26.11.2006
Quels sont les moyens de connaître autrui?
Quels sont les moyens de connaître autrui?
Introduction
Explication des termes:
Qui est autrui ?
C’est l’autre, à la fois semblable et différent.
1 Etymologiquement un alter ego : Cette conception d'autrui comme prochain (comme moi, il est un sujet et une conscience) m'incite à comprendre en lui ce qui me ressemble.
2 je peux considérer autrui comme un être trés différent : une altérité pleine d'ambiguité:
- a)l'altérité est promesse d'une complémentarité par rapport à ce que je ne suis pas et qui me manque, un enrichissement de ma culture et de ma personnalité et vers lequel je tends....
-b)l'altérité c'est voir aussi une opposition qui menace mon identité et ma sécurité, (« l'enfer c'est les autres »)
-c)ou encore un ensemble d'êtres abstraits, lointains, invisibles: l'ensemble de ceux qui ne sont pas moi, que je condense sous forme de clichés (idées simplifiées et impersonnelles); précisons tout de suite que c'est la société dans laquelle je baigne qui façonne inconsciemment ma vision collective d'autrui et même une partie de ma senbilité EXEMPLE pour nous français, les anglais nous apparaissent froids, les italiens jovials.... et paraît-il, nous sommes intelligent!!! ; .une simplification ethnocentrique et illusoire dénoncée par l'anthroplogie contemporaine, qui montre que dans l'histoire elle a été la cause de graves malentendus (colonisation injustifiée du « bon sauvage »....).
Connaître comment?: de quelle maniére et jusqu'à quel point arrive-t-on à connaître les motifs (raisons conscientes) et les mobiles ( motivations plus ou moins inconscientes) des actes d'autrui et à comprendre ses intentions et ses expériences?
connaissance explicative (mais toujours partielle) de la personne si je me limite à la connaissance rationnelle des motifs de ses actes ou à une interprétation systématique des mobiles de son action
connaissance compréhensive si je tente à embrasser sa personnalité entière, atteindre l'autre dans son fond original et irréductible et dans sa liberté..... une approche qui privilégie ici la connaissance du singulier
Quels sont donc, selon les circonstances et selon les buts que je poursuis moi-même, les meilleurs moyens pour connaître autrui?
Plan
les moyens de connaissance d'autrui de la vie courante
les apports de la connaissance scientifique
1ere partie les moyens de connaissance d'autrui dans la vie courante
La connaissance d'autrui dans la vie courante semble osciller entre 2 points vue
point de vue de la psychologie classique : DESCARTES partait d'une conscience close, d'où il résultait que nous ne pouvions connaître autrui et nous mettre à sa place que par analogie avec nous même; la connaissance d'autrui se base sur la connaissance de soi dans la mesure où nous recherchons des intentions identiques ou similaires; l'explication rétrospective de la conduite d'autrui est alors comparable à l'explication rétrospective de ma propre conduite.
Le point de vue de la psychologie contemporaine pose, au contraire, la notion d'une conscience ouverte et d'une intersubjectivité qui en vient presque à faire de la connaissance d'autrui quelque chose d'aussi immédiate que la connaissance de soi.
1 La connaissance d'autrui semble d'abord une expérience immédiate: à partir de signes et de symbôles naturels
On peut affirmer que nous avons une expérience immédiate d'autrui, à condition de prendre le terme expérience dans le sens d'intuition ou de sentiment direct.
A Ce sentiment direct existe déjà chez le tout jeune enfant qui distingue très bien les personnes des choses et sait deviner leurs dispositions,
B Ce contact avec autrui s'établit notamment grâce aux signes naturels du langage émotionnel : lecture directe des sentiments grâce aux modifications du visage, du regard, de la voix.
Sans doute, les sentiments d'un autre nous demeurent invisibles, mais ils entraînent des modifications corporelles qui ne sont pas des effets quelconques, car ils viennent achever le sentiment lui-même, le faire affleurer dans le monde physique.
EXEMPLE quand je percois les traits de la JOCONDE ais-je besoin de me rappeler des expériences antérieures qui m'ont appris tel état d'âme?
Ce contact avec autrui s'établit surtout grâce au regard..
C Il existe enfin différentes formes de communication directe avec autrui qui vont de la sympathie, voire de la simple contagion psychique, à la véritable compréhension affective
Toutefois, toute connaissance suppose un minimum d'interprétation et donc de recul .
l'adulte lui-même se fait souvent bien des illusions sur sa compréhension spontanée d'autrui..EXEMPLE loi d'illusionnement: un éléve beau est jugé a priori plus intelligent par ses professeurs.
La véritable connaissance d'autrui suppose l'expérience directe mais elle a besoin d'être complétée par une expérience raisonnée.
2 La connaissance d'autrui est acquise le plus souvent par la connaissance du comportement interprêté de façon raisonnée:
A C'est déjà une véritable connaissance que nous apporte la fréquentation d'autrui.
Nous savons par exemple que parmi les personnes que nous fréquentons, telle est capable de tenir sa parole, telle autre non, telle autre a du coeur, telle autre est égoiste : il s'agit d'une expérience raisonnée fondée sur l'interprétation du comportement d'autrui, sur la comparaison de ses réactions en diverses circonstances:
Nous acquérons cette connaissance d'autrui par une interprétation de ses actes . EXEMPLE c'est par la description de leurs comportements qu'un LA BRUYERE, nous fait connaître les caractéres de ses personnages.
B Parmi les comportements, le langage en est le principal.
Mais dans quelle mesure nous fait-il vraiment connaître autrui?
1 Le langage peut servir à travestir la pensée aussi bien qu' à l'exprimer:
L'individu n'est pas forcément de bonne foi, et même s'il l'est, il peut se tromper...il en est de même des tiers qui émettent des jugements contradictoires sur autrui EXEMPLE dans la recherche du temps perdu le Narrateur est jugé par les autres à travers des points de vue contradictoires: pour ceux qui connaissent déjà le livre je citerai ALBERTINE qui le trouve gentil, RACHEL qui le trouve cultivé , LEGRANDIN qui le trouve méchant, NORPOIS aux dires de la duchesse de GUERMANTES digne d'être aimé mais d'aprés les dires de Mme de VILLEPARISIS, NORPOIS aurait dit que c'était un flatteur à moitié hystérique.......
le langage peut servir à travestir la pensée EXEMPLE la peinture humoristique du vieux diplomate M. de NORPOIS qui ne veut rien dire qui puisse le compromettre;il est interpellé pendant l'affaire DREYFUS par BLOCH et il arrive par 2 phrases contradictoires, à ramener la somme de ses propos à zéro.
2 les mots n'ont pas la même résonance pour tout le monde surtout lorsqu'il s'agit de la vie affective : les mots ne traduisent que les aspects les plus communicables, donc les moins individuels et les moins « profonds » de la vie affective;
3 les mots n'ont pas toujours la même résonance selon les circonstances...et les cultures....leur signification dépend des conventions culturelles ou encore d'autres éléments liés à l'éducation de la personne d'où la nécessité d'interpréter sous peine de malentendu EXEMPLE le « Narrateur » réussit à décrypter les signes du langage mondain, lorsque le duc de GUERMANTES, accompagné de la reine d'Angleterre lui dit et lui fait signe dit de venir le rejoindre.......le Narrateur comprend aussitôt qu'il ne doit pas venir en pareille compagnie et lui adresse de loin un salut respectueux qui lui vaudra aussitôt l' admiration générale......
4 REMARQUE: le langage n'est pas tout entier dans les mots:
à côté du langage vocal, il y a le langage émotionnel et le langage par geste............
dans le langage parlé, il faut tenir compte du ton, de la mimique vocale.......souvent plus révélateur que les paroles : on sait quelle importance la psychanalyse accorde aux lapsus où émergent des aspects ignorés de la personnalité.
C Jusqu'à quel point, ces procédés nous permettent de connaître nos semblables? Reconnaissons que cette connaissance est toujours précaire:
1 Nous ne nous connaissons pas nous mêmes; à plus forte raison, nous est-il difficile de pénétrer les secrets de l'âme d'autrui. Si les consciences ne sont pas absolument closes les unes aux autres, elles demeurent toujours quelque peu distantes, et seule la parfaite communion avec un être aimé est capable de faire tomber ces barriéres.
A cet obstacle s'ajoute la complexité des caractéres EXEMPLE complexité des héros décrits par les romanciers russes/DOSTOIEVSKI .........
2 Il demeure au fond de chaque âme un monde inconscient ou subconscient........qui ne se manifeste à nous que par éclairs,
- soit dans le regard.................
-soit dans les actes involontaires( gestes spontanés, actes manqués analysés par la psychanalyse)
-soit dans des circonstances imprévues, inhabituelles , dans lesquelles autrui est obligé de se démasquer, de quitter le masque de la simple politesse
Conclusion partielle: la connaissance d'autrui commence par les images et les comportements qu'il nous livre ; des situations de communication qui demandent à être approfondies.
Faut-il en conclure comme PROUST, que les signes conventionnels et volontaires comptent peu, notamment « l'énoncé direct » que les gens fournissent de leur vie et de leur pensée ?( « j'en été arrivé à ne plus attacher d'importance qu'aux témoignages qui ne sont pas une expression rationnelle et analytique de la vérité » III 596); faut-il pour autant refuser une place à la connaissance scientifique et rationnelle d'autrui qui prolonge la connaissance ordinaire?
2eme partie : les apports de la connaissance scientifique
Il existe, au-delà de l'expérience courante, une connaissance scientifique des autres. Encore faut-il préciser qu'elle n'intéresse pas le vulgaire qui cherche non pas « expliquer » autrui mais à savoir s'il pourra en faire son ami ou son collaborateur: une connaissance qui n'est pas analytique mais globale à visée pratique, où il s'agit de déceler autant ses intentions et ses qualités morales que ses qualités physiques et psychologiques.
Il existe une connaissance scientifique des autres
1 dans le cadre des sciences empiriques:( utilisation des substituts de la pensée sous formes de symboles, gestes , paroles, écriture)
EXEMPLE la caractérologie
Cette typologie ne débouche par à proprement parler sur une connaissance individuelle mais elle explique jusqu'à un certain point l'individu, tout en n'étant pas rigoureusement scientifique.
2 dans le cadre des sciences expérimentales:
pour progresser en direction d'une abstraction vraiment scientifique et explicative nous pouvons utiliser d'autres ressources de la psychologie expérimentale avec l'emploi de la méthode des tests : ils permettent, par exemple, d'établir le niveau intellectuel d'un individu par rapport à son âge physique. Cependant, les tests sont d'un emploi toujours difficile; ils me renseignent sur l'existence de telle ou telle faculté mais pas sur l'usage que j'en fais.
3 limites de la connaissance scientifique: la connaissance scientifique porte sur le général( .une connaisance qui procéde par abstraction et finalement par raisonnement analogique), inadéquate pour la connaissance du particulier en tant que tel.....
3éme partie: QUELLE VALEUR FAUT- IL ACCORDER à la connaissance intuitive et à celle de la connaissance rétrospective et analogique
Mais d'abord quelques rappels:
--------La connaissance analogique et conjecturale serait une interprétation d'autrui à partir de l'intérieur de nous mêmes:
« la clef d'autrui est d'abord en nous mêmes car nous ne faisons jamais que conjecturer autrui » Ch BLONDEL Psychologie de M. Proust page 162.
La véritable compréhension d'autrui ne serait donc pas la saisie intuitive directe d'un état de conscience et d'un être total à travers sa physionomie et son corps ........elle s'élabore dans une reconstruction patiente de la conscience d'autrui qui n'a rien à voir avec la sympathie ni avec la participation affective....une attitude proche de la psychologie de DESCARTES qui juge que l'intersubjectivité est seconde (autrui est pour moi une « projection (le résultat d'une déduction) » d'une conscience dans un corps).
------------ la connaissance intuitive serait une connaissance d'autrui à partir d'une relation compréhensive instaurant une connaissance immédiate:
-selon BERGSON, la sympathie est bien un mode de connaissance qui ne reléve pas de l'intelligence, mais de l'instinct: « l'instinct est sympathie », et lorsque cette sympathie devient conscience d'elle-même, elle est intuition
- dans la phénoménologie contemporaine on retrouve la même certitude originaire de l'existence d'autrui (EXEMPLE l'intersubjectivité évoquée par HUSSERL: « la conscience reconnaît l'existence d'autres consciences dans un sentiment originaire de co-existence »).
EXAMEN CRITIQUE
L'expérience d'autrui est une expérience vécue ; elle n'est pas de soi réfléchie
Il n'est pas nécessaire de faire un raisonnement pour prêter un sens aux attitudes et aux expressions d'autrui. Mais nier le raisonnement analogique n'est pas nier l'analogie. le rapport de ressemblance entre les psychismes peut jouer san être saisi comme un rapport d'analogie EXEMPLE l'enfant répond spontanément au sourire de sa mére, en éprouve la signification affectueuse, sans faire le moindre raisonnement. .
1re conséquence: importance de la communication directe des consciences ;
la communication des consciences est antérieure au langage parlé et à l'exercice du raisonnement:
cette communication originaire semble s'exprimer de façon variée en termes de conflit, d'antipathie, de haine ou au contraire d'empathie, de sympathie, d'amitié ou d'amour:
SARTRE, comme dans les perspectives hégéliennes, affirme que cette intuition repose sur l'expérience du conflit entre 2 personnes, exprimé par le regard : « surpris par le regard d'autrui je me sens gêné », car je sens ma liberté m'échapper en objet, par ce regard ; pour SARTRE, je suis prisonnier du jugement d'autrui (huis clos): le contact avec autrui manifeste une altérité radicale.....la conscience de chacun demeure irréductible et au-deça du comportement visible. SARTRE développe l'importance du conflit en même temps que celui de l'absurde (« tout existant naît par hasard, se prolonge par faîblesse et meurt par rencontre »). Nous ne le suivrons pas sur ce terrain.
CRITIQUE: le regard fixé sur moi peut être une gêne , dans la mesure où je me sens découvert, MAIS il peut aussi m'être infiniment précieux, si je veux espérer me révéler à autrui au delà des mots que je prononce. Au lieu d'être une cause de conflit, le regard peut être un moyen de sympathie et de découverte.( analyses de JASPERS, de l'existentialisme chrétien de GABRIEL MARCEL, de LEVINAS.....)
2eme conséquence: apologie de la sympathie dont le moyen formel de connaissance est la ressemblance:
pour MAX SCHELER (nature et forme de la sympathie), je peux atteindre des valeurs inaccessibles à l'intelligence: elles appartiennent à la « logique du coeur » et sont en elles-mêmes alogiques.
L'amour est une expérience connaturelle ( un contact et une expérience fruitive qui cause une joie);
Sans doute, d'une certaine façon, on ne peut-on aimer que ce qu'on connaît, par l'intelligence. Mais le moyen formel de la connaissance amoureuse n'est plus le même: ce n'est plus le concept mais la ressemblance: j'aime mon ami parce qu'il y a une ressemblance qui m'invite à le considérer comme un autre moi-même et vers qui je tends comme en un bien , en qui je peux me reposer.
3 eme conséquence: la connaissance par sympathie est une connaissance « obscure »; l'objet d'amour est davantage senti que pensé
sans doute, y a-t-il interaction entre connaissance intellectuelle et l'amour: plus j' aime autrui, plus je ne cesse d'inventorier, par la pensée , ses aspects délectables mais ici on ne « voit » pas l'âme de l'autre pas plus que nous « voyons » notre âme dans son essence, lorsque nous en avons une expérience réflexe ; nous « sentons » l'âme de notre ami comme un objet d'expérience obscure et ineffable, dans lequel le toi et le moi sont confondus dans une même ressemblance fusionnelle; obscur car je pressens qu'il y a plus en l'ami que l'intelligence ne me fait connaître.
4 éme conséquence : La connaissance par connaturalité est une connaissance authentique mais elle doit être complétée par la réflexion:
l'intrusion du coeur dans les choses du jugement sont souvent cause d'erreurs; en suivant son « instinct » , on imagine autrui selon l'image que l'on s'en fait, en le recouvrant de nos songes (« l'amour rend aveugle »). Aussi pensons- nous que la sympathie ne peut jouer ici qu'un rôle heuristique et qu'elle ne peut suppléer la reflexion, qui, tenant compte de tous les moyens que nous disposons, nous permettra de nous faire d'autrui une idée moins conjecturale.
CONCLUSION: la connaissance d'autrui n'est jamais compléte ni infaillible mais on peut y progresser par toutes les formes de la connaissance ordinaire et scientifique.
07:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, angelicum, autrui, langage
05.07.2006
Le partage
LE PARTAGE
Le Partage (partager = diviser en éléments qu’on peut distribuer ou échanger ; participer,collaborer; se solidariser)
PLAN PROPOSE:
1 Partager quoi, avec qui, et pourquoi?
2 Comment mieux partager, dans la vie publique et dans la vie privée?
introduction : partager est une nécessité absolue
Le devoir de partage constitue la base des liens économiques, politiques, culturels, sociaux, familiaux et affectifs qui tissent notre vie commune et toute l’organisation du travail :
Une façon d’évoquer ces liens serait de nous pencher sur les applications du partage :
Dans la vie courante, on comprend aisément ce que signifie (partager l’usage de sa langue maternelle), partager un repas , un lit, ou de participer à des taches domestiques, participer à l’éducation des enfants.
L’action de diviser un gâteau , de le distribuer en parts plus ou moins égales est facilement compréhensible ; cette activité devient plus difficile à analyser et à réaliser sur d’autres biens et services plus complexes matériels et immatériels:
QUE PEUT-ON PARTAGER ?
Partage de droits et de libertés fondamentales ( dans la vie publique et dans la vie privée) au regard des droits de l’homme
Partage du travail et des richesses économiques : dans le domaine économique, le « gâteau » pris par chacun conditionne la part de la part de tous les autres
Partage de la cultures et de l’information :
dans le domaine culturel et artistique le désir de partager inspire les créateurs qui font de leur talent, de leur savoir, une offrande qui envahit toute la société ; et plus simplement, dans la vie courante, nous savons bien qu’il faut partager nos émotions et nos sentiments, nos pensées sinon elles meurent …….;
n’oublions pas l’esprit de tolérance qui s’exerce aussi dans le multiculturalisme :
Face à l’existence de minorités étrangères sur la sol national, il me semble que la démocratie doit permettre aussi la libre expression de ces minorités et concilier la vie en commun sans exclusion radicale ; d’où les discussions sur les possibilités « d’un multiculturalisme » qui constitue un axe majeur de réflexion de la sociologie politique. EXEMPLE réussis de l’Espagne…….. des PAYS BAS ( au nom de l’humanisme et l’appartenance à l’l’humanité ..)
POURQUOI PARTAGER et avec qui ?
l’échange est-il toujours conditionné par un intérêt clair à partager ?
S’agit-il de transferts fondés sur la simple réciprocité : donner (une partie )pour recevoir ?
S’agit-il d’un don unilatéral apparemment gratuit, régi par l’altruisme ou par d’autres motivations ?
QUELS SONT LES PRINCIPES DE JUSTICE QUI CONDITIONNENT UN MEILLEUR PARTAGE? Quelles sont les difficultés d’applications de ces principes dans le monde actuel traversé par les turbulences du mondialisme et de la post modernité?
PLAN PROPOSE Analyse du partage sur 2 plans :
1 Les dimensions et les applications du partage : partager quoi, avec qui et pourquoi ?
2 Dans un souci de plus grande justice comment mieux partager ? ( sans avoir ce soir la prétention naïve de changer le monde)
1° partie les dimensions et les applications de la notion de partage
Au niveau mondial : échanges et coopération ( plus les pays commercent et coopèrent, moins il y a de risques de guerres)
A Montée en puissance des échanges et de la coopération dans le secteur international depuis 60 ans : progression des échanges et des collaborations internationales (accords transnationaux, émergence d’organismes supranationaux et de structures non étatiques type ONG) :
au lendemain de la 2° guerre la mise en place progressive de ce qui deviendra la CEE ( marché commun): l’intégration européenne crée un droit communautaire qui étend tous les jours sa compétence à des domaines nouveaux ( la Cour européenne exerce une sorte de contrôle de la constitutionnalité des lois nationales, lorsqu’elle les juge non conformes au traité de ROME….)
- une collaboration internationale accrue : avec la charte de l’ONU en 1945, avec la CEE ( 47 pays participent actuellement aux activités du Conseil de l’Europe dans les domaines de l’Education et de la Culture : 225 langues européennes sont parlées dans les pays membres et plusieurs centaines de langues y sont parlées par les populations migrantes)
- accord du GATT
1989 : la chute du mur de BERLIN a favorisé une nette progression des échanges économiques : 1995 création de l’OMC qui compte 149 états
et sur le plan de la politique internationale à l’ONU, on observe un élargissement du droit de veto
extensions des accords économiques dans le monde : EXEMPLES
ASEAN en Asie,
MERQUANSOUR en AMERIQUE
Accord de CHANGHAI
Progression des ONG ( « les multinationales du cœur »)
B conséquence : une prise de conscience planétaire du problème du partage des ressources du globe
le droit international se mondialise et prend davantage conscience des problèmes planétaires : EXEMPLE comment prévenir les risques de catastrophes naturelles : (réchauffement du climat…défense de l’environnement et de la faune ) ; comment assurer un nouveau « partage » du monde ( droit de pêche…). Le club de ROME en 1972 avait déjà mis en garde la communauté internationale sur l’épuisement des ressources naturelles…..
sur le plan économique mondial, faut-il conclure que l’accroissement des échanges a fait diminuer l’écart entre pays riches et pays pauvres ? ( ici nous restons « partagés » au sens « d’écartelé entre des jugements opposés »)
réponse : les experts s’accordent sur la réduction des disparités entre pays occidentaux grâce aux échanges économiques;
Il y a consensus aussi sur le fait que les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres s’est accentuée jusque vers 1973. Par contre, le diagnostic devient incertain concernant la période récente.
EXEMPLE l’Afrique souffre de pas pouvoir investir dans les technologies nouvelles….. contrairement à l’Asie qui a compris que son évolution économique serait dépendante sur le long terme sur sa capacité à innover….EXEMPLE. TAÏ WAN…..
Au niveau national et régional
Au niveau national : un nouveau style de gouvernance :
La France instaure la décentralisation : transfert de compétences
- transfert de l’exécutif aux collectivités
- extension des pouvoirs économiques des collectivités locales . L’Etat se décharge sur elles des responsabilités onéreuses (bâtiments scolaires, hôpitaux), avec transferts de personnels et de moyens financiers.
un libéralisme qui n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat: abandon de l’Etat Providence…..au profit d’un nouveau style de « gouvernance ».
la coordination à l’échelle gouvernementale devient délicate et complexe :
pour négocier avec les élus sourcilleux de leur légitimité ;
avec une fragmentation des services de l’Etat qui collaborent avec les services régionaux ou généraux correspondants.
Sans doute, la transformation de l’état providence s’accompagne apparemment d’une perte de pouvoir :
Décentralisation ;
Privatisation ;
Fin du dirigisme industriel
Mais le libéralisme n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat :
Prélèvement obligatoires en hausse
Augmentation des agents de l’état
Un domaine d’intervention sans cesse croissant qui explique que la société française n’ait pas « craquée » malgré l’augmentation du chômage……
Au niveau social et économique en EUROPE et en FRANCE: un NOUVEAU PARTAGE entre riches et pauvres
On a d’abord assisté après guerre à une période spectaculaire de la croissance ( « les 30 glorieuses ») en EUROPE avec une réduction sensible des écarts entre les niveaux de vie:
Mais en France, à partir des années 80 ces tendances ont cessées :
Des écarts importants subsistent dans la répartition des biens et des richesses et la séparation nantis/ laissés –pour-compte s’est accentuée
.le bilan social reste complexe :
la répartition de la propriété foncière en France est restée la même …..
en matière de salaires et de pouvoir d’achat on a enregistré une progression globale importante jusqu’en 1995et depuis les disparités ont faiblement évoluées:
resserrement de l’éventail des salaires ; actuellement, le SMIG a augmenté de 18 % en 3 ans
augmentation des revenus des retraites
mais l’écart persiste entre hommes et femmes
le nombre de pauvres n’a pas augmenté (10% de la population française) mais il a changé de catégories…. On assiste à un brouillage des groupes sociaux et à de nouvelles inégalités qui ne sont plus liées à l’absence de patrimoine ou de culture mais aux aléas de la conjoncture : chômage, emplois précaires
l’évolution du droit du travail enregistre une régression : déréglementation dans le secteur privé ;
la protection légale a reculé sur certains points :
-sécurité de l’emploi ( « les entreprises sont devenues des centrifugeuses qui virent les maillons faibles »)
-conditions de travail difficiles
-pouvoirs de licenciement accrus
la protection légale a progressé sur d’autres points :
représentation du personnel
traitement égal des sexes
progression des droits à la formation ( loi de 1971 en France concernant le droit à la formation des salariés)
de façon générale, les inégalités entre hommes et femmes persistent dans de nombreux secteurs ( participation à la vie politique ……….)
la fracture sociale s’accentue au niveau de l’école : ( L’école fait également l’objet d’un bilan complexe : globalement, le niveau « monte » mais l’orthographe baisse) : le partage « démocratique » des connaissances demeure très insuffisant: (analyses de BOURDIEU concernant « les héritiers ».et autres analyses de l’inégalité : accès au capital économique/biens financiers, patrimoine, social/ réseau d’influence, culturel/diplôme, niveau linguistique qui possèdent une forte dimension symbolique .) : un abîme culturel sépare encore les enfants des classes moyennes et les adolescents du sous-prolétariat..
les inégalités par rapport au savoir apparaissent aujourd’hui plus insupportables qu’auparavant : EXEMPLE à l’embauche de personnels dans un super marché…les difficultés de lecture deviennent un obstacle absolu….
LA LUTTE CONTRE LES INEGALITES PASSE PAR L’ETAT DISTRIBUTEUR (allocations chômage ; politique de formation ; politique de la ville) QUI ENCOURAGE LES INITIATIVES LOCALES….
CONCLUSION partielle : En 60 ans notre pays est devenu une France moins inégale mais plus inquiète face à la mondialisation
Famille et sociabilité
Nous savons que la famille est un des premiers ancrages de la sociabilité :
Déjà, dés le rituel du partage du petit déjeuner, la famille formule des mots simples qui expriment les goûts, les peines, les espoirs, les vérités des uns et des autres……des mots aussi qui entretiennent la connivence conjugale.
De façon plus sérieuse,
-----On assiste à un renouveau du partage des taches domestiques et des responsabilités mais en même temps à un bouleversement de la famille qui est devenu un lieu de socialisation plus précaire ( suite à l’émancipation économique et professionnelle de la femme):
nouveau partage des taches :
EXEMPLE actuellement le mari participe aux taches domestiques et à l’éducation
Autrefois, dans les milieux populaires, la fonction du père se limitait à remettre sa paye à son épouse qui assurait la gestion du ménage.
---De même la solidarité intra familiale se poursuit au niveau des grand parents qui gardent les petits enfants et aident financièrement les jeunes ménages
Mais la famille se fragilise : plus actives, plus diplômées , plus autonomes, les femmes se sont affranchies des contraintes les plus pesantes attachées à leur rôle d’épouse et de mère : un des facteurs avec la fragilisation des normes du mariage qui explique la difficulté à vivre en couple …..
Dans le domaine des loisirs le « partage » d’activités communes peut être le moteur de l’amitié
-----Le partage d’activités et de projets communs ( sport, vie associative, loisirs) est souvent l’origine d’une amitié possible….paradoxalement, les enquêtes montrent que l’augmentation récente des célibataires en France ne signifie pas forcément une plus grande solitude : les nouveaux célibataires entretiennent un riche réseaux de relations , téléphonent plus fréquemment que le reste de la population et sortent beaucoup entre amis.
----Toutefois, il convient de remarquer que dans la vie courante partager n’est pas forcément fraterniser ..
Mais vous pardonnerez cette digression avec ce petit éloge du don, qui paradoxalement est aussi un « échange »
Eloge du don : une société qui encourage une universelle concurrence entre les hommes les dispose aussi à placer tout leur bonheur dans leur capacité à consommer. Ce bonheur n ’est-il pas particulièrement fragile ? C’est un bonheur qui suppose une exaltation du désir dont on sait qu’il est souffrance aussi bien que jouissance à travers l’expérience du manque qui lui est consubstantiel. De plus, ce bonheur se met à la merci de circonstances qui ne sont jamais absolument maîtrisables ( chômage, faillite…). Le don qui ne vise à rien d’autre qu’au don est bien sûr une forme d’échange, mais ce qui est échangé c’est de l’être et non de l’avoir. Il s’agit d’un « supplément d’être » dont l’obtention ne dépend que de nous et dont la permanence nous est garantie par l’estime de soi que personne ne peut nous arracher.
L’impératif du partage demeurera toujours en butte à « l’insociable sociabilité » (KANT) de l’homme
Les français prennent plaisir à violer quotidiennement les règles de la vie commune : nous ne respectons pas le code de la route, nous essayons de resquiller dans les files d’attentes et d’échapper au fisc ; la désobéissance civique est en nette progression ( EXEMPLE fauchage de champs d’O G M.)
2° partie : propositions pour inciter à mieux partager
Je n’ai pas de recettes miracles à proposer pour imposer la solidarité et préserver la cohésion sociale ; je ne prétends pas non plus changer le monde ce soir.
D’éventuelles propositions nécessiteraient un diagnostic préalable sur les ambivalences de la modernité: thème de la dissolution du lien social
Dans nos sociétés à prétention « démocratique », le thème de la dissolution du lien social (anomie) a d’abord été analysé par TOCQUEVILLE ; cette dissolution s’est accentuée avec les effets de la post modernité
1 L’IDEOLOGIE DE LA MODERNITE VUE PAR TOCQUEVILLE et WEBER et ses conséquences : une anomie généralisée :
Le développement de la démocratie s’est d’abord développé par une marche vers la liberté et l’égalité après « la guerre des classes » qui a été le principal ressort de la Révolution française.
Mais à la suite à la disparition des relations hiérarchiques antérieures, il y a eu aussi « atomisation » : comment faire tenir ensemble une société désormais composée d’individus autonomes ? « l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part ».
Pour lutter contre cette tendance centrifuge, le monde moderne a développé des agrégations communautaires et sociétaires dont les concepts fondateurs sont notamment :
L’ECOLE : elle véhicule une morale républicaine et un nouvel art de vivre ensemble
LES SYSTEMES DE PROTECTION SOCIALE et L’ETAT PROVIDENCE : une solidarité entre les membres de la société qui n’est plus directe ou personnelle mais qui passe par des formes institutionnelles et administratives.
MAX WEBER A PRÉDIT LES DÉSENCHANTEMENTS DE LA POSTMODERNITÉ :
La dialectique de la socialisation /désocialisation est encore davantage perceptible dans les effets de la post-modernité :
Les droits de l’Homme, fondement de la démocratie moderne, ont d’abord été vivement critiqués et dénoncés par « les maîtres du soupçon ». MARX dénonce sous l’apparente neutralité des textes fondateurs , la consécration des droits de la propriété et un Etat au services des classes dominantes.
De même, MAX WEBER décèle derrière la proclamation des grands principes démocratiques la domination d’une minorité sur la majorité : ses disciples mettront en évidence « la loi d’airain de l’oligarchie », montrant comment les grands partis politiques et les syndicats eux-mêmes finissent progressivement par être dirigés par une minorité de dirigeants professionnels qui prétendent parler au nom de la base militante.
L’instabilité de nos sociétés modernes s’est dangereusement accentuée à la fois par une rationalisation excessive et par une perte de repères:
la rationalisation des activités humaines est une trait dominant de la modernité. Elle a décuplée de nos jours avec l’hyper-spécialisation du savoir et du travail tournée essentiellement vers la consommation de masse. Désormais, l’homme contemporain est « prisonnier d’une cage en fer » ( MAX WEBER) et il se déshumanise ; il s’ensuit une anomie généralisée ( affaiblissement des mécanismes d’intégration harmonieuse) .
2 LA SOCIETE ACTUELLE EST DOMINEE PAR L’ECHANGE DE SIGNES FLOTTANTS, CAUSE DE FRUSTRATIONS ET D’IMPUISSANCE
la société est dominée par la production et l’échange de signes « flottants » :
Les excès des messages et l’ambiguïté des images ont, selon BAUDRILLARD, construit un monde de simulacres, susceptibles de prendre toutes sortes de significations. Cette diversité n’est pas un facteur de liberté mais plutôt un piège dans lequel les acteurs sociaux sont englués : dans un monde de simulacres, la défiance et le doute sont partout : plus aucun pouvoir n’est pris au sérieux ; l’action sociale, politique , économique et autres projets communs à long terme sont devenus impossibles.
Désormais la post modernité est devenu un mélange des genres où l’on s’accommode sans doute des différences culturelles de l’autre mais où l’on n’a plus foi au Progrès….on ne peut plus compter sur la vérité ou sur la révolution pour atteindre la liberté et le bonheur ( JEAN FRANCOIS LYOTARD)
Ce tableau pessimiste explique en partie l’indifférence générale et la désertion du champ social et par ailleurs la montée de la violence aux extrêmes.
conclusion
Nous avons vu que les dimensions et les modalités du partage sont variées et qu’un échange se présente sous la forme de don, de troc, d’échange marchand, d’échanges matériels et immatériels.
Les échanges et le partage fondent la société, sur la base de la complémentarité. Ils produisent à long terme un surplus de richesses matérielles, culturelles, artistiques et affectives.
Etre humain signifie partager mais j’ai observé aussi que les frontières de la justice se brouillent quand il s’agit de mieux partager sur la base d’une saine concurrence.. D’où notre effort pour dénoncer les causes des inégalités injustes et montrer l’intérêt que les hommes ont à cohabiter, malgré un tableau un peu pessimiste.
Angelicum 29 juin 2006
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Café Philo à Clermont Ferrand
Le café philosophique de CLERMONT- FERRAND
Historique et activités du café lecture de Clermont
Le grand public a un engouement pour la philosophie que les spécialistes de la philosophie n’ont pas satisfait, comme l’atteste le succès croissant, aussi large qu’inattendu des « cafés philo » , innovés en 1992 par Marc SAUTET dans le café Les Phares à PARIS. Aujourd’hui, presque chaque grande ville compte un café où se retrouve un petit groupe de personnes pour participer librement et gratuitement pendant 2 heures à un débat « philosophique ».
Si je mets des guillemets au mot « philosophique », c’est parce que la question se pose sur la nature de ces débats dans un « café » et qu’il faudra la préciser ; il me semble qu’à CLERMONT ce terme ne soit pas usurpé, malgré l’esprit parfois décalé ou humoristique avec lequel s’expriment certains philosophes de comptoir….
Tout de suite, je précise que le café philo n’est qu’une activité parmi d’autres du Café « les Augustes » situé au 5 rue sous les Augustins, association loi 1901 fondée en octobre 1996 par Christian LAMY qui en est encore le Secrétaire; elle est doublée d’une petite SARL pour la partie commerciale; son budget de fonctionnement est subventionné à un peu moins de 20 % par des fonds publics (DRAC,Cconseil régional, Conseil général, ville de CLERMONT).et sa structure porteuse est le CREFAD (Centre Régional d’Etude et de Formation d’Animation et de Développement), qui est une association d’éducation populaire.
Comme d’autres cafés lectures celui de CLERMONT est avant tout un lieu convivial, un espace d’échange ; il est ouvert 6 jours sur 7 toute l’année ; il offre journaux , revues, livres , et au moins une animation quotidienne, parfois 3, toutes organisées par une centaine de bénévoles, avec une fréquentation en constante progression : c’est ainsi qu’à l’exception d’une légère baisse en 2001/2002, l’établissement est passé de 2280 entrées en 1997/1998 à 33 600 en 2004/2005.
La vie de l’établissement est souvent en effervescence en raison de ses nombreuses activités. Ce sont 50 écrivains accueillis toute l’année et un partenariat avec près de 120 associations, 25 éditeurs, des libraires, des établissements scolaires. C’est récemment la création de 2 nouveaux ateliers de lecteurs : « l’orchestre de lecteurs les Kiliquois » en partenariat avec le « Théâtre des Guetteurs de l’Ombre » et « les conteurs des Augustes ». La structure apporte également son soutien à la naissance du café –lecture de LYON. Une coopération avec d’autres associations qui se concrétise par l’organisation des « Nuits bleu toute la nuit » qui sont en fait des « nuits blanches » du soir au matin consacrées à des débats : nuit de la philo, nuit hispanique, nuit de la lecture, de l’écriture, du théâtre…..
Avant de parler du café philo proprement dit, il faut mentionner les autres activités :
Café santé , café sexo , café sciences, café psycho, café politique, café pédagogique, café polonais, café espagnol, café allemand, café-les mains ( pour les sourds) , café littéraire, café homo, café citoyen, café anglais, café occitan, café spiritualité, « Songo sorongo », café poésie, monde diplomatique, « le vin et le verbe » , jeux, , caf’Contes, bibliothèque ATAC(présentation d’un livre suivi d’un débat), café solfège, café jazz, café tango, atelier ludique d’écriture, et, de façon ponctuelle, soirées musicales et théâtrales.
Le programme des activités figure dans un prospectus bi-mensuel et les actions les plus importantes (soirées musicales, expositions et réception d’écrivains et d’artistes…) font toujours l’objet d’un compte- rendu diffusé à 350/ 400 abonnés dans un bulletin mensuel.
la réception d’écrivains figure en bonne place dans les activités du café lecture ; ils sont invités le plus souvent en soirée avec un temps de présentation et de discussion sur leur œuvre. A titre d’exemple au programme du mois de mai-juin 2006 on apprend la venue de 4 auteurs et réalisateurs :
Stéphane NADAUD qui offre une nouvelle actualité de sa pensée pour son livre Manuel à l’usage de ceux qui veulent réussir leur (anti)Œdipe ; cet auteur avait déjà été invité ici, en mai 2005 pour son précédent livre qui avait constitué la matrice sur laquelle GUATTARI et DELEUZE ont rédigé leur livre phare des années 70 L’Anti-Œdipe……..
Joëlle BASSO est l’invitée du « Songo Sorongo » (un lieu pour détecter comment les cultures se font et se défont ) : elle est l’auteur de Chiens de faïence où elle évoque quelques fragments de son enfance et de son âge adulte …
Pierre BOUVIER auteur du Lien social….
des auteurs de livre de contes……
enfin, quelques réalisateurs de films amateurs..(association Making off).
Enfin, plus loin dans le passé, parmi les rencontres/débats à caractère philosophique, je citerai volontiers quelques écrivains que j’ai vraiment appréciés…..
Gilles A. TIBERGHIEN amitier (Desclée de Brouwer1992)où l’auteur crée un néologisme concernant l’amitié pour désigner non plus seulement un état mais une action ;
Louis MAISONNEUVE, journaliste, pour son livre de vulgarisation scientifique sur le cosmos Notre père qui n’êtes pas aux cieux, (2004) qui nous explique les raisons de sa sympathie pour les théories de TEILHARD de CHARDIN ;
Vinciane DESPRET Ces émotions qui nous fabriquent (2004) qui nous invite à prendre conscience des émotions construites par les pratiques sociales et non plus sur des fondements biologiques ……
Le café philo : « un espace pour apprendre et participer avec la rigueur de la philosophie »
Le café philo figure parmi les activités régulières du café lecture avec une séance hebdomadaire, animée à tour de rôle par 2 animateurs bénévoles au moins (2 jeunes professeurs); au fil du temps, à ce « noyau dur », sont venus s’ajouter d’autres animateurs, dont l’auteur de ces lignes …..
La fonction d’animateur ne confère aucun « droit » sur un public qui entre dans un lieu d’accès libre et gratuit, sans obligation d’assiduité ni même de participation active ; le « territoire » appartient autant aux participants qu’à l’animateur. Le tutoiement est de règle, sauf pour les personnes âgées……
L’animateur doit ménager les susceptibilités aussi bien celle de l’intervenant à qui il ne doit pas faire « perdre la face » , que celle de l’assistance qui souhaite que l’animateur ne fasse pas preuve de trop d’autorité vis à vis d’un participant, même agaçant .
Les sujets sont publiés à l’avance, sauf exception ; les thèmes sont variés ( voir en annexe les sujets traités depuis 5 ans ). A chaque premier vendredi du mois, l’explication porte le plus souvent sur un auteur (ARISTOTE , PLATON , AUGUSTIN, PASCAL, LEIBNIZ, KANT, JASPERS , HUSSERL, HEIDEGGER, RAWLS, ARENDT, RICOEUR….).Les autres sujets sont libellés sous la forme d’une question ; s’il s’agit de notions , l’animateur prendra le soin ensuite dans son exposé introductif, de les transformer en « problèmes ».
Une soirée au café philo commence donc par un exposé préliminaire où sont d’abord abordées des explications sur le sens des mots … on en vient ensuite à la thèse et à l’antithèse, similitudes, différences, ou encore à la genèse des concepts évoqués, à leur structure et enfin à leur valeur. (L’animateur cherche à développer un « plan » qui soit autant que possible à la fois descriptif et dynamique..) ….…Puis on en vient au débat avec un public qui compte entre 15 et 40 participants environ par séance ; je précise que ce public est toujours constitué de jeunes et de moins jeunes et forme un brassage générationnel… qui évidemment favorise la richesse des débats ; cependant, les questions du public ne se suivent pas dans un ordre logique et on constate que certains, quel que soit le sujet débattu, parviennent à chaque séance à affirmer leur credo.
Durant les nocturnes de la philo , le débat s’instaure même entre les animateurs qui sont tous réunis et qui font découvrir ainsi à cette occasion, aux autres participants leurs convictions profondes. C’est ainsi par exemple que récemment durant la longue nuit consacrée à « penser avec KANT », je me suis élevé contre KANT, compte tenu de mes convictions thomistes…avec à l’appui distribution d’un résumé de mes arguments pour contrecarrer les documents distribués par mes « collègues »…. Une façon de nous enrichir de nos différences…..
C’est à l’animateur qu’incombe la tache de recentrer les différents propos sur le sujet de départ, d’élever le débat ou au contraire de le ramener à un niveau convenable s’il s’élève à des hauteurs d’abstraction où plus personne ne suit, de l’ouvrir sur de nouvelles pistes de réflexions s’il tourne en rond…..
Bien entendu il n’y a jamais de conclusion nette. C’est à l’animateur qu’il revient de clore la séance sous la forme d’une tentative de synthèse des idées qui ont été exprimées. En réalité, c’est le public qui a le mot de la fin. S’il est pleinement satisfait, il lui arrive d’applaudir….c’est une façon pour lui de remercier l’animateur mais aussi de dire le contentement ressenti parce qu’on lui a permis de s’exprimer sur des sujets réputés réservés aux « spécialistes » ; c’est là à mes yeux qu’il faut chercher la réussite et l’engouement pour cette activité.
En conclusion, il faut répéter que la philosophie est l’affaire de tous : pour avoir une idée de ce qu’ont pu dire les plus grands philosophes, il n’est pas indispensable d’avoir fait dix ans de grec ou de latin……
Le café philo inaugure une nouvelle parole. Dans une société désorientée par les enjeux de la mondialisation, dans un univers décentré et excentrique, le café philo apparaît comme un lieu propice pour évoquer quelques pistes sur les fondement de nos valeurs sociales et morales, et peut-être aussi l’occasion de se détacher des « préjugés » et autres illusions. Le « café » permet ainsi à la philosophie de trouver un nouveau public, « un café pour SOCRATE ! ».
Dominique CREPIN, animateur bénévole
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ANNEXE : relevé sur 5 ans de la presque totalité des sujets proposés ( sur la liste sont absents aussi tous les auteurs anciens ou modernes qui ont fait l’objet d’un commentaire de texte détaillé)
Année 2001
à la rencontre d’Hannah ARENDT, l’essentiel est-il invisible à nos yeux ?, pourquoi travailler ? le travail justifie la propriété ? le travail aliène t-il ? comment vaincre la mort ? la mort dans l’âme, philosopher c’est apprendre à mourir, la maîtrise de soi, l’éthique peut-elle aider l’action ? l’exigence de justice a t-elle sa place dans les rapports économiques ? image et langage, la haine de la raison, penser l’inégalité, la mondialisation, les pouvoirs de la philosophie , philosophie et psychologie, philosophie et vérité, l’utilité des prisons, les fondements de la religion, les finalités de la religion, quelle critique peut-on adresser à la religion ? vivre 100 ans, la sociabilité, la socialisation, pourquoi étudier la société?
Année 2002
la puissance de la technique, le pardon, le médiat et l’immédiat, la tentation, qu’est ce qu’une question philosophique ? percevoir et concevoir, l’expérience, qu’est ce qu’un problème philosophique ? s’engager et résister, raison humaine raison des choses, les limites de la rationalité, soi c’est l’autre, vivre en citoyen, les limites du pouvoir de l’état, Quodlibet ( question choisie par le public au début de la séance : le silence), Cycle LEIBNIZ , renoncer à la vie peut-il constituer un acte libre ? la liberté existe elle ? la parole est-elle un pouvoir ? l’absurde : mythe ou réalité ?
Année 2003
le désir amoureux, « connais toi et tu connaîtras les dieux, les autres et l’univers », le désordre amoureux, la démarche philosophique : pourquoi faire ? l’amour peut-il contribuer à donner un sens à chacun ? morale et politique (avec 3 animateurs), les droits de l’homme : évidence ou problème? penser avec J. RAWLS (avec 2 animateurs), suffit il de savoir pour pouvoir ? y a-t-il de l’indémontrable ? la communication et l’accord des esprits, la solidarité, liberté et propriété, la piètre condition de l’homme moderne ( réflexions avec 2 animateurs sur le livre de H. ARENDT ), politique et religion, humour et ironie.
Année 2004
qu’est ce qu’une vie proprement humaine ? quelles ficelles pour nouer, dénouer nos idées philosophiques ?la croyance en Dieu est-elle une entrave à la liberté humaine ? faut-il avoir peur du regard d’autrui ? dans l’action est-ce l’intention qui compte ? qu’est ce qu’une image ? individu et société, l’imagination, dans quelle mesure le citoyen est-il libre ? musique et peinture, que signifie la réalité ? l’imagination, concevoir le temps, une éthique de la pensée ? comment concilier l’obéissance et la liberté ? qu’est ce qui permet de dire d’un pouvoir qu’il est légitime ? la jalousie, l’intérêt est-il l’unique lien social ? l’interprétation de la loi, l’éducation morale, le juste et le bien, la force des émotions.
Année 2005
bonheur et bienveillance, les sciences sont elles en crise ? (HUSSERL, la crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale), la propriété : le propre et l’appropriation chez LOCKE dans le traité du gouvernement civil, penser avec TOCQUEVILLE (avec 2 animateurs), valeur des Confessions de ST AUGUSTIN, la cité de Dieu de ST AUGUSTIN, la propriété :l’espace politique et social, quelques exemple de collaboration réussie entre littérature et philosophie, qu’est ce qu’une anthropologie ? l’inconstance, politique et religion, la scolastique est-elle une faillite ?, faut-il éviter les querelles de mots ? qu’est ce que la métaphysique ? la pensée de KANT , PLOTIN ou l’enchantement du monde, la querelle des universaux et ses prolongements scientifiques actuels, l’eugénisme et la science, Quodlibet (question choisie par le public au début de la séance : la mort), HEIDEGGER, l’éthique comme philosophie première pour Emmanuel LEVINAS.
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