06.09.2006
La musique est elle un langage ?
Café philo du 30 juin 2006
LA MUSIQUE EST-ELLE UN LANGAGE ?
PLAN
I Différences entre musique et langage des mots
II Cependant, la musique est un langage
INTRODUCTION : En quoi la musique est-elle un langage signifiant ?
Difficulté à parler de la musique : un art très rebelle aux concepts ; on «n’entend» pas un pianiste comme on "écoute » un conférencier et pourtant en musique ne parle t on pas de « phrase » musicale? Jusqu’où peut-on filer la métaphore ? En quoi le sens musical ressemble t il à celui du langage des mots? et en quoi est-il différent et peut-être supérieur?
Il semble qu’il y ait bien communication mais de quoi ? Entre le compositeur , l’interprète et l’auditeur s’instaure une communication qui permet la transmission d’affects et peut-être davantage….. mais en musique il ne s’agit sans doute pas d’une transmission de purs concepts qui à la rigueur pourraient faire l’objet d’un texte, comme pourrait le faire le conférencier, si au dernier moment, il souhaitait remplacer sa conférence par un support polycop. En quoi la musique est-elle un langage signifiant ?
I ° partie : Différences entre musique et langage des mots
Un première DIFFERENCE : musique et paroles ont des fonctions différentes :
La musique ne possède pas les fonctions et les propriétés du langage des mots :
sa définition lui assigne une fonction principale : combiner des sons agréables pour l’oreille.
La musique a pour but principal de procurer du plaisir : un art apparemment dépourvu de toute intention descriptive (EXEMPLE le chanteur occasionnel dans sa salle de bain ne cherche pas à communiquer avec ses voisins.. mais il souhaite se faire plaisir). Cependant, ce plaisir n’est pas produit arbitrairement ; il est donc pertinent de se poser le problème de l’existence d’une éventuelle sémantique musicale : la musique n’est elle qu’un langage qui se limite à se signifier lui-même ou au contraire, comme pour les romantiques, est-elle dotée d’une intention narrative ?(EXEMPLES : le développement de « l’idée fixe »dans BERLIOZ ; le leitmotiv wagnérien ou debussyste)
Dans le langage des mots (qui est un mélange de sons articulés et de sens ), l’intention première est de transmettre une information, un désir, un ordre :….une fonction principalement locutoire (référence métalinguistique à une réalité et à une représentation extérieure au langage ) et dans une moindre mesure illocutoire ( informer sur la situation de celui qui parle)……
2 un deuxiéme différence : à l’opposé du langage des mots, la musique « semble » totalement équivoque :
Comme la musique n’est pas articulée, elle ne peut pas exprimer des concepts précis. Malgré les apparences ( « dites le avec des chansons »), la musique semble incapable d’exprimer explicitement des idées ou des ordres, contrairement au langage articulé où le locuteur peut émettre des phrases avec un sens univoque directement compréhensible;
CONSEQUENCE : expression inexpressive et inexpression expressive de la musique: (JANKELEVITCH)
un même texte semble se prêter à une infinité de musiques radicalement imprévisibles et différentes :
EXEMPLES
Clair de lune de FAURE, DEBUSSY,BEETHOVEN, SAINT SAENS…
Inversement : une même musique semble renvoyer à une infinité de textes possibles :
Exemples: Dans la musique de ROSSINI, pour l’auditeur démuni de livret d’opéra, il ne peut pas faire de différence entre les scènes de tempêtes, d’incendies, d’émeutes.
Exemple: BEETHOVEN la sonate N°31 la bémol majeur op 110 la bémol majeur : plaquer n’importe quelle parole loufoque sur la mélodie……« ist das ein Kartofeln ? Ja, das ist ein Kartofeln…… »
Fait-il affirmer pour autant que la musique est totalement équivoque ?
Exemple: Si l’auditeur n’a pas connaissance du sous-titre « jeux de vagues », dans La mer de DEBUSSY, pense-t-il nécessairement à la mer ?
Ce qui nourrit la thèse de l’équivocité totale de la musique, c’est son faible pouvoir de représentation, contrairement au langage articulé.
En outre, on observe que les exemples de musique imitative sont peu nombreux et que la musique plaît indépendamment de toute imitation et quand elle souhaite se faire descriptive, elle imite mais mal :
Exemples d’imitations :
Imitations des bruits de la nature :
Exemple: L’atmosphère champêtre chez BEETHOVEN
Exemple: Le chant des oiseaux de JANNEQUIN ; la gente ailée chez OLIVIER MESSIAEN
RIMSKI - KORSAKOV le vol du bourdon
LAKME vocalise de l’air des clochettes
Imitations d’entretiens fictifs :
Exemple: SCHUMANN « le poète parle » (extrait des scènes d’enfants)
Exemple: RAVEL Ma mère l’Oye
Evocations de « faits de vie » :
Exemple: Le caquet des commères de JANNEQUIN ; la chasse de LISZT (transcription d’une étude de PAGANINI) ….
3°me différence : les structures du langage et celles de la musique n’ont que des similitudes superficielles :
En effet, langage et musique se déroulent dans le temps et reposent donc sur une organisation séquentielle impliquant plusieurs niveaux:
langage : niveaux orthographiques, phonologiques, prosodique, sémantique ( mettre un nom sur…), syntaxique et pragmatique.
musique : niveaux de notations musicales, rythmique, harmonique ;
d’où une comparaison possible entre sémantique du langage et mélodie:
Sur cette base commune, on a comparé la violation des règles dans le langage et dans la musique: autrement dit, comparer la perception d’une incohérence grammaticale ou sémantique et la perception d’une fausse note.
De récentes expériences en neuro-sciences semblent montrer que cette base ne constitue qu’une analogie de surface : en effet, l’analyse du cerveau au scanner montre que les mots sémantiquement non-congruents activent la zone (N 400 ); dans la perception musicale, les notes incongruentes ( « fausse notes »)activent une zone différente du cerveau (P600)
conclusion « scientifique » : pas d’identité entre perception musicale et langagière en matière de signification congruente
4° : en musique la répétition n’est pas une incohérence:
Pour la musique, la répétition devient un procédé courant ; elle est un non sens dans le langage. Cela explique que la répétition est perçue comme incongrue dans la prose (sauf en poésie ( musique des mots) ; en musique elle devient une source de plaisir et même un procédé courant. ( se pose aussi l’origine de cet universel musical)
La répétition d’un motif déclenche l’émotion : un procédé employé avec plus ou moins de subtilité
le da capo est une ravissante surprise, source d’un plaisir inépuisable
Exemple dans le rondo , un même refrain alterne avec différents couplets
Exemple: l’écriture canonique
La répétition devient un progrès même lorsqu’elle est obsessionnelle :
Exemple: Le boléro de RAVEL 1928 : une des œuvre les plus jouée au XX° siècle, 17 minutes d’un long crescendo.
Une mélodie hyspano-arabe mais bien tonale , d’une structure « simple » , avec un « sens unique » proche d’une certaine transe : un sens qui se dévoile par la répétition qui est la mise en transe ;
Autre exemple : Erik SATIE
Autres procédés musicaux en rapport avec la répétition : la variation et l’ornementation
LA VARIATION : La variation est un équilibre entre répétition et innovation …..
Exemple: La « musique savante » de BEETHOVEN variation sur une valse de DIABELLI : on oublie la valse ( à 3 temps) qui sert de modèle et on lui substitue une variation déjà lointaine ( à 4 temps !) qui elle- même va servir de base à des variations ultérieures…..
Exemple: Le jazz : le musicien dispose d’un stock-standard de variations et d’ornementations mais la « syntaxe » reste libre…..
Autre procédé : L’ornementation… Elle est bien plus qu’un agrément facultatif .
Exemple: 3° Scherzo de CHOPIN: 2 discours qui sont construits de façon indépendante et qui se conjuguent dans l’œuvre
Exemple: La musique chinoise traditionnelle
5° différence : Les mémorisations à court terme des mots et de la musique obéissent à des règles différentes:
Mémoire à court terme (mémoriser à la première écoute une phrase …); pour le langage articulé on connaît le temps maximum d’éléments mémorisables….ce temps demeure encore indéterminé en musique
Exemple: Le plus long thème musical connu (une minute) est situé dans RAVEL concerto en sol
Autre Exemple: Sonate pour piano et violon en la majeur de FRANCK ( commentée par Marcel PROUST : « comme le dialogue plaintif entre un oiseau et un arbre… »..) : le thème est long mais paradoxalement il est moins difficile à mémoriser car il est de style « dialogué » entre 2 instruments : dialogue entre l’oraison qui vient de la terre et les voix qui descendent du ciel…..
2° partie DEBAT: quelle est l’emprise des sons musicaux sur l’expression des sentiments et des idées
De manière analogique, la musique pourrait-elle « dire » sans dire et donner à « voir » et à penser, sans voir ? Certes, cette analogie ne pourrait pas être comprise comme une imitation stricte de la réalité comme nous avons tenté de le prouver précédemment….Et pourtant…..
Reprise du constat d’équivocité de la musique avec 3 conséquences théoriques possibles concernant sa sémantique:
A théorie du formalisme (HANSLICK)
B symbolisme métaphysique (SCHOPENHAUER)
C la musique est une « pensée » archaïque et antérieure au langage des mots
A le formalisme : la musique n’est pas autre chose que de la forme en mouvement
Le contenu de la musique n’est rien d’autre que sa forme, c’est-à-dire sa structure mélodique, harmonique et rythmique : c’est la thèse développée par le critique musical Edouard HANSLICK (1825-1904 contemporain de NIETZSCHE…) du beau dans la musique page 57 « la beauté musicale est spécifiquement musicale, c’est-à-dire qu’elle réside dans la combinaison des sons, sans relation avec une sphère d’idées ».
« La musique est un langage qui n’exprime que lui-même » : un art non signifiant dépourvu de toute intention descriptive. C’est bien là le sort de « la musique pure » :un point de vue repris par STRAVINSKY : «la musique , par son essence , est impuissante à exprimer quoi que ce soit….. si la musique paraît exprimer quelque chose , ce n’est qu’une illusion ;… un élément additionnel que, par convention tacite, nous lui avons prêté, comme une étiquette…. ».
Principale conséquence : dénotation et connotation sont totalement subjectives :
Le flux musical ne signifie en lui-même absolument rien, mais il présente simplement pour moi qui l’écoute, une analogie avec mes sentiments, à savoir le mouvement, l’aspect dynamique, de sorte que, selon l’état dans lequel je me trouve, je plaque sur cette musique ce sentiment que qui provient de mon propre fond ; la musique exprime ce sentiment, sans me rendre compte de cette illusion.
Exemple : La mer de DEBUSSY dénote bien le bruit des vagues mais seul le titre permet de d’attribuer une dimension sémantique à la structure musicale qui possède une signification infinie parce que justement elle n’en possède aucune et se prête à toutes :
La musique n’a pas de dimension sémantique propre.
La musique n’ayant pas de dimension sémantique spécifique, comment peut-on justifier le contraire et invoquer un hypothétique « paramètre musical » dans le domaine de la représentation ?
B le symbolisme : la musique est l’expression de l’essence du monde
Une signification transcendante est inscrite dans la musique qui est l’expression de l’essence du monde
Ce symbolisme métaphysique est développé dans l’esthétique romantique du XIX° siècle : SCHUMANN, LISZT, SCHOPENHAUER, le jeune NIETZSCHE, WAGNER, SCHELLING……
SCHOPENHAUER
SCHOPENHAUER (1788-1860) en est le meilleur représentant: La musique n’ayant pas besoin de mots, elle est langue universelle et coïncide avec l’essence des choses :
La thèse métaphysique centrale de SCHOPENHAUER est que le monde est essentiellement VOLONTE qui se dégrade en REPRESENTATION
Le VOULOIR implique souffrance mais la musique nie le Vouloir grâce à la contemplation.
En effet, la volonté insatiable se déchire elle- même et crée sans cesse de nouvelles souffrances mais il arrive que par ses jeux, l’art musical mieux que les autres arts réussisse à transposer (hinüberspielen) sur le plan de la représentation les mouvements du VOULOIR. Or ce faisant, elle transforme l’univers réel parce qu’elle transforme le sujet connaissant et lui impose l’attitude contemplative. Notre douleur, notre désir égoïste deviennent la douleur, le désir universel. Et nous cessons de souffrir parce que nous cessons de « vouloir » .
La musique est le seul art qui permet le dépassement complet de l’individuation……
La musique n’ayant pas besoin de mots, elle est langue universelle et coïncide avec l’essence des choses : elle est explication du monde : « la musique est la mélodie dont le texte est formé par le monde » leçons philosophiques 1820.
Dans son essence, la musique est comme DIEU… elle voit dans les cœurs. C’est pourquoi elle seule, peut exprimer les mouvements qui forment la texture de l’âme. Comme elle dépasse les idées, elle est indépendante du monde sensible ; elle ne parle pas des choses mais uniquement du bien être et de la douleur, les seules réalités valables pour la VOLONTE : bien être et souffrance constituent par exemple les thèmes de l’amour tragique des opéras y compris ceux de « la mauvaise musique » et autres chansonnettes ( un bouillon cube avec 3 notes) dont Marcel PROUST, défenseur des idées de SCHOPENHAUER, fait paradoxalement l’éloge, dans les Plaisirs et les Jours.
Pour SCHOPENHAUER, la musique exprime aussi la nostalgie d’une unité ineffable; CLEMENT ROSSET interprète ainsi SCHOPENHAUER : la musique signifierait la réapparition d’un thème originel dont la vie serait une perpétuelle répétition ; l’art est la réminiscence obscure, dans un sens très différent du sens platonicien, de ce qui fut, avant le temps, l’origine des répétitions (CLEMENT ROSSET l’esthétique de Schopenhauer ).
La musique a le privilège d’être l’expression quasi- immédiate de la VOLONTE. Celle-ci, imperceptible commence à être perçue dans la note la plus basse que puissent entendre les instruments de musique, la « basse fondamentale » dont le prélude de l’Or du Rhin de WAGNER est une image approchée.
Rappelons que le prélude de l’Or du Rhin commence par le petit grain d’une note grave qui enfle de façon statique progressivement pendant 137 mesures .
Toute l’architecture musicale de SCHOPENHAUER est bâtie sur ce socle analogue à de la matière inerte ; elle a valeur d’analogie concernant les différents degrés de l’être : les voies musicales moyennes expriment le monde végétal et animal, la voie aiguë , porteuse de mélodie manifeste la VOLONTE pleinement consciente de soi que seule possède seule l’humanité.
Chez SCHOPENHAUER « l’architecture » ou échelle des formes musicales est parallèle aux degrés d’objectivation du VOULOIR (le monde comme volonté et comme représentation : paragraphe 52 du Livre II) : le rythme est une forme de la sensibilité pure…..la mélodie est le noyau de la musique; elle est une phrase fermée qui part de la tonique et qui y revient après être passé par la dominante…elle est réconciliation toujours renouvelée de l’élément rythmique et de l’élément harmonique…….
Le charme de la musique ( succession de dissonances et d’accords harmoniques ) suggère la naissance toujours nouvelle des désirs et de leur satisfaction, faisant miroiter à l’homme la réalisation de ses vœux sans jamais la décrire dans son individuation …. : ainsi s’explique l’équivocité apparente de la musique.
Ces théories ont été reprises par WAGNER et le jeune NIETZSCHE (DYONISIOS surmonte l’illusion artistique d’APOLLON pour pénétrer au cœur des choses)
La musique est incarnée par ces 2 polarités qui luttent entre elles. Symbole de ce dualisme : la mort d’ORPHEE qui est déchiré par les ménades de THRACE parce qu’il a dédaigné leurs avances et avec raison, face à ces bacchantes qui sont de véritables furies, ivres de passions…..
L’esthétique de SCHELLING reprend cette thématique, en partie… ( bien que, pour lui, la musique n’occupe pas le premier rang contrairement à SCHOPENHAUER) : la musique naît de la douleur de l’être en lutte avec lui-même ; elle est d’essence tragique et dionysiaque ; une violence avec laquelle la nature cherche à s’arracher elle-même pour se faire esprit. Une divine folie apparaît au moment où jaillit de la profondeur de l’être une liberté créatrice . La Folie d’auto- lacération de la nature est symbolisée dans l’iconographie par le char de DIONYSIOS tiré par des panthères…….
Quelques critiques contre SCHOPENHAUER
CRITIQUES DE BERGSON (1859-1941):
--- l’esthétique de SCHOPENHAUER est trop réductrice : une esthétique qui ne prétend qu’à révéler le monde (théoria) s’oppose à une esthétique qui le transfigure(poésis)
--- il a sous estimé l’importance de la temporalité : pour BERGSON c’est le rythme ( et non la mélodie) qui permet d’accéder au sens…
Sur ce problème métaphysique de la temporalité, la théorie de SCHOPENHAUER s’oppose nettement à celles de ses prédécesseurs, notamment à HEGEL (1770-1831) : pour HEGEL la musique se déploie dans le temps et l’âme doit donc être analysée comme temporelle ; la musique aura donc vocation à représenter plus spécifiquement l’âme humaine mais en contre partie, la musique n’occupera qu’une place intermédiaire et médiocre dans la hiérarchie des arts: en étant plus matérielle que la poésie, elle se situe entre la poésie et la peinture ……
Il conviendrait donc de mieux cerner le statut du temps tel qu’il est suggéré par la musique; mieux que par les mots, la musique permet de comprendre et de « vivre » le temps (dont voici quelques pistes de réflexion …)
C La musique est aussi une « pensée » archaïque et antérieure au langage des mots
Avec le symbolisme métaphysique, nous avons vu que la musique est la structure d’une émotion possible et que son indétermination apparente ne doit pas invoquée comme un obstacle à des projections et à des émotions « objectives » réellement ressenties comme telles par chacun d’entre nous.
D’autres motifs peuvent justifier l’existence d’une sémantique musicale:
1 er argument : il existe des émotions strictement musicales dont nous connaissons les mécanismes (émotions « brutes » immédiatement accessibles)
.
Il existe des émotions spécifiquement musicales : relations directe entre certaines séquence musicales et certains états émotionnels : Les harmonies consonantes sont jugées joyeuses ;
Les harmonies dissonantes sont jugées saisissantes, agitées, énergiques ;
Des pièces jouées en majeur sont jugées joyeuses, vives, gaies ;
Les mêmes jouées en mode mineur sont jugées pathétiques, mélancoliques, plaintives, tristes, notamment avec un tempo plus lent ;
Les pièces jouées dans les tessitures graves sont jugées tristes ou toniques, les mêmes pièces jouées plus haut sont ressenties comme vives et pleines d’humour.
Tierce majeure = plaisir
Quinte, octave = neutralité
Exemple: L’adagio d’ALBINONI peut provoquer la réaction de larmes
Une altération au niveau du mode et du rythme permet de passer d’un registre gai à un registre triste ou inversement( EXEMPLE la marche funébre de CHOPIN jouée de 2 façons différentes…..) ; ce type d’altération permet aussi de passer à un autre genre de musique :
Exemple: Le passage d’une petite musique pour enfant à une musique savante dans le 3°mouvement de la 1° ère symphonie de GUSTAV MALHER:
frère Jacques ( frère MARTIN en allemand) joué en mineur et non plus en majeur, mais MAHLER conserve le canon : avec un ralenti : mouvement lent, grinçant, ironique, très étrange pour l’époque ; une sorte de marche funèbre en ré mineur ; contrebasse avec sourdine , voix suraigu du basson qui provoque une impression d’étrange ; se greffe le chant du coucou sans joie, désolé, triste ; la trompette émet un gros soupir ; les violons sont mélancoliques ; un dialogue entre le violon et le hautbois évoque le lyrisme du souvenir du bonheur passé…..
Impression d’ironie …… volonté de brouiller les frontières entre musique populaire et musique savante, unir le tragique et le vulgaire…
Toutefois, il convient de ne pas confondre sentiment et passion avec le simple plaisir/déplaisir, émerveillement, surprise, tristesse…des émotions « brutes » d’où mon souhait de préciser l’expressivité du langage musical….
2° eme argument : La musique est un langage parce qu’elle est une échographie fidèle du psychisme : la musique a le mérite de représenter ce qui, dans la vie de l’âme, individuelle et collective, échappe à la pensée analytique des mots.
A Cette affirmation semble se vérifier aisément pour la description des grandes passions universelles ( émotions portées à l’extrême) qui sont immédiatement accessibles et qui constituent indiscutablement notre manière d’être au monde:
Dans son admirable livre la musique consolatrice (1944) GEORGES DUHAMEL, cite DUPARC : « Aucun art, plus que la musique n’est propre à exprimer les grandes passions qui agitent l’âme humaine et qui sont les mêmes dans tous les temps et tous les pays… ».
QUELQUES EXEMPLES D’EMOTIONS PUISSANTES ET DE PENSEES « ARCHAÏQUES » EVOQUEES PAR LA MUSIQUE
Exemple: Evoquer l’interrogation par le procédé de la suspension ( commencer une phrase et l’arrêter aussitôt) :
Am grabe de RICHARD WAGNER 1863 de LISZT (piano)
Exemple: Evoquer de façon suggestive l’idée archaïque et ineffable de la vie périlleuse : une fugue de BACH a un coté très élaboré, technique, complexe et en même temps un coté « sauvage » ; c’est l’histoire d’un sujet qui court après un contre sujet qui est rattrapé par le sujet dans une autre voix… et à l’arrivée, dans la fugue il y a un strette, un moment où le sujet se superpose à lui-même dans un moment de resserrement temporel, tout à fait prodigieux…..
On y trouve l’idée de la chasse ( du « sauvage » très civilisé), du danger, d’une situation de péril permanent… « il y a l’idée qu’il faut y arriver… ! »(Bernard SEVE).
AUTRES EXEMPLES ROMANTIQUES et POST-ROMANTIQUES :
BEETHOVEN : les premières notes de la Cinquième Symphonie de BEETHOVEN disent du « destin qui frappe à la porte » ce que nulle autre figure de l’esprit n’a pu mieux dire…….. peut-être trop romantique à mon goût (et aux yeux de CHOPIN qui préférait BACH dénommé par les musicologues « l’ancien testament »)
RAMANINOV « le dernier des romantiques » 3° me concerto morceau riche en émotions à « fleur de piano » avec des vagues émotionnelles incessantes, une musique brûlante avec des tensions chromatiques intenses….
B Qu’en est-il concernant le pouvoir d’expression d’émotions très délicates ? :Sur ce point, il faut donner raison à HANSLICK : nous savons que ces émotions font l’objet de jugements et d’expériences variables pour chacun d’entre nous. Dans ce registre, La musique prend une signification différente pour tel ou tel un individu en fonction de son vécu et de son éducation
EXEMPLE A l’opposé de BEETHOVEN, la musique de MOZART comporte davantage d’émotions très délicates : pour ne pas rayer ce diamant , il faut apprendre à ne pas y mettre trop d’émotion dans son exécution elle-même (Cosi fan tutte : une œuvre à la fois simple et très difficile avec l’amertume et la légèreté du champagne ……)
Ceci explique que beaucoup d’entre nous peuvent trouver la musique de MOZART fade…quoique d’une façon générale la musique de MOZART soit appréciée dans le monde entier ( article de science et vie ……..)
Il me semble que les « connaissances » musicales n’intensifient pas la qualité et la quantité de ce genre d’émotions (je pense aux réflexions de SWANN à l’écoute de « la petite phrase » de VINTEUIL, qui cherche vainement des raisons formelles d’écriture musicale pour expliquer la qualité de son plaisir) ; les personnes qui ont davantage de « savoir » musical ne ressentiront pas des émotions très différentes du néophyte….
Ici encore, la musique a pour vocation à représenter ce qui, dans la vie de l’âme, individuelle et collective, échappe à la pensée analytique des mots.
EXEMPLE l’intermezzo en la majeur op.118 de BRAHMS parvient à dire l’étonnement comme jamais les philosophes ne sont parvenus à dire
EXEMPLE la musique qui chante et qui accompagne GOLAUD à la scène 4 de l’acte III de Pelléas DEBUSSY (« Ah ! Patience, mon Dieu, patience….. ») touche un registre de l’angoisse mieux que ce qu’ont pu montrer beaucoup de pages de la littérature.
3° argument : le chant, l’opéra, le cinéma au secours d’une sémantique musicale
La collaboration merveilleuse et inouïe entre le son et l’image confère un second souffle à la sémantique musicale.
Contre le formalisme de HANSLICK, le critique et théoricien J.J. NATTIEZ argumente en évoquant l’exemple de l’opéra de GLUCK : .: « sans doute, le dynamisme de la mélodie d’ORPHEE « que faro senze Euridice ?» peut convenir aussi bien à l’évocation du malheur que du bonheur, cela ne veut pas dire que la sémantique musicale soit toujours arbitraire : cet air « vivace » ne conviendrait pas à l’expression de la langueur » (la signification comme paramètre musical. )
NATTIEZ poursuit : « Comment ne pas associer Ainsi parlait Zarathoustra de STRAUSS à 2001 de KUBRICH ( caractère transcendantal de la musique pour l’évocation de l’infinité de l’espace), l’adagio de la 5° eme symphonie de MAHLER à Mort à Venise de VISCONTI ? »
Par ailleurs, la musique se fond à un tel point dans le texte et dans l’intrigue que l’on ne sait plus si ce sont les films qui sont associés à la musique ou l’inverse…..
AUTRES EXEMPLES d’associations réussies :
« in the mood for love » film de WONG KAR-WAI, HONGKONG 2000 ; un sommet du glamour, avec le fameux tube jazy, qui est une valse triste rythmant les chassés croisés des voisins de pallier.
EXEMPLE « les oiseaux » de HITCHKOCK : paradoxalement, au début du film, devant la présence silencieuse des corbeaux, le réalisateur crée davantage d’angoisse que ne le ferait le son d’une contrebasse, avec la cantine faussement rassurante des enfants d’une maternelle ….
CONCLUSION
La musique est la structure d’une émotion possible mais j’ai souhaité montrer que son indétermination sémantique n’est pas totale, notamment pour objectiver des émotions « brutes » immédiatement accessibles par tous.
La musique est donc bien un langage mais elle garde tout son mystère infini et inépuisable car chaque musicien nous communique une vision originale de son monde intérieur.
La palette des « régions de l’être » que la musique peut atteindre ne se limite pas au registre de l’âme. Elle concerne la vie et le cosmos tout entiers, même le monde minéral et jusqu’aux espaces intersidéraux.
Elle doit sans doute cette puissance suggestive à son caractère structurellement non figuratif, ainsi qu’à sa nature diachronique, qui lui donne vocation à saisir à la fois les émotions et la pure vie des formes et leurs incessantes métamorphoses.
08:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, langage, blog, philosophie
05.07.2006
Le partage
LE PARTAGE
Le Partage (partager = diviser en éléments qu’on peut distribuer ou échanger ; participer,collaborer; se solidariser)
PLAN PROPOSE:
1 Partager quoi, avec qui, et pourquoi?
2 Comment mieux partager, dans la vie publique et dans la vie privée?
introduction : partager est une nécessité absolue
Le devoir de partage constitue la base des liens économiques, politiques, culturels, sociaux, familiaux et affectifs qui tissent notre vie commune et toute l’organisation du travail :
Une façon d’évoquer ces liens serait de nous pencher sur les applications du partage :
Dans la vie courante, on comprend aisément ce que signifie (partager l’usage de sa langue maternelle), partager un repas , un lit, ou de participer à des taches domestiques, participer à l’éducation des enfants.
L’action de diviser un gâteau , de le distribuer en parts plus ou moins égales est facilement compréhensible ; cette activité devient plus difficile à analyser et à réaliser sur d’autres biens et services plus complexes matériels et immatériels:
QUE PEUT-ON PARTAGER ?
Partage de droits et de libertés fondamentales ( dans la vie publique et dans la vie privée) au regard des droits de l’homme
Partage du travail et des richesses économiques : dans le domaine économique, le « gâteau » pris par chacun conditionne la part de la part de tous les autres
Partage de la cultures et de l’information :
dans le domaine culturel et artistique le désir de partager inspire les créateurs qui font de leur talent, de leur savoir, une offrande qui envahit toute la société ; et plus simplement, dans la vie courante, nous savons bien qu’il faut partager nos émotions et nos sentiments, nos pensées sinon elles meurent …….;
n’oublions pas l’esprit de tolérance qui s’exerce aussi dans le multiculturalisme :
Face à l’existence de minorités étrangères sur la sol national, il me semble que la démocratie doit permettre aussi la libre expression de ces minorités et concilier la vie en commun sans exclusion radicale ; d’où les discussions sur les possibilités « d’un multiculturalisme » qui constitue un axe majeur de réflexion de la sociologie politique. EXEMPLE réussis de l’Espagne…….. des PAYS BAS ( au nom de l’humanisme et l’appartenance à l’l’humanité ..)
POURQUOI PARTAGER et avec qui ?
l’échange est-il toujours conditionné par un intérêt clair à partager ?
S’agit-il de transferts fondés sur la simple réciprocité : donner (une partie )pour recevoir ?
S’agit-il d’un don unilatéral apparemment gratuit, régi par l’altruisme ou par d’autres motivations ?
QUELS SONT LES PRINCIPES DE JUSTICE QUI CONDITIONNENT UN MEILLEUR PARTAGE? Quelles sont les difficultés d’applications de ces principes dans le monde actuel traversé par les turbulences du mondialisme et de la post modernité?
PLAN PROPOSE Analyse du partage sur 2 plans :
1 Les dimensions et les applications du partage : partager quoi, avec qui et pourquoi ?
2 Dans un souci de plus grande justice comment mieux partager ? ( sans avoir ce soir la prétention naïve de changer le monde)
1° partie les dimensions et les applications de la notion de partage
Au niveau mondial : échanges et coopération ( plus les pays commercent et coopèrent, moins il y a de risques de guerres)
A Montée en puissance des échanges et de la coopération dans le secteur international depuis 60 ans : progression des échanges et des collaborations internationales (accords transnationaux, émergence d’organismes supranationaux et de structures non étatiques type ONG) :
au lendemain de la 2° guerre la mise en place progressive de ce qui deviendra la CEE ( marché commun): l’intégration européenne crée un droit communautaire qui étend tous les jours sa compétence à des domaines nouveaux ( la Cour européenne exerce une sorte de contrôle de la constitutionnalité des lois nationales, lorsqu’elle les juge non conformes au traité de ROME….)
- une collaboration internationale accrue : avec la charte de l’ONU en 1945, avec la CEE ( 47 pays participent actuellement aux activités du Conseil de l’Europe dans les domaines de l’Education et de la Culture : 225 langues européennes sont parlées dans les pays membres et plusieurs centaines de langues y sont parlées par les populations migrantes)
- accord du GATT
1989 : la chute du mur de BERLIN a favorisé une nette progression des échanges économiques : 1995 création de l’OMC qui compte 149 états
et sur le plan de la politique internationale à l’ONU, on observe un élargissement du droit de veto
extensions des accords économiques dans le monde : EXEMPLES
ASEAN en Asie,
MERQUANSOUR en AMERIQUE
Accord de CHANGHAI
Progression des ONG ( « les multinationales du cœur »)
B conséquence : une prise de conscience planétaire du problème du partage des ressources du globe
le droit international se mondialise et prend davantage conscience des problèmes planétaires : EXEMPLE comment prévenir les risques de catastrophes naturelles : (réchauffement du climat…défense de l’environnement et de la faune ) ; comment assurer un nouveau « partage » du monde ( droit de pêche…). Le club de ROME en 1972 avait déjà mis en garde la communauté internationale sur l’épuisement des ressources naturelles…..
sur le plan économique mondial, faut-il conclure que l’accroissement des échanges a fait diminuer l’écart entre pays riches et pays pauvres ? ( ici nous restons « partagés » au sens « d’écartelé entre des jugements opposés »)
réponse : les experts s’accordent sur la réduction des disparités entre pays occidentaux grâce aux échanges économiques;
Il y a consensus aussi sur le fait que les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres s’est accentuée jusque vers 1973. Par contre, le diagnostic devient incertain concernant la période récente.
EXEMPLE l’Afrique souffre de pas pouvoir investir dans les technologies nouvelles….. contrairement à l’Asie qui a compris que son évolution économique serait dépendante sur le long terme sur sa capacité à innover….EXEMPLE. TAÏ WAN…..
Au niveau national et régional
Au niveau national : un nouveau style de gouvernance :
La France instaure la décentralisation : transfert de compétences
- transfert de l’exécutif aux collectivités
- extension des pouvoirs économiques des collectivités locales . L’Etat se décharge sur elles des responsabilités onéreuses (bâtiments scolaires, hôpitaux), avec transferts de personnels et de moyens financiers.
un libéralisme qui n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat: abandon de l’Etat Providence…..au profit d’un nouveau style de « gouvernance ».
la coordination à l’échelle gouvernementale devient délicate et complexe :
pour négocier avec les élus sourcilleux de leur légitimité ;
avec une fragmentation des services de l’Etat qui collaborent avec les services régionaux ou généraux correspondants.
Sans doute, la transformation de l’état providence s’accompagne apparemment d’une perte de pouvoir :
Décentralisation ;
Privatisation ;
Fin du dirigisme industriel
Mais le libéralisme n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat :
Prélèvement obligatoires en hausse
Augmentation des agents de l’état
Un domaine d’intervention sans cesse croissant qui explique que la société française n’ait pas « craquée » malgré l’augmentation du chômage……
Au niveau social et économique en EUROPE et en FRANCE: un NOUVEAU PARTAGE entre riches et pauvres
On a d’abord assisté après guerre à une période spectaculaire de la croissance ( « les 30 glorieuses ») en EUROPE avec une réduction sensible des écarts entre les niveaux de vie:
Mais en France, à partir des années 80 ces tendances ont cessées :
Des écarts importants subsistent dans la répartition des biens et des richesses et la séparation nantis/ laissés –pour-compte s’est accentuée
.le bilan social reste complexe :
la répartition de la propriété foncière en France est restée la même …..
en matière de salaires et de pouvoir d’achat on a enregistré une progression globale importante jusqu’en 1995et depuis les disparités ont faiblement évoluées:
resserrement de l’éventail des salaires ; actuellement, le SMIG a augmenté de 18 % en 3 ans
augmentation des revenus des retraites
mais l’écart persiste entre hommes et femmes
le nombre de pauvres n’a pas augmenté (10% de la population française) mais il a changé de catégories…. On assiste à un brouillage des groupes sociaux et à de nouvelles inégalités qui ne sont plus liées à l’absence de patrimoine ou de culture mais aux aléas de la conjoncture : chômage, emplois précaires
l’évolution du droit du travail enregistre une régression : déréglementation dans le secteur privé ;
la protection légale a reculé sur certains points :
-sécurité de l’emploi ( « les entreprises sont devenues des centrifugeuses qui virent les maillons faibles »)
-conditions de travail difficiles
-pouvoirs de licenciement accrus
la protection légale a progressé sur d’autres points :
représentation du personnel
traitement égal des sexes
progression des droits à la formation ( loi de 1971 en France concernant le droit à la formation des salariés)
de façon générale, les inégalités entre hommes et femmes persistent dans de nombreux secteurs ( participation à la vie politique ……….)
la fracture sociale s’accentue au niveau de l’école : ( L’école fait également l’objet d’un bilan complexe : globalement, le niveau « monte » mais l’orthographe baisse) : le partage « démocratique » des connaissances demeure très insuffisant: (analyses de BOURDIEU concernant « les héritiers ».et autres analyses de l’inégalité : accès au capital économique/biens financiers, patrimoine, social/ réseau d’influence, culturel/diplôme, niveau linguistique qui possèdent une forte dimension symbolique .) : un abîme culturel sépare encore les enfants des classes moyennes et les adolescents du sous-prolétariat..
les inégalités par rapport au savoir apparaissent aujourd’hui plus insupportables qu’auparavant : EXEMPLE à l’embauche de personnels dans un super marché…les difficultés de lecture deviennent un obstacle absolu….
LA LUTTE CONTRE LES INEGALITES PASSE PAR L’ETAT DISTRIBUTEUR (allocations chômage ; politique de formation ; politique de la ville) QUI ENCOURAGE LES INITIATIVES LOCALES….
CONCLUSION partielle : En 60 ans notre pays est devenu une France moins inégale mais plus inquiète face à la mondialisation
Famille et sociabilité
Nous savons que la famille est un des premiers ancrages de la sociabilité :
Déjà, dés le rituel du partage du petit déjeuner, la famille formule des mots simples qui expriment les goûts, les peines, les espoirs, les vérités des uns et des autres……des mots aussi qui entretiennent la connivence conjugale.
De façon plus sérieuse,
-----On assiste à un renouveau du partage des taches domestiques et des responsabilités mais en même temps à un bouleversement de la famille qui est devenu un lieu de socialisation plus précaire ( suite à l’émancipation économique et professionnelle de la femme):
nouveau partage des taches :
EXEMPLE actuellement le mari participe aux taches domestiques et à l’éducation
Autrefois, dans les milieux populaires, la fonction du père se limitait à remettre sa paye à son épouse qui assurait la gestion du ménage.
---De même la solidarité intra familiale se poursuit au niveau des grand parents qui gardent les petits enfants et aident financièrement les jeunes ménages
Mais la famille se fragilise : plus actives, plus diplômées , plus autonomes, les femmes se sont affranchies des contraintes les plus pesantes attachées à leur rôle d’épouse et de mère : un des facteurs avec la fragilisation des normes du mariage qui explique la difficulté à vivre en couple …..
Dans le domaine des loisirs le « partage » d’activités communes peut être le moteur de l’amitié
-----Le partage d’activités et de projets communs ( sport, vie associative, loisirs) est souvent l’origine d’une amitié possible….paradoxalement, les enquêtes montrent que l’augmentation récente des célibataires en France ne signifie pas forcément une plus grande solitude : les nouveaux célibataires entretiennent un riche réseaux de relations , téléphonent plus fréquemment que le reste de la population et sortent beaucoup entre amis.
----Toutefois, il convient de remarquer que dans la vie courante partager n’est pas forcément fraterniser ..
Mais vous pardonnerez cette digression avec ce petit éloge du don, qui paradoxalement est aussi un « échange »
Eloge du don : une société qui encourage une universelle concurrence entre les hommes les dispose aussi à placer tout leur bonheur dans leur capacité à consommer. Ce bonheur n ’est-il pas particulièrement fragile ? C’est un bonheur qui suppose une exaltation du désir dont on sait qu’il est souffrance aussi bien que jouissance à travers l’expérience du manque qui lui est consubstantiel. De plus, ce bonheur se met à la merci de circonstances qui ne sont jamais absolument maîtrisables ( chômage, faillite…). Le don qui ne vise à rien d’autre qu’au don est bien sûr une forme d’échange, mais ce qui est échangé c’est de l’être et non de l’avoir. Il s’agit d’un « supplément d’être » dont l’obtention ne dépend que de nous et dont la permanence nous est garantie par l’estime de soi que personne ne peut nous arracher.
L’impératif du partage demeurera toujours en butte à « l’insociable sociabilité » (KANT) de l’homme
Les français prennent plaisir à violer quotidiennement les règles de la vie commune : nous ne respectons pas le code de la route, nous essayons de resquiller dans les files d’attentes et d’échapper au fisc ; la désobéissance civique est en nette progression ( EXEMPLE fauchage de champs d’O G M.)
2° partie : propositions pour inciter à mieux partager
Je n’ai pas de recettes miracles à proposer pour imposer la solidarité et préserver la cohésion sociale ; je ne prétends pas non plus changer le monde ce soir.
D’éventuelles propositions nécessiteraient un diagnostic préalable sur les ambivalences de la modernité: thème de la dissolution du lien social
Dans nos sociétés à prétention « démocratique », le thème de la dissolution du lien social (anomie) a d’abord été analysé par TOCQUEVILLE ; cette dissolution s’est accentuée avec les effets de la post modernité
1 L’IDEOLOGIE DE LA MODERNITE VUE PAR TOCQUEVILLE et WEBER et ses conséquences : une anomie généralisée :
Le développement de la démocratie s’est d’abord développé par une marche vers la liberté et l’égalité après « la guerre des classes » qui a été le principal ressort de la Révolution française.
Mais à la suite à la disparition des relations hiérarchiques antérieures, il y a eu aussi « atomisation » : comment faire tenir ensemble une société désormais composée d’individus autonomes ? « l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part ».
Pour lutter contre cette tendance centrifuge, le monde moderne a développé des agrégations communautaires et sociétaires dont les concepts fondateurs sont notamment :
L’ECOLE : elle véhicule une morale républicaine et un nouvel art de vivre ensemble
LES SYSTEMES DE PROTECTION SOCIALE et L’ETAT PROVIDENCE : une solidarité entre les membres de la société qui n’est plus directe ou personnelle mais qui passe par des formes institutionnelles et administratives.
MAX WEBER A PRÉDIT LES DÉSENCHANTEMENTS DE LA POSTMODERNITÉ :
La dialectique de la socialisation /désocialisation est encore davantage perceptible dans les effets de la post-modernité :
Les droits de l’Homme, fondement de la démocratie moderne, ont d’abord été vivement critiqués et dénoncés par « les maîtres du soupçon ». MARX dénonce sous l’apparente neutralité des textes fondateurs , la consécration des droits de la propriété et un Etat au services des classes dominantes.
De même, MAX WEBER décèle derrière la proclamation des grands principes démocratiques la domination d’une minorité sur la majorité : ses disciples mettront en évidence « la loi d’airain de l’oligarchie », montrant comment les grands partis politiques et les syndicats eux-mêmes finissent progressivement par être dirigés par une minorité de dirigeants professionnels qui prétendent parler au nom de la base militante.
L’instabilité de nos sociétés modernes s’est dangereusement accentuée à la fois par une rationalisation excessive et par une perte de repères:
la rationalisation des activités humaines est une trait dominant de la modernité. Elle a décuplée de nos jours avec l’hyper-spécialisation du savoir et du travail tournée essentiellement vers la consommation de masse. Désormais, l’homme contemporain est « prisonnier d’une cage en fer » ( MAX WEBER) et il se déshumanise ; il s’ensuit une anomie généralisée ( affaiblissement des mécanismes d’intégration harmonieuse) .
2 LA SOCIETE ACTUELLE EST DOMINEE PAR L’ECHANGE DE SIGNES FLOTTANTS, CAUSE DE FRUSTRATIONS ET D’IMPUISSANCE
la société est dominée par la production et l’échange de signes « flottants » :
Les excès des messages et l’ambiguïté des images ont, selon BAUDRILLARD, construit un monde de simulacres, susceptibles de prendre toutes sortes de significations. Cette diversité n’est pas un facteur de liberté mais plutôt un piège dans lequel les acteurs sociaux sont englués : dans un monde de simulacres, la défiance et le doute sont partout : plus aucun pouvoir n’est pris au sérieux ; l’action sociale, politique , économique et autres projets communs à long terme sont devenus impossibles.
Désormais la post modernité est devenu un mélange des genres où l’on s’accommode sans doute des différences culturelles de l’autre mais où l’on n’a plus foi au Progrès….on ne peut plus compter sur la vérité ou sur la révolution pour atteindre la liberté et le bonheur ( JEAN FRANCOIS LYOTARD)
Ce tableau pessimiste explique en partie l’indifférence générale et la désertion du champ social et par ailleurs la montée de la violence aux extrêmes.
conclusion
Nous avons vu que les dimensions et les modalités du partage sont variées et qu’un échange se présente sous la forme de don, de troc, d’échange marchand, d’échanges matériels et immatériels.
Les échanges et le partage fondent la société, sur la base de la complémentarité. Ils produisent à long terme un surplus de richesses matérielles, culturelles, artistiques et affectives.
Etre humain signifie partager mais j’ai observé aussi que les frontières de la justice se brouillent quand il s’agit de mieux partager sur la base d’une saine concurrence.. D’où notre effort pour dénoncer les causes des inégalités injustes et montrer l’intérêt que les hommes ont à cohabiter, malgré un tableau un peu pessimiste.
Angelicum 29 juin 2006
17:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : partage, blog, arimaj, philo, philosophie, Angelicum,
13.02.2006
La querelle des Universaux au Moyen Age
PLAN proposé :
I le problème des universaux
II les solutions proposées et ses conséquences durant les trois périodes du moyen âge
III quelques retombées de ce débat dans le monde scientifique actuel
I L’étude des universaux pose le problème de la valeur de la connaissance conceptuelle
Il s’agit de 5 concepts ( genre, espèce, différence, propre, accident) qui sont les modes généraux d’attributions. Leur étude fait partie de la seule logique lorsque ces prédicables sont considérés du point de vue de l’extension (ensemble des sujets auxquels l’idée convient) EXEMPLE « l’arbre » du néo-platonicien PORPHYRE de la fin du III° siècle ; leur étude devient intéressante dés que l’on prétend restituer ces représentations aux objets concrets par un jugement de type compréhensif (ensemble des éléments dont une idée se compose EXEMPLE l’homme est vivant, animal, raisonnable): ces concepts sont-ils ou non des éléments ayant un fondement direct dans les choses?. Ces prédicables sont-ils applicables aux dogmes et mystères de la religion ? Les problèmes deviennent alors métaphysiques et théologiques.
La question des universaux avait été posée sans réponse par PORPHYRE dans son introduction (Isagoge) aux Catégories d’ARISTOTE :
« Les espèces et les genres existent ils dans la nature en tant que choses réelles ou n’existent-ils qu’à titre de pensées dans notre esprit ?
S’ils existent hors de nous sont corporels ou incorporels ?
Existent-ils séparés des objets sensibles ou dans les objets mêmes ? »
BOECE (480-524), considéré comme le dernier des romains et le premier scolastique, avait rouvert et commenté ce dossier avec 2 attitudes seulement à son époque:
Attitude ante rem (réalisme): proche de PLATON et SAINT AUGUSTIN : les essences (idées et universaux ) sont des êtres réels puisque l’intelligence les connaît ; mais l’intelligence ne saurait les percevoir directement dans le sensible qui est singulier et soumis au devenir, il faut admettre que les universaux subsistent dans un monde intelligible,
Attitude post rem (Une attitude très peu admise avant le XII° siècle): les abstracta élaborés par notre esprit n’ont pas de portée ontologique mais seulement une fonction utilitaire ; ils ne sont que de simples mots pour désigner des collections d’individus (nominalisme)..
Grâce à BOECE, pendant des siècles byzantins , juifs , arabes et latins d’occident apprirent la même logique et la même ontologie rudimentaire, comprenant l’arbre de PORPHYRE jusqu’au début du XIII , date à la quelle la totalité des œuvres du STAGIRITE sera enfin totalement traduite et diffusée en Occident, une découverte qui par la suite permettra de proposer des solutions plus complexes.
II les querelles du Moyen Age
1° La querelle durant la période de la « première scolastique »
A ) ROSCELIN (1050-1121), chanoine de COMPIEGNE souleva le premier la querelle, lorsqu’il eu l’imprudence d’appliquer la théorie nominaliste au dogme de la TRINITE : les 3 personnes ne sont que 3 aspects sous lesquels l’idée de DIEU se présente à l’esprit et par conséquent la TRINITE n’était qu’une abstraction, n’ayant aucune réalité réelle hors de l’esprit : « on pourrait dire vraiment qu’il y a 3 dieux si l’usage le permettait ».
Il fut donc anathématisé par le concile de SOISSONS en 1092 et aussitôt le nominalisme devint suspect au point d’être considéré incompatible avec l’orthodoxie religieuse.
ROSCELIN eut pour adversaire GUILLAUME DE CHAMPEAUX et le célèbre ANSELME,( 1033-1109) futur archevêque de CANTORBERY. Le réalisme régna sans conteste avec l’Ecole de CHARTRES (1124-1130)…..
B) la position ante rem appliquée à la théologie fut attaquée à son tour par d’AMAURY DE CHARTRES et par ABELARD :
C’est ainsi que AMAURY critique GUILLAUME DE CHAMPEAUX en tirant toutes les conséquences du réalisme de ce théologien qui, selon lui, mène au panthéisme (du même genre plus tard que celui de GIORDANO BRUNO et de SPINOZA), lequel absorbe toutes choses dans l’être infini et risque ainsi de déprécier la solidité concrète de la Création . AMAURY souhaite montrer au contraire l’irréductible originalité de l’âme individuelle et l’éminente valeur du rapport à autrui qui est bien plus qu’une simple participation aux monde des idées….
ABELARD (1079-1142) un auteur non moins illustre tentera de définir une voie moyenne : les idées générales ne sont ni des types , ni de simples mots mais des conceptions de l’esprit (conceptualisme) qui n’ont qu’une existence subjective. Le conceptualisme s’avère en fait un nominalisme modéré. Il sera donc à son tour condamné au concile de SENS , accusé à tort par saint BERNARD de comprendre la TRINITE comme un arien, la grâce comme un pélagien, et la Personne du CHRIST comme un nestorien….
C) retour au fidéisme et au mysticisme ( BERNARD DE CLAIRVAUX : « il y a plus de choses à apprendre sous les roches et les arbres que dans les livres ») :
L’application excessive de la dialectique en matière religieuse risque de compromettre la foi, en versant dans l’hérésie (BERANGER, ROSCELIN, ABELARD). On observe alors chez certains la même réaction de défiance que celle jadis des Simpliciores de l’Eglise primitive. Pierre DAMIEN au milieu du XI me siècle fulmine contre les excès des dialecticiens. De même, le pape GREGOIRE IX déclare que les théologiens ne doivent délaisser les disciplines ecclésiastiques au profit des sciences séculières : La philosophie ne doit pas être la maîtresse (comme pour BERANGER DE TOUR mort en 1088) , ni la servante maîtresse ( comme pour ANSELME et ABELARD) mais la captive de la théologie (philosophia ancilla theologiae).
2° La querelle durant la période de la haute scolastique.
A) quelques précisions historiques :
Jusqu’au XII° siècle, le monde intellectuel avait vécu sous un régime intellectuel théologique :
Il n’existait que des écoles de sciences sacrés étudiant la sacra pagina (écrits inspirés), quelques écoles de droit et de médecine, des écoles d’arts libéraux : à part la logique, 7°me des arts libéraux, la philosophie était absent de ses programme scolaires.( on ne connaît guère à cette époque, qu’une partie de l’Organon d’ARISTOTE.)
A partir du milieu du XII° siècle, l’invasion massive de la philosophie païenne provoque une crise intellectuelle sans précédent. Au début du XIII° me siècle, la diffusion de l’œuvre complète d’ARISTOTE se fait par des traductions venues d’ESPAGNE, de SICILE, d’ITALIE ; son œuvre immense apparut comme la somme des connaissances humaines auxquelles l’esprit humain peut accéder par ses propres forces ;
B) SAINT THOMAS (1225-1274), rompt avec les hésitations de ses contemporains néo platoniciens et même avec son maître ALBERT DE COLOGNE ; il estime que la métaphysique aristotélicienne qui développe un réalisme modéré (l’idée trouve sa source dans la réalité sensible ), est prédestinée à la justification rationnelle du dogme :
Mais un aristotélisme intégral ne saurait satisfaire aucun chrétien. Aussi, il perfectionne les distinctions aristotéliciennes (substance/accident, acte/puissance), en y appliquant les notions essence/existence, déjà découvertes par les néoplatoniciens: l’ensemble formera alors la théorie de la distinction réelle entre l’essence et l’existence et de son inséparabilité . .
Cette théorie qui est la clé de voûte de la métaphysique thomiste aura pour conséquence d’opérer la distinction entre universel logique et universel métaphysique ( universel réflexe, universel direct), et la distinction entre concept formel et concept objectif : le même esse se trouve exercée, sous des modes différents, dans la nature et dans l’esprit. Le couple substance/accident, ainsi complété, permet de mieux admettre par EXEMPLE :
- le mystère de l’EUCHARISTIE transsubstantiation des espèces consacrées sous la permanence des accidents sensibles du pain et du vin ;
- en anthropologie, la distinction réelle entre âme et facultés, et la nature individuelle de l’intellect agent ( contre AVERROES 1125- 1196).
Toutefois, au moyen âge l’école thomiste ne sera jamais majoritaire, pour des raisons historiques : la menace d’excommunication qui accompagna le décret de 1277 freina le progrès du thomisme à PARIS en raison de la confusion de ses thèses avec celles de l’aristotélisme hétérodoxe comme celui de SIGER DE BRABANT(1220-1196) qui professe la théorie de « la double vérité » et surtout à cause du raz de marée du nominalisme au XIV° me siècle. Comme le dit E. GILSON « ce solitaire n’a pas écrit pour son siècle, mais il avait le temps pour lui »…..la « Philosophie Perennis » du Docteur Angélique deviendra la philosophie officielle de l’Eglise dans l’Encyclique de LEON XIII Aeterni Patris du 4 août 1879.En attendant, le Docteur Angélique, trouvera son apothéose au Paradis de la Divine Comédie, où il préside la couronne des Douze Sages du 4eme ciel….
3° Le nominalisme durant la période de la « scolastique tardive » et ses conséquences : la philosophie cesse tout à fait d’être la servante de la théologie et devient autonome :
A) les nominalistes font leur véritable apparition au XIII eme siécle avec le franciscain Guillaume d’OCKHAM (1300-1350) dénommé le « docteur irréfragable » (appelé à OXFORD Venerabilis Inceptor Nominalium). Ensuite, il est suivi dés le XIV eme, par la plupart des maîtres de l’Université de PARIS et de l’Université d’OXFORD, notamment :
DURAND DE SAINT POURCAIN, NICOLAS D’AUTRECOURT, BURRIDAN de BETHUNE, NICOLAS ORESME.
Ils rejettent le réalisme des universaux ou l’existence in re des idées abstraites par une série d’objections:
Rejet des universaux en DIEU : ( existence ante rem) : comment concilier la pluralité des idées avec la simplicité de l’essence divine ?
Rejet des universaux ( in re) : en raison de la convertibilité de l’être et de l’un , si l’universel existe hors de notre esprit, il devrait être unique de son espèce : comment l’essence humaine pourrait elle exister distributivement chez tous les individus de l’espèce humaine ?( ils rejettent aussi la théorie thomiste de l’individuation et des formes substantielles) .
B la doctrine d’OCKHAM et ses conséquences : son empirisme et sa théorie du terminisme ruinent le réalisme :
- OCKHAM distingue la connaissance intuitive ( connaissance claire et singulière) de la connaissance abstraite
( connaissance confuse) EXEMPLE « Socrate est un homme » n’est qu’une superpositions de photographies. L’intuition porte seulement sur le quia ( jugement d’existence des vérités empiriques) et non sur le propter quid (comprendre la raison des choses).
- IL s’oppose à saint THOMAS en refusant l’universel direct dont SAINT THOMAS faisait l’objet propre de l’intelligence humaine. Pour lui, l’universel dans l’esprit ne fait que suppléer les réalités singulières de l’expérience : l’objet immédiat de l’esprit n’est pas la chose même mais ce qui « supplée » pour elle ; la réalité extra-mentale devient un objet indirect, le terme d’une inférence (terminisme).
- conséquences : plus de place à la métaphysique ; la philosophie se réduit alors à la physique et à la logique , elle cesse d’être la servante de la théologie. Avec OCKHAM, réapparaissent la théorie averroïste de la double VERITE et le renforcement du fidéisme.
En 1339, la faculté es Arts de PARIS interdit d’alléguer les opinions des savants d’OXFORD dans les leçons et disputes. En dépit de ces condamnations et de celle du pape CLEMENT VI en 1346, l’ockhamisme passe d’OXFORD à PARIS puis à PADOUE, à HEIDELBERG puis à TUBINGEN.
III quelques aspects de ce débat dans le monde scientifiqueA)un premier débat pour ou contre le nominalisme scientifique dans la période 1860/1910 :
A cette époque certains savants s’interrogent sur les fondements, les méthodes, les limites, de leurs disciplines
( MACH, HELMHOLTZ, DUHEM, POINCARE, LEROY).
Pour les partisans du nominalisme scientifique la science est un simple construction de l’esprit, reposant sur des conventions commodes, dont la valeur est purement instrumentale, sans qu’elle puisse prétendre décrire la nature réelle des objets auxquels elle s’applique.
Parmi les grandes figures de la philosophie des sciences qui défendent cette thèse, on peut citer Pierre DUHEM et Edouard LEROY :
Pierre DUHEM ( 1861-1916) professeur agrégé de physique théorique montre (dans le système du monde, histoire des doctrines cosmologiques…1913). que tout système scientifique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain…Il cherche à jeter un pont sur le fossé qui semblait séparer la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne et affirme que les nominalistes du moyen age facilitèrent le passage de l’esprit médiéval à l’esprit moderne grâce à leur empirisme et en s’émancipant du joug de d’ARISTOTE et de l’Ecriture. Pierre DUHEM montre ainsi que BURIDAN et ORESME, ces deux grands philosophes et savants du XIV° siècle annoncent la mécanique universelle de COPERNIC, GALILEE, NEWTON. LEROY montre que ce sont eux qui ont fait sortir la physique de sa prison en rompant avec la notion de mouvement éternel et cyclique (qui était d’ailleurs celle d’ARISTOTE). En outre, ORESME ( avec son traité de la sphère 1337) apparaît comme un précurseur de la géométrie analytique de DESCARTES.
Les thèses soutenues par DUHEM Pierre ( 1861-1916) sont reprises par EDOUARD LEROY ( 1870-1955). Pour lui, la vérité est le résultat d’une sorte d’invention re-créatrice personnelle. Il s’élève contre le dogmatisme scientifique, contre le dogmatisme religieux, contre le dogmatisme thomiste…Dans un article de la revue de Métaphysique et de Morale (1899-1900) il s’attaque au dogmatisme scientifique où l’on croyait encore que la science donnait dans ses lois un tableau fidèle et objectif de l’univers, dans lequel il entrait peu d’éléments subjectifs.
Il souligne l’écart qui sépare la science de la réalité. L’esprit casse le réel en morceaux mesurables : les faits sont taillés par l’esprit dans la matière amorphe du donné. La théorie repose sur le fait mais comme elle a servi en partie à la confection de l’expérience où le fait apparaît , « nous sommes au rouet » .
B) Contre offensive des défenseurs du réalisme scientifique à l’époque de LEROY
La position du nominalisme scientifique de LEROY réveilla les savants de leur sommeil dogmatique : Elle amena le mathématicien HENRI POINCARE (1854-1912 science et méthode 1908) à rétorquer et à ramener l’écart entre la science et le réel à de plus justes proportions « la commodité d’un symbole résulte au moins de la vérité partielle de ce symbole ».
D’une manière générale, POINCARE s’élève contre les excès du conventionnalisme d’un PEANO ou d’un RUSSELL qui réduisent les mathématiques à la logique, alors que l’auteur soutient que le conventions sont admises en fonction de leur conformité avec des faits….
C) Sur le continent américain, la philosophie des sciences a connu un nouveau tournant contre le réalisme dans les années soixante avec KUHN ( structure des révolutions scientifiques 1962), QUINE qui débattent sur la variété du réalisme en philosophie des sciences ….
Conclusion
Cette problématique des universaux du moyen âge a permis d’enrichir le vocabulaire de la philosophie, même si par ailleurs il y a eu nécessité de réécrire ce vocabulaire dans un langage plus accessible aux hommes de notre siècle. Elle a permis aussi de nourrir les débats concernant la portée et la valeur de la connaissance conceptuelle.
Elle démontre une fois de plus que tout système scientifique et philosophique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain et qu’il est possible parfois de jeter un pont entre la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne.
01/02/06 Angelicum
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