28.05.2006
Le pouvoir des signes
INTRODUCTION : un jeu de piste infini
La combinaison des signes et leur interprétation s’avère une tache infiniment variée et variable qui nous invite à nous interroger sur leurs pouvoirs et leurs limites :
Les signes supposent une intelligence qui les interprète, étant entendu que les signes sont ce qui permet de connaître ou de reconnaître, de deviner ou de prévoir, de faire connaître une pensée, un désir, un ordre….
EXEMPLE signe de pluie quand les hirondelles volent bas
EXEMPLE élément du langage ou de mimique permettant de faire connaître une pensée, un désir, un ordre….
Il existe une pluralité de termes (signal, indice, symbole, code) pour désigner des contenus plus ou moins mystérieux EXEMPLE code DA VINCI, plus ou moins abstraits et conventionnels EXEMPLES signes mathématiques, signes logiques, signes du langage, signes sémiologiques ( ensemble de système de signes dont le langage constitue le champ le plus important ; en fait la sémiologie s’occupe de tous les systèmes signifiants autres que les langues naturelles).
Un pouvoir qui ne se limite pas au rôle d’information:
Il convient d’attribuer une place importante à l’étude du signe dans le pouvoir du langage en raison de son triple pouvoir (selon BOURDIEU) :
1 pouvoir d’information : les signes sont destinés à être compris, pour transmettre une information
2 pouvoir de richesse culturelle ou sociales : signes de richesse destinés à être appréciés
3 pouvoir d’autorité : signes d’autorité destinés à être crus et obéis.
Le langage est médiateur entre la pensée et le monde ; y a t il pour autant adéquation du langage à la pensée ? Examiner le pouvoir des signes au sens le plus large, c’est s’interroger aussi sur les ambitions de la sémiotique ( théorie générales des signes Charles MORRIS) qui prétend fournir une base pour la compréhension de toutes les activités humaines, puisque celles- ci se reflètent dans les signes, linguistiques ou non.
PLAN proposé
1 Définition des signes
2 leurs domaines d’application
3 Leurs pouvoirs, leurs limites
1 Définition des signes : représentation à caractère plus ou moins conventionnel d’une chose
1 Les différents types de signes : ….. (signe iconique, indiciel, symbolique)
le signe forme un triangle : signifiant, signifié , référent
le signifiant est le support matériel (figures, son) et le signifié est le sens contenu dans le signe ; le référent est la chose concrète désignée
a) le signe iconique représente directement ce qu’il désigne (dessin , photo)
a)le signe indiciel joue sur l’association de fait qui lie 2 éléments EXEMPLE on peut évoquer le feu par la représentation de la fumée . En font partie les signes oraux et écrits du langage verbal: langage articulé, braille, langage des sourds…….
c) le signe symbolique résulte d’une convention EXEMPLE la balance figure la justice .
le symbole avant d’être un signe totalement indépendant de la réalité qu’il nomme (EXEMPLE symboles mathématiques), comporte parfois aussi un aspect concret, un lien indiciel entre signifiant et signifié :
les trois aspects du symbole :
1 étymologiquement ( sumbalo jeter ensemble) un objet possédé par 2 individus. Sa possession par chacun d’eux leur permet de se rejoindre, de se reconnaître comme membre d’une communauté EXEMPLES le credo comme symbole des apôtres , le mot de passe….
2 Sous forme d’une figure, d’un animal il renvoie à une réalité abstraite par correspondance analogique
3 abstraction totale EXEMPLE un symbole logico-mathématique
2 dénotation et connotation : 2 valeurs distinctes du signe
Dans de nombreux cas un énoncé verbal signifie plus que son sens littéral.
EXEMPLE l’accent d’un locuteur peut trahir son origine régionale. MAURIAC « cette province que l’on quitte à l’âge de 20 ans mais qui, elle, ne vous quitte pas »
Ou bien ses intonations révèlent ses sentiments. En plus du sens propre de ses paroles (ou dénoté), il produit, volontairement ou non, des significations supplémentaires ( ou connotées).
les campagnes publicitaires recourent à ses 3 types de procédés (iconiques, indiciels, symboliques) en choisissant de présenter soit directement l’image du produit, soit de lui associer divers indices socio- culturels ( luxe, virilité, robustesse, authenticité…)
2 Leurs pouvoirs et leurs domaines d’application : linguistique, sémiologie, sémiotique
LA PLACE DU SIGNE EN LINGUISTIQUE
a)le champ sémantique traditionnel : domaine principalement des langues naturelles.
Théoriquement, le domaine de la sémantique est constitué par tout ce qui , dans une langue, tient au sens : significations engendrées par les mécanismes grammaticaux ou par le lexique Cependant, les recherches sémantiques s’en sont toujours tenues à l’étude des sens des mots : le mot est l’unité première en matière de signification. Pour cette raison, la sémantique reste fortement ancrée dans la lexicologie : travail sur les mots : étymologie et variation du sens des mots au cours de l’histoire
EXEMPLE les travaux de BREAL Essai de sémantique 1897 EXEMPLE spécialisation du sens : necare, tuer donne en français noyer ; généralisation du sens : mansione, endroit où on s’arrête pour un voyage donne maison …autre glissement de sens : coxa hanche/cuisse en français..
b) le champ linguistique moderne
le rapport signifiant/signifié dans la linguistique contemporaine est arbitraire :
Selon SAUSSURE, il n’existe aucun lien de détermination entre le signifiant et le signifié : la relation entre les 2 est absolument arbitraire ; elle est arbitraire non en ce qu’elle dépend du choix individuel des sujets parlants, mais parce qu’elle est immotivée, sans attache naturelle avec la réalité.
SAUSSURE entendait s’opposer aux théories de LEIBNIZ ou de HUMBOLD qui faisaient de l’imitation des bruits naturels la source du langage. Un mot tel que « fouet », dont le signifiant présente une sonorité suggestive, s’explique par le hasard de l’évolution phonétique. Il dérive du latin « fagus ».
SEMIOLOGIE ET SEMIOTIQUE
La sémiologie a été développé par le philosophe américain PEIRCE (1839-1914) : une sémiotique influencée par la linguistique et la logique
(Charles SANDERS PEIRCE le premier considère la sémiologie comme une discipline indépendante de la philosophie qu’il appela sémiotique ; les européens préfèrent le terme de sémiologie..)
Selon PEIRCE Dans la triade signe/objet/interprétation, le rapport existant entre le signe et son interprétant peut être illustré par celui qui existe entre un mot du dictionnaire et sa définition : celle-ci est formée à son tour de mots, dont on peut chercher à nouveau la définition : le signe est ce qui peut se traduire « le signe n’est pas un signe à moins qu’il puisse se traduire en un autre signe dans lequel il est plus pleinement développé »
Une sémiotique influencée par la linguistique non sans rapport avec la sémiologie de SAUSSURE qui distingue 3 sortes de relations ………
étude de la combinatoire des signes entre eux : syntaxe
le rapport entre le signe et la réalité : sémantique
la façon dont nous utilisons les signes : pragmatique
ou encore ROLAND BARTHES dont les Eléments de sémiologie 1964 constituent en fait une initiation aux concepts essentiels de la linguistique.
ROLAND BARTHES dissèquent les mythes dont se nourrit notre civilisation ( tourisme, sport, discours électoraux, affiches publicitaires)
EXEMPLE publicité pour les pâtes italiennes analysée par ROLAND BARTHES……
La ligne « logique » des études sémiologiques commencée par PEIRCE a été continuée par les philosophes Ernst CASSIRER Philosophie des formes symboliques, B. RUSSELL signification et vérité, Rudolf CARNAP syntaxe logique de la langue et Ch. MORRIS fondement de la théorie de la signification .
La sémiologie porte sur 3 sortes de codes : codes de la connaissance, codes esthétiques, codes épistémologiques…..
Codes de la connaissance :
codes paralinguistiques (alphabet, idéogrammes, pictogrammes, langage gestuel)
Codes pratiques qui dirige l’action : code de la route, sonneries de clairon, sirènes
Codes épistémologiques : représenter la réalité pour permettre la connaissance : codes scientifiques (signes mathématiques, chimiques), codes magiques des arts divinatoires (cartomancie, astrologie)
Codes esthétiques : recherche sur la symbolique EXEMPLE récurrence de « l’azur » chez MALLARME ; morphologie des récits comme systèmes structurés avec des situations à valeur symbolique ( contes de fée….) travaux de KRISTEVA et de BARTHES….
Codes sociaux : des signes destinés à assurer la cohésion sociale .
Systèmes d’identifications : pavillons uniformes insignes, enseigne
Signes de politesse : salutations, ton de la voix….
Rites : cultes et fêtes : mariages….
Jeux : bridge, jeux olympiques
En fin les mythes sociaux comme celui de l’automobile , de la jeunesse, des vacances( l’élite part à la côte d’azur puis aux baléares puis aux …….)
UNE PLACE IMPORTANTE AU SYMBOLISME
Une place particulière au symbolisme :
1 le symbole montre et rend sensible des valeurs abstraites
son pouvoir est de réunir : il signale l’appartenance ; il va inclure et exclure ; son pouvoir est exclusif : il n’admet pas de contestation sur son contenu et son sens EXEMPLE le signe de croix pour les chrétiens signale l’appartenance Il a donc valeur pour le groupe…..selon ORTIGUES, il n’a de signification que par l’intermédiaire de la structure sociale à laquelle on participe…. « il a la forme d’un pacte qui fondent les possibilités allocutives de la parole ».
2 le symbole ordonne et commande EXEMPLE le sceptre signale le pouvoir et commande le respect
PROBLEME : y a t il des symboles universaux ?
En psychanalyse, FREUD étudie le rêve et montre qu’il a une sens; le rêve signifie de l’absurde mais ne le réalise pas , le symbole … expression de désirs inconscients… interprétation ……contenu manifeste/latent…. interprétation : figuration, condensation déplacement…...
FREUD estime qu’il n’existe pas « de clef des songes » mais reconnaît aux symboles une valeur universelle.
JUNG suppose des structures inconscientes collectives universelles, appelées archétypes….
LACAN affirme que le discours humain s’inscrit dans un ordre structurant symbolique…..
De même dans son anthropologie structurale LEVI STRAUSS estime que l’inconscient a une fonction symbolique , qu’il n’est pas seulement le dépositaire d’une histoire individuelle mais qu’il organise la vie du sujet selon des lois identiques pour tous.
A l’opposé des défenseurs du symbolisme universel, le positivisme logique de Ecole de VIENNE affirme que le sens se réduit à son emploi…. le rapprochement avec la réalité concrète est le seul critère de vérification d’un énoncé……
EXEMPLE le corps dans le miroir social
L’apparence corporelle répond à une mise en scène, un style de présence :
La manière de se présenter
Tenue vestimentaire
Manière de se coiffer
Les modalités symboliques d’appartenance sociale sont dépendants des effets de modes. En revanche dans l’aspect physique l’acteur ne dispose que d’une étroite marge de manœuvre : taille, poids, qualités esthétiques…
Importance du look dans le recrutement, la publicité, l’exercice du contrôle de soi promu par les agences de communication à l’usage des hommes politiques
La mise en scène de l’apparence livre l’acteur au regard évaluatif de l’autre, notamment à la pente des préjugés qui le fixe d’emblée dans une catégorie sociale ou morale au vu de sa mine et de son aspect vestimentaire ( or l’habit pourtant ne fait pas le moine…).
Un marché en pleine croissance renouvelle en permanence les signes visant à la mise en valeur de l’apparence : vêtements, cosmétiques, pratiques physiques….le corps est l’objet d’un souci constant : un faire valoir dont on tire un bénéfice narcissique et social…
AUTRES exemples Dans la religion et la magie, hermétisme et « recherche du sens perdu »
EXEMPLE le code DA VINCI dévoilé…….
Le symbole en littérature : le symbolisme
En littérature : Le symbole offre une figuration de l’idée et une interprétation idéaliste de l’univers : ……( poésie, drames, romans)…
la logique du visible est au service de l’invisible ; magie incantatoire, les poètes ont l’intention de reprendre à la musique leur bien (VALERY)
BAUDELAIRE, correspondance
RIMBAUD les illuminations
VERLAINE, art poétique
Jean MOREAS manifeste symboliste dans un article du FIGARO en 1886
MALLARME théorie du symbole dans Avant dire ; « le poète ne nommera pas la chose mais l’impression qu’elle a faite sur l’esprit »
EXEMPLE WAGNER (mythes scandinaves et germanique) , HUYMANNS (occultisme) CLAUDEL METERLINCK (1862-1949) serres chaudes 1889, VEHAEHREN soirs 1887, Débâcles 1888 (recueils imprégnés de mysticisme et de plaintes), les drames de CLAUDEL, Léon BLOY
Le symbole dans l’art
Le symbolisme en art :
But : rendre à l’idée pure son rôle d’inspiratrice de l’œuvre d’art
les artistes opposent à la sensation de l’impressionnisme la libre traduction de l’imagination et cette soumission docile à la venue de l’inconscient dont a parlé ODILON REDON
I° génération : GUSTAVE MOREAU (1860-1865), PUVIS DE CHAVANNES(1824- 1848) le pauvre pêcheur 1881, ODILON REDON (1840-1916) l’araignée souriante….
2° génération : GAUGUIN (1848-1903) D’où venons nous ?Que sommes nous ?Où allons nous ? 1898
influence de GAUGUIN sur MAURICE DENIS, les nabis, les « décadents » (BOECKLIN, Gustav KLIMT)
3 limites et incertitudes des signes
a)critiques contre la linguistique : ses limites….
la genèse du langage humain se limite à des hypothèses :
la linguistique s’avère impuissante à expliquer tous les processus de la grammaire mentale :
EXEMPLE Diachronie et synchronie : discussion : Comment expliquer la variation du sens des mots ?
Le point de vue traditionnel : Michel BREAL essai de sémantique (1897) insiste sur les conditions socio- historiques pour expliquer la variabilité du sens des mots
NOAM CHOMSKY suppose l’existence d’une grammaire mentale innée : le fait que tout être humain normal puisse comprendre et créer un nombre infini de phrases dans sa langue maternelle, implique que le cerveau humain contient des principes grammaticaux inconscients qui lui permettraient de décider que telle phrases est grammaticales alors que telle autre ne l’est pas : CHOMSKY est à la recherche d’universaux …en se fondant sur l’hypothèse d’un innéisme…la langue aurait ainsi une structure profonde et une structure de surface soumise aux accidents :
Echec de la grammaire générative : EXEMPLE RUVET critiqué……(paradoxe de l’acquisition du langage) : les linguistes les plus talentueux, aidés des ordinateurs les plus puissants, n’ont pas encore réussi à expliquer les principes grammaticaux qui président à la structuration des langues, alors que tout enfant maîtrisera sa langue maternelle vers l’âge de 8-10 ans….
b) critique contre la sémiotique :
Jusqu’à présent, aucune des théories existante n’a pu donner une définition opérationnelle, ni expliquer ce qu’il y a à la fois commun et différent entre les systèmes signifiants linguistiques et non linguistiques
la sémiologie a développé dans le passé des enjeux épistémologiques et philosophiques parfois trop ambitieux :
EXEMPLE la logique :….Actuellement, effondrement des grands paradigmes : les chercheurs sont amenés à mettre en question les présupposés mêmes de leur science (le signe, le sujet, sa position socio-historique).
CONCLUSION : Grandeur et limites du pouvoir des signes
GRANDEUR : les signes sont présents dans la totalité de nos actions et de nos connaissances.
LIMITES et INCERTITUDES de la sémiotique : plus la recherche en sciences humaines avance, moins la lisibilité est grande. Nous sommes submergés par un flot incessants d’informations qui rend moins aisés les modèles unificateurs.
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08.02.2006
COMIQUE, HUMOUR ET IRONIE
Je vous propose d’explorer quelques facettes du comique à travers l’humour et l’ironie ; quelles sont leurs fonctions, leurs différences et leurs procédés ?
Au sens large, le comique peut se définir comme:« une hésitation feinte entre 2 vérités »(JANKELEVITCH): le comique, c’est ce qui nous fait rire ; dans l’humour et l’ironie, plutôt sourire par une certaine façon de voir les choses à distance, un décalage qui implique le dédoublement de la conscience ; humour et ironie adoptent tous deux une regard faussement naïf, qu’il convient de préciser…
I PREMIERES REMARQUES:
Tout d’abord humour et ironie sont des regards faussement naïfs et ils se distinguent du comique vraiment involontaire causé par des « coquilles » et autres étourderies, qui lui aussi repose sur des propos équivoques ou contradictoires…
EXEMPLES : les perles du bac
le cerveau des femmes, c’est la cervelle
MICKEY L’ANGE et LE HOMARD DE VINCI sont des peintres de la Renaissance
La climatisation est une chauffage froid
Pour conserver la glace il faut d’abord la geler
Les égyptiens transformaient leurs morts en momies pour les garder vivant
Les américains vont souvent à la messe car les protestants sont très catholiques
La mortalité infantile sévissait sauf chez les vieillards
AUTRES EXEMPLES :
« il dévisagea la personne qui lui tournait le dos » ;
« les parlementaires ont entendu l’appel muet de la Nation » ;
dans un avis de vente de charité adressé à des dames patronnesses, on pouvait lire : « débarrasser vous des choses inutiles qui feront le bonheur des autres ; emmener aussi vos maris. »
«suite à de violents orages, les trains ont été bloqué pendant 3 heures et le trafic n’a repris que goutte à goutte ».
IRONIE
A l’origine , une attitude intellectuelle, celle de SOCRATE : action d’interroger (ierôneia) en feignant l’ignorance.
Par la suite, penser le contraire de ce que l’on dit : antiphrase ; un dédoublement de sens à travers des jeux de langage pour exprimer un jugement de désapprobation, mêlé de raillerie, sous la forme d’un discours à l’envers
EXEMPLE LA FONTAINE fables : « je suppose qu’un moine est toujours charitable »
EXEMPLE MOLIERE le misanthrope, Dorine s’adressant à Orgon….
EXEMPLE MONTESQUIEU, « le noir est noir de la tête au pied, il n’a donc pas d’âme »
EXEMPLE VOLTAIRE Zadig appelle ironiquement « sages du pays », « miroirs de sagesse » des juges et inquisiteurs stupides ( conte du petit chien de la reine….)
HUMOUR
A l’origine, un comique en demi-teinte où le rire franc est volontairement remplacé par une apparente impassibilité : une manière anglaise ( sens of humor) de décrire le comique en y refusant les aspects les plus voyants, donc très proche de spirituel.
Par la suite, le mot s’est généralisé au point de prendre souvent la place de comique.
Principaux caractères :
une plaisanterie qui s’étend à toutes les questions même les plus graves, en les effleurant, sans avoir la prétention de les résoudre, le contraire d’une attitude d’autorité et de conviction ;
l’humour est une manière de présenter les choses, davantage une tournure d’esprit que des jeux de mots bien que ces derniers soient très importants EXEMPLE le calembour ; « le comble de l’inattention : prendre l’édit de Nantes pour une anglaise »PROUST.
L’humour me semble une notion encore plus fuyante , plus difficile à cerner que l’ironie, avec des procédés d’expression qui dépassent les simples jeux de langage de l’ironie.
L’ironie est principalement un procédé de rhétorique( l’antiphrase) et se place d’emblée dans le registre des jeux de mots: on pense le contraire de ce que l’on dit. L’humour, est plutôt l’ironie de l’ironie…avec une fonction moins polémique et railleuse que l’ironie, et il peut demeurer seulement un simple oasis dans le sérieux….
EXEMPLE : dans un film de dessins animés, un personnage est sur le point de tomber dans un trou parce qu’il regarde en l’air, au dernier moment il voit le trou et ne tombe donc pas; il adresse aussitôt au public un clin d’œil amusé, l’air de dire « je vous ai bien eu ! ».
EXEMPLE : durant la révolution, l’aristocrate marche à la guillotine, tout en lisant un livre et il le remet enfin au bourreau après l’avoir écorné comme s’il devait un jour en continuer la lecture;
EXEMPLE : avant d’arriver devant la potence, il réclame un foulard pour se protéger du froid.
II AUTRES DIFFERENCES ENTRE HUMOUR ET IRONIE :
-1 C’est l’intention et l’attitude de l’émetteur qui font la distinction entre humour et ironie ;
EXEMPLE COCTEAU visite un atelier de peintre ; le peintre se rend compte que le visiteur ne semble pas admiratif; il lui montre un dernier tableau en s’excusant parce qu’il n’est pas fini…COTEAU répond « il serait humain de l’achever ».
EXEMPLE : MITTERAND : son ami d’enfance lui demande s’ils peuvent à nouveau se tutoyer comme autrefois ….. « si vous voulez »
EXEMPLE : DE GAULLE lors d’une manœuvre en outre mer passe en revue des officiers supérieurs … l’un d’eux est en tenue non réglementaire (il est en en culotte courte kaki au lieu du pantalon ) –« la prochaine fois vous apporterez votre cerceau ! »( par la suite il n’a jamais obtenu de promotion…).
EXEMPLE : le décalage d’intention : un voisin se plaint : « votre chien a aboyé toute la nuit ! (sous entendu il a gêné les dormeurs ) ; réponse du voisin qui fait mine de ne pas comprendre « c’est pas grave, il dort toute la journée ».
l’intention véritable de l’émetteur est parfois difficile à déceler devant l’incertitude interprétative : « c’était pour rire seulement » ; d’où l’emploi fréquent de l’ironie pour détourner la censure. EXEMPLES : RABELAIS, LA BRUYERE , MONTESQUIEU, VOLTAIRE.
Y a t il raillerie, y a t il une victime ? s’agit d’un combat contre un adversaire ? (dialogue polémique à trois :attaquant, victime, public destinataire)
EXEMPLE cité par FREUD le condamné à mort part au supplice un lundi matin : « voilà une semaine qui commence bien ! »dit par le bourreau : ironie ( raillerie); les mêmes paroles dites par la victime : humour noir( conjurer, mettre à distance l’angoisse et la gravité de la situation)
- 2 Une plus grande anesthésie du cœur dans l’ironie que dans l’humour : « l’ironie vous dessèche et dessèche la victime » Max JACOB :l’ironiste veut provoquer un rire d’exclusion du public contre un adversaire ( rire sarcastique) ; au contraire, l’humour comporte une part d’affectivité et de sensibilité : l’humoriste vise à établir un lien de sympathie et de bienveillance avec son public ( rire d’intégration).
L’auto-ironie est proche de l’humour :
EXEMPLE : Cyrano la tirade du nez :« tendre, Eh quoi ! aimez-vous à ce point les oiseaux que vous vous préoccupâtes de tendre un perchoir à leurs petites pattes ? »;
EXEMPLE : SACHA GUITRY ….il y a 2 sortes de femmes : celles qui sont jolies, celles qui ont bien voulu de moi…..
hésitation entre ironie et humour ; le ton fait la différence EXEMPLES
une maman voit revenir son jeune enfant avec des chaussures crottées de boue: « te voilà propre ! » ; s’il y a réprimande c’est de l’ironie, sinon avec un ton plus gentil, c’est peut-être de l’humour ? : « tu aurais pu en mettre aussi sur ton pantalon… »………….
SACHA GUITRY: « ma maîtresse baillait tout le temps , alors je lui ai dit : bail, bail ! »
- 3 L’ironie se démarque de l’humour par la notion de sérieux qui s’y rattache et tend davantage à communiquer une signification implicite; au contraire, l’humour jette davantage un doute sur le réel et provoque une hésitation herméneutique, qui ont pour conséquence de retarder le rire
EXEMPLE FERNANDEL déclame avec 20 tons différents « tout condamné à mort aura la tête tranchée »
EXEMPLE d’humour: journal de l’abbé MUGNIER .Une femme du monde se confesse à lui: « je me trouve belle est - ce un péché ?… non, c’est une erreur ».
Parfois, l’ironie est peu comique :
EXEMPLE : l’ironie du sort dans la tragédie grecque…
EXEMPLE : le directeur des pompes funèbres n’est pas enterré parce que son personnel est en grève
- 4 Dans l’ironie il y a une utilisation différente du trait d’esprit :
WITZ allemand : aptitude à assembler promptement des pensées et de découvrir des ressemblances éloignées. Le mot d’esprit est doublement ingénieux : il ramasse un sens condensé qui frappe par son acuité et son immédiateté fulgurante ; il tombe à propos dans la conversation , il est ajusté à la situation.
Le caractère polémique de l’ironie confère au trait d’esprit une pointe assassine : effet de surprise et décodage rapide pour le destinataire.
EXEMPLES à propos d’un personnage vaniteux : « il y a ceux qui font des mots et ceux qui ont de l’esprit » ; on dit de lui : « il court après l’esprit, il fut répondu : je parie pour l’esprit »
EXEMPLE : raillerie de MONTESQUIOU contre une demi mondaine très snob qui décède durant un dîner mondain : « elle est partie prendre son café dans un monde meilleur ».
Dans l’ironie, la conversation devient un duel : un conflit symbolique où s’affrontent les images de soi de chaque interlocuteur
EXEMPLES LA BRUYERE caractères exemple GNATHON a le teint frais…
EXEMPLE LA FONTAINE fables….
Le trait d’esprit dans l’humour est inoffensif :
EXEMPLE MUGNIER invité dans un repas mondain, on lui propose de l’emmener demain aux folies bergères, « Hélas, non, demain je confesse , ce sont mes folies-brebis ! »
Parfois, un peu moins inoffensif…. EXEMPLE :MUGNIER célèbre pour son esprit, est invité à la table d’une châtelaine, un brave curé de campagne y est convié également pour égayer la conversation ; à la fin du repas , après le départ du curé, elle lui demande : « quand pensez- vous ?- Il a donné le maximum de son minimum ».
III QUELQUES SIMILITUDES DANS LES STRATEGIES ET LES PROCEDES
Stratégie sur l’inter-action verbale : interrompre l’interlocuteur, provoquer une réaction, esquiver une question, atténuer une affirmation
Stratégie sur le plan psychologique : influencer l’état d’esprit des participants, modifier la tension que crée leur échange verbal( pour instaurer un climat favorable à la persuasion)
Humour et ironie empruntent des procédés que l’on retrouve dans les genres traditionnels du comique ( comique de mots, de geste, de situation , de caractère):
EXEMPLES chez PROUST d’une littérature satirique ( mais non cynique ): utilisation de la caricature et du pastiche,
Comique de caractère et de gestes: Mme Verdurin incarne la caricature de la fausse amabilité, une parodie de la culture et de la distinction, de même Madame de Cambremer…..
Comique de situation : le grand-père du Narrateur souhaite pour son petit fils une recommandation lorsqu’il ira en cure à BALBEC …. sans succès….. Monsieur LEGRANDIN utilise diverses stratégies pour détourner la conversation du grand père.
Comique de mots : Zeugma : Madame Verdurin s’adressant au familiers du petit clan sur le ton du CHRIST….
Travail sur les mots : des jeux de mots parfois proche de la poésie
EXEMPLE : journal de l’abbé MUGNIER « les jeunes filles à ST SEVERIN tricotaient avec des voix en aiguille la laine fatiguée des cantiques »
EXEMPLE pastiches poétiques des fables de La Fontaine
Prendre de la distance avec les apparences en reliant des choses contradictoires :
EXEMPLE prolonger une droite jusqu’à l’infini : qu’est ce que vous trouvez au bout ?
EXEMPLE à son retour de voyage SAINT SIMONT est interrogé par son épouse : « m’avez vous été fidèle ? »- « oui, souvent ».
Zeugma EXEMPLE: les camionneurs dans leur camion écoutent de la musique classique et font des commentaires comme le ferait le critique musical GAVOTY…
L’incongru :
EXEMPLE : RABELAIS fait découvrir un planteur de choux sous la langue de Pantagruel….
EXEMPLE : les gouvernants des pays du golf sont tellement riches qu’ils font même éclairer la nuit le bord de mer pour que les poissons ne se perdent pas en chemin.
L’inversion :
EXEMPLE VOLTAIRE le nez est fait pour porter les lunettes
JANKELEVITCH évoque l’hésitation feinte entre ce qui est réversible et irréversible EXEMPLE un sous titre d’une pièce musicale de SATIE « je rajeunis tous les jours ! »
EXEMPLE la machine à corned-beef :le consommateur mécontent retourne la boite dans le distributeur/transformateur de viande et la bœuf en ressort vivant.
Des jeux de langage :
Détournement de mots EXEMPLE San Antonio…quilestboquandilbaise..
Calembour EXEMPLE :F DARS « que ta volonté soit fête ! ».
Collusion entre 2 mots EXEMPLE :FINCKELKRAUT fictionnaire illustré « zeros : dieu de l’amour et des petits rien ».
Alliance de mots aux significations contradictoires :
L’oxymore ( 2 mots contradictoires) : dédoublement de l’acte illocutoire en un acte principal non littéral et acte littéral qui entrent en concurrence sans que l’un élimine complètement l’autre.
EXEMPLE « vous l’avez payé combien cette merveille » ? (une veille voiture d’occasion) .
L’hyperbole l’énorme EXEMPLE Cyrano « c’est un pic , c’est un roc » VOLTAIRE, LA FONTAINE…..
Périphrase héroï-comique : LA FONTAINE : le chat…. « Attila des rats ».
Litote : VOLTAIRE décrit la prison de Candide comme des « appartements d’une extrême fraîcheur dans lesquels on n’est jamais incommodé par le soleil ».
IV FONCTIONS DE L’HUMOUR ET DE L’IRONIE
- A Dans l’ironie : condamner, sanctionner, moraliser de façon détournée. Fonction pédagogique ou didactique….instruire sans imposer dogmatiquement. Aspect polémique :démystifier les relations du pouvoir et du savoir. Jeter un doute sur la réalité , ruiner les prétentions des discours à représenter le réel , bannir toute forme de dogmatisme….
EXEMPLE : avec le planteur de choux RABELAIS fait comprendre que le monde déjoue nos représentations et que le familier peut se trouver dans ce qui est appelé a tort le nouveau
Raillerie : attaque ad hominem , ou plus simplement un sourire pour dénoncer le hors norme EXEMPLE un jeune homme déguisé en fille
-B Dans l’humour :
Un regard lucide sur soi-même et les autres :
EXEMPLE la tirade du nez de Cyrano
EXEMPLE SACHA GUITRY devenu vieux….il est accosté par une admiratrice à la fin de la représentation d’une de ses pièces : « maître, j’ai beaucoup aimé Chérie….- voyez ! elle me tutoie déjà »
EXEMPLE : SACHA GUITRY : il y a deux sortes de femmes….
Permettre à l’adulte de retrouver la liberté du non sens, propre au monde de l’enfance, le plaisir du langage avant les contraintes de l’éducation et de la pensée rationnelle :l’humour « inoffensif » :
EXEMPLE : sketch de P. DAC avec F. BLANCHE déguisé en fakir qui dit voir à distance la date de naissance de la carte d’identité d’une spectatrice mais qui s’arrange finalement à ne pas le dire …..
-C Cas particulier de l’humour noir : dans l’humour noir le sourire manque de gaieté.
Il est parfois le seul recours contre la tentation du désespoir, le moyen d’assumer l’angoisse, les atteintes du sort en les vidant de leurs charge affective, en mettant à distance les émotions et les passions
Parfois il est très proche du carnavalesque et du grotesque, comme le rire profanateur, il peut être transgressif, subversif ; on atteint les limites du supportable
Son but : abolir les distances et les conventions qu’impose la vie en société ; il joue avec les tabous( violence, irrévérence)
L’humour noir grotesque, à la limite du supportable, scabreux:
EXEMPLE sur un sapin de Noël en Allemagne durant la guerre de 1914 : des boules en forme de soldats français tués
EXEMPLE : humour raciste…..
EXEMPLE : « plus cancéreux que moi, tumeur »
EXEMPLE : SWIFT….procédé pour se débarrasser des enfants
EXEMPLE : SAINT SIMON caricature avec férocité la princesse d’Harcourt en évoquant les contorsions des gargouilles : …
V place de l’humour et de l’ironie dans le comique actuel……un subtil mélange des genres…
« le sourire du texte » : l’humour est le signe d’une plus grande liberté esthétique :
du spirituel il en a la subtilité
du comique il en a le détachement, la neutralisation des émotions qui permet d’en jouer
il garde ses origines anglaises : une proximité avec la tristesse, une gaieté mélancolique.
autres genres : l’incohérence narrative et sémantique, comique bizarre, surréaliste, saugrenu
EXEMPLE le canular Marcel DUCHAMP 1887-1968 : objet d’art sous forme de canular
EXEMPLE photographie d’une machine compliquée : « machine à fabriquer le bonheur »
AUTRES EXEMPLES tirés de la publicité actuelle…..la photocopie d’un mariage sort de la photocopieuse devant 2 employés qui viennent de s’embrasser.
CONCLUSION
L’humour et l’ironie deviennent un plaisir pour l’esprit lorsqu’on comprend les propos véritables derrière l’énoncé exprimé : des calculs interprétatifs sollicitent l’intelligence et la culture du destinataire, étant entendu que l’on peut rire de tout mais pas avec tout le monde ni dans n’importe quelle circonstances .
L’un et l’autre poursuivent des buts parfois similaires propres au comique en général:
Châtiment social contre la raideur de certains individus , contre le coté mécanique des pensées et des actions (BERGSON).
Rendre plus réceptif aux sujets sérieux.
Parfois dans l’ironie, provoquer attaquer et soumettre ses cibles.
Et surtout dégonfler certaines formes de sérieux qui nous oppriment.
Dans l’humour, atténuer les audaces, détendre l’atmosphère : l’homme se plaît à rire de ce qui l’effraye : la mort, la maladie, les femmes, l’amour, le mariage le gouvernement, les grands de ce monde.
Reproduire le grotesque et le sublime
Mais aussi par moment régresser vers les tendances inoffensives de l’enfance.
L’étude de l’humour et de l’ironie nous a conduit à brouiller les frontières traditionnelles du comique(dépasser la classification entre comique des mots , comique des gestes, comique de situation, comique de caractère).Ils constituent un ensemble de phénomènes complexes, expression de la sensibilité, de l’intelligence et de la liberté dont on ne se lasse pas.
Angelicum
16:23 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Blogs en Auvergne
Contre Kant
« Penser contre KANT »
Arguments contre le kantisme
Mauvais arguments
1- il y aurait contradiction entre les 2 critiques : la seconde restitue la métaphysique que la première critique avait détruite.
réponse : la seconde critique pose à titre de foi les objets métaphysiques, par un acte de foi , sans prétention les connaître ou les démontrer.
2- KANT conduit au scepticisme :
réponse : KANT échappe au scepticisme par la découverte de principes transcendantaux qui fondent la science.
LES VERITABLES DIFFICULTES du KANTISME:
-1 ( critique faite par JACOBI) : équilibre instable entre idéalisme et réalisme :
Pour KANT, les choses en soi sont nécessaires : source de nos impressions mais pour les poser on doit faire un usage transcendant du principe de causalité alors que la critique ne lui reconnaît qu’un usage immanent.
Si les choses en soi sont vraiment inconnaissables, n’en parlons plus ; ne parlons que de ce qu’on connaît : l’activité de l’esprit (cette chose en soi que le kantisme laisse subsister devant l’entendement il s’agira plus tard de s’en passer définitivement : FICHTE, SCHELLING, )
-2 On pourrait sortir du kantisme qui est un idéalisme par le réalisme :
- en refusant de séparer le phénomène de l’être ; le phénomène est un aspect réel d’une partie de l’être( ainsi dévoilé).
- la connaissance est extatique : elle porte sur les choses qui existent hors de nous.
Ceci dit, même dans le réalisme le mode d’union entre l’objet connu et la faculté de connaître demeure mystérieux ; mais je constate que je ne suis pas la couleur que je vois et que cette couleur est en moi, d’une certaine manière, comme objet de connaissance…..
-3 la négation de l’intuition intellectuelle avancé par Kant semble un argument non convaincant :
argument de KANT : une intuition intellectuelle serait créatrice (or, elle semble bien comporter une passivité).
réponses :
intuition et abstraction ne s’excluent pas ( comme si pour KANT l’intuition ne pouvait être que concret)
pour HUSSERL il y a des intuitions eidétiques ; l’intuition ne porte pas uniquement sur du concret. « Tout conscience est conscience de quelque chose ».
Pour ARISTOTE dans les sciences expérimentales, l’esprit est capable d’abstraite le nécessaire grâce aux intuitions intellectuelles en s’appuyant sur l’induction expérimentale
-4 les jugements synthétiques a priori créés par KANT me semblent inconsistants ou inexacts:
Rappelons que pour KANT la synthèse a priori est le problème général de la raison :
les concepts purs ( a priori) de l’entendement résultant de notre structure mentale servent à organiser le donné phénoménal et à construire la science. La nature est donc un produit de l’esprit ; de cette doctrine KANT donne pour preuve les jugements synthétique a priori : des jugements en lesquels le prédicat ajoute au sujet EXEMPLE la ligne droite est la plus courte : KANT dit que l’expérience étant toujours singulière, ce n’est pas l’intuition qui rend possible la synthèse du sujet et du prédicat, le jugement est nécessaire sous l’effet de notre structure mentale
réponses:
-KANT limite le jugement analytique au premier mode d’attribution par soi (immédiat et nécessaire). EXEMPLE le prédicat compose une partie de l’essence EXEMPLE animal, raisonnable :prédicats « par soi » de l’homme. Toutefois,il existe un deuxième mode a priori (ARISTOTE) que KANT me semble ignorer: le prédicat est une propriété du sujet EXEMPLE droit ou courbe de la ligne ; cette liaison est perçue en vertu de l’exigence même de l’objet.
-5 « la métaphysique n’a pas trouvé la voie sure d’une science » ;
- argument de la contradiction entre philosophes
- la métaphysique est un champ de bataille interminable de doctrines contradictoires (car livrée à elle-même la raison devient dialectique : elle s’illusionne en prenant de simples pensées pour de véritables connaissances)
réponse : pétition de principe
si tous les systèmes se valent c’est qu’on les considère du dehors, en s’abstenant d’y pénétrer et pour se dispenser de les étudier mais alors on n’a pas le droit de soutenir qu’aucun n’est valable
autre argument de KANT : « la métaphysique n’est pas rigoureuse comme les mathématiques » donc elle n’est pas une science.
réponse :les mathématiques ne sont pas le type unique de science ; c’est un préjugé cartésien ; la métaphysique n’est pas la science de la quantité mais science de l’être.
DIFFICULTES que soulèvent sa MORALE
MAUVAIS ARGUMENT
: ce serait une morale inhumaine, inapplicable (« KANT a les mains pures mais il n’a pas de mains »)..
réponse : KANT reconnaît qu’aucune action pure, accomplie par unique respect du devoir n’a jamais été accompli ; KANT pose un idéal ; (comme pour les chrétiens : il faut suivre la règle d’être parfait « comme le Père céleste est parfait ».)
AUTRES OBJECTIONS
1 erreur de KANT d’affirmer que la recherche du bien est nécessairement égoïste ; l’amour de soi serait immoral.
réponses :
a)si on aime DIEU pour lui-même l’amour est pur
b)il y a un amour de soi qui fait partie intégrante de la vie morale ;
l’égoïsme c’est un désordre qui consiste à préférer un bien particulier à un bien absolu
c)Dans l’amour de soi, il y a une finalité plus haute: s’aimer soi-même comme son prochain, pour l’amour de DIEU
2 erreur de KANT de dire que le bien ne peut fonder l’obligation :
réponses contre Kant:
- premier principe de la morale : « il faut faire le bien »
- C’est un principe analytique car si l’on comprend ce qu’est le bien on voit qu’il est à aimer, à faire, qu’il doit être recherché.
Mais c’est un principe souple avec divers degrés de gérondif : tout bien est à faire ; certains sont strictement obligatoires, d’autres de « conseil ».
Pour KANT seule la raison ( qui se caractérise par l’exigence de l’universel dans l’impératif catégorique) fonde le devoir : « érige le motif de ton acte en règle universelle » : le particulier ne doit pas triompher de l’universel
Ceci dit, RICOEUR ( qui a du cœur) juge cette morale trop puritaine car elle est EXPLICITEMNT sans affect, uniquement le respect et la raison…
Mais IMPLICITEMENT, RICOEUR fait observer que, d’une part, traiter l’humanité comme une fin jamais comme un moyen, d’autre part, considérer l’autre comme un alter ego sous entendent un postulat encore plus fondamental de la morale universelle à savoir l’altruisme qui est un sentiment…
..En outre, la pluralité des devoirs engendre elle aussi des conflits qu’il appartient à la sagesse pratique d’arbitrer. EXEMPLE CREON/ANTIGONE
RICOEUR souhaite parachever l’exigence du devoir :
Il faut ajouter au respect du devoir, la bienveillance pour autrui, le sens de l’honneur, le bien de l’autre ; la vie bonne , c’est, selon RICOEUR, l’estime de soi, la sollicitude pour autrui, le sens du juste et de l’injuste ( voix de la conscience et recourir éventuellement aux conseils des sages).
L’alter ego invite à la sympathie et à l’amitié car il est comme nous ; alors, comme le montre LEVINAS, ARISTOTE ( ethique à NICOMAQUE, ) dans l’amitié l’autre est un appel, l’occasion d’un ouverture vers un tiers….En outre DIEU ne doit pas être considéré seulement comme le garant de l’ordre morale, il en est l’auteur. Il n’y a pas non plus de devoirs spéciaux envers DIEU : KANT semble soumettre DIEU au monde des idées de la raison pratique…….
En résumé pour moi , il faut montrer que l’obligation trouve sa raison dans le bien et non l’inverse.
3 autre point faible de la morale kantienne : la jonction du moi phénoménale soumise à la nécessité des lois naturelles et le moi nouménal soumis à la liberté.
Comment une décision libre prise dans le monde intelligible du nouméne peut-elle se traduire dans le monde sensible où tout est strictement déterminé ? Un liberté en soi, transcendante semble inutile.( objections de RENOUVIER, BRUNSCHVICG).
Une objection qui nous ramène à la difficulté fondamentale du kantisme : la séparation du phénomène et de l’être.
QUELQUES CRITIQUES CONTRE SA THEORIE DU BEAU( 1ere partie de sa critique de la faculté de juger) :
*1 au préalable un rapide exposé de sa théorie esthétique :
le plaisir esthétique apparaît à l’occasion de la contemplation de l’objet esthétique, dans l’harmonie du libre jeu entre imagination et entendement (l’imagination n’est pas contrainte par l’entendement comme c’est le cas dans une visée cognitive).
Un contemplation formellement désintéressée : une activité qui ne vise pas un résultat déterminé
Une contemplation fondée sur le sentiment de plaisir causé par la forme de l’objet ( et non par la matière d’une sensation privée).
KANT suppose que le rapport des facultés de connaître est le même chez tous les hommes et il explique ainsi l’universalité de mon jugement. Cette universalité du jugement du goût tend les individus à expliquer le beau par des propriétés objectales ; Or, pour lui le plaisir esthétique ne s’explique pas ainsi……
dans le domaine de l’art, l’artiste de génie accomplit « une finalité sans fin » à condition que l’objet apparaisse comme s’il était une œuvre de la nature ;
dans le beau naturel, « la finalité sans fin » est présente dans une belle chose comme si elle avait été faite pour nous plaire ( d’où renvoi à un monde nouménal qui nous fait signe à travers une expérience esthétique satisfaisant).
CONSEQUENCES
*1 COMMENT EXPLIQUER LE RELATIVISME ESTHETIQUE ( désaccord entre les hommes) ?
l’argument de KANT est d’invoquer l’impureté de nos jugements de goût pour expliquer ce relativisme
( cet argument me semble une tautologie..). Ne pas accepter la relativité de l’évaluation esthétique c’est s’engager sur une fausse voie………
*2 critique des romantiques allemands ; de HEGEL ; de HEIDEGGER……….
KANT s’oppose à une tradition spéculative de l’art ; il s’oppose aussi à la conception de l’art comme révélation ontologique : d’où les critiques des romantiques allemands de IENA : NOVALIS, SCHLEGEL et surtout SCHOPENHAUER, SCHELLING :
HEGEL critique chez KANT son universalité subjective ; il le critique pour avoir affirmé que la conciliation des contraires (entendement , imagination) réalisée dans l’œuvre d’art est une affaire subjective au lieu de la concevoir comme conforme à la réalité et à la vérité.
Pour HEIDEGGER, l’œuvre d’art doit être saisi dans sa vérité de « fondement historial ». L’activité de contemplation esthétique comme le lieu privilégié de l’accès à l’être en tant qu’être. Ainsi, l’esthétique de HEIDEGGER s’oppose autant à l’esthétique subjective de KANT qu’à l’esthétique d’inspiration sociologique (qui met en évidence le lien existant entre l’expression artistique et les conditions sociales et historiques qui la déterminent).
CONCLUSION GENERALE
JEAN LACROIX (Kant et le kantisme QSJ page 121) conclue que pour KANT la philosophie est la recherche des fins inconditionnées de l’humanité et que cette recherche ne peut aboutir que sur le plan moral.( la dignité de l’homme est d’éduquer sa raison, à condition que l’intelligence bascule sous la suprématie de la volonté). D’où rappel de ma principale critique : pour KANT, qui nie la valeur de la métaphysique, la sagesse n’est régie uniquement que par l’activité pratique du sujet D. CREPIN
13:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Blogs en Auvergne
Qu’est ce qu’un Problème philosophique ?
introduction
Un problème comporte normalement question et réponse :
Faut- il en philosophie - comme le suggère la tradition- privilégier le questionnement ?
(JASPERS : les Questions sont plus importantes que les réponses)
(KANT : on n’apprend pas la philosophie on n’apprend qu’à philosopher critique de la raison pure)
(BERGSON : en philosophie il y a de « bonnes questions »…)
Distinction entre l’objet formel et l’objet matériel de la philosophie (« le philosophe sait le tout, sans tout savoir » BERGSON)
Objet formel : en philosophie (recherche des fondements), chercher le pourquoi et non le comment
( c’est la raison pour la quelle la science est limitée au «comment » et ne «pense » pas selon HEIDEGGER : elle se limite à établir des lois sur les variations concomitantes entre phénomènes )
Objet matériel : traditionnellement tout ce qui existe ou peut exister
1 POINT DE VUE FORMEL
La question philosophique
a) Recherche des fondements
au niveau des premiers principes et des premières causes exemple ARISTOTE et sa définition de la philosophie : science des premiers principes et des premières causes
poser les questions préalables : rechercher ce qui a été postulé
aller à l’essentiel passé sous silence
transformer une notion en problème
avec un passage incessant du particulier au général pour nourrir la démonstration
conduire la réflexion en une progression ordonnée : en dialectisant les oppositions selon différents types de plans, généralement en trois parties
b) Un mode de questionnement :
-aporétique : le questionnement de SOCRATE, les dialogues platoniciens du début
l’ironie socratique
-scolastique : les dialogues de la maturité de PLATON
au MOYEN AGE : sic, contra, sed, conclusio
-critique : le doute cartésien (DESCARTES et la «droite »)
et depuis KANT «crise et critique » : la philosophie critique : seul l’analytique décrit le champ d’investigation possible…..
-sceptique : NIETSCHE, HEIDEGGER DERRIDA : un questionnement qui aboutit uniquement à la «déconstruction » des certitudes
2 OBJET MATERIEL de la Philosophie
a) Les problèmes ont une histoire
quelques problèmes :
à partir de Parménide le problème de l'être structuré dans celui de l’un et du multiple (et son évolution avec PLATON : le Parménide, le Sophiste, le Philébe)
(ensuite avec ARISTOTE : « l’ être se dit en plusieurs sens » : unité analogique des êtres)
problème des rapports essence /existence au Moyen Age
problème de l’Homme : KANT et ses 4 questions
que puis je connaître ?
que dois-je faire ?
que puis-je espérer ?
qu’est-ce qu’une anthropologie ? ,
NIETZSCHE : théorie du surhomme
SARTRE : la philosophie est l’étude de l’homme dans sa globalité
Actuellement dans l’Education programme du bac : la pensée, l’action , autrement dit, les deux aspect du sophon :spéculatif et pratique, distribué dans
1 LE MONDE ET LA CULTURE
2 LA CONNAISSANCE
3 LES PRATIQUES ET LES FINS
b) Difficultés à trouver des réponses
car il y a de faux problèmes :
exemple l’union du corps et de l’âme en termes de communication des substances selon DESCARTES
exemple : pourquoi y a t il quelque chose plutôt que rien ? ( critique adressée par TRESMONTENT à KANT et à HEIDEGGER)
il y a des « penseurs » qui s’affirment absolument sceptiques : la philosophie n’existe pas ; (RUSSELL…couper les cheveux en quatre.) elle n’est tout au plus qu’un archipel de la littérature, «une confiture d’opinions » (rétrospectivement ARISTOTE répond : vous dites que la philosophie n’existe pas mais là encore il faut philosopher :…deinde philosophari).
Dans ce cas la philosophie n’est plus construction de vérités mais déconstruction de certitudes : NIETZSCHE, HEIDEGGERR, DERRIDA ou uniquement « jeu » de construction de concepts : exemple : philosophie « nomade » de DELEUZE, M. SERRE.
CONCLUSION
Un problème philosophique se caractérise surtout par un point de vue formel : recherche des fondements ultimes de la réalité pour assurer la promotion des intérêts supérieurs de la pensée. Toutefois le cheminement est plus une quête qu’une conquête (« il faut chercher comme si on allait trouver et trouver comme si l’on devait encore chercher »SAINT AUGUSTIN): un mode de questionnement devenu critique à partir de DESCARTES et de KANT.
Le philosophe doit donc être sensible aux aspects contrastés de la réalité : problème de l’un et du multiple chez les grecs ; problème des antinomies de la raison et la solution critique de KANT, problème de la condition humaine chez les philosophes modernes et contemporains; actions de déconstruction sans réponses satisfaisantes pour les « philosophies du soupçon ».
10:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Blogs en Auvergne


