23.07.2007
Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique
Vendredi 13 mai 2005 café philo CLERMONT Dominique CREPIN
Qu’est ce qu’une ANTHROPOLOGIE ? approche philosophique et scientifique
PLAN PROPOSELa recherche d’une définition qui pose beaucoup de problèmes
Genèse
Une première distinction : l’anthropologie philosophique/ l’anthropologie scientifique
XVIII et XIX avènement de l’anthropologie scientifique moderne grâce à l’ethnologie
Les courants principaux
Evolutionnisme
Structuralisme
Culturalisme
Valeur : quelques interrogations importantes
principal débat: y a t il des universaux constitutifs d’un fonds humain commun ou y-a t -il un émiettement du sujet ? (réponses des sciences humaines et de la philosophie)
Il y a un émiettement du sujet traditionnel :
dans la remise en cause de la séparation nature/ culture
LEVI-STRAUSS
dans le relativisme
Il y a un fonds commun :
anthropologie structurale
le retour à la philosophie avec des valeurs universelles : liberté, jugements éthiques
INTRODUCTION de quel homme parle-t-on ?
De quel homme parle-t-on ? multiples aspects possibles : un archipel de points de vue : philosophie, médecine, psychologie, sociologie, ethnographie, ethnologie, histoire, économie, linguistique sémantique, lexicologie
Nécessité de distinguer un point de vue général et englobant concernant l’étude de l’homme : ce point de vue est-il impérativement de nature philosophique ( comme le pensait KANT), n’est-il pas plutôt scientifique et dans quel sens ?
HISTORIQUE du statut de l’anthropologie
Distinction entre anthropologie philosophique et anthropologie scientifique
2 points de vue : philosophique et scientifique qui vont s’affronter à partir de KANT:
avant KANT « la science philosophique de l’homme » n’étant pas encore autonome s’insère dans un champ d’étude plus vaste que lui : il n’est l’objet que d’une partie de la philosophie de la nature et de l’éthique ( psychologie rationnelle, morale spéciale, générale ),
soit uniquement comme une simple partie de la nature sans statut particulier: (EXEMPLE matérialisme des « physiciens »)
soit comme esprit c’est-à-dire comme un maillon compréhensible qu’au regard de son origine divine ou de sa vocation transcendante : un esprit créé à l’image de DIEU
Avant KANT, dans le tiercé dieu/monde/homme …l’homme occupe toujours une place intermédiaire… (EXEMPLE scolastique ; la somme théologique de ST THOMAS) image de la maison….. l’homme en est le toit…point de passage ou d’achèvement entre DIEU et le monde ….. ( et même après KANT : EXEMPLE TEILHARD : l’homme est une flèche montante, il participe au mouvement général de convergence de l’univers vers DIEU : tout ce qui monte converge )
à partir du XVIII : 2 démarches différentes avec la naissance de l’ethnographie
Le mot anthropologie apparaît fin XVIII avec les grands voyages de découvertes, avec la rencontre avec les peuples sauvages, (((( témoins des origines de l’homme et de la diversité des mœurs)))) :
Expéditions de COOK et plus tard de BOUGAINVILLE dans les îles du pacifique
Un premier guide d’ethnographie « diverses méthodes à suivre dans l’observation des peuples sauvages » rédigé par JOSEP MARIE DE GUERANDO à l’intention du capitaine BAUDIN pour sa mission d’exploration des terres australes.
Expéditions britanniques à l’intérieur de l’Afrique : MUNGO PARK en GAMBIE et sur les bords du NIGER.
Constitution de Sociétés d’ethnographie nationales :
FRANCE 1839
ÉTATS UNIS 1842
GRANDE BRETAGNE 1843
ALLEMAGNE 1851
CHAVANNES professeur de théologie à LAUSANNE en 1788 publie
une anthropologie ou « science générale de l’homme » comprenant
-une « anthropologie physique » : « l’homme considérée comme un espèce répandue sur le globe » ( (une partie de la zoologie))
-une Noologie ( l’homme doué de volonté)
- Lexicologie ( analyse du langage/grammatologie ; mythologie)
Deux PRÉOCCUPATIONS MAJEURS : qu’est ce qui différencie l’homme de l’animal ?Y a-t-il une seule espèce de l’homme ? (débat monogénisme ((Buffon )) plurigénisme)
A partir de KANT l’anthropologie philosophique devient une « science» totalement autonome avec un objet et une méthode spécifique
autonome, Indépendante de DIEU et de la nature :
1 l’homme est sa propre fin (KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :
« L’objet le plus important du monde est l’homme…L’homme est à lui même sa fin dernière ….
2 elle est « pragmatique » : par sa conduite et son action l’homme détenteur de compétences spécifiques (raison, langage qui le distinguent des animaux) doit se perfectionner et progressermoralement et socialement ;(KANT anthropologie du point de vue pragmatique 1797 :
« L’homme est destiné par sa raison à former une société avec les autres et dans cette société à se cultiver, à se civiliser et à se moraliser par les arts et les sciences ».)
Pour KANT L’homme a une spécificité de nature dont la connaissance a priori est étrangère à l’expérience du savant:
par sa raison ( liberté et langage) l’homme est doté d’une dignité et d’un perfectibilité : il est susceptible de progrès…
Par sa nature, l’homme n’est pas réduite à sa condition empirique ( soumis au déterminisme) : il est un être respectable au dessus des lois de la nature ( qui se distingue de l’animal par sa dignité infinie, par sa capacité de perfectibilité, par sa liberté)
Position proche de BERGSON : « l’animal ne peut que tirer la chaîne ; l’homme peut briser la chaîne (des déterminismes) »
3 PRIMAUTE de la philosophie sur la science et différence de méthode :
PRIMAUTE de la philosophie sur la science
La progression de l’homme est l’objet d’une l’éducation qui est du ressort de laseule philosophie dans la mesure où .l’homme étant libre, il doit « se cultiver lui-même » : il lui appartient de se choisir, de décider ce qu’il doit être…. la liberté n’est pas un objet de connaissance scientifique…..l’éducation n’est donc pas directement du ressort de l’expérience scientifique ou de « l’anthropologie physique »…PRIMAUTE de la philosophie sur la science car l’éducation de l’homme est l’objet de la philosophie critique qui seule donne la réponse aux 3 questions :que puis-je savoir, que puis-je connaître, que dois je faire ?
Cf préface de Michel FOUCAULT page 12 : la connaissance générale doit toujours précéder la connaissance locale
différence de méthode : l’anthropologie philosophique est a priori ; elle se distingue donc de l’anthropologie scientifique (« physiologique ») qui ,elle, est expérimentale :Philosophie : étude des Condition de possibilité du savoir de l’homme et d’une vie harmonieuse
Il y a une nature humaine spécifique qui est objet d’étude la philosophie : cependant cette nature demeure trop spéculative et générale / le point de vue général philosophique devant logiquement et méthodologiquement précéder le point de vue scientifique local
MaisKANT est lecteur de ROUSSEAU ; et comme lui il admet l’existence d’une anthropologie scientifique (( locale))…….. induite par l’expérience et les récits de voyages, la vogue naissante de l’ethnologie….. qui est un regard original sur la diversité :
L’originalité de cette méthodea été remarquée par LEVI-STRAUSS qui voit dans ROUSSEAU le père fondateur de l’ethnologie (« il faut apprendre à porter sa vue au loin ») et de l’anthropologie scientifique moderne (rupture épistémologie opérée par le refus de l’ethnocentrisme et de l’évolutionnisme)
Domaine de référence de l’anthropologie moderne : regard sur la diversité et les différences d’une culture à une autre.
La vogue de l’ethnologie : c’est être attentif à l’exotisme et aux différences culturelles selon le principe énoncé par ROUSSEAU :
« Quand on veut étudier leshommes, il faut regarder prés de soi, mais pour étudier l’homme il faut apprendre à porter sa vue au loin ; il faut d’abord observer les différences pour découvrir les propriétés ». Essai sur l’origine des langues chapitre 8
il faut regarder prés de soidans le cadre d’une culture déjà homogène, d’une société déjà bien définie et analyser le comportement des hommes de façon différentielle, dans leur singularité (ce qui est le propre d’une certaine psychologie appliquée: « étudier les hommes »).
Etudier l’homme : dégager ce qui est le plus universel, donc éliminer ce qui est variable individuellement.
Apprendre à porter sa vue au loin : c’est vouloir s’affranchir de la tentation inconsciente d’ériger en absolu les conditions particulières de la société dans laquelle on baigne, qui sont pour nous des normes trop familières : refus de l’ ethnocentrisme.
il faut observer les différences sans chercher à les intégrer dans une hiérarchie dont le principe serait arbitraire. La critique de l’ethnocentrisme opère une rupture épistémologique fondatrice de l’anthropologie contemporaine.
CONSEQUENCES de cette démarche :
-
chez ROUSSEAU
-
cette distanciation critique est thématisée comme la condition pour trouver encore une nature humaine sous jacente . Mais cette anthropologie tourne le dos à l’humanisme philosophique traditionnel d’un KANT qui répond de façon trop abstraite et trop spéculative à la question : qu’est ce que l’homme ?( le point de vue général devant précéder le point de vue local)
EXEMPLE ROUSSEAU Etablir une typologie des langues, en deçà des différences (climatiques)
-
Le refus de l’ethnocentrisme doit écarter la confusion entre l’historique et l’originel. : refus des illusions du progrès de l’histoire et de l’apologie du présent qu’elle implique.
EXEMPLE « le mythe du bon sauvage » ( la civilisation n’est pas un réel progrès) dans Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 1755 « …. »
EXEMPLE Refus de l’ethnocentrisme dans le domaine éducatif….pour ROUSSEAU: refus de «l’adulto-centrisme » dans l’EMILE.
Or, cette confusion entre l’historique et l’originel est présente dans les premières anthropologiesappartenant au courant physique et évolutif et qui travaillent sur l’ethnologie: ( les sauvages sont des êtres frustes qu’il faut civiliser). Ce n’est qu’au XX siècle que ces notions de progrès et de hiérarchie sont abandonnées
EXEMPLES l’anthropologie physique du XIX éme siècle et l’évolutionnisme culturel
L’anthropologie physique
Les travaux ethnologiques en sont entachés …… qui souhaitent montre la supériorité de la race blanche au sein de l’espèce humaine
Paul BROCA fondateur de la SOCIETE d’ANTHROPOLOGIE de PARIS en 1859 était convaincu que « jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe, n’a pu s’élever spontanément vers la civilisation »
L’évolutionnisme culturel
L’évolutionnisme culturel s’est développé à la fin du XIX et début du XX siècle : tous les peuples sont censé passer par 3 phases de développement, de la sauvagerie à la civilisation en passant par la barbarie.
EXEMPLE James G. FRAZER le Rameau d’or 1890 ( magie, religion, science)
EXEMPLE Lucien LEVY-BRUHL ( 1857-1939) La mentalité primitive1922 . Dans la mentalité primitive le raisonnement est radicalement différent de celui des Occidentaux …. Ne connaît pas le principe de non-contradiction…( une personne est soi-même et quelqu’un d’autre : loi de participation … avec un enfant par exemple au point que s’il est malade c’est le père qui prend le médicament)
l’anthropologie culturelle
Les premiers pasde L’anthropologie contemporaine est marquée par :
L’Anthropologie culturelle initiée par FRANZ BOAS 1858 – 1942 : ( travaux sur le potlach)
qui remet en question avec MALINOWSKI l’idée ethnocentrique de catégories universelles.( exemple de cadeau pour rien donc pas d’échanges économiques comme en 0ccident : cette interprétation sera critiquée par LEVI-STRAUSS)
UN PRINCIPE de BASE (selon la directive indiquée par ROUSSEAU):
Nécessité d’établir des descriptions ethnographiques sans théories préconçuesni hiérarchie de valeur : selon BOAS, les diverses œuvres culturelles ont toutes un intérêt égal : développement technique des occidentaux , spiritualité des Orientaux, complexité sociales des aborigènes ....
Le rejet de l’ éthnocentrisme et de ses préjugés (prise de conscience de la relativité des valeurs occidentales) conduit à une méthode d’observation directe par immersion de l’observateur dans la société observée supposant une rupture avec sa société d’origine :
EXEMPLES
WILLIAMS HALSE RIVERS
BRONISLAW MALINOWSKI
Travaux de GEORGES DUMEZIL sur le monde indo-européen
UNE CONSTATATION GENERALE:
Influence prépondérante de la culture sur la personnalité : la culture d’appartenance façonne une « personnalité de base » ((( influence prédominante du groupe sur l’individu ….. point de départ aussi de l’essor de la sociologie de DURKHEIM à BOURDIEU Les Héritiers1964 : ils mettre l’accent sur la société plutôt que sur l’individu, prisonnier de sa classe sociale d’origine EXEMPLE BOURDIEUpar habitusdésigne un style de vie de vie et de pensée acquis dans l’enfance au sein de la famille et du milieu social d’appartenance qui va déterminer son parcours personnel et professionnel)
FRANZ BOAS est à l’origine de l’anthropologie CULTURALISTE américaine :
RUTH BENEDICT 1887 1948 le sabre et le chrysanthème1946
MARGARET MEAD (1901 1978 ): elle mènent des études comparatives sur les personnalités forgées par différentes sociétés exotiques.
RALPH LINTON (1893-1953) le fondement culturel de la personnalité1968
ABRAM KARDINER1891-11981 l’individu dans la société1969
Il définissent des « personnalités de base » et de « personnalités de groupes »
EDWARD SAPIR 1884 1939
Ils insistent sur l’autonomie de la culture comme pattern, déterminant la formation de la personnalité ; ils procèdent par comparaison de types contrastés et n’entendent donner aucune explication causale à l’existence des différences culturelles.
Un culturalisme qui insiste sur le relativisme des principes et des distinctions qui constitueraient un fond commun universel
Le relativisme de l’école culturaliste se fonde surl’observation de la diversité des coutumes et des sociétés et les progrès de l’ethnologie, pour argumenter contre l’existence d’une nature humaine universelle de nature rationnelle.
EXMPLE chaque culture a son domaine « du ressentir »pas d’unité dans le contenu du mot émotion, pas de distinction évidente entre raison et émotion : la distinction entre raison et émotion constitue une tache embarrassante. En AMAZONIE lesYANOMAMI emploie le même mot bihipour dire penser, perdre conscience, être en colère. Cette entreprise engagerait un travail de critique sur la rationalité, causalité….
Cette anthropologie culturaliste constitue les premiers pas d’une révolution contre la notion de nature humaine universelle
Difficulté donc pour concilier l’hyper-relativisme du culturalisme avec les tenants d’un certain universalisme de la culture humaine .
D’où les nombreuses controverses sur la notion de sujet et de nature humaine individuelle
anthropologie universaliste
De même sous un autre aspect il y a des invariants observés par l’anthropologie universaliste :
D.E. BROWN Human Universals1991
EXEMPLES
D. M. BUSSLes stratégies de l’amour1994 : Les hommes préfèrent les femmes jeunes et jolies, tandis que les femmes préfèrent les hommes plus âgés qu’elles et dotés d’un statut social élevé
La domination universelle des hommes sur les femmes sur la scène publique…………
L’universalité des expressions émotionnelles s’exprimant en particulier par des expressions faciales identiques chez tous les peuples (((anecdote : le test et la controverse de WALLADOLID : ….. les indiens qui rient en voyant tomber un prélat …))))
L’universalité de la classification des couleurs.
Anthropologie structurale( recueil d’articles 1958)de LEVI- STRAUSS
LEVI-STRAUSS ne nie pas l’universalité de certaines règles fondatrices de la culture : EXEMPLE les structures élémentaires de la parenté 1947Il montre comment les systèmes de parenté sont des dispositifs d’échange fondés sur la distribution variable d’une distinction entre consanguins et alliés mais avec une même fonction reposant sur des invariants culturels, ici le caractère universel de la prohibition de l’inceste…..
EXEMPLE il transpose à l’étude de la parenté (les structures élémentaires de la parenté 1947) ou des mythes ( les Mythologiques) le cru et le cuit 1964 ) les principes et les méthodes du structuralisme linguistique ( Roman JAKOBSON) : au-delà de leur fonction , les phénomènes socio-culturels sont des systèmes de symboles signifiants dont les structures impliquent une structure mentale universelle.
Dans ses 4 volumes des Mythologiques 1964-1972 : il explique les variations de récits amérindiens par un petit nombre d’éléments pris à des codes alimentaires, astronomiques et sociologiques. Une culture est une représentation sociale qui met en œuvres des structures sociales inconscientes.
Quelques critiques….. Une perspective essentiellement synchronique et symbolique qui gomme l’histoire et l’influence prépondérantes des bases matérielles.
Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire
ORIGINALITE des écoles françaises mettant en œuvre des dynamiques historiques et économiques : GEORGES BALANDIER créateur du Centre d’études africaine et du marxiste MAURICE GODELIER
LEVI-STRAUSS comme les fonctionnalistes ; considère les faits dans leur dimension synchronique, mais s’intéresse à leur rapport logiques et non utilitaires.
Même faiblesse dans l’anthropologie fonctionnaliste dans son refus du rôle de l’histoire:
Dans l’anthropologie fonctionnaliste ( école britannique):
Cette école s’attache moins à la description des traits particuliers d’une culture qu’à la fonction qu’ils remplissent dans la société conçue comme un organisme vivant qui fonctionne de façon à se reproduire et à assurer son avenir.
Bronilaw MALINOWSKI (1884-1942) les Argonautes du Pacifique occidental1922 : modèles de monographies
La fonctionnalité&
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