondrement des grands paradigmes : les chercheurs sont amenés à mettre en question les présupposés mêmes de leur science (le signe, le sujet, sa position socio-historique).

CONCLUSION : Grandeur et limites du pouvoir des signes
GRANDEUR : les signes sont présents dans la totalité de nos actions et de nos connaissances.
LIMITES et INCERTITUDES de la sémiotique : plus la recherche en sciences humaines avance, moins la lisibilité est grande. Nous sommes submergés par un flot incessants d’informations qui rend moins aisés les modèles unificateurs.