06.10.2008

LE BEAU AUJOURD'HUI


Le beau exprime une émotion, un jugement, une appartenance culturelle

Il semble que le beau fasse l'objet d'une expérience complexe et mouvante comme le suggére au fil du temps l'histoire de l'art; le beau demande une adhésion mais aussi une éducation même si au départ, il y a une satisfaction à voir ou à entendre, un plaisir désintéressé qui suscite un jugement irréfléchi « c'est beau ! »; ce jugement nous invite ensuite à nous livrer à une explicitation par des considérations sur la chose aussi bien dans l'ordre de la beauté naturelle (beauté corporelle, naturelle) que dans l'ordre de la beauté artistique (tableaux, vitraux, fresques, architectures ou autre productions humaines).

« c'est beau! » c'est aussi faire partager notre émotion comme si le beau pouvait faire l'objet d'un jugement universel.
Nous observons alors que certaines productions-surtout contemporaines -exposées dans les musées ou sur les places publiques nous choquent. Est-ce une erreur d'appréciation de notre part ou le signe d'un manque de culture? D'où l'intérêt de tenter de discerner quelques critéres du beau même si nous savons bien que le beau ne se prouve pas mais qu'il s'éprouve, et prendre ainsi conscience de l'objectivité ( ce qui est partagé par tous ) ou de la subjectivité (émotion non partagée par tous ) de nos jugements esthétiques.

En Occident,  parmi les nombreuses doctrines esthétiques quis'affrontent,  j'en citerai 2 principales:

l'une est classique ( en vigueur durant l'Antiquité, la Renaissance et jusqu'au XVII°eme siécle): la beauté artistique repose sur une « vérité choisie », autrement dit une certaine imtitation de la nature qui elle-même est très souvent belle
EXEMPLE  la statue de LAOCON du 3°eme  siécle avant JC dans laquelle MICHEL ANGE voyait un miracle de l'art.

L'autre doctrine est moderne mais complexe (théorie kantienne développée dans la critique du jugement): le jugement esthétique semble attribuer une qualité à une oeuvre d'art mais en réalité il part d'une réalité subjective: les sources du beau sont en nous même, quand il y a une satisfaction désintéressée née du libre jeu de la sensibilité et de la faculté intellectuelle; malgré tout, il est possible théoriquement, selon KANT, de passer de la subjectivité qui fonde le «  c'est beau !» à une objectivité,  celle du «  c'est beau pour tous ». En outre, il n'y a pas de règles préetablies pour produire le beau: ceci explique déjà que le beau est toujours une surprise, une grâce qui fonde notamment la séparation entre le prosaïque et le poétique...Cependant, KANT a encore une prétention trop classique à l'universalité, négligeant les facteurs culturels...

le beau exprime une émotion, une jugement mais aussi une appartenance culturelle. Les oeuvres d'art sont exposées dans les musées et si certaines productions contemporaines ne nous semblent pas belles, elles y sont néammoins présentées car elles marquent une étape historique ou un avénement, l'art « authentique » serait de « faire » pour la première fois et non pas de « refaire » (tout le monde pourrait refaire du MONDRIAN ou du PICASSO avec des rectangles et des cercles et d'autres figures géométriques mais cela ne serait plus original ni originel); certaines de ces créations sont exposées peut-être aussi tout simplement parce qu'on appelle art ce qui a été institutionnalisé comme tel (EXEMPLE la roue de bicyclette sur un tabouret de DUCHAMP); il y aurait une élite qui fait la loi et dicte plus ou moins arbitrairement la séparation de ce qui est laid, de ce qui est vulgaire par rapport à ce qui est beau ou distingué.

Finallement, il serait difficile de mettre au point une définition éternelle de la beauté ( mais pour moi qui suis trop  classique -le classicisme, c'est ce qui est si vieux que cela ne peut plus vieillir- la beauté se définira toujours comme le « resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matiére » Thomas d'Aquin/Aristote ).
Et pourtant, je concluerai qu'en matiére de jugements esthétiques, le temps « feutre » les évènements et les autres combats d'avant garde (art brut, cubisme, constructivisme, dadaïsme, fauvisme, surréalisme, pop art): jugements que le temps et la postérité enrichissent parfois de commentaires élogieux et qui rendent souvent « classiques », « les modernes » du temps présent.

D. CREPIN

30.07.2008

LE SOURIRE

fb1271ded382a28e7be28676a8b7f4a2.jpgVICHY salle Napoléon animation Dominique CREPIN

19 juin 2008 

 

définition:il est un sous-rire »: simple mouvement de la et/ou des yeux mais ce petit mouvement physique transforme toute la physionomie, le visage étant le lieu de toutes les connaissance que l'on peut lire sur un individu.

il fait partie de l'univers ambigu des signes; le sourire voile autant qu'il dévoile: c'est un champ de communication tantôt comme adjuvant à la parole, tantôt au contraire traduisant en langage mimique ce que le parler veut taire

 

les caractères du sourire

A Similitude avec le rire:

comme le rire , il opére une suspension provisoire du sérieux; il distrait la « pensée » et de la pensée; parfois aussi il comporte comme le rire un caractére subversif que nous préciserons à propos de l'ironie....

Différences:

1 le sourire semble plus mobile , plus fugace, plus fuyant que le rire; il n'y a pas de « fou sourire irrépressible »

2 étant plus maîtrisé que le rire, il est plus spirituel ( il traduit le trait d'esprit, l'humour, l'ironie ....)

3 il est plus séxué: il est presque un attribut féminin apparenté à a douceur, contrairemnt aux hommes dont le sourire est plus rare et plus figé, me semble-t-il (il y a moins de représentations picturales d'hommes souriants que de femmes)

 

B Différences avec la parole:

1 il est plus facile de tromper quelqu'un par la parole que par l'oeil, dans lequel le sourire se développe par l'éclat des yeux

2 il révèle parfois mieux que tout aveu prononcé et la question se posera de savoir s' il comporte une richesse d'expression aussi grande que le pouvoir de la parole......

 

C le sourire exprime de nombreux sentiments, principalement de 3 sortes:

1 il instaureapparemmentune relation pacifique: attention, tendresse, sympathie, politesse, galanterie, relations apaisantes de complicité

2 il traduit le sentiment comique: humour , ironie, ton de la plaisanterie

3 il peut être le signe de rapports hostile: sourire narquois , dédaigneux , sceptique: il y a des poignards dans le sourire.....

D il est d'une très grande richesse expressive:

LE SOURIRE D'EN HAUT: sourire intérieur de l'homme comblé; BOUDDHA:sourire de détachement, de la grandiose concentration de l'homme devenu sage; sourire d'apaisement et d'encouragement ( des infirmiéres...)

LE SOURIRE DE ROUTINE: un minimum social , une « forme d'inattention polie », sinon on serait jugé hautain; sourire empathique (du medecin)

LE SOURIRE D'EN BAS: le sourire aggressif du criminel; le sourire aguicheur de la prostituée qui dit toute la misére de la vie volée, violée, violentée; le sourire de la traîtrise ou de la feinte gentillesse

 

E insistons enfin sur le caractére équivoque du sourire:la signification du sourire joue en fonction des expressions verbales,de la gestuelle, de la direction du regard qui accroisse la difficulté de comprendre les intentions de celui qui sourit EXEMPLE analyse du sourire énigmatique de la JOCONDE....

EXEMPE analyse de la « grammaire de la promotion sociale » développée dans le roman de MARCEL PROUST.....

le sourire reléve d'une symbolique rituelle, corporelle et psychologique acquise par la présence de l'autre, renouvelée en permanence par les innombrables liens qui se nouent à chaque instant.....

 

les fonctions du sourire

A fonctions relationnelles: dans la vie publique le sourire est la premiére « porte » de communication; dans le travail, il peut entretenir un climat de cordialité

B le sourire est un révélateur social et culturel:

il est un signe de différenciation des civilisations: EXEMPLES civilisation africaine( mal accepté: connotation d'irrespect et de moquerie); civilisation nippone(codifié de façon très rigide); il agit comme un maquillage; peu importe que le sourire contredise les sentiments : son but est de faire violence à la violence de la vie quotidienne qu'il faut masquer; chez nous , en occident, le sourire prétend être davantage authentique en tant qu'expression directe de l'âme.

C il comporte une valeur éducative: comme le regard il contribue à la socialisation ( signe parfois de reproche, de discrimination, de critique) il peut faire souffrir mais il s'agit d'une souffrance éducative; il peut aussi être un signe d'approbation et d'encouragement.

CONCLUSION: le sourire ne doit pas être sousestimé pour la connaissance de la condition humaine: il contribue à définir l'humanité au même titre que les rires , les paroles et les larmes.

De cette célébration , on retiendra qu'il a principalement une valeur positive et comme dit le poéte « un sourire enrichit toujours celui qui le reçoit, sans jamais appauvrir celui qui le donne ».

 

16.01.2008

LA SAGESSE DES MODERNES selon A. COMTE-SPONVILLE et L. FERRY

Café philo les Augustes Clermont-Ferrand 14 septembre 2004 (Evelyne et Dominique)

La sagesse des modernes (Robert Laffont 1998) est un gros livre dicté au magnétophone par André COMTE-SPONVILLE et Luc FERRY. C'est un dialogue entre 2 philosophes parmi les plus connus du grand public, le premier est un matérialiste athée, le second un humaniste agnostique; dans cet ouvrage, ils se proposent de reformuler dans un langage contemporain les interrogations des Anciens et de confronter leurs visions respectives sur des questions essentielles, à savoir:

La vie a t-elle un sens ?

Comment vivre?

Comment trouver la sagesse sans se soumettre aux religions?

Comment être libre?

Nous rappellons que FERRY et SPONVILLE sont surtout connus, le premier comme ancien ministre de l' Education nationale (2002/2004) mais aussi comme l'auteur de L'homme-Dieu (Grasset 1996),..le second pour son Petit traité des grandes vertus (PUF 1995) et le bonheur désespéremment (Pleins Feux 2000). Tous leurs travaux philosophiques suivent une même tentative, celle de promouvoir la sécularisation du christianisme qui constitue selon eux le caractère principal de l'Occident moderne : cette évolution leur paraît aussi irréversible que la marche vers la démocratie en politique ; elle serait liée à un mouvement de rationalisation et de laïcisation enregistré depuis 3 siècles et elle se traduit pour eux par le refus de renvoyer l'homme à autre chose que lui-même, un homme moderne qui revendique progressivement son autonomie et sa liberté de conscience; ils évoquent donc, à leur manière, l'évolution de l'Occident vers un univers laïque qui récuse la représentation d'un Dieu et celui d'un univers transcendant, tout ce qui est « extérieur » à l'homme.Ce mouvement d'émancipation se  traduit aussi par le rejet de l'argument d'autorité et du refus du dogmatisme des religions révélées. Cependant, ils estiment aussi que la philosophie doit prendre le relais de la religion et qu'elle doit lutter contre des visions encore trop réductrices de l'homme.

Tout en gardant leur vision propre, FERRY et SPONVILLE s'accordent à estimer que la question du sens est devenue aujourd'hui plus que jamais nécessaire dans nos sociétés occidentales ; aussi leurs interrogations sont-elles centrées principalement sur l'éthique comme le dénote le contenu des dialogues qui développent 3 thèmes principaux:

1- débats centrés sur les fondements et les enjeux de l'éthique, de l'humanitaire, de la bioéthique

2- débats centrés sur l'éthique face à la religion: que nous est-il permis d'espérer sans le secours de Dieu?

3- réflexions sur le rôle du philosophe dans la cité: l'esthétique moderne, la société médiatique, la politique et la résolution de ses conflits.

Finalement, l'un et l'autre se demandent comment on peut être encore humaniste ?( point de vue de la « transcendance dans l'immanence » défendu par FERRY) ou comment on peut être encore matérialiste?( SPONVILLE).

Des questions très diverses y sont évoquées: on y parle tour à tour de la neurologie, de l'écologie, de la sociobiologie. des évenements de Mai 1968, du féminisme, du Front National ou de la télévision. Rien n'est oublié , au risque de perdre un peu le lecteur, d'autant plus que d'autres personnalités interviennent aussi à l'improviste dans la conversation: on peut citer entre autres MAREK HALTER, BERNARD KOUCHNER, TZVETAN TODOROV, l'éditeur BERNARD FIXOT...

Mais dans ce dialogue, les deux voix de FERRY et SPONVILLE suivent leurs préférences personnelles pour l'une des deux voies, qui sont deux traditions qui s'opposent, aussi anciennes que celles de l'histoire de la philosophie et l'histoire de la sagesse.

Le débat se porte d'abord sur le terrain strictement philosophique à travers une série d'oppositions

- dans lesquelles FERRY et SPONVILLE reconnaissent une partie de leurs convictions respectives- et dont la ligne de front serait :

Le conflit

entre le matérialisme (EPICURE) et l'idéalisme(PLATON);

entre le monisme (SPINOZA) et le dualisme (DESCARTES);

entre le naturalisme de (DIDEROT) et l'humanisme (ROUSSEAU);

entre l'immanence (SPINOZA de nouveau, mais aussi MARX et FREUD) et la transcendance ( fût-elle en quelque sorte de « l'intérieur »: KANT et HUSSERL)

et dans le prolongement des oppositions précédentes: le structuralisme (LEVI-STRAUSS, ALTHUSSER) et l'existentialisme (SARTRE).

Autrement dit, pour résumer, le dialogue FERRY/SPONVILLE apparaît d'abord comme une vaste confrontation entre une philosophie de la nature ou de l'histoire d'une part, une philosophie de la personne ou du sujet d'autre part.

En effet, Luc FERRY est fortement influencé par le kantisme et plaide en faveur « d'un humanisme transcendantal » selon lequel « il y a du sacré » en l'homme et d'une certaine maniére du divin, c'est-à-dire des valeurs transcendantes et absolues. » . « L'humanisme transcendantal » désigne ici la position « hors nature » du propre de l'homme, dans la mesure où il échappe aux déterminismes qui régissent les phénomènes naturels. Pour FERRY, les sciences humaines ont trop tendance à réduire l'homme à des déterminismes bio-socio-historiques.

A l'inverse, SPONVILLE se reconnaît davantage dans la tradition de la philosophie sceptique et matérialiste ou encore dans le naturalisme classique d'un SPINOZA. Certes, il rejette le nihilisme pour lequel il n'y a ni permis ni défendu...mais il rejette aussi le lien entre la vérité et la valeur qu'il estime être un nouveau « dogmatisme ». Il accorde davantage de crédit que FERRY aux sciences humaines et au contexte pour cerner la condition humaine...

Sur le plan plus large de la sagesse et de la religion, les oppositions entre les 2 hommes sont encore flagrantes:

L'un et l'autre concédent bien l'existence d'une forme de sacré et affirment que c'est bien la primauté de l'amour et du respect de la vie qui donnent à la morale sa véritable signification, une morale libérée des illusions sécurisantes de l'espérance religieuse .

Cependant, SPONVILLE refuse l'existence d'un sacré qui ne se réduise pas finalement à du naturel « différencié » ou socialisé; il refuse toute transcendance y compris celle proposée par FERRY, fut- elle pensée de «  de l'intérieur » : SPONVILLE critique FERRY qui préfère « croire » à l'homme et qui maintient encore en l'homme une zone de « mystère et de liberté ». Au contraire, SPONVILLE cherche à approfondir les frontières entre le déterminisme et l'indéterminisme dans un cadre strictement naturaliste, qui nie l'existence de la liberté en tant que telle: SPONVILLE évoque le clinamen d'EPICURE , et de nos jours, l'effet « réversif » de la nature  contre  elle-même (culture) développé par DAMASIO, J.P..CHANGEUX....

Mais paradoxalement, SPONVILLE se définit aussi comme un « athée fidèle »:

Athée parce que les religions révélées sont « un asile d'ignorance » et qu'il ne croit pas en Dieu;

Fidéle parce qu'il reconnaît certaines valeurs valeurs judéo chrétiennes, intéressantes seulement pour leur morale (Evangiles): on n'a pas besoin de croire en Dieu pour comprendre que l'amour et la compassion valent mieux que la haine. Sur ce point, SPONVILLE se sent plus proche que FERRY des spiritualités orientales immanentes (bouddhistes, taoïstes) et des autres sagesses immanentes grecques(épicurisme, stoïcisme). FERRY se sent plutôt étranger à ces spiritualités orientales, malgré leurs préceptes de compassion, en raison de son apologie pour une spiritualité de la personne, de l'espérance, très éloignée donc de la dissolution de l'ego ou du sujet dans l'immanence, et sans véritable espérance selon lui...

Dans ce livre on ne peut passer sous silence le champ politique et humanitaire qui est largement évoqué:

En politique comme en philosophie il convient de «  penser par soi- même » KANT ( même si en pratique l'on commence toujours par penser par et avec les autres), il faut promouvoir et poursuivre le mouvement d'émancipation des individus entrepris depuis 1789 avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen: SPONVILLE et FERRY s'accordent donc pour refuser « la langue de bois » qui engendre le conformisme; ils veulent développer autant que possible la vérité et la liberté dans l'espace public, en incitant le citoyen à faire preuve d'une plus grande responsabilité. FERRY est convaincu que le fameux repli sur la sphére privée dont on a tant parlé depuis quelque temps, est loin de consacrer le triomphe des égoïsmes et que la sacralisation progressive des liens affectifs privés qui marque l'histoire de la famille s'accompagne aussi d'un souci inédit de justice universelle et d'un potentiel de « sympathie » qui pourraient être utilisés pour fonder de grands projets politiques. Il en voit la possiblité concréte dans le développement de l'humanitaire qui constitue un grand progrès; l'humanitaire se situe dans la droite ligne de la philosophie contemporaine qui place l'expérience d'autrui au coeur de la conscience morale et qui pourrait être résumé par le fameux précepte chrétien: « ne fais pas à l'autre ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ».

Pour FERRY le désenchantement du monde actuel ne serait donc causé que par les excès de la technique (dénoncés déjà par HEIDEGGER) dans un monde privé des réponses ultimes fournis autrefois par les religions; il estime qu'on ne peut pas fonder uniquement la politique sur des motivations de type technique mais sur les « passions positives ». précitées.... SPONVILLE s'avére bien plus pessimiste et pense au contraire que la principale difficulté n'est pas celle de déterminer la finalité de la politique ( bien commun, solidarité) sur laquelle tout le monde semble presque d'accord , mais la difficulté réside dans les moyens techniques pour rêgler les conflits très concrets qui opposent les intérêts et les égoïsmes des groupes sociaux. Il n'en demeure pas moins vrai que tous deux demeurent soucieux de la juste mesure en matière d'exigence éthique et politique, ils restent encore attachés, dans une certaine limite, à une forme d'universel aussi bien théorique ( la raison) que pratique( les droits de l'homme).

Conclusion personnelle et très anti-moderne qui vont vous choquer :

La lecture de ce livre nous est apparue très intéressante mais difficile . Pour nous, Luc FERRY et André COMTE SPONVILLE sont bel et bien représentatifs de la morale moderne, mais nous éprouvons de la réticence pour ce type de sagesse moderne d'où Dieu est absent: qui aura encore l'audace comme nous de prétendre que l'expérience morale est véritablement d'essence religieuse et en même temps que la référence à Dieu semble métaphysiquement établie et fondatrice de l'ordre moral ?( sur ce point, permettez nous de citer SAINT THOMAS D'AQUIN somme théologique Ia, Q60, a5

« toute chose qui par nature reléve d'une autre, se trouve d'abord inclinée vers cette autre plus que vers elle-même... en effet, ... la main s'expose aux coups, pour préserver le corps...Ceci posé, il faut remarquer que le bien universel est Dieu lui-même ... il suit de là que l'ange et l'homme aimeront naturellement Dien en priorité et plus qu'eux mêmes »).

23.07.2007

Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique

Vendredi 13 mai 2005 café philo CLERMONT Dominique CREPIN

Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique

PLAN PROPOSE

La recherche d’une définition qui pose beaucoup de problèmes

Genèse

Une première distinction : l’anthropologie philosophique/ l’anthropologie scientifique

XVIII et XIX avènement de l’anthropologie scientifique moderne grâce à l’ethnologie

Les courants principaux

Evolutionnisme

Structuralisme

Culturalisme

Valeur : quelques interrogations importantes

principal débat: y a t il des universaux  constitutifs d’un fonds humain commun ou y-a t -il un émiettement du sujet ? (réponses des sciences humaines et de la philosophie) 

Il y a un émiettement du sujet traditionnel :

dans la remise en cause de la séparation nature/ culture

LEVI-STRAUSS

dans le relativisme

Il y a un fonds commun :

anthropologie structurale

le retour à la philosophie avec des valeurs universelles : liberté, jugements éthiques

CONCLUSION


INTRODUCTION de quel homme parle-t-on ?

De quel homme parle-t-on ? multiples aspects possibles : un archipel de points de vue : philosophie, médecine, psychologie, sociologie, ethnographie, ethnologie, histoire, économie, linguistique sémantique, lexicologie

Nécessité de distinguer un point de vue général  et englobant concernant l’étude de l’homme : ce point de vue est-il impérativement de nature philosophique ( comme le pensait KANT), n’est-il pas plutôt scientifique et dans quel sens ?


HISTORIQUE du statut de l’anthropologie

Distinction entre anthropologie philosophique et anthropologie scientifique

2 points de vue : philosophique  et scientifique qui vont s’affronter à partir de KANT:

Historiquement l’anthropologie fait d’abord partie de la philosophie : l’homme est étudié dans une même discipline surtout comme sujet du savoir ( que puis je connaître ? que dois je faire, que puis je espérer) et secondairement comme objet lui-même de savoir ( notamment étude de son origine et de sa place dans l’univers): une même réflexion philosophique sur l’origine de l’homme et de la vie en société confiée à la philosophie de la nature et de l’ethique EXEMPLE PLATON Mythe de Prométhée/ Epiméthée

avant KANT « la science philosophique de l’homme » n’étant pas encore autonome s’insère dans un champ d’étude plus vaste que lui : il n’est l’objet que d’une partie de la philosophie de la nature et de l’éthique ( psychologie rationnelle, morale spéciale, générale ),  

soit uniquement comme une simple partie de la nature sans statut particulier: (EXEMPLE matérialisme des « physiciens ») 

soit comme esprit c’est-à-dire comme un maillon compréhensible qu’au regard de son origine divine ou de sa vocation  transcendante : un esprit créé à l’image de DIEU

Avant KANT, dans le tiercé dieu/monde/homme …l’homme occupe toujours une place intermédiaire… (EXEMPLE scolastique ; la somme théologique de ST THOMAS) image de la maison….. l’homme en est le toit…point de passage ou d’achèvement entre DIEU et le monde ….. ( et même après KANT : EXEMPLE TEILHARD : l’homme est une flèche montante, il participe au mouvement général de convergence de l’univers vers DIEU : tout ce qui monte converge )

à partir du XVIII : 2 démarches différentes avec la naissance de l’ethnographie

Le même mot anthropologieapparaît avec 2 démarches différentes chez KANTqui distingue nettement anthropologie philosophique et anthropologie scientifique KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797


Le mot anthropologie apparaît fin XVIII avec les grands voyages de découvertes, avec la rencontre avec les peuples sauvages, ((((  témoins des origines de l’homme et de la diversité des mœurs)))) :

Expéditions de COOK et plus tard de BOUGAINVILLE dans les îles du pacifique

Un premier guide d’ethnographie «  diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages » rédigé par JOSEP MARIE DE GUERANDO à l’intention du capitaine BAUDIN pour sa mission d’exploration des terres australes.

Expéditions britanniques à l’intérieur de l’Afrique : MUNGO PARK en GAMBIE et sur les bords du NIGER.

Constitution de Sociétés d’ethnographie nationales :

FRANCE 1839

ÉTATS UNIS 1842

GRANDE BRETAGNE 1843

ALLEMAGNE 1851


CHAVANNES professeur de théologie à LAUSANNE en 1788 publie

une anthropologie ou « science générale de l’homme » comprenant

-une « anthropologie physique » : « l’homme considérée comme un espèce répandue sur le globe » ( (une partie de la zoologie))

-une Noologie ( l’homme doué de volonté)

- Lexicologie ( analyse du langage/grammatologie ; mythologie)

Deux PRÉOCCUPATIONS MAJEURS : qu’est ce qui différencie l’homme de l’animal ?Y a-t-il une seule espèce de l’homme ? (débat monogénisme ((Buffon )) plurigénisme)

A partir de KANT l’anthropologie philosophique devient une « science» totalement autonome  avec un objet et une méthode spécifique


autonome, Indépendante de DIEU et de la nature :

l’homme est sa propre fin (KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :

« L’objet le plus important du monde est l’homme…L’homme est à lui même sa fin dernière ….

2  elle est «  pragmatique » : par sa conduite et son action l’homme détenteur de compétences spécifiques (raison, langage qui le distinguent des animaux) doit se perfectionner et progressermoralement et socialement ;(KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :

« L’homme est destiné par sa raison à former une société avec les autres et dans cette société à se cultiver, à se civiliser et à se moraliser par les arts et les sciences ».)

Pour KANT L’homme a une spécificité de nature dont la connaissance a priori est étrangère à l’expérience du savant:

par sa raison ( liberté et langage) l’homme est doté d’une dignité et d’un perfectibilité : il est susceptible de progrès

Par sa nature, l’homme n’est pas réduite à sa condition empirique ( soumis au déterminisme) : il est un être respectable au dessus des lois de la nature ( qui se distingue de l’animal par sa dignité infinie, par sa capacité de perfectibilité, par sa liberté)

Position proche de BERGSON : «  l’animal ne peut que tirer la chaîne ; l’homme peut briser la chaîne (des déterminismes) »

3  PRIMAUTE de la philosophie sur la science et différence de méthode :

 

PRIMAUTE de la philosophie sur la science

La progression de l’homme est l’objet d’une l’éducation qui est du ressort de laseule philosophie dans la mesure où .l’homme étant libre, il doit « se cultiver lui-même » : il lui appartient de se choisir, de décider ce qu’il doit être…. la liberté n’est pas un objet de connaissance scientifique…..l’éducation n’est donc pas directement du ressort de l’expérience scientifique ou de « l’anthropologie physique »PRIMAUTE de la philosophie sur la science car l’éducation de l’homme est l’objet de la philosophie critique qui seule donne la réponse aux 3 questions :que puis-je savoir, que puis-je connaître, que dois je faire ?

Cf préface de Michel FOUCAULT page 12 : la connaissance générale doit toujours précéder la connaissance locale


différence de méthode : l’anthropologie philosophique est a priori ; elle se distingue donc de l’anthropologie scientifique (« physiologique »)  qui ,elle, est expérimentale :Philosophie : étude des Condition de possibilité du savoir de l’homme et d’une vie harmonieuse

CONCLUSION PARTIELLE…
 Il y a une nature humaine spécifique qui est objet d’étude la philosophie : cependant cette nature demeure trop spéculative et générale / le point de vue général philosophique devant logiquement et méthodologiquement précéder le point de vue scientifique local


MaisKANT est lecteur de ROUSSEAU ; et comme lui il admet l’existence d’une anthropologie scientifique (( locale))…….. induite par l’expérience et les récits de voyages, la vogue naissante de l’ethnologie….. qui est un regard original sur la diversité :

Les débuts de l’anthropologie scientifique moderne commencent avec la méthode et la rupture épistémologique indiquée par ROUSEAU

L’originalité de cette méthodea été remarquée par LEVI-STRAUSS qui voit dans ROUSSEAU le père fondateur de l’ethnologie (« il faut apprendre à porter sa vue au loin ») et de l’anthropologie scientifique moderne (rupture épistémologie opérée par le refus de l’ethnocentrisme et de l’évolutionnisme)

Domaine de référence  de l’anthropologie moderne : regard sur la diversité et les différences d’une culture à une autre.

La vogue de l’ethnologie : c’est être attentif à l’exotisme et aux différences culturelles selon le principe énoncé par ROUSSEAU :

« Quand on veut étudier leshommes, il faut regarder prés de soi, mais pour étudier l’homme il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d’abord observer les différences pour découvrir les propriétés ». Essai sur l’origine des langues chapitre 8

il faut regarder prés de soidans le cadre d’une culture déjà homogène, d’une société déjà bien définie et analyser le comportement des hommes de façon différentielle, dans leur singularité (ce qui est le propre d’une certaine psychologie appliquée: « étudier les hommes »).

Etudier l’homme : dégager ce qui est le plus universel, donc éliminer ce qui est variable individuellement.

Apprendre à porter sa vue au loin : c’est vouloir s’affranchir de la tentation inconsciente d’ériger en absolu les conditions particulières de la société dans laquelle on baigne, qui sont pour nous des normes trop familières : refus de l’ ethnocentrisme.

il faut observer les différences sans chercher à les intégrer dans une hiérarchie dont le principe serait arbitraire. La critique de l’ethnocentrisme opère une rupture épistémologique fondatrice de l’anthropologie contemporaine.


CONSEQUENCES de cette démarche :

  • chez ROUSSEAU

  • cette distanciation critique est thématisée comme la condition pour trouver encore une nature humaine sous jacente . Mais cette anthropologie tourne le dos à l’humanisme philosophique traditionnel d’un KANT qui répond de façon trop abstraite et trop spéculative à la question : qu’est ce que l’homme ?( le point de vue général devant précéder le point de vue local)

EXEMPLE ROUSSEAU Etablir une typologie des langues, en deçà des différences (climatiques)

  • Le refus de l’ethnocentrisme doit écarter la confusion entre l’historique et l’originel. : refus des illusions du progrès de l’histoire et de l’apologie du présent qu’elle implique.

EXEMPLE « le mythe du bon sauvage » ( la civilisation n’est pas un réel progrès) dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 1755 « …. »

EXEMPLE Refus de l’ethnocentrisme dans le domaine éducatif….pour ROUSSEAU: refus de «l’adulto-centrisme » dans l’EMILE.

Or, cette confusion entre l’historique et l’originel est présente dans les premières anthropologiesappartenant au courant physique et évolutif et qui travaillent sur l’ethnologie: ( les sauvages sont des êtres frustes qu’il faut civiliser). Ce n’est qu’au XX siècle que ces notions de progrès et de hiérarchie sont abandonnées

EXEMPLES l’anthropologie physique du XIX éme siècle et l’évolutionnisme culturel

L’anthropologie physique

L’anthropologie physiquedu XIX siècle est préoccupée de hiérarchiser les races humaines : multiples mensurations relatives au volume du crâne, à l’angle facial ( les mâchoires saillantes étant perçue comme un signe d’infériorité), à la longueur de l’avant bras ( un avant bras long étant considéré comme un trait rapprochant du singe ).

Les travaux ethnologiques en sont entachés …… qui souhaitent montre la supériorité de la race blanche au sein de l’espèce humaine

Paul BROCA fondateur de la SOCIETE d’ANTHROPOLOGIE de PARIS en 1859 était convaincu que « jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe, n’a pu s’élever spontanément vers la civilisation »

L’évolutionnisme culturel

L’évolutionnisme culturel s’est développé à la fin du XIX et début du XX siècle : tous les peuples sont censé passer par 3 phases de développement, de la sauvagerie à la civilisation en passant par la barbarie.

EXEMPLE James G. FRAZER le Rameau d’or 1890 ( magie, religion, science)

EXEMPLE Lucien LEVY-BRUHL ( 1857-1939) La mentalité primitive1922 . Dans la mentalité primitive le raisonnement est radicalement différent de celui des Occidentaux …. Ne connaît pas le principe de non-contradiction…( une personne est soi-même et quelqu’un d’autre : loi de participation … avec un enfant par exemple au point que s’il est malade c’est le père qui prend le médicament)

l’anthropologie culturelle

Les premiers pasde L’anthropologie contemporaine est marquée par :

L’Anthropologie culturelle initiée par FRANZ BOAS 1858 – 1942 : ( travaux sur le potlach)

qui remet en question avec MALINOWSKI l’idée ethnocentrique de catégories universelles.( exemple de cadeau pour rien donc pas d’échanges économiques comme en 0ccident : cette interprétation sera critiquée par LEVI-STRAUSS)

UN PRINCIPE de BASE (selon la directive indiquée par ROUSSEAU):

Nécessité d’établir des descriptions ethnographiques sans théories préconçuesni hiérarchie de valeur : selon BOAS, les diverses œuvres culturelles ont toutes un intérêt égal : développement technique des occidentaux , spiritualité des Orientaux, complexité sociales des aborigènes ....

Le rejet de l’ éthnocentrisme et de ses préjugés (prise de conscience de la relativité des valeurs occidentales) conduit à une méthode d’observation directe par immersion de l’observateur dans la société observée supposant une rupture avec sa société d’origine :

EXEMPLES

WILLIAMS HALSE RIVERS

BRONISLAW MALINOWSKI

Travaux de GEORGES DUMEZIL sur le monde indo-européen

UNE CONSTATATION  GENERALE:

Influence prépondérante de la culture sur la personnalité : la culture d’appartenance façonne une «  personnalité de base » ((( influence prédominante du groupe sur l’individu ….. point de départ aussi de l’essor de la sociologie de DURKHEIM à BOURDIEU Les Héritiers1964 : ils mettre l’accent sur la société plutôt que sur l’individu, prisonnier de sa classe sociale d’origine EXEMPLE BOURDIEUpar habitusdésigne un style de vie de vie et de pensée acquis dans l’enfance au sein de la famille et du milieu social d’appartenance qui va déterminer son parcours personnel et professionnel)

FRANZ BOAS est à l’origine de l’anthropologie CULTURALISTE américaine :

RUTH BENEDICT 1887 1948 le sabre et le chrysanthème1946

MARGARET MEAD (1901 1978 ): elle mènent des études comparatives sur les personnalités forgées par différentes sociétés exotiques.

RALPH LINTON (1893-1953) le fondement culturel de la personnalité1968

ABRAM KARDINER1891-11981 l’individu dans la société1969

Il définissent des « personnalités de base » et de « personnalités de groupes »

EDWARD SAPIR 1884 1939

Ils insistent sur l’autonomie de la culture comme pattern, déterminant la formation de la personnalité ; ils procèdent par comparaison de types contrastés et n’entendent donner aucune explication causale à l’existence des différences culturelles.

FRANZ BOAS fait pénétrer aussi l’idée novatrice de pluralité culturelle.

Un culturalisme qui insiste sur le relativisme des principes et des distinctions qui constitueraient un fond commun universel

Le relativisme de l’école culturaliste se fonde surl’observation de la diversité des coutumes et des sociétés et les progrès de l’ethnologie, pour argumenter contre l’existence d’une nature humaine universelle de nature rationnelle.

EXMPLE chaque culture a son domaine « du ressentir »pas d’unité dans le contenu du mot émotion, pas de distinction évidente entre raison et émotion : la distinction entre raison et émotion constitue une tache embarrassante. En AMAZONIE lesYANOMAMI emploie le même mot bihipour dire penser, perdre conscience, être en colère. Cette entreprise engagerait un travail de critique sur la rationalité, causalité….

Cette anthropologie culturaliste constitue les premiers pas d’une révolution contre la notion de nature humaine universelle

Difficulté donc pour concilier l’hyper-relativisme du culturalisme avec les tenants d’un certain universalisme de la culture humaine .

D’où les nombreuses controverses sur la notion de sujet et de nature humaine individuelle

DEUX EXEMPLES l’anthropologie universaliste  contemporaine  et l’anthropologie structurale de LEVI-STRAUSS :


anthropologie universaliste

De même sous un autre aspect il y a des invariants observés par l’anthropologie universaliste :

D.E. BROWN Human Universals1991

EXEMPLES

D. M. BUSSLes stratégies de l’amour1994 : Les hommes préfèrent les femmes jeunes et jolies, tandis que les femmes préfèrent les hommes plus âgés qu’elles et dotés d’un statut social élevé

La domination universelle des hommes sur les femmes sur la scène publique…………

L’universalité des expressions émotionnelles s’exprimant en particulier par des expressions faciales identiques chez tous les peuples (((anecdote : le test et la controverse de WALLADOLID : ….. les indiens qui rient en voyant tomber un prélat …))))

L’universalité de la classification des couleurs.


Anthropologie structurale( recueil d’articles 1958)de LEVI- STRAUSS

LEVI-STRAUSS ne nie pas l’universalité de certaines règles fondatrices de la culture : EXEMPLE les structures élémentaires de la parenté 1947Il montre comment les systèmes de parenté sont des dispositifs d’échange fondés sur la distribution variable d’une distinction entre consanguins et alliés mais avec une même fonction reposant sur des invariants culturels, ici le caractère universel de la prohibition de l’inceste…..

EXEMPLE il transpose à l’étude de la parenté (les structures élémentaires de la parenté 1947) ou des mythes ( les Mythologiques) le cru et le cuit 1964 ) les principes et les méthodes du structuralisme linguistique ( Roman JAKOBSON) : au-delà de leur fonction , les phénomènes socio-culturels sont des systèmes de symboles signifiants dont les structures impliquent une structure mentale universelle.

Dans ses 4 volumes des Mythologiques 1964-1972 : il explique les variations de récits amérindiens par un petit nombre d’éléments pris à des codes alimentaires, astronomiques et sociologiques. Une culture est une représentation sociale qui met en œuvres des structures sociales inconscientes.

Quelques critiques….. Une perspective essentiellement synchronique et symbolique qui gomme l’histoire et l’influence prépondérantes des bases matérielles.

Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire

Concernant, l’anthropologie structurale : elle adopte une perspective essentiellement synchronique et symbolique qui gomme l’histoire et l’influence prépondérantes des bases matérielles ( difficile à concilier avec l’anthropologie marxiste qui fait une place à l’histoire, …. et avec l’anthropologie sociale matérialiste qui mettent en avant des bases matérielles des sociétés humaines : J. H STEWARD MARSHALL SAHLINS …. ANDRE LEROI-GOURHAN)

ORIGINALITE des écoles françaises mettant en œuvre des dynamiques historiques et économiques : GEORGES BALANDIER créateur du Centre d’études africaine et du marxiste MAURICE GODELIER

LEVI-STRAUSS comme les fonctionnalistes ; considère les faits dans leur dimension synchronique, mais s’intéresse à leur rapport logiques et non utilitaires.

Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire:

Dans l’anthropologie fonctionnaliste ( école britannique):

Cette école s’attache moins à la description des traits particuliers d’une culture qu’à la fonction qu’ils remplissent dans la société conçue comme un organisme vivant qui fonctionne de façon à se reproduire et à assurer son avenir.

Bronilaw MALINOWSKI (1884-1942) les Argonautes du Pacifique occidental1922 : modèles de monographies

 

 

La fonctionnalité&

18.07.2007

L'interrogation métaphysique est elle d'actualité ?

Lien Enregistrement au Café Philo Larbaud  le 19 mai 2007 à Vichy par CLBarimaj 

Introduction Présentation par André Leca = 2mn35
Conférence par Dominique Crépin


Fichier mp3 99Mo
durée 1h49

14.06.2007

La Caresse

PLAN

1 fonction des caresses

2 quelques remarques sur les caresses d'amour

3 quelle valeur faut-il accorder aux caresses du corps et aux caresses de l'âme?


INTRODUCTION
Au concours de l'agrégation je suppose que beaucoup de candidats auraient remis une feuille blanche comme moi ...par ignorance, par pudeur ou pour lui laisser tout son mystère ....essayons quand même de nous promener dans le jardin des caresses, donc pas de brutalité ce soir d'autant plus qu' une caresse au sens propre et figuré c'est effleurer avec délicatesse, : un attouchement tendre, affectueux, parfois sensuel et érotique , un effleurement qui peut troubler.....

au sens propre: un attouchement

au sens figuré:

1 un contact ou un mouvement doux et agréable
EXEMPLE les caresses du vent, des flots, « le vent fracasse un chêne ou effleure une fleur »

2 témoigner son affection; cajoler, donner des signes d'affection; à la limite flatterie, « caresser quelqu'un du regard. »....et pour les véritables caresses de l'âme Jean GUITTON dans une mére dans sa vallée observe que
«les caresses des yeux sont les plus agréables
elle apportent l'âme aux limites de l'être
et livrent des secrets autrement ineffables
dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître»

3 convoiter: EXEMPLE caresser du regard les friandises d'un étalage .

Une question parmi d'autres : en amour, la caresse n'est-elle qu'une embuscade tendue à l'autre , une manipulation , un instrument de captation qui transforme le sujet en objet (SARTRE analyse la séduction dans ce contexte) ? Est-elle au contraire une donation (la main ne « saisit » rien), la révélation de quelque chose de plus mystérieux , de plus noble qui nous fait sortir de nous même (LEVINAS évoque une sorte d'extase et de transcendance) ?.
Ce modeste exposé tentera de cerner quelques aspects de l'interaction entre l'âme et le corps, entre le toucher et la communication avec autrui .


1ere partie fonction des caresses


elles semblent indispensables au développement harmonieux de l'individu et relévent du domaine de l'intime

A EN PUBLIC LES CARESSES SONT RARES ET TRES CODIFIEES dans la mesure où elles sont avant tout un contact physique ( de la main, de la bouche) : on ne fait donc pas n'importe quoi, n'importe où avec n'importe qui lorsqu'on touche autrui en public
EXEMPLE le code du baisemain (on ne touche pas la main); le baiser de paix ( on effleure); et même dans les dancing il y a souvent des limites dans le cheek to cheek (même si le slow semble parfois « un lit vertical »); autres tabous: chez certaines femmes d'orient.....ne pas toucher ni caresser la nuque....

1 une femme est peut-être plus libre que l'homme dans ses gestes dans certaines circonstances: EXEMPLE au cours d'un repas,si ce n'est pas un repas trop guindé.. elle a le droit de poser sa main d'une façon anodine et familière sur la main d'un homme......l'homme a uniquement le droit de lui offrir momentanément son bras pour traverser la rue la nuit..ou comme dans cette opéra de DEBUSSY Pelleas et Mélisande quand PELLEAS lui prend la main pour l'aider à descendre de la falaise vers la mer...mais ici.la musique demeure bel et bien « un spasme chaste » (Comtesse de Noailles) et MELISANDE ne sait pas aussi ce qu'elle veut.... mais pour nous hommes souvent moins délicats que PELLEAS, il nous est seulement permis de poser notre main sur l'épaule ou l'avant bras de la femme comme un petit oiseau tombé du nid....et encore (faites ça dans votre bureau avec la chef de service, elle vous trouvera irrespectueux) ....

2 les caresses érotiques sont normalement réservées aux conjoints: condamnation sociale de l'adultère. (7°me commandement du Décalogue)...d'où le drame de Tritan/Ysold et plus prés de nous Lady Chatterley: ..........transgression sociale de CONSTANCE pour qui l'amour est plus fort que les barrières sociales; elle caresse le garde chasse OLIVIER MELLORS et découvre les mystères de la vraie vie.... OLIVIER est un homme sensible et pensif pour qui la vie s'est montrée si amère qu'elle l'a conduit à chercher un refuge dans la solitude de cette fonction .....il a des circonstances atténuantes....... mais CONSTANCE aussi.... elle reproche à son mari CLIFORD de consumer sa vitalité en entretiens vides et de vivre sans passion...... elle désirerait au moins un enfant qui remplirait son coeur d'une affection; ce livre est donc une apologie de l'amour physique comme moyen de guérir « tout intellectualisme maladif» et de retrouver le contact avec les forces instinctives et naturelles dela vie....... nous verrons si elle a raison.

B la caresse révèle notre besoin de sentir physiquement la connexion à l'autre et elle se pratique dans l'intimité de la vie privée:

En effet, la caresse est nécessaire au développement harmonieux de l'homme: de l'enfant et de l'adulte:


1 besoin de caresse: les enfants élevés au sein ont un développement physique et psychique supérieur; importance pour l'enfant du baiser maternel et plus tard du baiser amoureux ( les 2 avec Diane de POITIERS : baiser de Diane à Henri encore enfant pour le convaincre de partir en Espagne en qualité d'otage et de libérer ainsi son père qui est prisonnier de Charles Quint et plus tard en politique.....)
ce que nous enseigne les animaux: importance du léchage pour élever les petits ; les animaux se livrent à d'incessants jeux de peau: reniflement, morsure, corps à corps , baisers , étreintes, toilettages..... et plus tard dans les rapports amoureux parfois un peu de violence EXEMPLE « la morsure du sanglier »( chez les orientaux)

2 toutefois SUPERIORITE DES HUMAINS; il faut bien distinguer ce que nous enseigne les animaux, et ce que nous enseigne les humains:
La nature ne semble pas caressante, et la caresse humaine semble le produit d'un long polissage de la bestialité et surtout il y a sans aucun doute une supériorité fonctionnelle de la main et du baiser chez l'homme

1 Cependant, concernant le baiser......PROUST déplore que nous n'avons pas d'organe pour le baiser..:
Le mauvais ajustage de la mécanique humaine n’épargne même pas les relations sexuelles : pour goûter le rose de la joue d'ALBERTINE dont il rêve , le NARRATEUR écrase son nez sur la joue tant désirée qui n’a rien d’une fleur et il déplore de ne pas être mieux équipé qu’un animal avec sa corne : « il n’y a pas d’organe pour le baiser ( paraît-il) ».
et pourtant...pour celui qui qui est embrassé, la bouche semble souvent le moyen de stimulation le plus agréable....
Sur le plan de l'inconscient le baiser est porteur de symboles:
embrasser c'est manger : .... dit la mère à l'enfant et l'amant à l'amante; si les amants «se dévorent de baisers»,
- C'est pour sonder sa tendresse et tenter une fusion : ils ne veulent plus faire qu'un à l'instar de l'amour fusionnel qu'ils ont vécu avec leur mère
- ingérer c'est aussi s'approprier, désir de possession
- c'est aussi absorber les qualités de l'autre: intégrer une part de de sa personnalité , sa beauté, son intelligence

2 concernant la main: ici encore nette supériorité des humains sur les animaux par leur variété et la complexité de leur signification: et n'oublions pas que là où la main passe la bouche passe.
(chez les animaux) dans les rapports amoureux la caresse physique a souvent l'allure d'un conflit violent et irrespectueux
chez les humains il n'en est pas ainsi ......et il y a en beaucoup plus: s'y ajoutent le pathétique de l'amour, le voluptueux même de la volupté, et d'une certaine façon le vulnérable

3 Enfin, nous observons que dans l'amour véritable( en supposant qu'il existe) il y a quelque chose d'aussi fort qu'un médicament qui passe à travers le contact physique
EXEMPLE tenir la main: -lorsqu'un mari tient la main de sa femme, l'effet sur le cerveau( l' hypothalamus) est proportionnel à l'amour qu'elle ressente pour le mari; l'attraction croît pendant les caresses .....
N'oublions pas non plus l'aspect thérapeutique : effet antistress; les caresses renforcent notre système immunitaire:
Au GUATEMALA les thérapeutes se tiennent souvent la main pendant les réunions; il convient de préciser aussi que le soignant ne peut pas appréhender la personne malade exclusivement comme un concept clinico-biologique: témoignage du psychologue PHILIPPE FREQUELIN qui nous a rendu compte de de la découverte d'un ressentiment inconscient entre un frère et une soeur au cours d'une séance collective de massage ....


2 eme partie quelques remarques sur les caresses d'amour


A Les caresses dans l'amour physique:
caresse et sexualité: la caresse du corps est au coeur de l'amour physique
on oublie trop souvent que la sexualité est une création commune faite de jeu, de complicité, d'expérimentations et d'émotions et que les caresses sont toujours un langage à décoder.

Le langage des caresses: le langage des caresses révèle un premier paradoxe : un langage immédiat mais pas totalement clair.

-un langage immédiat parce que le contact de la caresse est un lien privilégié qui fait l'interface entre le psychisme et le corps: aussi elle ne devrait pas être un geste anodin: par exemple la caresse distraite où le caresseur n'est pas présent dans son activité( caresser sa femme comme un toutou).

-elle exprime toujours un minimum de tendresse; mais il peut s'y mêler autre chose: du désir, de l'impatience, une noix de quémande, deux doigts de soupçon, un zeste d'inquiétude ou des rondelles de ressentiment....
le caressé reçoit le message de tendresse; il perçoit confusément ou clairement l'autre chose car elle ne se confond pas avec le geste du désir primaire. Le caressé peut connaître l'ennui, le doute sur les significations et hésiter sur sur sa réponse.....
Après les caresses, langage muet des couples endormis ...



2 les caresses de l'âme

L'amour ne se réduit pas à l'érotisme ni à la volupté physique, il n'est pas un simple passe temps ; il semble bien qu'il soit quelque chose de plus noble qui fait appel à l'âme.
SARTRE
Cependant, pour pour SARTRE la caresse est toujours une embuscade tendue à l'autre sous couvert de beaux et nobles sentiments :
Selon SARTRE, la caresse est envisagée comme un façonnement et la vie elle-même comme un roman où tout est combat, où derrière les moments les plus tendres, derrière les mélodies câlines de la fusion des corps, transparaît la lutte même des consciences:
Une séduction guidée uniquement par le désir de volupté physique et le désir de s'emparer de la liberté d'autrui et dans le cas des « caresses de l'âme », en lui faisant éprouver de l'admiration

EXEMPLE « parler le langage de l'âme pour s'emparer du corps » (reproche adressé par Marcel PROUST à son ami le Prince de BIBESCO véritable DON JUAN);

AUTRE EXEMPLE : la séduction de l'artiste et du poète qui caressent l'âme de leur public( succès féminins des chanteurs célèbres CARUSO 1873/1921 et de Pol PLANCON 1851/1914 lorsqu'ils chantent le caïd d'Albert THOMAS: l'air du tambour major « les fils d'or de ses épaulettes sont moins nombreux que ses conquêtes »).
Cette artifice culturel de la séduction aboutit finalement à un asservissement de l'être aimé, à une embuscade pour que l'aimé/e se fasse présence offerte, renonçant par là à son regard et à sa liberté: la séduction physique et « morale » le rendent prisonnier: « l'être désiré est empâté dans sa chair »; je le fige pour en devenir propriétaire (SARTRE L'être et le néant pages 440 et 416 « la caresse n'est pas un simple effleurement .... elle est façonnement..; en caressant autrui je fais naître sa chair, par ma caresse, sous mes doigts... par la caresse je fige à mon tour dans l'inertie celui ou celle dont le regard m'a englué dans l'être »; le rapport à autrui consiste donc à agir sur sa liberté pour la nier comme telle.

CRITIQUE:
l'amant se retrouve seul si l'aimé s'est transformé en automate ou en un reflet passif de mon moi. Et cela me semble dommage car la véritable admiration de l'aimé pour l'amant ne se confond pas avec l'envie captatrice; elle est « super videre »: reconnaissance d'une supériorité de l'autre qui du même coup me fait sortir de moi et me sentir moi-même meilleur; en ce sens, l'amour nous fait sortir de nous -même par une sorte d'extase et de transcendance qui grandissent les amants au lieu de les asservir.

LEVINAS

LEVINAS conçoit l'amour comme la possibilité d'une authentique caresse de l'âme en instaurant un mode de relation à l'autre à la fois immanente et transcendante:

la caresses vient comme un nouveau mode de relation à l'autre :si l'émotion n'est pas partagée: entente impossible, impossible attente car son avènement est mystérieux

la caresse mène au mystère:
la caresse nous mène au seuil du transcendant, comme un mode d'être paradoxal:

paradoxe: ce qui est caressé n'est pas touché à proprement parler; la caresse ne sait pas ce qu'elle recherche; elle est comme un jeu avec quelque chose qui se dérobe, sans projet ni plan avec quelque chose d'autre, toujours autre, toujours inaccessible, toujours à venir et la caresse est l'attente de cet avenir pur sans contenu; « la caresse consiste à ne se saisir de rien, à solliciter ce qui échappe sans cesse vers un avenir... qui se dérobe.......: elle est une recherche, une marche vers l' invisible » totalité et infini EMMANUEL LEVINAS

Pour LEVINAS, dans le rapport à l'aimé il y a une immaîtrisable proximité ( dévoilement partiel d'une ipséité) « le corps sous la caresse se fait tout en entier visage »: le temps et l'autre mais l'autre ne se livre jamais complètement:
il n'y a pas de fusion dans l'amour mais une dualité insurmontable: l'autre se retire dans son mystère.

CONSEQUENCES:
la relation érotique n'est ni lutte, ni fusion, ni connaissance

elle est une expérience bouleversante qui nous chavire:
la caresse procède non pas du besoin ( et son corrélât la jouissance en tant que « morsure » sur l'être) mais du désir ( la volupté même)
une volupté qui est une expérience qui ne se coule dans aucun concept (tendresse, respect, vulnérabilité).... la caresse est donation.

la caresse incarne la sagesse de l'incertitude
une aventure hors de soi vers l'imprévisible: l'aimé, sous la caresse entraîne l'amant dans un abîme vertigineux; la caresse se tient à l'écart du concept dans un no man's land, entre l'être et le non être

CRITIQUES:

1 Comme HUSSERL (Méditations cartésiennes), LEVINAS pratique dans sa description de la caresse, une phénoménologie descriptive mais il refuse l'immanence de la phénoménologie de HUSSERL au nom de la transcendance de l'autre. Personnellement je me sens plus poche de la connaissance par connaturalité affective d'un HUSSERL ou d'un MAX SCHELER que celle de LEVINAS (consulter Maurice Nédoncelle La réciprocité des consciences.)

2 critique de la notion de mystère chez LEVINAS qui me paraît trop irrationnelle ..... sans doute lorsque 2 futurs amants se rencontrent... c'est l'irrationnel qui commande mais l'analyse pourrait y déceler la conjonction de souvenirs préderterminants et d'autres déterminismes: revenons sur terre.....


3 eme partie VALEUR DE LA CARESSE


DENIGREMENTde la caresse:

1 comme l'odeur, la caresse devient un signe pénible de promiscuité si elle n'est pas choisie ou consentie par les individus en présence

2 et même consentie ou choisie, elle paraît pour certains trop loin de l'intelligence, trop éloignée de l'âme et de la pensée car elle est assimilée à la sexualité
EXEMPLE pour PLATON les mains sont une instance de dégradation et une filiation platonicienne fait du toucher un sens vulgaire qui ne distingue guère l'homme de l'animal.


APOLOGIE DE LA CARESSE:

1 la caresse: aspect thérapeutique
2 la disparition du toucher serait une privation de la jouissance du monde (CONDILLAC.).
3 dimension affective, amoureuse et morale dans le respect de l'autre
4 le grand Jeu de la caresse incarne une sagesse: apologie du jeu dans son double sens:
- une marge de manoeuvre et d'indétermination comme « le jeu de l'amour et du hasard »MARIVAUX
- au sens mécanique, laisser un peu de souplesse ( et d'improvisation) ........comme dans la vie elle-même; GRODDEK « le plus difficile dans la vie, se laisser aller et suivre les voix du ça tant pour le prochain que pour soi-même.....peu à peu on redevient un enfant » ; laisser un peu de place au hasard ou au Destin.


CONCLUSION

Il faut que dans le champ des désirs, subsiste une part de mystère ; dans son aspect le plus noble, la caresse au sens propre et figuré est donc la découverte d'une sorte transcendance et surtout une invitation au respect de l'autre comme tout autre, respect du vulnérable et du fragile car il y a comme le dit LEVINAS une vulnérabilité respectueuse de la personne.

 

Enregistrement (durée = 1h42) de la Conférence au Café Larbaud  23 juin 2007 Vichy

Par Dominique Crépin

Témoignage de CL Berthon consultant, psychanalyste.

Fichier Téléchargement 92,8 Mo

 

09.05.2007

Conférence Pôle Lardy VICHY 31 MARS 2007

Dans le cadre du Colloque sur le rire organisé par le Club Audiovisuel et l'université Indépendante, de Vichy

Quelques réflexions philosophiques sur le comique à travers l'humour et l'ironie


Introduction

Je vous propose d'explorer quelques facettes du comique à travers l'humour et l'ironie à l'aide de quelques écrivains et auteurs philosophiques :

BERGSON le rire 1900,
FREUD le mot d'esprit 1904, (dans son ouvrage FREUD fait 2 fois référence au livre «charmant et vivant» de BERGSON) (de même BERGSON salue les contributions de FREUD sur l'inconscient en 1919 dans l'énergie spirituelle)
JANKELEVITCH l'ironie 1964, disciple et exécutant testamentaire de BERGSON
enfin SARTRE les mots 1964 et PROUST créateur de toute une «comédie humaine» qui à mes yeux concurrence brillamment celle de BALZAC.

Dans ses manifestations physiologiques, le comique nous fait rire ou sourire, mais le rire et le sourire ici naissent de la perception d'un décalage ( «irruption du mécanique dans le vivant» disait BERGSON, intrusion de l'artificiel dans le naturel, de l'anormal dans le normal) et il me semble que ce décalage est perceptible plus finement encore, dans l'humour et l'ironie où selon JANKELEVITCH on y trouve «une hésitation feinte entre 2 vérités» où encore comme le dit BERGSON dans le rire page 97 «décrire ce qui est, en affectant de croire que c'est là ce que les choses devraient être» ; dans l'humour et l'ironie il y a une certaine façon de voir les choses à distance, un décalage entre un énoncé et ce qui est à entendre; humour et ironie adoptent tous deux un regard faussement naïf,un dédoublement de la conscience qu'il conviendra de préciser.

Dans un premier moment, nous verrons comment humour et ironie s'inscrivent dans le comique verbal et se distinguent l'un de l'autre

dans un deuxième temps nous examinerons leurs fonctions et leur portée philosophiques tout en montrant aussi comment ils s'exercent dans les autres genres du comique (comique de gestes, de situation, de caractère).


I ° partie quelques remarques sur l'humour et l'ironie:

En effet, humour et ironie s'inscrivent principalement dans le comique verbal, et nous affirmons que l'ironie se distingue de l'humour par l'emploi fréquent d'un procédé de rhétorique l'antiphrase: (penser le contraire de ce que l'on dit) plus une intention de raillerie ou de critique (contrairement à l'humour qui peut se limiter à n'être qu' un oasis dans le sérieux, une attitude simplement bouffonne ou solitaire)
EXEMPLE cité par FREUD un condamné à mort part au supplice un lundi matin et le bourreau dit:«voilà pour vous une semaine qui commence bien!»: ici il y a ironie ( raillerie); les mêmes paroles dites par la victime serait plutôt de l'humour noir ( pour conjurer, mettre à distance l’angoisse et la gravité de la situation).
Notons dés à présent que l'humour peut être présent dans les autres genres du comique ( comique de situation, comique de geste, comique de caractère) en absence de tout dialogue:
EXEMPLE (hésitation feinte entre 2 vérités): durant la révolution, un aristocrate marche à la guillotine, tout en lisant un livre et il le remet enfin au bourreau après l’avoir écorné comme s’il devait un jour en continuer la lecture;

EXEMPLE : dans un film de dessins animés, un personnage est sur le point de tomber dans un trou parce qu’il regarde en l’air, au dernier moment il voit le trou et ne tombe donc pas; il adresse aussitôt au public un clin d’œil amusé, l’air de dire « je vous ai bien eu !»

l'humour déborde dans les autres genres du comique, d'autant plus que son emploi s'est généralisé de nos jours au point de remplacer le mot comique :
il a perdu son sens originel de spirituel en demi teinte décrit par VOLTAIRE (lettre à l'abbé OLIVET) : un comique en demi-teinte où le rire franc est volontairement remplacé par une apparente impassibilité : une manière anglaise ( sens of humor) de décrire le comique en y refusant les aspects les plus voyants,


1 dans humour et ironie il y a l' intention chez l'émetteur, d'offrir un regard faussement naïf:


Selon JANKELEVITCH, ils se distinguent donc du comique franchement involontaire causé par les «coquilles» et autres étourderies, qui lui aussi repose sur des propos équivoques ou contradictoires…
EXEMPLES : les perles du bac
le cerveau des femmes, c’est la cervelle
MICKEY L’ANGE et LE HOMARD DE VINCI sont des peintres de la Renaissance
La climatisation est une chauffage froid
Pour conserver la glace il faut d’abord la geler
Les égyptiens transformaient leurs morts en momies pour les garder vivants
Les américains vont souvent à la messe car les protestants sont très catholiques
La mortalité infantile sévissait sauf chez les vieillards

AUTRES EXEMPLES:
«il dévisagea la personne qui lui tournait le dos»;
«les parlementaires ont entendu l’appel muet de la Nation»;
«suite à de violents orages, les trains ont été bloqués pendant 3 heures et le trafic n’a repris que goutte à goutte».
Dans un avis de vente de charité adressé à des dames patronnesses, on pouvait lire: «débarrassez vous des choses inutiles qui feront le bonheur des autres; emmenez aussi vos maris.»
ce caractère apparemment involontaire sera très étudié par FREUD qui dans l'élaboration du comique souligne l'importance d'une activité inconsciente très proche du lapsus, du rêve, de l'acte manqué ........
EXEMPLE (humour involontaire, proche du lapsus) avant de se rendre chez un compositeur en panne d'inspiration, COCTEAU fait la leçon à son ami en lui disant de ne pas l'interroger sur son travail en cours......ils entrent directement après avoir essayé de sonner. « nous sommes entrés car la sonate ne marche pas».

2 pour le moment disons que c'est bien l'intention consciente et l'attitude de l'émetteur qui font la distinction entre humour et ironie
le principal procédé de l’ironie est l'antiphrase : ce n'est pas un mensonge mais une expression qui laisse entendre le contraire de ce qu’elle dit

A l’origine , elle était une attitude intellectuelle, celle de SOCRATE : action d’interroger (ierôneia) en feignant l’ignorance.
Par la suite, l'antiphrase est devenu un dédoublement de sens à travers des jeux de langage pour exprimer un jugement de désapprobation, mêlé de raillerie, sous la forme d’un discours à l’envers

EXEMPLE (attitude de raillerie) COCTEAU visite avec un ami un atelier de peintre ; le peintre se rend compte que ses visiteurs semblent peu admiratifs; il leur montre un dernier tableau en s’excusant parce qu’il n’est pas fini…aussitôt COCTEAU adresse à son ami ces paroles « il serait peut-être humain de l’achever ».
EXEMPLE(attitude de désapprobation) : MITTERAND rencontre par hasard un ami d’enfance qui lui demande s’ils peuvent à nouveau se tutoyer comme autrefois …..«si vous voulez»
EXEMPLE : (autre attitude de désapprobation critique) lors d’une manœuvre navale dans les dom/tom DE GAULLE passe en revue des officiers supérieurs … l’un d’eux est en tenue non réglementaire (il est en en culotte courte kaki au lieu du pantalon ) –« la prochaine fois vous apporterez votre cerceau!»( par la suite il n’a jamais obtenu de promotion)…ici se manifeste de façon nette la fonction de châtiment social contre ce que BERGSON appelle la distraction, l'inattention à la vie, le rire étant dans ce cas au service de la société ; il devient une sanction contre ceux qui transgressent les normes sociales : BERGSON cite l'exemple de MENALQUE dépeint par LA BRUYERE et aussi le DON QUICHOTTE de CERVANTES.

la présence de l'antiphrase rend le décryptage de l'intention d'ironie plus aisé: mais c'est aussi le moyen pour beaucoup d'écrivains de contourner les foudres de la censure gouvernementale «c'était seulement pour rire » : RABELAIS, LA BRUYERE, MONTESQUIEU, VOLTAIRE

EXEMPLE les critiques acides de VOLTAIRE, MONTESQUIEU:
ZADIG appelle ironiquement «sages du pays»,«miroirs de sagesse» des juges et inquisiteurs stupides ( conte du petit chien de la reine….) de même au chapitre 6 de Candide, il appelle « les sages du pays» des inquisiteurs qui sont de véritables fous furieux; de même MONTESQUIEU fait preuve d'une ironie grinçante contre les esclavagistes quand il affirme que «le noir est noir de la tête au pied, et qu'il n’a donc pas d’âme» (exemple cité par BERGSON).

3 parfois l'intention véritable de l'émetteur est difficile à déceler devant l'incertitude interprétative: Y a t il raillerie, y a t il une victime? s’agit d’un combat contre un adversaire? (dialogue polémique à trois :attaquant, victime, public destinataire).

hésitation entre ironie et humour ; le ton fait la différence EXEMPLES
SACHA GUITRY:«ma maîtresse baillait tout le temps , alors je lui ai dit: bye, bye!»
une maman voit revenir son jeune enfant avec des chaussures crottées de boue: «te voilà propre!»; s’il y a réprimande c’est de l’ironie, sinon avec un ton plus gentil, c’est peut-être de l’humour?: «tu aurais pu en mettre aussi sur ton pantalon»….

L’ironie se démarque de l’humour par la notion de sérieux qui s’y rattache et communique plus facilement sa signification implicite; au contraire, l’humour peut jeter davantage un doute sur le réel et provoque une hésitation herméneutique, qui ont pour conséquence de retarder le rire:
EXEMPLE FERNANDEL déclame sur 20 tons différents « tout condamné à mort aura la tête tranchée »

(comme le montre JANKELEVITCH) dans l'ironie il y a une plus grande anesthésie du cœur que dans l’humour : même remarque chez BERGSON; Max JACOB précise que « l’ironie vous dessèche et dessèche la victime » ; l’ironiste veut provoquer un rire d’exclusion du public contre un adversaire ( rire sarcastique) ; au contraire, l’humour comporte une part d’affectivité et de sensibilité : l’humoriste vise à établir un lien de sympathie et de bienveillance avec son public ( rire d’intégration)

et même parfois l’ironie est peu comique :
EXEMPLE : l’ironie du sort dans la tragédie grecque…
EXEMPLE : le directeur des pompes funèbres n’est pas enterré parce que son personnel est en grève
.
Mais il existe ainsi une auto ironie très proche de l’humour:
EXEMPLE : ROSTAND Cyrano la tirade du nez :« tendre, Eh quoi ! aimez-vous à ce point les oiseaux que vous vous préoccupâtes de tendre un perchoir à leurs petites pattes ? »;
EXEMPLE : SACHA GUITRY … « .il y a 2 sortes de femmes : celles qui sont jolies, celles qui ont bien voulu de moi… »...

Concernant l'auto-ironie, je pense surtout à SARTRE pour avoir écrit un premier volet autobiographique intitulé les mots (1964) auquel il n'a pas donné suite car le récit se termine à l'âge de 11 ans , quand il entre au lycée de LA ROCHELLE au moment du remariage de sa mère. SARTRE évoque avec AMBIVALENCE, dérision et auto-dérision ce qui a fait de lui un enfant « truqué», (avec une ironie sans rancoeur très proche de PROUST qui adopte lui volontiers l'attitude d'un voyeur sans émettre de jugement moralisant), .Mais contrairement à PROUST et d'autres écrivains (ROUSSEAU, GIDE, PAGNOL), SARTRE évoque son enfance sans tendresse, un enfant vidé de sa substance, réduit à l'écorce d'un acteur; un livre à l'humour parfois grinçant qu'il intitule « une comédie aux 100 squetch divers » parce qu'il s'agit d'une mise en scène de sa vie livrée très tôt au jeu passionnel des adultes, un jeu qui sonne faux. Il démystifie tout attendrissement pour cette époque de sa vie , en affirmant « j'étais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets».
Le petit POULOU est un enfant unique élevé dans un milieu féminin et par son grand père, un vieillard majestueux à la longue barbe blanche; il est choyé par tous ; il est rendu soucieux de plaire et de « bouffonner», ce qui, dit-il, est le sort de tous les enfants bourgeois, dans sa famille qui est à sa façon un microcosme de la société où chacun joue son rôle.
Son grand père est «le maître de menuet qui lui propose de danser le ballet stylisé de son enfance », « nous formions un groupe de saxe »avec tout un rituel de surface qui fait l'objet d'une dérision
EXEMPLE en parlant de sa mère et de sa grand mère, il dit « ces dames vont à la messe, elles croient en DIEU, le temps de goûter un toccata .... la foi des autres les dispose à l'extase musicale».
Dérision et auto-dérision :il est vertueux par comédie « il joue à être sage »; « on m'adore donc je suis adorable » ( c'est normalement l'inverse).......( en réalité, le petit POULOU est victime aussi de ce que SARTRE appellera la mauvaise foi, c'est-à-dire un mauvais usage plus ou moins conscient de la liberté...)

Heureusement, dans ce livre SARTRE met en même temps en lumière la vigueur et la précocité de son imagination et de son activité mentale qui lui ont permis d'échapper au cadre étroit et artificiel de sa famille. SARTRE nous présente ici un livre à l'écriture étincelante, rapide, incisive, colorée et pleine d'esprit......


2 humour et ironie utilisent chacun à leur manière le trait d'esprit : en allemand, il se dit WITZ aptitude à assembler promptement des pensées et à découvrir des ressemblances éloignées


1 BERGSON et FREUD ont montré dans leurs ouvrages respectifs comment le trait d'esprit s'applique différemment à l’humour inoffensif et à l’humour tendancieux, celui qui se rapproche de l’ironie :
Rappelons que le mot d'esprit tendancieux est dénommé comique par BERGSON quand il nous fait rire d'un tiers( le rire page 79 « un mot est comique quand il fait rire de celui qui le prononce, il est spirituel quand il nous fait rire de nous »)
Mais dans tous les cas, le mot d'esprit est doublement ingénieux : il ramasse un sens condensé qui frappe par son acuité et son immédiateté fulgurante ; il tombe à propos dans la conversation, il est ajusté à la situation.

l'humour inoffensif se réduit à des jeux de mots gratuits:
EXEMPLE tel est le cas de l'abbé MUGNIER célèbre pour son esprit, qui était souvent invité et apprécié dans le grand monde du faubourg ST GERMAIN (comme MARCEL PROUST qu'il a souvent rencontré) et à la fin il leur était devenu tellement familier qu'on osa lui proposer de l’emmener aux folies bergères, « Hélas, non, demain je confesse , ce sont mes folies-brebis ! »
EXEMPLE: journal de l’abbé MUGNIER .Une femme du monde se confesse à lui: « je me trouve belle est - ce un péché ?… non, c’est une erreur ».

Parfois, un humour un peu moins inoffensif….
EXEMPLE :MUGNIER il est invité à la table d’une châtelaine de province, un brave curé de campagne y est convié également pour égayer la conversation ; à la fin du repas, après le départ du curé, elle lui demande : « quand pensez- vous ?- Il a donné le maximum de son minimum ».

Et vous connaissez tous comme moi ces simples jeux de mots:
Pourquoi parle- t-on des 4 coins de la terre alors qu’elle est ronde ?
Pourquoi le bruit transpire avant d’avoir couru ?
Pourquoi les nuits blanches sont elles causées par des idée noires ?
Pourquoi l’employeur remercie t-il l’employé quand il n’est pas content de lui ?
Pourquoi lave ton une injure et essuie- t- on un affront
Utiliser une casserole carrée pour empêcher le lait de tourner

Par contre, le caractère polémique de l’ironie confère au trait d’esprit une pointe assassine : effet de surprise et décodage rapide pour le destinataire.
EXEMPLES cités par JANKELEVITCH et BERGSON à propos d’un personnage vaniteux : « il y a ceux qui font des mots et ceux qui ont de l’esprit» ; on dit de lui : «il court après l’esprit, il fut répondu : je parie pour l’esprit »
EXEMPLE : raillerie de MONTESQUIOU contre une demi mondaine très snob qui décède durant un dîner mondain : «elle est partie prendre son café dans un monde meilleur».

Enfin il convient de noter que le trait d'esprit s'exerce dans le comique des mots selon de nombreux procédés littéraires :(Collusion entre 2 mots, calembour, zeugma, inversion, oxymore, hyperbole, périphrase héroï-comique) , un travail sur les mots parfois proche de la poésie:
EXEMPLE : journal de l’abbé MUGNIER « les jeunes filles à ST SEVERIN tricotaient avec des voix en aiguille, la laine fatiguée des cantiques ».

Mais de nos jours, les procédés littéraires se veulent de plus en plus originaux car le sens des mots s'émousse comme les sens des hommes par sénélité, par épuisement, par habitude, d'où les recherches d'un Frédéric DARS, d'un FINCKELKRAUT, d'un ELGOZY , qui après nous avoir offert un contradictionnaire, puis un fictionnaire, propose aussi un antidictionnaire:

EXEMPLE :FINCKELKRAUT (fictionnaire illustré) : « zeros: dieu de l’amour et des petits rien »
EXEMPLE F DARS « que ta volonté soit fête!».
Mon excellent ami et psychanalyste Claude-Louis Berthon ne m'en voudra pas si je n'évoque que pour mémoire les jeux de mots et contrepèteries dont LACAN a fait tout une théorie....et pour lesquelles il a été traité bien à tort de psycho-pitre... Il n'est pas moins vrai qu' actuellement l'humour opère un subtil mélange des genres faisant largement place au saugrenu, au bizarre à l'incohérence sémantique et narrative:

EXEMPLE MARCEL DUCHAMP 1887-1968: objet d'art sous forme de canular
EXEMPLE photographie d'une machine compliquée : « machine à fabriquer le bonheur »
EXEMPLE tiré de la publicité: la photocopie d'un mariage sort de la photocopieuse devant 2 employés qui viennent de s'embrasser

Humour et ironie se manifestent aussi dans les autres registres traditionnels du comique (comique de gestes, de situation, de caractère), . Nous tacherons de les évoquer maintenant pour souligner les fonctions et la portée philosophique de l'humour et de l'ironie.


II ° partie fonctions et signification philosophique de l'humour/ironie chez BERGSON et FREUD


Pour BERGSON l'humour et le rire en général ont 2 fonctions :

COMIQUE ET ESTHETIQUE

Nous avons vu que chez lui l'humour inoffensif permet d'abord à l'adulte de retrouver la liberté du non sens, propre au monde de l'enfance, et le plaisir du langage avant les contraintes de l'éducation et de la pensée rationnelle; l' humour peut même avoir une vocation artistique quand il renouvelle notre regard sur la réalité, en nous détachant de l'action utilitaire et nous redonner un regard innocent sur la nature;
EXEMPLE : RABELAIS fait découvrir un planteur de choux sous la langue de Pantagruel; avec le planteur de choux RABELAIS fait comprendre que le familier peut se trouver dans ce qui est appelé à tort le nouveau; ce comique permet de jeter un doute sur la réalité et ruiner les prétentions des discours dogmatiques à représenter le réel.....

Sur ce point FREUD est d'accord avec BERGSON qui a deviné « les racines infantiles du comique » quand l'enfant rit par pur plaisir sans inhibition (le mot d'esprit 345). mais il précise que le jeu gratuit avec les mots et les idées libère la circulation de l'énergie psychique globale de l'individu qui se décharge dans le plaisir du rire ........et lui épargne aussi une dépense d'énergie que nécessiterait l'inhibition .


COMIQUE ET SOCIETE

Pour BERGSON, le rire est surtout un châtiment social , (« une espèce de brimade sociale ») contre la raideur de certains individus. Le but est de dégonfler certaines formes de sérieux qui nous oppriment. Nous rions parce que nous avons le sentiment que certains hommes régressent par leurs gestes et leurs paroles à une apparence de « mécanique plaquée sur le vivant »; c'est la raison pour la quelle il emprunte volontiers ses exemples au théâtre comique , ne faisant plus de différence ici entre comique de mots et action.......;
BERGSON évoque ce qu'il dénomme des types ou caractères dans lesquels le rire réprime l'absence d'élasticité dans la vie sociale:
Pour être comique, le personnage doit paraître insociable et nous laisser insensible, sinon nous tomberions peut-être dans le tragique qui prend en considération tout l'aspect individuel et non l'apparence superficielle de chose ou d'automatismes: je pense en particulier à certains héros de MOLIERE: après un premier rire contre la raideur sociale d'un ALCESTE, on se prend à sympathiser avec sa misanthropie comme on sympathise avec les sentiments des héros tragiques. Pour le rendre encore comique MOLIERE actionne le procédé du diable à ressort: ALCESTE devient comique quand il entre en conflit avec lui-même; il souffre en essayant de comprimer un sentiment de misanthropie par des manières de gentilhomme, répétant à plusieurs reprises «je ne dis pas cela » à ORONTE qui lui demande si ses vers sont mauvais.

BERGSON démontre que le théâtre utilise de nombreux procédés analogues au comique verbal: répétition, caricature, disproportion entre l'effet et la cause, inversion, interférence des séries, quiproquo, crescendo avec effets boule de neige, et autres procédés causés par « la distraction des choses ».
Une distraction qui nous masque la vie véritable à cause d'une trop grande place accordée aux rituels, cérémonies et autres mascarades; je pense ici à une observation faite par GUY BEDOS dans son livre « je craque »: notre conditionnement social est tellement INCONSCIENT , dit-il que dans un studio de cinéma, les figurants officiers et soldats durant les pauses continuent à manger séparément dans la cantine du studio.........
Une place importante est faite aussi par BERGSON à la critique de la vanité, défaut risible par excellence pour BERGSON car elle synthétise tous les éléments du comique. Il dénonce en particulier la « vanité professionnelle », tendant à la solennité de ceux qui traitent leur public comme s'il avait été crée pour eux.
BERGSON montre que le comique de caractère qui imprime certaines professions utilise la caricature et l'imitation. Il vise en particulier le corps médical car de MOLIERE à JULES RENARD les médecins ont été les personnages favoris des auteurs comiques, parce que leur pouvoir inspire une secrète terreur. Sur ce point il faut citer PROUST:

EXEMPLE le docteur COTTARD est à la fois imbécile et grand clinicien.
EXEMPLE : le croquis, fin mesuré et mais profondément comique du DOCTEUR DIEULAFOY, introducteur de la mort et chef du protocole funèbre. « .......... » RECHERCHE DU TEMPS PERDU.
Au comique de caractère PROUST intègre l’évolution dans le temps du vocabulaire de ses personnages:
EXEMPLE Le langage tenu par le Docteur COTTARD :
La vulgarité de l’homme est d'abord souligné par la platitude de ses calembours :
EXEMPLE durant un cours de médecine à ses étudiants, il préconise le lait comme remède
Au lait, au lait (hollé, hollé)/Vive l’Espagne!
EXEMPLE au milieu d’une partie de piquet, il dit : «Savez- vous quel est le comble de la distraction ? C’est de prendre l’édit de NANTES pour une anglaise »

Mais lui-même prend au pied de la lettre toutes les expressions figurées:
EXEMPLE au cours du repas avec FORCHEVILLE, il ne comprend pas le calembour «serpent à sonate » qui désigne Madame DE SAINTE EUVERTE ( aussi mauvaise langue que bonne pianiste) et juge utile de rectifier « on dit serpent à sonnette »…on lui explique alors.....

Il admire les expressions employées par Madame VERDURIN (celle que PROUST appelle avec dérision « la patronne ») puis s’y risque et souvent à contre temps. Plus tard devenu professeur illustre, son langage demeure vulgaire mais s’est enrichi au point de devenir une mosaïque de locutions toutes faites.

Son incapacité à démêler le sérieux du comique traduit un être peu sûr de lui qui l’engage à adopter « un sourire conditionnel et provisoire», source parfois de malentendus .
EXEMPLE Au cours d’un repas chez les VERDURINS «Il regardait sous son lorgnon pour faire connaissance de son voisin de table et rompre la glace , avec des clignements beaucoup plus insistants qu’ils n’eussent été jadis …. Et les regards engageants accrus par leurs sourires qu’il adresse à son voisin CHARLUS, crée un malentendu: le baron croit que COTTARD a deviné qu'il est homosexuel et qu'il lui fait de l’œil. Aussitôt CHARLUS réagit durement en raison d’une « loi » générale : « l’être que nous n’aimons pas et qui nous aime nous paraît insupportable».

C’est bien là un des charmes de la RT : accepter d’être ballotté d’erreurs en demi- vérités : un sorte de pacte de lecture enjouée ; la distance temporelle génératrice de comique permet de saisir rétrospectivement le comique d’une situation ou d’un propos ( comique de l’escalier..).

Pour FREUD le mot d'esprit et le comique sont en rapport très étroit avec l'inconscient et sa thése centrale c'est qu'il est source de plaisir par la levée partielle des inhibitions :

En effet, chez BERGSON la question de l'humour et du mot d'esprit n'est pas totalement explorée comme le dit FREUD lui-même dans le mot d'esprit page 350 « nous devons aller un peu plus loin que BERGSON ».

1 BERGSON ne prend en compte le registre scatologique du comique contemporain, ce qui relève du racisme larvé, de la dérision de la personne

2 FREUD développe plus profondément la parenté de l'humour et du mot d'esprit avec le rêve, le lapsus....à travers toute une « logique » cachée, un peu comme dans un rêve qui signifie apparemment une absurdité mais qui réalise un rébus; on y retrouve des processus d'élaboration similaires:
déplacement
représentation indirecte par homophonies
représentation par le contraire
emploi du contre sens (EXEMPLE un aveugle demande à un paralytique : « comment allez-vous? Réponse: « comme vous le voyez !»
allusion métaphorique
et enfin la condensation

le rôle de la condensation est fréquent dans la structure du mot d'esprit

EXEMPLE: j’ai dîné avec ROTHSCHILD et il m’a traité de façon familionnaire;

Deux forces psychiques sont à l’œuvre et la dualité des idées se concentre en un seul mot ( d'où le caractère elliptique du WITZ). L’idée effacée ( je ne suis pas un des leurs) resurgit malgré tout dans le mot valise.
Le WITZ est un lapsus volontaire dont l’expression concise fait l’objet d’une élaboration inconsciente.

Le mot d’esprit tendancieux a pour but de nuire à quelqu’un ; servir les intérêts de celui qui le formule mais d’où vient le plaisir qu'il procure ?

Nous observons que l’idée principale est seulement suggérée : le rire collectif cautionne cette violence sublimée. Il récompense celui qui a su dominer ses tendances hostiles et les couler dans un moule socialement acceptable, en lui procurant un plaisir narcissique.

En effet, le plaisir provient du fait que sans les ressources de l’esprit, la tendance à l’agressivité serait insatisfait et constituerait une source d’irritation permanente : le plaisir tendancieux est le soulagement d’un état pénible. Il s’agit de flirter avec les limites sociales : une quasi transgression « à blanc », en s’approchant aussi prés que possible de la censure.
Plus un jeu de mots est audacieux, plus il doit être spirituel. Sinon un jeu de mot grossier serait l’analogue du cauchemar pour le rêve; une transgression trop explicite provoquerait un sentiment d’insécurité.

CONCLUSION

1 L’humour et l’ironie deviennent un plaisir pour l’esprit lorsqu’on comprend les propos véritables derrière l’énoncé exprimé: des calculs interprétatifs sollicitent l’intelligence et la culture du destinataire, étant entendu que l’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ni dans n’importe quelle circonstances .
2 L’un et l’autre poursuivent des buts parfois similaires au comique en général:
Châtiment social contre la raideur de certains individus, contre le coté mécanique des pensées et des actions (BERGSON)
Rendre plus réceptif aux sujets sérieux
Dans l’ironie, provoquer attaquer et soumettre ses cibles
3 Et surtout dégonfler certaines formes de sérieux qui nous oppriment.
Dans l’humour, atténuer les audaces, détendre l’atmosphère: l’homme se plaît à rire de ce qui l’effraye: la mort, la maladie, les femmes, l’amour, le mariage le gouvernement, les grands de ce monde.
Reproduire le grotesque et le sublime
4 Mais aussi par moment régresser vers les tendances inoffensives de l’enfance.

L’étude de l’humour et de l’ironie nous a conduit à brouiller les frontières traditionnelles du comique (dépasser la classification entre comique des mots, comique des gestes, comique de situation, comique de caractère).Ils constituent un ensemble de phénomènes complexes, expression de la sensibilité, de l’intelligence et de la liberté dont on ne se lasse pas.

26.11.2006

Quels sont les moyens de connaître autrui?

Quels sont les moyens de connaître autrui?

Introduction


Explication des termes:
Qui est autrui ?
C’est l’autre, à la fois semblable et différent.
1 Etymologiquement un alter ego : Cette conception d'autrui comme prochain (comme moi, il est un sujet et une conscience) m'incite à comprendre en lui ce qui me ressemble.
2 je peux considérer autrui comme un être trés différent : une altérité pleine d'ambiguité:
- a)l'altérité est promesse d'une complémentarité par rapport à ce que je ne suis pas et qui me manque, un enrichissement de ma culture et de ma personnalité et vers lequel je tends....
-b)l'altérité c'est voir aussi une opposition qui menace mon identité et ma sécurité, (« l'enfer c'est les autres »)
-c)ou encore un ensemble d'êtres abstraits, lointains, invisibles: l'ensemble de ceux qui ne sont pas moi, que je condense sous forme de clichés (idées simplifiées et impersonnelles); précisons tout de suite que c'est la société dans laquelle je baigne qui façonne inconsciemment ma vision collective d'autrui et même une partie de ma senbilité EXEMPLE pour nous français, les anglais nous apparaissent froids, les italiens jovials.... et paraît-il, nous sommes intelligent!!! ; .une simplification ethnocentrique et illusoire dénoncée par l'anthroplogie contemporaine, qui montre que dans l'histoire elle a été la cause de graves malentendus (colonisation injustifiée du « bon sauvage »....).

Connaître comment?: de quelle maniére et jusqu'à quel point arrive-t-on à connaître les motifs (raisons conscientes) et les mobiles ( motivations plus ou moins inconscientes) des actes d'autrui et à comprendre ses intentions et ses expériences?
connaissance explicative (mais toujours partielle) de la personne si je me limite à la connaissance rationnelle des motifs de ses actes ou à une interprétation systématique des mobiles de son action
connaissance compréhensive si je tente à embrasser sa personnalité entière, atteindre l'autre dans son fond original et irréductible et dans sa liberté..... une approche qui privilégie ici la connaissance du singulier

Quels sont donc, selon les circonstances et selon les buts que je poursuis moi-même, les meilleurs moyens pour connaître autrui?
Plan
les moyens de connaissance d'autrui de la vie courante
les apports de la connaissance scientifique

1ere partie les moyens de connaissance d'autrui dans la vie courante

La connaissance d'autrui dans la vie courante semble osciller entre 2 points vue

point de vue de la psychologie classique : DESCARTES partait d'une conscience close, d'où il résultait que nous ne pouvions connaître autrui et nous mettre à sa place que par analogie avec nous même; la connaissance d'autrui se base sur la connaissance de soi dans la mesure où nous recherchons des intentions identiques ou similaires; l'explication rétrospective de la conduite d'autrui est alors comparable à l'explication rétrospective de ma propre conduite.
Le point de vue de la psychologie contemporaine pose, au contraire, la notion d'une conscience ouverte et d'une intersubjectivité qui en vient presque à faire de la connaissance d'autrui quelque chose d'aussi immédiate que la connaissance de soi.


1 La connaissance d'autrui semble d'abord une expérience immédiate: à partir de signes et de symbôles naturels
On peut affirmer que nous avons une expérience immédiate d'autrui, à condition de prendre le terme expérience dans le sens d'intuition ou de sentiment direct.

A Ce sentiment direct existe déjà chez le tout jeune enfant qui distingue très bien les personnes des choses et sait deviner leurs dispositions,

B Ce contact avec autrui s'établit notamment grâce aux signes naturels du langage émotionnel : lecture directe des sentiments grâce aux modifications du visage, du regard, de la voix.
Sans doute, les sentiments d'un autre nous demeurent invisibles, mais ils entraînent des modifications corporelles qui ne sont pas des effets quelconques, car ils viennent achever le sentiment lui-même, le faire affleurer dans le monde physique.
EXEMPLE quand je percois les traits de la JOCONDE ais-je besoin de me rappeler des expériences antérieures qui m'ont appris tel état d'âme?
Ce contact avec autrui s'établit surtout grâce au regard..

C Il existe enfin différentes formes de communication directe avec autrui qui vont de la sympathie, voire de la simple contagion psychique, à la véritable compréhension affective

Toutefois, toute connaissance suppose un minimum d'interprétation et donc de recul .
l'adulte lui-même se fait souvent bien des illusions sur sa compréhension spontanée d'autrui..EXEMPLE loi d'illusionnement: un éléve beau est jugé a priori plus intelligent par ses professeurs.
La véritable connaissance d'autrui suppose l'expérience directe mais elle a besoin d'être complétée par une expérience raisonnée.


2 La connaissance d'autrui est acquise le plus souvent par la connaissance du comportement interprêté de façon raisonnée:

A C'est déjà une véritable connaissance que nous apporte la fréquentation d'autrui.
Nous savons par exemple que parmi les personnes que nous fréquentons, telle est capable de tenir sa parole, telle autre non, telle autre a du coeur, telle autre est égoiste : il s'agit d'une expérience raisonnée fondée sur l'interprétation du comportement d'autrui, sur la comparaison de ses réactions en diverses circonstances:

Nous acquérons cette connaissance d'autrui par une interprétation de ses actes . EXEMPLE c'est par la description de leurs comportements qu'un LA BRUYERE, nous fait connaître les caractéres de ses personnages.

B Parmi les comportements, le langage en est le principal.

Mais dans quelle mesure nous fait-il vraiment connaître autrui?

1 Le langage peut servir à travestir la pensée aussi bien qu' à l'exprimer:
L'individu n'est pas forcément de bonne foi, et même s'il l'est, il peut se tromper...il en est de même des tiers qui émettent des jugements contradictoires sur autrui EXEMPLE dans la recherche du temps perdu le Narrateur est jugé par les autres à travers des points de vue contradictoires: pour ceux qui connaissent déjà le livre je citerai ALBERTINE qui le trouve gentil, RACHEL qui le trouve cultivé , LEGRANDIN qui le trouve méchant, NORPOIS aux dires de la duchesse de GUERMANTES digne d'être aimé mais d'aprés les dires de Mme de VILLEPARISIS, NORPOIS aurait dit que c'était un flatteur à moitié hystérique.......
le langage peut servir à travestir la pensée EXEMPLE la peinture humoristique du vieux diplomate M. de NORPOIS qui ne veut rien dire qui puisse le compromettre;il est interpellé pendant l'affaire DREYFUS par BLOCH et il arrive par 2 phrases contradictoires, à ramener la somme de ses propos à zéro.

2 les mots n'ont pas la même résonance pour tout le monde surtout lorsqu'il s'agit de la vie affective : les mots ne traduisent que les aspects les plus communicables, donc les moins individuels et les moins « profonds » de la vie affective;

3 les mots n'ont pas toujours la même résonance selon les circonstances...et les cultures....leur signification dépend des conventions culturelles ou encore d'autres éléments liés à l'éducation de la personne d'où la nécessité d'interpréter sous peine de malentendu EXEMPLE le « Narrateur » réussit à décrypter les signes du langage mondain, lorsque le duc de GUERMANTES, accompagné de la reine d'Angleterre lui dit et lui fait signe dit de venir le rejoindre.......le Narrateur comprend aussitôt qu'il ne doit pas venir en pareille compagnie et lui adresse de loin un salut respectueux qui lui vaudra aussitôt l' admiration générale......

4 REMARQUE: le langage n'est pas tout entier dans les mots:
à côté du langage vocal, il y a le langage émotionnel et le langage par geste............
dans le langage parlé, il faut tenir compte du ton, de la mimique vocale.......souvent plus révélateur que les paroles : on sait quelle importance la psychanalyse accorde aux lapsus où émergent des aspects ignorés de la personnalité.

C Jusqu'à quel point, ces procédés nous permettent de connaître nos semblables? Reconnaissons que cette connaissance est toujours précaire:

1 Nous ne nous connaissons pas nous mêmes; à plus forte raison, nous est-il difficile de pénétrer les secrets de l'âme d'autrui. Si les consciences ne sont pas absolument closes les unes aux autres, elles demeurent toujours quelque peu distantes, et seule la parfaite communion avec un être aimé est capable de faire tomber ces barriéres.
A cet obstacle s'ajoute la complexité des caractéres EXEMPLE complexité des héros décrits par les romanciers russes/DOSTOIEVSKI .........

2 Il demeure au fond de chaque âme un monde inconscient ou subconscient........qui ne se manifeste à nous que par éclairs,
- soit dans le regard.................
-soit dans les actes involontaires( gestes spontanés, actes manqués analysés par la psychanalyse)
-soit dans des circonstances imprévues, inhabituelles , dans lesquelles autrui est obligé de se démasquer, de quitter le masque de la simple politesse

Conclusion partielle: la connaissance d'autrui commence par les images et les comportements qu'il nous livre ; des situations de communication qui demandent à être approfondies.
Faut-il en conclure comme PROUST, que les signes conventionnels et volontaires comptent peu, notamment « l'énoncé direct » que les gens fournissent de leur vie et de leur pensée ?( « j'en été arrivé à ne plus attacher d'importance qu'aux témoignages qui ne sont pas une expression rationnelle et analytique de la vérité » III 596); faut-il pour autant refuser une place à la connaissance scientifique et rationnelle d'autrui qui prolonge la connaissance ordinaire?


2eme partie : les apports de la connaissance scientifique


Il existe, au-delà de l'expérience courante, une connaissance scientifique des autres. Encore faut-il préciser qu'elle n'intéresse pas le vulgaire qui cherche non pas « expliquer » autrui mais à savoir s'il pourra en faire son ami ou son collaborateur: une connaissance qui n'est pas analytique mais globale à visée pratique, où il s'agit de déceler autant ses intentions et ses qualités morales que ses qualités physiques et psychologiques.


Il existe une connaissance scientifique des autres
1 dans le cadre des sciences empiriques:( utilisation des substituts de la pensée sous formes de symboles, gestes , paroles, écriture)
EXEMPLE la caractérologie
Cette typologie ne débouche par à proprement parler sur une connaissance individuelle mais elle explique jusqu'à un certain point l'individu, tout en n'étant pas rigoureusement scientifique.

2 dans le cadre des sciences expérimentales:
pour progresser en direction d'une abstraction vraiment scientifique et explicative nous pouvons utiliser d'autres ressources de la psychologie expérimentale avec l'emploi de la méthode des tests : ils permettent, par exemple, d'établir le niveau intellectuel d'un individu par rapport à son âge physique. Cependant, les tests sont d'un emploi toujours difficile; ils me renseignent sur l'existence de telle ou telle faculté mais pas sur l'usage que j'en fais.

3 limites de la connaissance scientifique: la connaissance scientifique porte sur le général( .une connaisance qui procéde par abstraction et finalement par raisonnement analogique), inadéquate pour la connaissance du particulier en tant que tel.....


3éme partie: QUELLE VALEUR FAUT- IL ACCORDER à la connaissance intuitive et à celle de la connaissance rétrospective et analogique


Mais d'abord quelques rappels:
--------La connaissance analogique et conjecturale serait une interprétation d'autrui à partir de l'intérieur de nous mêmes:
« la clef d'autrui est d'abord en nous mêmes car nous ne faisons jamais que conjecturer autrui » Ch BLONDEL Psychologie de M. Proust page 162.
La véritable compréhension d'autrui ne serait donc pas la saisie intuitive directe d'un état de conscience et d'un être total à travers sa physionomie et son corps ........elle s'élabore dans une reconstruction patiente de la conscience d'autrui qui n'a rien à voir avec la sympathie ni avec la participation affective....une attitude proche de la psychologie de DESCARTES qui juge que l'intersubjectivité est seconde (autrui est pour moi une « projection (le résultat d'une déduction) » d'une conscience dans un corps).

------------ la connaissance intuitive serait une connaissance d'autrui à partir d'une relation compréhensive instaurant une connaissance immédiate:
-selon BERGSON, la sympathie est bien un mode de connaissance qui ne reléve pas de l'intelligence, mais de l'instinct: « l'instinct est sympathie », et lorsque cette sympathie devient conscience d'elle-même, elle est intuition
- dans la phénoménologie contemporaine on retrouve la même certitude originaire de l'existence d'autrui (EXEMPLE l'intersubjectivité évoquée par HUSSERL: « la conscience reconnaît l'existence d'autres consciences dans un sentiment originaire de co-existence »).

EXAMEN CRITIQUE

L'expérience d'autrui est une expérience vécue ; elle n'est pas de soi réfléchie
Il n'est pas nécessaire de faire un raisonnement pour prêter un sens aux attitudes et aux expressions d'autrui. Mais nier le raisonnement analogique n'est pas nier l'analogie. le rapport de ressemblance entre les psychismes peut jouer san être saisi comme un rapport d'analogie EXEMPLE l'enfant répond spontanément au sourire de sa mére, en éprouve la signification affectueuse, sans faire le moindre raisonnement. .

1re conséquence: importance de la communication directe des consciences ;
la communication des consciences est antérieure au langage parlé et à l'exercice du raisonnement:
cette communication originaire semble s'exprimer de façon variée en termes de conflit, d'antipathie, de haine ou au contraire d'empathie, de sympathie, d'amitié ou d'amour:

SARTRE, comme dans les perspectives hégéliennes, affirme que cette intuition repose sur l'expérience du conflit entre 2 personnes, exprimé par le regard : « surpris par le regard d'autrui je me sens gêné », car je sens ma liberté m'échapper en objet, par ce regard ; pour SARTRE, je suis prisonnier du jugement d'autrui (huis clos): le contact avec autrui manifeste une altérité radicale.....la conscience de chacun demeure irréductible et au-deça du comportement visible. SARTRE développe l'importance du conflit en même temps que celui de l'absurde (« tout existant naît par hasard, se prolonge par faîblesse et meurt par rencontre »). Nous ne le suivrons pas sur ce terrain.

CRITIQUE: le regard fixé sur moi peut être une gêne , dans la mesure où je me sens découvert, MAIS il peut aussi m'être infiniment précieux, si je veux espérer me révéler à autrui au delà des mots que je prononce. Au lieu d'être une cause de conflit, le regard peut être un moyen de sympathie et de découverte.( analyses de JASPERS, de l'existentialisme chrétien de GABRIEL MARCEL, de LEVINAS.....)

2eme conséquence: apologie de la sympathie dont le moyen formel de connaissance est la ressemblance:
pour MAX SCHELER (nature et forme de la sympathie), je peux atteindre des valeurs inaccessibles à l'intelligence: elles appartiennent à la « logique du coeur » et sont en elles-mêmes alogiques.
L'amour est une expérience connaturelle ( un contact et une expérience fruitive qui cause une joie);
Sans doute, d'une certaine façon, on ne peut-on aimer que ce qu'on connaît, par l'intelligence. Mais le moyen formel de la connaissance amoureuse n'est plus le même: ce n'est plus le concept mais la ressemblance: j'aime mon ami parce qu'il y a une ressemblance qui m'invite à le considérer comme un autre moi-même et vers qui je tends comme en un bien , en qui je peux me reposer.

3 eme conséquence: la connaissance par sympathie est une connaissance « obscure »; l'objet d'amour est davantage senti que pensé
sans doute, y a-t-il interaction entre connaissance intellectuelle et l'amour: plus j' aime autrui, plus je ne cesse d'inventorier, par la pensée , ses aspects délectables mais ici on ne « voit » pas l'âme de l'autre pas plus que nous « voyons » notre âme dans son essence, lorsque nous en avons une expérience réflexe ; nous « sentons » l'âme de notre ami comme un objet d'expérience obscure et ineffable, dans lequel le toi et le moi sont confondus dans une même ressemblance fusionnelle; obscur car je pressens qu'il y a plus en l'ami que l'intelligence ne me fait connaître.

4 éme conséquence : La connaissance par connaturalité est une connaissance authentique mais elle doit être complétée par la réflexion:
l'intrusion du coeur dans les choses du jugement sont souvent cause d'erreurs; en suivant son « instinct » , on imagine autrui selon l'image que l'on s'en fait, en le recouvrant de nos songes (« l'amour rend aveugle »). Aussi pensons- nous que la sympathie ne peut jouer ici qu'un rôle heuristique et qu'elle ne peut suppléer la reflexion, qui, tenant compte de tous les moyens que nous disposons, nous permettra de nous faire d'autrui une idée moins conjecturale.

CONCLUSION: la connaissance d'autrui n'est jamais compléte ni infaillible mais on peut y progresser par toutes les formes de la connaissance ordinaire et scientifique.

06.09.2006

La musique est elle un langage ?

Café philo du 30 juin 2006

LA MUSIQUE EST-ELLE UN LANGAGE ?

PLAN
I Différences entre musique et langage des mots
II Cependant, la musique est un langage

INTRODUCTION : En quoi la musique est-elle un langage signifiant ?

Difficulté à parler de la musique : un art très rebelle aux concepts ; on «n’entend» pas un pianiste comme on "écoute » un conférencier et pourtant en musique ne parle t on pas de « phrase » musicale? Jusqu’où peut-on filer la métaphore ? En quoi le sens musical ressemble t il à celui du langage des mots? et en quoi est-il différent et peut-être supérieur?
Il semble qu’il y ait bien communication mais de quoi ? Entre le compositeur , l’interprète et l’auditeur s’instaure une communication qui permet la transmission d’affects et peut-être davantage….. mais en musique il ne s’agit sans doute pas d’une transmission de purs concepts qui à la rigueur pourraient faire l’objet d’un texte, comme pourrait le faire le conférencier, si au dernier moment, il souhaitait remplacer sa conférence par un support polycop. En quoi la musique est-elle un langage signifiant ?

I ° partie : Différences entre musique et langage des mots

Un première DIFFERENCE : musique et paroles ont des fonctions différentes :

La musique ne possède pas les fonctions et les propriétés du langage des mots :
sa définition lui assigne une fonction principale : combiner des sons agréables pour l’oreille.

La musique a pour but principal de procurer du plaisir : un art apparemment dépourvu de toute intention descriptive (EXEMPLE le chanteur occasionnel dans sa salle de bain ne cherche pas à communiquer avec ses voisins.. mais il souhaite se faire plaisir). Cependant, ce plaisir n’est pas produit arbitrairement ; il est donc pertinent de se poser le problème de l’existence d’une éventuelle sémantique musicale : la musique n’est elle qu’un langage qui se limite à se signifier lui-même ou au contraire, comme pour les romantiques, est-elle dotée d’une intention narrative ?(EXEMPLES : le développement de « l’idée fixe »dans BERLIOZ ; le leitmotiv wagnérien ou debussyste)
Dans le langage des mots (qui est un mélange de sons articulés et de sens ), l’intention première est de transmettre une information, un désir, un ordre :….une fonction principalement locutoire (référence métalinguistique à une réalité et à une représentation extérieure au langage ) et dans une moindre mesure illocutoire ( informer sur la situation de celui qui parle)……

2 un deuxiéme différence : à l’opposé du langage des mots, la musique « semble » totalement équivoque :

Comme la musique n’est pas articulée, elle ne peut pas exprimer des concepts précis. Malgré les apparences ( « dites le avec des chansons »), la musique semble incapable d’exprimer explicitement des idées ou des ordres, contrairement au langage articulé où le locuteur peut émettre des phrases avec un sens univoque directement compréhensible;

CONSEQUENCE : expression inexpressive et inexpression expressive de la musique: (JANKELEVITCH)
un même texte semble se prêter à une infinité de musiques radicalement imprévisibles et différentes :
EXEMPLES
Clair de lune de FAURE, DEBUSSY,BEETHOVEN, SAINT SAENS…

Inversement : une même musique semble renvoyer à une infinité de textes possibles :
Exemples: Dans la musique de ROSSINI, pour l’auditeur démuni de livret d’opéra, il ne peut pas faire de différence entre les scènes de tempêtes, d’incendies, d’émeutes.
Exemple: BEETHOVEN la sonate N°31 la bémol majeur op 110 la bémol majeur : plaquer n’importe quelle parole loufoque sur la mélodie……« ist das ein Kartofeln ? Ja, das ist ein Kartofeln…… »

Fait-il affirmer pour autant que la musique est totalement équivoque ?
Exemple: Si l’auditeur n’a pas connaissance du sous-titre « jeux de vagues », dans La mer de DEBUSSY, pense-t-il nécessairement à la mer ?
Ce qui nourrit la thèse de l’équivocité totale de la musique, c’est son faible pouvoir de représentation, contrairement au langage articulé.
En outre, on observe que les exemples de musique imitative sont peu nombreux et que la musique plaît indépendamment de toute imitation et quand elle souhaite se faire descriptive, elle imite mais mal :
Exemples d’imitations :
Imitations des bruits de la nature :
Exemple: L’atmosphère champêtre chez BEETHOVEN
Exemple: Le chant des oiseaux de JANNEQUIN ; la gente ailée chez OLIVIER MESSIAEN
RIMSKI - KORSAKOV le vol du bourdon
LAKME vocalise de l’air des clochettes
Imitations d’entretiens fictifs :
Exemple: SCHUMANN « le poète parle » (extrait des scènes d’enfants)
Exemple: RAVEL Ma mère l’Oye
Evocations de « faits de vie » :
Exemple: Le caquet des commères de JANNEQUIN ; la chasse de LISZT (transcription d’une étude de PAGANINI) ….

3°me différence : les structures du langage et celles de la musique n’ont que des similitudes superficielles :
En effet, langage et musique se déroulent dans le temps et reposent donc sur une organisation séquentielle impliquant plusieurs niveaux:
langage : niveaux orthographiques, phonologiques, prosodique, sémantique ( mettre un nom sur…), syntaxique et pragmatique.
musique : niveaux de notations musicales, rythmique, harmonique ;
d’où une comparaison possible entre sémantique du langage et mélodie:

Sur cette base commune, on a comparé la violation des règles dans le langage et dans la musique: autrement dit, comparer la perception d’une incohérence grammaticale ou sémantique et la perception d’une fausse note.
De récentes expériences en neuro-sciences semblent montrer que cette base ne constitue qu’une analogie de surface : en effet, l’analyse du cerveau au scanner montre que les mots sémantiquement non-congruents activent la zone (N 400 ); dans la perception musicale, les notes incongruentes ( « fausse notes »)activent une zone différente du cerveau (P600)
conclusion « scientifique » : pas d’identité entre perception musicale et langagière en matière de signification congruente

4° : en musique la répétition n’est pas une incohérence:

Pour la musique, la répétition devient un procédé courant ; elle est un non sens dans le langage. Cela explique que la répétition est perçue comme incongrue dans la prose (sauf en poésie ( musique des mots) ; en musique elle devient une source de plaisir et même un procédé courant. ( se pose aussi l’origine de cet universel musical)

La répétition d’un motif déclenche l’émotion : un procédé employé avec plus ou moins de subtilité
le da capo est une ravissante surprise, source d’un plaisir inépuisable
Exemple dans le rondo , un même refrain alterne avec différents couplets
Exemple: l’écriture canonique

La répétition devient un progrès même lorsqu’elle est obsessionnelle :
Exemple: Le boléro de RAVEL 1928 : une des œuvre les plus jouée au XX° siècle, 17 minutes d’un long crescendo.
Une mélodie hyspano-arabe mais bien tonale , d’une structure « simple » , avec un « sens unique » proche d’une certaine transe : un sens qui se dévoile par la répétition qui est la mise en transe ;
Autre exemple : Erik SATIE

Autres procédés musicaux en rapport avec la répétition : la variation et l’ornementation
LA VARIATION : La variation est un équilibre entre répétition et innovation …..
Exemple: La « musique savante » de BEETHOVEN variation sur une valse de DIABELLI : on oublie la valse ( à 3 temps) qui sert de modèle et on lui substitue une variation déjà lointaine ( à 4 temps !) qui elle- même va servir de base à des variations ultérieures…..
Exemple: Le jazz : le musicien dispose d’un stock-standard de variations et d’ornementations mais la « syntaxe » reste libre…..
Autre procédé : L’ornementation… Elle est bien plus qu’un agrément facultatif .
Exemple: 3° Scherzo de CHOPIN: 2 discours qui sont construits de façon indépendante et qui se conjuguent dans l’œuvre
Exemple: La musique chinoise traditionnelle

5° différence : Les mémorisations à court terme des mots et de la musique obéissent à des règles différentes:
Mémoire à court terme (mémoriser à la première écoute une phrase …); pour le langage articulé on connaît le temps maximum d’éléments mémorisables….ce temps demeure encore indéterminé en musique
Exemple: Le plus long thème musical connu (une minute) est situé dans RAVEL concerto en sol
Autre Exemple: Sonate pour piano et violon en la majeur de FRANCK ( commentée par Marcel PROUST : « comme le dialogue plaintif entre un oiseau et un arbre… »..) : le thème est long mais paradoxalement il est moins difficile à mémoriser car il est de style « dialogué » entre 2 instruments : dialogue entre l’oraison qui vient de la terre et les voix qui descendent du ciel…..

2° partie DEBAT: quelle est l’emprise des sons musicaux sur l’expression des sentiments et des idées

De manière analogique, la musique pourrait-elle « dire » sans dire et donner à « voir » et à penser, sans voir ? Certes, cette analogie ne pourrait pas être comprise comme une imitation stricte de la réalité comme nous avons tenté de le prouver précédemment….Et pourtant…..

Reprise du constat d’équivocité de la musique avec 3 conséquences théoriques possibles concernant sa sémantique:
A théorie du formalisme (HANSLICK)
B symbolisme métaphysique (SCHOPENHAUER)
C la musique est une « pensée » archaïque et antérieure au langage des mots

A le formalisme : la musique n’est pas autre chose que de la forme en mouvement
Le contenu de la musique n’est rien d’autre que sa forme, c’est-à-dire sa structure mélodique, harmonique et rythmique : c’est la thèse développée par le critique musical Edouard HANSLICK (1825-1904 contemporain de NIETZSCHE…) du beau dans la musique page 57 « la beauté musicale est spécifiquement musicale, c’est-à-dire qu’elle réside dans la combinaison des sons, sans relation avec une sphère d’idées ».
« La musique est un langage qui n’exprime que lui-même » : un art non signifiant dépourvu de toute intention descriptive. C’est bien là le sort de « la musique pure » :un point de vue repris par STRAVINSKY : «la musique , par son essence , est impuissante à exprimer quoi que ce soit….. si la musique paraît exprimer quelque chose , ce n’est qu’une illusion ;… un élément additionnel que, par convention tacite, nous lui avons prêté, comme une étiquette…. ».

Principale conséquence : dénotation et connotation sont totalement subjectives :
Le flux musical ne signifie en lui-même absolument rien, mais il présente simplement pour moi qui l’écoute, une analogie avec mes sentiments, à savoir le mouvement, l’aspect dynamique, de sorte que, selon l’état dans lequel je me trouve, je plaque sur cette musique ce sentiment que qui provient de mon propre fond ; la musique exprime ce sentiment, sans me rendre compte de cette illusion.
Exemple : La mer de DEBUSSY dénote bien le bruit des vagues mais seul le titre permet de d’attribuer une dimension sémantique à la structure musicale qui possède une signification infinie parce que justement elle n’en possède aucune et se prête à toutes :
La musique n’a pas de dimension sémantique propre.
La musique n’ayant pas de dimension sémantique spécifique, comment peut-on justifier le contraire et invoquer un hypothétique « paramètre musical » dans le domaine de la représentation ?

B le symbolisme : la musique est l’expression de l’essence du monde
Une signification transcendante est inscrite dans la musique qui est l’expression de l’essence du monde
Ce symbolisme métaphysique est développé dans l’esthétique romantique du XIX° siècle : SCHUMANN, LISZT, SCHOPENHAUER, le jeune NIETZSCHE, WAGNER, SCHELLING……

SCHOPENHAUER
SCHOPENHAUER (1788-1860) en est le meilleur représentant: La musique n’ayant pas besoin de mots, elle est langue universelle et coïncide avec l’essence des choses :
La thèse métaphysique centrale de SCHOPENHAUER est que le monde est essentiellement VOLONTE qui se dégrade en REPRESENTATION
Le VOULOIR implique souffrance mais la musique nie le Vouloir grâce à la contemplation.
En effet, la volonté insatiable se déchire elle- même et crée sans cesse de nouvelles souffrances mais il arrive que par ses jeux, l’art musical mieux que les autres arts réussisse à transposer (hinüberspielen) sur le plan de la représentation les mouvements du VOULOIR. Or ce faisant, elle transforme l’univers réel parce qu’elle transforme le sujet connaissant et lui impose l’attitude contemplative. Notre douleur, notre désir égoïste deviennent la douleur, le désir universel. Et nous cessons de souffrir parce que nous cessons de « vouloir » .
La musique est le seul art qui permet le dépassement complet de l’individuation……

La musique n’ayant pas besoin de mots, elle est langue universelle et coïncide avec l’essence des choses : elle est explication du monde : « la musique est la mélodie dont le texte est formé par le monde » leçons philosophiques 1820.

Dans son essence, la musique est comme DIEU… elle voit dans les cœurs. C’est pourquoi elle seule, peut exprimer les mouvements qui forment la texture de l’âme. Comme elle dépasse les idées, elle est indépendante du monde sensible ; elle ne parle pas des choses mais uniquement du bien être et de la douleur, les seules réalités valables pour la VOLONTE : bien être et souffrance constituent par exemple les thèmes de l’amour tragique des opéras y compris ceux de « la mauvaise musique » et autres chansonnettes ( un bouillon cube avec 3 notes) dont Marcel PROUST, défenseur des idées de SCHOPENHAUER, fait paradoxalement l’éloge, dans les Plaisirs et les Jours.

Pour SCHOPENHAUER, la musique exprime aussi la nostalgie d’une unité ineffable; CLEMENT ROSSET interprète ainsi SCHOPENHAUER : la musique signifierait la réapparition d’un thème originel dont la vie serait une perpétuelle répétition ; l’art est la réminiscence obscure, dans un sens très différent du sens platonicien, de ce qui fut, avant le temps, l’origine des répétitions (CLEMENT ROSSET l’esthétique de Schopenhauer ).

La musique a le privilège d’être l’expression quasi- immédiate de la VOLONTE. Celle-ci, imperceptible commence à être perçue dans la note la plus basse que puissent entendre les instruments de musique, la « basse fondamentale » dont le prélude de l’Or du Rhin de WAGNER est une image approchée.
Rappelons que le prélude de l’Or du Rhin commence par le petit grain d’une note grave qui enfle de façon statique progressivement pendant 137 mesures .

Toute l’architecture musicale de SCHOPENHAUER est bâtie sur ce socle analogue à de la matière inerte ; elle a valeur d’analogie concernant les différents degrés de l’être : les voies musicales moyennes expriment le monde végétal et animal, la voie aiguë , porteuse de mélodie manifeste la VOLONTE pleinement consciente de soi que seule possède seule l’humanité.

Chez SCHOPENHAUER « l’architecture » ou échelle des formes musicales est parallèle aux degrés d’objectivation du VOULOIR (le monde comme volonté et comme représentation : paragraphe 52 du Livre II) : le rythme est une forme de la sensibilité pure…..la mélodie est le noyau de la musique; elle est une phrase fermée qui part de la tonique et qui y revient après être passé par la dominante…elle est réconciliation toujours renouvelée de l’élément rythmique et de l’élément harmonique…….

Le charme de la musique ( succession de dissonances et d’accords harmoniques ) suggère la naissance toujours nouvelle des désirs et de leur satisfaction, faisant miroiter à l’homme la réalisation de ses vœux sans jamais la décrire dans son individuation …. : ainsi s’explique l’équivocité apparente de la musique.

Ces théories ont été reprises par WAGNER et le jeune NIETZSCHE (DYONISIOS surmonte l’illusion artistique d’APOLLON pour pénétrer au cœur des choses)
La musique est incarnée par ces 2 polarités qui luttent entre elles. Symbole de ce dualisme : la mort d’ORPHEE qui est déchiré par les ménades de THRACE parce qu’il a dédaigné leurs avances et avec raison, face à ces bacchantes qui sont de véritables furies, ivres de passions…..

L’esthétique de SCHELLING reprend cette thématique, en partie… ( bien que, pour lui, la musique n’occupe pas le premier rang contrairement à SCHOPENHAUER) : la musique naît de la douleur de l’être en lutte avec lui-même ; elle est d’essence tragique et dionysiaque ; une violence avec laquelle la nature cherche à s’arracher elle-même pour se faire esprit. Une divine folie apparaît au moment où jaillit de la profondeur de l’être une liberté créatrice . La Folie d’auto- lacération de la nature est symbolisée dans l’iconographie par le char de DIONYSIOS tiré par des panthères…….


Quelques critiques contre SCHOPENHAUER
CRITIQUES DE BERGSON (1859-1941):
--- l’esthétique de SCHOPENHAUER est trop réductrice : une esthétique qui ne prétend qu’à révéler le monde (théoria) s’oppose à une esthétique qui le transfigure(poésis)
--- il a sous estimé l’importance de la temporalité : pour BERGSON c’est le rythme ( et non la mélodie) qui permet d’accéder au sens…
Sur ce problème métaphysique de la temporalité, la théorie de SCHOPENHAUER s’oppose nettement à celles de ses prédécesseurs, notamment à HEGEL (1770-1831) : pour HEGEL la musique se déploie dans le temps et l’âme doit donc être analysée comme temporelle ; la musique aura donc vocation à représenter plus spécifiquement l’âme humaine mais en contre partie, la musique n’occupera qu’une place intermédiaire et médiocre dans la hiérarchie des arts: en étant plus matérielle que la poésie, elle se situe entre la poésie et la peinture ……

Il conviendrait donc de mieux cerner le statut du temps tel qu’il est suggéré par la musique; mieux que par les mots, la musique permet de comprendre et de « vivre » le temps (dont voici quelques pistes de réflexion …)

C La musique est aussi une « pensée » archaïque et antérieure au langage des mots
Avec le symbolisme métaphysique, nous avons vu que la musique est la structure d’une émotion possible et que son indétermination apparente ne doit pas invoquée comme un obstacle à des projections et à des émotions « objectives » réellement ressenties comme telles par chacun d’entre nous.
D’autres motifs peuvent justifier l’existence d’une sémantique musicale:

1 er argument : il existe des émotions strictement musicales dont nous connaissons les mécanismes (émotions « brutes » immédiatement accessibles)
.
Il existe des émotions spécifiquement musicales : relations directe entre certaines séquence musicales et certains états émotionnels : Les harmonies consonantes sont jugées joyeuses ;
Les harmonies dissonantes sont jugées saisissantes, agitées, énergiques ;
Des pièces jouées en majeur sont jugées joyeuses, vives, gaies ;
Les mêmes jouées en mode mineur sont jugées pathétiques, mélancoliques, plaintives, tristes, notamment avec un tempo plus lent ;
Les pièces jouées dans les tessitures graves sont jugées tristes ou toniques, les mêmes pièces jouées plus haut sont ressenties comme vives et pleines d’humour.

Tierce majeure = plaisir
Quinte, octave = neutralité
Exemple: L’adagio d’ALBINONI peut provoquer la réaction de larmes

Une altération au niveau du mode et du rythme permet de passer d’un registre gai à un registre triste ou inversement( EXEMPLE la marche funébre de CHOPIN jouée de 2 façons différentes…..) ; ce type d’altération permet aussi de passer à un autre genre de musique :
Exemple: Le passage d’une petite musique pour enfant à une musique savante dans le 3°mouvement de la 1° ère symphonie de GUSTAV MALHER:
frère Jacques ( frère MARTIN en allemand) joué en mineur et non plus en majeur, mais MAHLER conserve le canon : avec un ralenti : mouvement lent, grinçant, ironique, très étrange pour l’époque ; une sorte de marche funèbre en ré mineur ; contrebasse avec sourdine , voix suraigu du basson qui provoque une impression d’étrange ; se greffe le chant du coucou sans joie, désolé, triste ; la trompette émet un gros soupir ; les violons sont mélancoliques ; un dialogue entre le violon et le hautbois évoque le lyrisme du souvenir du bonheur passé…..
Impression d’ironie …… volonté de brouiller les frontières entre musique populaire et musique savante, unir le tragique et le vulgaire…
Toutefois, il convient de ne pas confondre sentiment et passion avec le simple plaisir/déplaisir, émerveillement, surprise, tristesse…des émotions « brutes » d’où mon souhait de préciser l’expressivité du langage musical….
2° eme argument : La musique est un langage parce qu’elle est une échographie fidèle du psychisme : la musique a le mérite de représenter ce qui, dans la vie de l’âme, individuelle et collective, échappe à la pensée analytique des mots.
A Cette affirmation semble se vérifier aisément pour la description des grandes passions universelles ( émotions portées à l’extrême) qui sont immédiatement accessibles et qui constituent indiscutablement notre manière d’être au monde:
Dans son admirable livre la musique consolatrice (1944) GEORGES DUHAMEL, cite DUPARC : « Aucun art, plus que la musique n’est propre à exprimer les grandes passions qui agitent l’âme humaine et qui sont les mêmes dans tous les temps et tous les pays… ».

QUELQUES EXEMPLES D’EMOTIONS PUISSANTES ET DE PENSEES « ARCHAÏQUES » EVOQUEES PAR LA MUSIQUE

Exemple: Evoquer l’interrogation par le procédé de la suspension ( commencer une phrase et l’arrêter aussitôt) :
Am grabe de RICHARD WAGNER 1863 de LISZT (piano)

Exemple: Evoquer de façon suggestive l’idée archaïque et ineffable de la vie périlleuse : une fugue de BACH a un coté très élaboré, technique, complexe et en même temps un coté « sauvage » ; c’est l’histoire d’un sujet qui court après un contre sujet qui est rattrapé par le sujet dans une autre voix… et à l’arrivée, dans la fugue il y a un strette, un moment où le sujet se superpose à lui-même dans un moment de resserrement temporel, tout à fait prodigieux…..
On y trouve l’idée de la chasse ( du « sauvage » très civilisé), du danger, d’une situation de péril permanent… « il y a l’idée qu’il faut y arriver… ! »(Bernard SEVE).

AUTRES EXEMPLES ROMANTIQUES et POST-ROMANTIQUES :

BEETHOVEN : les premières notes de la Cinquième Symphonie de BEETHOVEN disent du « destin qui frappe à la porte » ce que nulle autre figure de l’esprit n’a pu mieux dire…….. peut-être trop romantique à mon goût (et aux yeux de CHOPIN qui préférait BACH dénommé par les musicologues « l’ancien testament »)
RAMANINOV « le dernier des romantiques » 3° me concerto morceau riche en émotions à « fleur de piano » avec des vagues émotionnelles incessantes, une musique brûlante avec des tensions chromatiques intenses….

B Qu’en est-il concernant le pouvoir d’expression d’émotions très délicates ? :Sur ce point, il faut donner raison à HANSLICK : nous savons que ces émotions font l’objet de jugements et d’expériences variables pour chacun d’entre nous. Dans ce registre, La musique prend une signification différente pour tel ou tel un individu en fonction de son vécu et de son éducation

EXEMPLE A l’opposé de BEETHOVEN, la musique de MOZART comporte davantage d’émotions très délicates : pour ne pas rayer ce diamant , il faut apprendre à ne pas y mettre trop d’émotion dans son exécution elle-même (Cosi fan tutte : une œuvre à la fois simple et très difficile avec l’amertume et la légèreté du champagne ……)
Ceci explique que beaucoup d’entre nous peuvent trouver la musique de MOZART fade…quoique d’une façon générale la musique de MOZART soit appréciée dans le monde entier ( article de science et vie ……..)
Il me semble que les « connaissances » musicales n’intensifient pas la qualité et la quantité de ce genre d’émotions (je pense aux réflexions de SWANN à l’écoute de « la petite phrase » de VINTEUIL, qui cherche vainement des raisons formelles d’écriture musicale pour expliquer la qualité de son plaisir) ; les personnes qui ont davantage de « savoir » musical ne ressentiront pas des émotions très différentes du néophyte….

Ici encore, la musique a pour vocation à représenter ce qui, dans la vie de l’âme, individuelle et collective, échappe à la pensée analytique des mots.
EXEMPLE l’intermezzo en la majeur op.118 de BRAHMS parvient à dire l’étonnement comme jamais les philosophes ne sont parvenus à dire
EXEMPLE la musique qui chante et qui accompagne GOLAUD à la scène 4 de l’acte III de Pelléas DEBUSSY (« Ah ! Patience, mon Dieu, patience….. ») touche un registre de l’angoisse mieux que ce qu’ont pu montrer beaucoup de pages de la littérature.

3° argument : le chant, l’opéra, le cinéma au secours d’une sémantique musicale
La collaboration merveilleuse et inouïe entre le son et l’image confère un second souffle à la sémantique musicale.
Contre le formalisme de HANSLICK, le critique et théoricien J.J. NATTIEZ argumente en évoquant l’exemple de l’opéra de GLUCK : .: « sans doute, le dynamisme de la mélodie d’ORPHEE « que faro senze Euridice ?» peut convenir aussi bien à l’évocation du malheur que du bonheur, cela ne veut pas dire que la sémantique musicale soit toujours arbitraire : cet air « vivace » ne conviendrait pas à l’expression de la langueur » (la signification comme paramètre musical. )
NATTIEZ poursuit : « Comment ne pas associer Ainsi parlait Zarathoustra de STRAUSS à 2001 de KUBRICH ( caractère transcendantal de la musique pour l’évocation de l’infinité de l’espace), l’adagio de la 5° eme symphonie de MAHLER à Mort à Venise de VISCONTI ? »
Par ailleurs, la musique se fond à un tel point dans le texte et dans l’intrigue que l’on ne sait plus si ce sont les films qui sont associés à la musique ou l’inverse…..

AUTRES EXEMPLES d’associations réussies :
« in the mood for love » film de WONG KAR-WAI, HONGKONG 2000 ; un sommet du glamour, avec le fameux tube jazy, qui est une valse triste rythmant les chassés croisés des voisins de pallier.
EXEMPLE « les oiseaux » de HITCHKOCK : paradoxalement, au début du film, devant la présence silencieuse des corbeaux, le réalisateur crée davantage d’angoisse que ne le ferait le son d’une contrebasse, avec la cantine faussement rassurante des enfants d’une maternelle ….

CONCLUSION
La musique est la structure d’une émotion possible mais j’ai souhaité montrer que son indétermination sémantique n’est pas totale, notamment pour objectiver des émotions « brutes » immédiatement accessibles par tous.
La musique est donc bien un langage mais elle garde tout son mystère infini et inépuisable car chaque musicien nous communique une vision originale de son monde intérieur.
La palette des « régions de l’être » que la musique peut atteindre ne se limite pas au registre de l’âme. Elle concerne la vie et le cosmos tout entiers, même le monde minéral et jusqu’aux espaces intersidéraux.
Elle doit sans doute cette puissance suggestive à son caractère structurellement non figuratif, ainsi qu’à sa nature diachronique, qui lui donne vocation à saisir à la fois les émotions et la pure vie des formes et leurs incessantes métamorphoses.

05.07.2006

Le partage

LE PARTAGE


Le Partage (partager = diviser en éléments qu’on peut distribuer ou échanger ; participer,collaborer; se solidariser)

PLAN PROPOSE:
1 Partager quoi, avec qui, et pourquoi?
2 Comment mieux partager, dans la vie publique et dans la vie privée?


introduction : partager est une nécessité absolue

Le devoir de partage constitue la base des liens économiques, politiques, culturels, sociaux, familiaux et affectifs qui tissent notre vie commune et toute l’organisation du travail :

Une façon d’évoquer ces liens serait de nous pencher sur les applications du partage :

Dans la vie courante, on comprend aisément ce que signifie (partager l’usage de sa langue maternelle), partager un repas , un lit, ou de participer à des taches domestiques, participer à l’éducation des enfants.

L’action de diviser un gâteau , de le distribuer en parts plus ou moins égales est facilement compréhensible ; cette activité devient plus difficile à analyser et à réaliser sur d’autres biens et services plus complexes matériels et immatériels:

QUE PEUT-ON PARTAGER ?

Partage de droits et de libertés fondamentales ( dans la vie publique et dans la vie privée) au regard des droits de l’homme

Partage du travail et des richesses économiques : dans le domaine économique, le « gâteau » pris par chacun conditionne la part de la part de tous les autres

Partage de la cultures et de l’information :
dans le domaine culturel et artistique le désir de partager inspire les créateurs qui font de leur talent, de leur savoir, une offrande qui envahit toute la société ; et plus simplement, dans la vie courante, nous savons bien qu’il faut partager nos émotions et nos sentiments, nos pensées sinon elles meurent …….;

n’oublions pas l’esprit de tolérance qui s’exerce aussi dans le multiculturalisme :
Face à l’existence de minorités étrangères sur la sol national, il me semble que la démocratie doit permettre aussi la libre expression de ces minorités et concilier la vie en commun sans exclusion radicale ; d’où les discussions sur les possibilités « d’un multiculturalisme » qui constitue un axe majeur de réflexion de la sociologie politique. EXEMPLE réussis de l’Espagne…….. des PAYS BAS ( au nom de l’humanisme et l’appartenance à l’l’humanité ..)


POURQUOI PARTAGER et avec qui ?
l’échange est-il toujours conditionné par un intérêt clair à partager ?
S’agit-il de transferts fondés sur la simple réciprocité : donner (une partie )pour recevoir ?
S’agit-il d’un don unilatéral apparemment gratuit, régi par l’altruisme ou par d’autres motivations ?



QUELS SONT LES PRINCIPES DE JUSTICE QUI CONDITIONNENT UN MEILLEUR PARTAGE? Quelles sont les difficultés d’applications de ces principes dans le monde actuel traversé par les turbulences du mondialisme et de la post modernité?

PLAN PROPOSE Analyse du partage sur 2 plans :

1 Les dimensions et les applications du partage : partager quoi, avec qui et pourquoi ?
2 Dans un souci de plus grande justice comment mieux partager ? ( sans avoir ce soir la prétention naïve de changer le monde)



1° partie les dimensions et les applications de la notion de partage



Au niveau mondial : échanges et coopération ( plus les pays commercent et coopèrent, moins il y a de risques de guerres)

A Montée en puissance des échanges et de la coopération dans le secteur international depuis 60 ans : progression des échanges et des collaborations internationales (accords transnationaux, émergence d’organismes supranationaux et de structures non étatiques type ONG) :
au lendemain de la 2° guerre la mise en place progressive de ce qui deviendra la CEE ( marché commun): l’intégration européenne crée un droit communautaire qui étend tous les jours sa compétence à des domaines nouveaux ( la Cour européenne exerce une sorte de contrôle de la constitutionnalité des lois nationales, lorsqu’elle les juge non conformes au traité de ROME….)

- une collaboration internationale accrue : avec la charte de l’ONU en 1945, avec la CEE ( 47 pays participent actuellement aux activités du Conseil de l’Europe dans les domaines de l’Education et de la Culture : 225 langues européennes sont parlées dans les pays membres et plusieurs centaines de langues y sont parlées par les populations migrantes)
- accord du GATT
1989 : la chute du mur de BERLIN a favorisé une nette progression des échanges économiques : 1995 création de l’OMC qui compte 149 états
et sur le plan de la politique internationale à l’ONU, on observe un élargissement du droit de veto

extensions des accords économiques dans le monde : EXEMPLES

ASEAN en Asie,
MERQUANSOUR en AMERIQUE
Accord de CHANGHAI
Progression des ONG ( « les multinationales du cœur »)

B conséquence : une prise de conscience planétaire du problème du partage des ressources du globe

le droit international se mondialise et prend davantage conscience des problèmes planétaires : EXEMPLE comment prévenir les risques de catastrophes naturelles : (réchauffement du climat…défense de l’environnement et de la faune ) ; comment assurer un nouveau « partage » du monde ( droit de pêche…). Le club de ROME en 1972 avait déjà mis en garde la communauté internationale sur l’épuisement des ressources naturelles…..

sur le plan économique mondial, faut-il conclure que l’accroissement des échanges a fait diminuer l’écart entre pays riches et pays pauvres ? ( ici nous restons « partagés » au sens « d’écartelé entre des jugements opposés »)
réponse : les experts s’accordent sur la réduction des disparités entre pays occidentaux grâce aux échanges économiques;
Il y a consensus aussi sur le fait que les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres s’est accentuée jusque vers 1973. Par contre, le diagnostic devient incertain concernant la période récente.
EXEMPLE l’Afrique souffre de pas pouvoir investir dans les technologies nouvelles….. contrairement à l’Asie qui a compris que son évolution économique serait dépendante sur le long terme sur sa capacité à innover….EXEMPLE. TAÏ WAN…..

Au niveau national et régional

Au niveau national : un nouveau style de gouvernance :
La France instaure la décentralisation : transfert de compétences
- transfert de l’exécutif aux collectivités
- extension des pouvoirs économiques des collectivités locales . L’Etat se décharge sur elles des responsabilités onéreuses (bâtiments scolaires, hôpitaux), avec transferts de personnels et de moyens financiers.
un libéralisme qui n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat: abandon de l’Etat Providence…..au profit d’un nouveau style de « gouvernance ».
la coordination à l’échelle gouvernementale devient délicate et complexe :
pour négocier avec les élus sourcilleux de leur légitimité ;
avec une fragmentation des services de l’Etat qui collaborent avec les services régionaux ou généraux correspondants.
Sans doute, la transformation de l’état providence s’accompagne apparemment d’une perte de pouvoir :
Décentralisation ;
Privatisation ;
Fin du dirigisme industriel
Mais le libéralisme n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat :
Prélèvement obligatoires en hausse
Augmentation des agents de l’état
Un domaine d’intervention sans cesse croissant qui explique que la société française n’ait pas « craquée » malgré l’augmentation du chômage……

Au niveau social et économique en EUROPE et en FRANCE: un NOUVEAU PARTAGE entre riches et pauvres

On a d’abord assisté après guerre à une période spectaculaire de la croissance ( « les 30 glorieuses ») en EUROPE avec une réduction sensible des écarts entre les niveaux de vie:

Mais en France, à partir des années 80 ces tendances ont cessées :
Des écarts importants subsistent dans la répartition des biens et des richesses et la séparation nantis/ laissés –pour-compte s’est accentuée

.le bilan social reste complexe :
la répartition de la propriété foncière en France est restée la même …..
en matière de salaires et de pouvoir d’achat on a enregistré une progression globale importante jusqu’en 1995et depuis les disparités ont faiblement évoluées:
resserrement de l’éventail des salaires ; actuellement, le SMIG a augmenté de 18 % en 3 ans
augmentation des revenus des retraites
mais l’écart persiste entre hommes et femmes

le nombre de pauvres n’a pas augmenté (10% de la population française) mais il a changé de catégories…. On assiste à un brouillage des groupes sociaux et à de nouvelles inégalités qui ne sont plus liées à l’absence de patrimoine ou de culture mais aux aléas de la conjoncture : chômage, emplois précaires

l’évolution du droit du travail enregistre une régression : déréglementation dans le secteur privé ;
la protection légale a reculé sur certains points :
-sécurité de l’emploi ( « les entreprises sont devenues des centrifugeuses qui virent les maillons faibles »)
-conditions de travail difficiles
-pouvoirs de licenciement accrus

la protection légale a progressé sur d’autres points :
représentation du personnel
traitement égal des sexes
progression des droits à la formation ( loi de 1971 en France concernant le droit à la formation des salariés)
de façon générale, les inégalités entre hommes et femmes persistent dans de nombreux secteurs ( participation à la vie politique ……….)

la fracture sociale s’accentue au niveau de l’école : ( L’école fait également l’objet d’un bilan complexe : globalement, le niveau « monte » mais l’orthographe baisse) : le partage « démocratique » des connaissances demeure très insuffisant: (analyses de BOURDIEU concernant « les héritiers ».et autres analyses de l’inégalité : accès au capital économique/biens financiers, patrimoine, social/ réseau d’influence, culturel/diplôme, niveau linguistique qui possèdent une forte dimension symbolique .) : un abîme culturel sépare encore les enfants des classes moyennes et les adolescents du sous-prolétariat..
les inégalités par rapport au savoir apparaissent aujourd’hui plus insupportables qu’auparavant : EXEMPLE à l’embauche de personnels dans un super marché…les difficultés de lecture deviennent un obstacle absolu….

LA LUTTE CONTRE LES INEGALITES PASSE PAR L’ETAT DISTRIBUTEUR
(allocations chômage ; politique de formation ; politique de la ville) QUI ENCOURAGE LES INITIATIVES LOCALES….
CONCLUSION partielle : En 60 ans notre pays est devenu une France moins inégale mais plus inquiète face à la mondialisation

Famille et sociabilité
Nous savons que la famille est un des premiers ancrages de la sociabilité :
Déjà, dés le rituel du partage du petit déjeuner, la famille formule des mots simples qui expriment les goûts, les peines, les espoirs, les vérités des uns et des autres……des mots aussi qui entretiennent la connivence conjugale.

De façon plus sérieuse,
-----On assiste à un renouveau du partage des taches domestiques et des responsabilités mais en même temps à un bouleversement de la famille qui est devenu un lieu de socialisation plus précaire ( suite à l’émancipation économique et professionnelle de la femme):
nouveau partage des taches :
EXEMPLE actuellement le mari participe aux taches domestiques et à l’éducation
Autrefois, dans les milieux populaires, la fonction du père se limitait à remettre sa paye à son épouse qui assurait la gestion du ménage.
---De même la solidarité intra familiale se poursuit au niveau des grand parents qui gardent les petits enfants et aident financièrement les jeunes ménages
Mais la famille se fragilise : plus actives, plus diplômées , plus autonomes, les femmes se sont affranchies des contraintes les plus pesantes attachées à leur rôle d’épouse et de mère : un des facteurs avec la fragilisation des normes du mariage qui explique la difficulté à vivre en couple …..
Dans le domaine des loisirs le « partage » d’activités communes peut être le moteur de l’amitié
-----Le partage d’activités et de projets communs ( sport, vie associative, loisirs) est souvent l’origine d’une amitié possible….paradoxalement, les enquêtes montrent que l’augmentation récente des célibataires en France ne signifie pas forcément une plus grande solitude : les nouveaux célibataires entretiennent un riche réseaux de relations , téléphonent plus fréquemment que le reste de la population et sortent beaucoup entre amis.

----Toutefois, il convient de remarquer que dans la vie courante partager n’est pas forcément fraterniser ..
Mais vous pardonnerez cette digression avec ce petit éloge du don, qui paradoxalement est aussi un « échange »
Eloge du don : une société qui encourage une universelle concurrence entre les hommes les dispose aussi à placer tout leur bonheur dans leur capacité à consommer. Ce bonheur n ’est-il pas particulièrement fragile ? C’est un bonheur qui suppose une exaltation du désir dont on sait qu’il est souffrance aussi bien que jouissance à travers l’expérience du manque qui lui est consubstantiel. De plus, ce bonheur se met à la merci de circonstances qui ne sont jamais absolument maîtrisables ( chômage, faillite…). Le don qui ne vise à rien d’autre qu’au don est bien sûr une forme d’échange, mais ce qui est échangé c’est de l’être et non de l’avoir. Il s’agit d’un « supplément d’être » dont l’obtention ne dépend que de nous et dont la permanence nous est garantie par l’estime de soi que personne ne peut nous arracher.

L’impératif du partage demeurera toujours en butte à « l’insociable sociabilité » (KANT) de l’homme

Les français prennent plaisir à violer quotidiennement les règles de la vie commune : nous ne respectons pas le code de la route, nous essayons de resquiller dans les files d’attentes et d’échapper au fisc ; la désobéissance civique est en nette progression ( EXEMPLE fauchage de champs d’O G M.)


2° partie : propositions pour inciter à mieux partager


Je n’ai pas de recettes miracles à proposer pour imposer la solidarité et préserver la cohésion sociale ; je ne prétends pas non plus changer le monde ce soir.
D’éventuelles propositions nécessiteraient un diagnostic préalable sur les ambivalences de la modernité: thème de la dissolution du lien social
Dans nos sociétés à prétention « démocratique », le thème de la dissolution du lien social (anomie) a d’abord été analysé par TOCQUEVILLE ; cette dissolution s’est accentuée avec les effets de la post modernité

1 L’IDEOLOGIE DE LA MODERNITE VUE PAR TOCQUEVILLE et WEBER
et ses conséquences : une anomie généralisée :

Le développement de la démocratie s’est d’abord développé par une marche vers la liberté et l’égalité après « la guerre des classes » qui a été le principal ressort de la Révolution française.
Mais à la suite à la disparition des relations hiérarchiques antérieures, il y a eu aussi « atomisation » : comment faire tenir ensemble une société désormais composée d’individus autonomes ? « l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part ».

Pour lutter contre cette tendance centrifuge, le monde moderne a développé des agrégations communautaires et sociétaires dont les concepts fondateurs sont notamment :
L’ECOLE : elle véhicule une morale républicaine et un nouvel art de vivre ensemble
LES SYSTEMES DE PROTECTION SOCIALE et L’ETAT PROVIDENCE : une solidarité entre les membres de la société qui n’est plus directe ou personnelle mais qui passe par des formes institutionnelles et administratives.

MAX WEBER A PRÉDIT LES DÉSENCHANTEMENTS DE LA POSTMODERNITÉ :
La dialectique de la socialisation /désocialisation est encore davantage perceptible dans les effets de la post-modernité :

Les droits de l’Homme, fondement de la démocratie moderne, ont d’abord été vivement critiqués et dénoncés par « les maîtres du soupçon ». MARX dénonce sous l’apparente neutralité des textes fondateurs , la consécration des droits de la propriété et un Etat au services des classes dominantes.

De même, MAX WEBER décèle derrière la proclamation des grands principes démocratiques la domination d’une minorité sur la majorité : ses disciples mettront en évidence « la loi d’airain de l’oligarchie », montrant comment les grands partis politiques et les syndicats eux-mêmes finissent progressivement par être dirigés par une minorité de dirigeants professionnels qui prétendent parler au nom de la base militante.

L’instabilité de nos sociétés modernes s’est dangereusement accentuée à la fois par une rationalisation excessive et par une perte de repères:
la rationalisation des activités humaines est une trait dominant de la modernité. Elle a décuplée de nos jours avec l’hyper-spécialisation du savoir et du travail tournée essentiellement vers la consommation de masse. Désormais, l’homme contemporain est « prisonnier d’une cage en fer » ( MAX WEBER) et il se déshumanise ; il s’ensuit une anomie généralisée ( affaiblissement des mécanismes d’intégration harmonieuse) .



2 LA SOCIETE ACTUELLE EST DOMINEE PAR L’ECHANGE DE SIGNES FLOTTANTS, CAUSE DE FRUSTRATIONS ET D’IMPUISSANCE


la société est dominée par la production et l’échange de signes « flottants » :

Les excès des messages et l’ambiguïté des images ont, selon BAUDRILLARD, construit un monde de simulacres, susceptibles de prendre toutes sortes de significations. Cette diversité n’est pas un facteur de liberté mais plutôt un piège dans lequel les acteurs sociaux sont englués : dans un monde de simulacres, la défiance et le doute sont partout : plus aucun pouvoir n’est pris au sérieux ; l’action sociale, politique , économique et autres projets communs à long terme sont devenus impossibles.

Désormais la post modernité est devenu un mélange des genres où l’on s’accommode sans doute des différences culturelles de l’autre mais où l’on n’a plus foi au Progrès….on ne peut plus compter sur la vérité ou sur la révolution pour atteindre la liberté et le bonheur ( JEAN FRANCOIS LYOTARD)

Ce tableau pessimiste explique en partie l’indifférence générale et la désertion du champ social et par ailleurs la montée de la violence aux extrêmes.


conclusion

Nous avons vu que les dimensions et les modalités du partage sont variées et qu’un échange se présente sous la forme de don, de troc, d’échange marchand, d’échanges matériels et immatériels.
Les échanges et le partage fondent la société, sur la base de la complémentarité. Ils produisent à long terme un surplus de richesses matérielles, culturelles, artistiques et affectives.

Etre humain signifie partager mais j’ai observé aussi que les frontières de la justice se brouillent quand il s’agit de mieux partager sur la base d’une saine concurrence.. D’où notre effort pour dénoncer les causes des inégalités injustes et montrer l’intérêt que les hommes ont à cohabiter, malgré un tableau un peu pessimiste.

Angelicum 29 juin 2006

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