26.11.2006
Quels sont les moyens de connaître autrui?
Quels sont les moyens de connaître autrui?
Introduction
Explication des termes:
Qui est autrui ?
C’est l’autre, à la fois semblable et différent.
1 Etymologiquement un alter ego : Cette conception d'autrui comme prochain (comme moi, il est un sujet et une conscience) m'incite à comprendre en lui ce qui me ressemble.
2 je peux considérer autrui comme un être trés différent : une altérité pleine d'ambiguité:
- a)l'altérité est promesse d'une complémentarité par rapport à ce que je ne suis pas et qui me manque, un enrichissement de ma culture et de ma personnalité et vers lequel je tends....
-b)l'altérité c'est voir aussi une opposition qui menace mon identité et ma sécurité, (« l'enfer c'est les autres »)
-c)ou encore un ensemble d'êtres abstraits, lointains, invisibles: l'ensemble de ceux qui ne sont pas moi, que je condense sous forme de clichés (idées simplifiées et impersonnelles); précisons tout de suite que c'est la société dans laquelle je baigne qui façonne inconsciemment ma vision collective d'autrui et même une partie de ma senbilité EXEMPLE pour nous français, les anglais nous apparaissent froids, les italiens jovials.... et paraît-il, nous sommes intelligent!!! ; .une simplification ethnocentrique et illusoire dénoncée par l'anthroplogie contemporaine, qui montre que dans l'histoire elle a été la cause de graves malentendus (colonisation injustifiée du « bon sauvage »....).
Connaître comment?: de quelle maniére et jusqu'à quel point arrive-t-on à connaître les motifs (raisons conscientes) et les mobiles ( motivations plus ou moins inconscientes) des actes d'autrui et à comprendre ses intentions et ses expériences?
connaissance explicative (mais toujours partielle) de la personne si je me limite à la connaissance rationnelle des motifs de ses actes ou à une interprétation systématique des mobiles de son action
connaissance compréhensive si je tente à embrasser sa personnalité entière, atteindre l'autre dans son fond original et irréductible et dans sa liberté..... une approche qui privilégie ici la connaissance du singulier
Quels sont donc, selon les circonstances et selon les buts que je poursuis moi-même, les meilleurs moyens pour connaître autrui?
Plan
les moyens de connaissance d'autrui de la vie courante
les apports de la connaissance scientifique
1ere partie les moyens de connaissance d'autrui dans la vie courante
La connaissance d'autrui dans la vie courante semble osciller entre 2 points vue
point de vue de la psychologie classique : DESCARTES partait d'une conscience close, d'où il résultait que nous ne pouvions connaître autrui et nous mettre à sa place que par analogie avec nous même; la connaissance d'autrui se base sur la connaissance de soi dans la mesure où nous recherchons des intentions identiques ou similaires; l'explication rétrospective de la conduite d'autrui est alors comparable à l'explication rétrospective de ma propre conduite.
Le point de vue de la psychologie contemporaine pose, au contraire, la notion d'une conscience ouverte et d'une intersubjectivité qui en vient presque à faire de la connaissance d'autrui quelque chose d'aussi immédiate que la connaissance de soi.
1 La connaissance d'autrui semble d'abord une expérience immédiate: à partir de signes et de symbôles naturels
On peut affirmer que nous avons une expérience immédiate d'autrui, à condition de prendre le terme expérience dans le sens d'intuition ou de sentiment direct.
A Ce sentiment direct existe déjà chez le tout jeune enfant qui distingue très bien les personnes des choses et sait deviner leurs dispositions,
B Ce contact avec autrui s'établit notamment grâce aux signes naturels du langage émotionnel : lecture directe des sentiments grâce aux modifications du visage, du regard, de la voix.
Sans doute, les sentiments d'un autre nous demeurent invisibles, mais ils entraînent des modifications corporelles qui ne sont pas des effets quelconques, car ils viennent achever le sentiment lui-même, le faire affleurer dans le monde physique.
EXEMPLE quand je percois les traits de la JOCONDE ais-je besoin de me rappeler des expériences antérieures qui m'ont appris tel état d'âme?
Ce contact avec autrui s'établit surtout grâce au regard..
C Il existe enfin différentes formes de communication directe avec autrui qui vont de la sympathie, voire de la simple contagion psychique, à la véritable compréhension affective
Toutefois, toute connaissance suppose un minimum d'interprétation et donc de recul .
l'adulte lui-même se fait souvent bien des illusions sur sa compréhension spontanée d'autrui..EXEMPLE loi d'illusionnement: un éléve beau est jugé a priori plus intelligent par ses professeurs.
La véritable connaissance d'autrui suppose l'expérience directe mais elle a besoin d'être complétée par une expérience raisonnée.
2 La connaissance d'autrui est acquise le plus souvent par la connaissance du comportement interprêté de façon raisonnée:
A C'est déjà une véritable connaissance que nous apporte la fréquentation d'autrui.
Nous savons par exemple que parmi les personnes que nous fréquentons, telle est capable de tenir sa parole, telle autre non, telle autre a du coeur, telle autre est égoiste : il s'agit d'une expérience raisonnée fondée sur l'interprétation du comportement d'autrui, sur la comparaison de ses réactions en diverses circonstances:
Nous acquérons cette connaissance d'autrui par une interprétation de ses actes . EXEMPLE c'est par la description de leurs comportements qu'un LA BRUYERE, nous fait connaître les caractéres de ses personnages.
B Parmi les comportements, le langage en est le principal.
Mais dans quelle mesure nous fait-il vraiment connaître autrui?
1 Le langage peut servir à travestir la pensée aussi bien qu' à l'exprimer:
L'individu n'est pas forcément de bonne foi, et même s'il l'est, il peut se tromper...il en est de même des tiers qui émettent des jugements contradictoires sur autrui EXEMPLE dans la recherche du temps perdu le Narrateur est jugé par les autres à travers des points de vue contradictoires: pour ceux qui connaissent déjà le livre je citerai ALBERTINE qui le trouve gentil, RACHEL qui le trouve cultivé , LEGRANDIN qui le trouve méchant, NORPOIS aux dires de la duchesse de GUERMANTES digne d'être aimé mais d'aprés les dires de Mme de VILLEPARISIS, NORPOIS aurait dit que c'était un flatteur à moitié hystérique.......
le langage peut servir à travestir la pensée EXEMPLE la peinture humoristique du vieux diplomate M. de NORPOIS qui ne veut rien dire qui puisse le compromettre;il est interpellé pendant l'affaire DREYFUS par BLOCH et il arrive par 2 phrases contradictoires, à ramener la somme de ses propos à zéro.
2 les mots n'ont pas la même résonance pour tout le monde surtout lorsqu'il s'agit de la vie affective : les mots ne traduisent que les aspects les plus communicables, donc les moins individuels et les moins « profonds » de la vie affective;
3 les mots n'ont pas toujours la même résonance selon les circonstances...et les cultures....leur signification dépend des conventions culturelles ou encore d'autres éléments liés à l'éducation de la personne d'où la nécessité d'interpréter sous peine de malentendu EXEMPLE le « Narrateur » réussit à décrypter les signes du langage mondain, lorsque le duc de GUERMANTES, accompagné de la reine d'Angleterre lui dit et lui fait signe dit de venir le rejoindre.......le Narrateur comprend aussitôt qu'il ne doit pas venir en pareille compagnie et lui adresse de loin un salut respectueux qui lui vaudra aussitôt l' admiration générale......
4 REMARQUE: le langage n'est pas tout entier dans les mots:
à côté du langage vocal, il y a le langage émotionnel et le langage par geste............
dans le langage parlé, il faut tenir compte du ton, de la mimique vocale.......souvent plus révélateur que les paroles : on sait quelle importance la psychanalyse accorde aux lapsus où émergent des aspects ignorés de la personnalité.
C Jusqu'à quel point, ces procédés nous permettent de connaître nos semblables? Reconnaissons que cette connaissance est toujours précaire:
1 Nous ne nous connaissons pas nous mêmes; à plus forte raison, nous est-il difficile de pénétrer les secrets de l'âme d'autrui. Si les consciences ne sont pas absolument closes les unes aux autres, elles demeurent toujours quelque peu distantes, et seule la parfaite communion avec un être aimé est capable de faire tomber ces barriéres.
A cet obstacle s'ajoute la complexité des caractéres EXEMPLE complexité des héros décrits par les romanciers russes/DOSTOIEVSKI .........
2 Il demeure au fond de chaque âme un monde inconscient ou subconscient........qui ne se manifeste à nous que par éclairs,
- soit dans le regard.................
-soit dans les actes involontaires( gestes spontanés, actes manqués analysés par la psychanalyse)
-soit dans des circonstances imprévues, inhabituelles , dans lesquelles autrui est obligé de se démasquer, de quitter le masque de la simple politesse
Conclusion partielle: la connaissance d'autrui commence par les images et les comportements qu'il nous livre ; des situations de communication qui demandent à être approfondies.
Faut-il en conclure comme PROUST, que les signes conventionnels et volontaires comptent peu, notamment « l'énoncé direct » que les gens fournissent de leur vie et de leur pensée ?( « j'en été arrivé à ne plus attacher d'importance qu'aux témoignages qui ne sont pas une expression rationnelle et analytique de la vérité » III 596); faut-il pour autant refuser une place à la connaissance scientifique et rationnelle d'autrui qui prolonge la connaissance ordinaire?
2eme partie : les apports de la connaissance scientifique
Il existe, au-delà de l'expérience courante, une connaissance scientifique des autres. Encore faut-il préciser qu'elle n'intéresse pas le vulgaire qui cherche non pas « expliquer » autrui mais à savoir s'il pourra en faire son ami ou son collaborateur: une connaissance qui n'est pas analytique mais globale à visée pratique, où il s'agit de déceler autant ses intentions et ses qualités morales que ses qualités physiques et psychologiques.
Il existe une connaissance scientifique des autres
1 dans le cadre des sciences empiriques:( utilisation des substituts de la pensée sous formes de symboles, gestes , paroles, écriture)
EXEMPLE la caractérologie
Cette typologie ne débouche par à proprement parler sur une connaissance individuelle mais elle explique jusqu'à un certain point l'individu, tout en n'étant pas rigoureusement scientifique.
2 dans le cadre des sciences expérimentales:
pour progresser en direction d'une abstraction vraiment scientifique et explicative nous pouvons utiliser d'autres ressources de la psychologie expérimentale avec l'emploi de la méthode des tests : ils permettent, par exemple, d'établir le niveau intellectuel d'un individu par rapport à son âge physique. Cependant, les tests sont d'un emploi toujours difficile; ils me renseignent sur l'existence de telle ou telle faculté mais pas sur l'usage que j'en fais.
3 limites de la connaissance scientifique: la connaissance scientifique porte sur le général( .une connaisance qui procéde par abstraction et finalement par raisonnement analogique), inadéquate pour la connaissance du particulier en tant que tel.....
3éme partie: QUELLE VALEUR FAUT- IL ACCORDER à la connaissance intuitive et à celle de la connaissance rétrospective et analogique
Mais d'abord quelques rappels:
--------La connaissance analogique et conjecturale serait une interprétation d'autrui à partir de l'intérieur de nous mêmes:
« la clef d'autrui est d'abord en nous mêmes car nous ne faisons jamais que conjecturer autrui » Ch BLONDEL Psychologie de M. Proust page 162.
La véritable compréhension d'autrui ne serait donc pas la saisie intuitive directe d'un état de conscience et d'un être total à travers sa physionomie et son corps ........elle s'élabore dans une reconstruction patiente de la conscience d'autrui qui n'a rien à voir avec la sympathie ni avec la participation affective....une attitude proche de la psychologie de DESCARTES qui juge que l'intersubjectivité est seconde (autrui est pour moi une « projection (le résultat d'une déduction) » d'une conscience dans un corps).
------------ la connaissance intuitive serait une connaissance d'autrui à partir d'une relation compréhensive instaurant une connaissance immédiate:
-selon BERGSON, la sympathie est bien un mode de connaissance qui ne reléve pas de l'intelligence, mais de l'instinct: « l'instinct est sympathie », et lorsque cette sympathie devient conscience d'elle-même, elle est intuition
- dans la phénoménologie contemporaine on retrouve la même certitude originaire de l'existence d'autrui (EXEMPLE l'intersubjectivité évoquée par HUSSERL: « la conscience reconnaît l'existence d'autres consciences dans un sentiment originaire de co-existence »).
EXAMEN CRITIQUE
L'expérience d'autrui est une expérience vécue ; elle n'est pas de soi réfléchie
Il n'est pas nécessaire de faire un raisonnement pour prêter un sens aux attitudes et aux expressions d'autrui. Mais nier le raisonnement analogique n'est pas nier l'analogie. le rapport de ressemblance entre les psychismes peut jouer san être saisi comme un rapport d'analogie EXEMPLE l'enfant répond spontanément au sourire de sa mére, en éprouve la signification affectueuse, sans faire le moindre raisonnement. .
1re conséquence: importance de la communication directe des consciences ;
la communication des consciences est antérieure au langage parlé et à l'exercice du raisonnement:
cette communication originaire semble s'exprimer de façon variée en termes de conflit, d'antipathie, de haine ou au contraire d'empathie, de sympathie, d'amitié ou d'amour:
SARTRE, comme dans les perspectives hégéliennes, affirme que cette intuition repose sur l'expérience du conflit entre 2 personnes, exprimé par le regard : « surpris par le regard d'autrui je me sens gêné », car je sens ma liberté m'échapper en objet, par ce regard ; pour SARTRE, je suis prisonnier du jugement d'autrui (huis clos): le contact avec autrui manifeste une altérité radicale.....la conscience de chacun demeure irréductible et au-deça du comportement visible. SARTRE développe l'importance du conflit en même temps que celui de l'absurde (« tout existant naît par hasard, se prolonge par faîblesse et meurt par rencontre »). Nous ne le suivrons pas sur ce terrain.
CRITIQUE: le regard fixé sur moi peut être une gêne , dans la mesure où je me sens découvert, MAIS il peut aussi m'être infiniment précieux, si je veux espérer me révéler à autrui au delà des mots que je prononce. Au lieu d'être une cause de conflit, le regard peut être un moyen de sympathie et de découverte.( analyses de JASPERS, de l'existentialisme chrétien de GABRIEL MARCEL, de LEVINAS.....)
2eme conséquence: apologie de la sympathie dont le moyen formel de connaissance est la ressemblance:
pour MAX SCHELER (nature et forme de la sympathie), je peux atteindre des valeurs inaccessibles à l'intelligence: elles appartiennent à la « logique du coeur » et sont en elles-mêmes alogiques.
L'amour est une expérience connaturelle ( un contact et une expérience fruitive qui cause une joie);
Sans doute, d'une certaine façon, on ne peut-on aimer que ce qu'on connaît, par l'intelligence. Mais le moyen formel de la connaissance amoureuse n'est plus le même: ce n'est plus le concept mais la ressemblance: j'aime mon ami parce qu'il y a une ressemblance qui m'invite à le considérer comme un autre moi-même et vers qui je tends comme en un bien , en qui je peux me reposer.
3 eme conséquence: la connaissance par sympathie est une connaissance « obscure »; l'objet d'amour est davantage senti que pensé
sans doute, y a-t-il interaction entre connaissance intellectuelle et l'amour: plus j' aime autrui, plus je ne cesse d'inventorier, par la pensée , ses aspects délectables mais ici on ne « voit » pas l'âme de l'autre pas plus que nous « voyons » notre âme dans son essence, lorsque nous en avons une expérience réflexe ; nous « sentons » l'âme de notre ami comme un objet d'expérience obscure et ineffable, dans lequel le toi et le moi sont confondus dans une même ressemblance fusionnelle; obscur car je pressens qu'il y a plus en l'ami que l'intelligence ne me fait connaître.
4 éme conséquence : La connaissance par connaturalité est une connaissance authentique mais elle doit être complétée par la réflexion:
l'intrusion du coeur dans les choses du jugement sont souvent cause d'erreurs; en suivant son « instinct » , on imagine autrui selon l'image que l'on s'en fait, en le recouvrant de nos songes (« l'amour rend aveugle »). Aussi pensons- nous que la sympathie ne peut jouer ici qu'un rôle heuristique et qu'elle ne peut suppléer la reflexion, qui, tenant compte de tous les moyens que nous disposons, nous permettra de nous faire d'autrui une idée moins conjecturale.
CONCLUSION: la connaissance d'autrui n'est jamais compléte ni infaillible mais on peut y progresser par toutes les formes de la connaissance ordinaire et scientifique.
07:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, angelicum, autrui, langage
06.09.2006
La musique est elle un langage ?
Café philo du 30 juin 2006
LA MUSIQUE EST-ELLE UN LANGAGE ?
PLAN
I Différences entre musique et langage des mots
II Cependant, la musique est un langage
INTRODUCTION : En quoi la musique est-elle un langage signifiant ?
Difficulté à parler de la musique : un art très rebelle aux concepts ; on «n’entend» pas un pianiste comme on "écoute » un conférencier et pourtant en musique ne parle t on pas de « phrase » musicale? Jusqu’où peut-on filer la métaphore ? En quoi le sens musical ressemble t il à celui du langage des mots? et en quoi est-il différent et peut-être supérieur?
Il semble qu’il y ait bien communication mais de quoi ? Entre le compositeur , l’interprète et l’auditeur s’instaure une communication qui permet la transmission d’affects et peut-être davantage….. mais en musique il ne s’agit sans doute pas d’une transmission de purs concepts qui à la rigueur pourraient faire l’objet d’un texte, comme pourrait le faire le conférencier, si au dernier moment, il souhaitait remplacer sa conférence par un support polycop. En quoi la musique est-elle un langage signifiant ?
I ° partie : Différences entre musique et langage des mots
Un première DIFFERENCE : musique et paroles ont des fonctions différentes :
La musique ne possède pas les fonctions et les propriétés du langage des mots :
sa définition lui assigne une fonction principale : combiner des sons agréables pour l’oreille.
La musique a pour but principal de procurer du plaisir : un art apparemment dépourvu de toute intention descriptive (EXEMPLE le chanteur occasionnel dans sa salle de bain ne cherche pas à communiquer avec ses voisins.. mais il souhaite se faire plaisir). Cependant, ce plaisir n’est pas produit arbitrairement ; il est donc pertinent de se poser le problème de l’existence d’une éventuelle sémantique musicale : la musique n’est elle qu’un langage qui se limite à se signifier lui-même ou au contraire, comme pour les romantiques, est-elle dotée d’une intention narrative ?(EXEMPLES : le développement de « l’idée fixe »dans BERLIOZ ; le leitmotiv wagnérien ou debussyste)
Dans le langage des mots (qui est un mélange de sons articulés et de sens ), l’intention première est de transmettre une information, un désir, un ordre :….une fonction principalement locutoire (référence métalinguistique à une réalité et à une représentation extérieure au langage ) et dans une moindre mesure illocutoire ( informer sur la situation de celui qui parle)……
2 un deuxiéme différence : à l’opposé du langage des mots, la musique « semble » totalement équivoque :
Comme la musique n’est pas articulée, elle ne peut pas exprimer des concepts précis. Malgré les apparences ( « dites le avec des chansons »), la musique semble incapable d’exprimer explicitement des idées ou des ordres, contrairement au langage articulé où le locuteur peut émettre des phrases avec un sens univoque directement compréhensible;
CONSEQUENCE : expression inexpressive et inexpression expressive de la musique: (JANKELEVITCH)
un même texte semble se prêter à une infinité de musiques radicalement imprévisibles et différentes :
EXEMPLES
Clair de lune de FAURE, DEBUSSY,BEETHOVEN, SAINT SAENS…
Inversement : une même musique semble renvoyer à une infinité de textes possibles :
Exemples: Dans la musique de ROSSINI, pour l’auditeur démuni de livret d’opéra, il ne peut pas faire de différence entre les scènes de tempêtes, d’incendies, d’émeutes.
Exemple: BEETHOVEN la sonate N°31 la bémol majeur op 110 la bémol majeur : plaquer n’importe quelle parole loufoque sur la mélodie……« ist das ein Kartofeln ? Ja, das ist ein Kartofeln…… »
Fait-il affirmer pour autant que la musique est totalement équivoque ?
Exemple: Si l’auditeur n’a pas connaissance du sous-titre « jeux de vagues », dans La mer de DEBUSSY, pense-t-il nécessairement à la mer ?
Ce qui nourrit la thèse de l’équivocité totale de la musique, c’est son faible pouvoir de représentation, contrairement au langage articulé.
En outre, on observe que les exemples de musique imitative sont peu nombreux et que la musique plaît indépendamment de toute imitation et quand elle souhaite se faire descriptive, elle imite mais mal :
Exemples d’imitations :
Imitations des bruits de la nature :
Exemple: L’atmosphère champêtre chez BEETHOVEN
Exemple: Le chant des oiseaux de JANNEQUIN ; la gente ailée chez OLIVIER MESSIAEN
RIMSKI - KORSAKOV le vol du bourdon
LAKME vocalise de l’air des clochettes
Imitations d’entretiens fictifs :
Exemple: SCHUMANN « le poète parle » (extrait des scènes d’enfants)
Exemple: RAVEL Ma mère l’Oye
Evocations de « faits de vie » :
Exemple: Le caquet des commères de JANNEQUIN ; la chasse de LISZT (transcription d’une étude de PAGANINI) ….
3°me différence : les structures du langage et celles de la musique n’ont que des similitudes superficielles :
En effet, langage et musique se déroulent dans le temps et reposent donc sur une organisation séquentielle impliquant plusieurs niveaux:
langage : niveaux orthographiques, phonologiques, prosodique, sémantique ( mettre un nom sur…), syntaxique et pragmatique.
musique : niveaux de notations musicales, rythmique, harmonique ;
d’où une comparaison possible entre sémantique du langage et mélodie:
Sur cette base commune, on a comparé la violation des règles dans le langage et dans la musique: autrement dit, comparer la perception d’une incohérence grammaticale ou sémantique et la perception d’une fausse note.
De récentes expériences en neuro-sciences semblent montrer que cette base ne constitue qu’une analogie de surface : en effet, l’analyse du cerveau au scanner montre que les mots sémantiquement non-congruents activent la zone (N 400 ); dans la perception musicale, les notes incongruentes ( « fausse notes »)activent une zone différente du cerveau (P600)
conclusion « scientifique » : pas d’identité entre perception musicale et langagière en matière de signification congruente
4° : en musique la répétition n’est pas une incohérence:
Pour la musique, la répétition devient un procédé courant ; elle est un non sens dans le langage. Cela explique que la répétition est perçue comme incongrue dans la prose (sauf en poésie ( musique des mots) ; en musique elle devient une source de plaisir et même un procédé courant. ( se pose aussi l’origine de cet universel musical)
La répétition d’un motif déclenche l’émotion : un procédé employé avec plus ou moins de subtilité
le da capo est une ravissante surprise, source d’un plaisir inépuisable
Exemple dans le rondo , un même refrain alterne avec différents couplets
Exemple: l’écriture canonique
La répétition devient un progrès même lorsqu’elle est obsessionnelle :
Exemple: Le boléro de RAVEL 1928 : une des œuvre les plus jouée au XX° siècle, 17 minutes d’un long crescendo.
Une mélodie hyspano-arabe mais bien tonale , d’une structure « simple » , avec un « sens unique » proche d’une certaine transe : un sens qui se dévoile par la répétition qui est la mise en transe ;
Autre exemple : Erik SATIE
Autres procédés musicaux en rapport avec la répétition : la variation et l’ornementation
LA VARIATION : La variation est un équilibre entre répétition et innovation …..
Exemple: La « musique savante » de BEETHOVEN variation sur une valse de DIABELLI : on oublie la valse ( à 3 temps) qui sert de modèle et on lui substitue une variation déjà lointaine ( à 4 temps !) qui elle- même va servir de base à des variations ultérieures…..
Exemple: Le jazz : le musicien dispose d’un stock-standard de variations et d’ornementations mais la « syntaxe » reste libre…..
Autre procédé : L’ornementation… Elle est bien plus qu’un agrément facultatif .
Exemple: 3° Scherzo de CHOPIN: 2 discours qui sont construits de façon indépendante et qui se conjuguent dans l’œuvre
Exemple: La musique chinoise traditionnelle
5° différence : Les mémorisations à court terme des mots et de la musique obéissent à des règles différentes:
Mémoire à court terme (mémoriser à la première écoute une phrase …); pour le langage articulé on connaît le temps maximum d’éléments mémorisables….ce temps demeure encore indéterminé en musique
Exemple: Le plus long thème musical connu (une minute) est situé dans RAVEL concerto en sol
Autre Exemple: Sonate pour piano et violon en la majeur de FRANCK ( commentée par Marcel PROUST : « comme le dialogue plaintif entre un oiseau et un arbre… »..) : le thème est long mais paradoxalement il est moins difficile à mémoriser car il est de style « dialogué » entre 2 instruments : dialogue entre l’oraison qui vient de la terre et les voix qui descendent du ciel…..
2° partie DEBAT: quelle est l’emprise des sons musicaux sur l’expression des sentiments et des idées
De manière analogique, la musique pourrait-elle « dire » sans dire et donner à « voir » et à penser, sans voir ? Certes, cette analogie ne pourrait pas être comprise comme une imitation stricte de la réalité comme nous avons tenté de le prouver précédemment….Et pourtant…..
Reprise du constat d’équivocité de la musique avec 3 conséquences théoriques possibles concernant sa sémantique:
A théorie du formalisme (HANSLICK)
B symbolisme métaphysique (SCHOPENHAUER)
C la musique est une « pensée » archaïque et antérieure au langage des mots
A le formalisme : la musique n’est pas autre chose que de la forme en mouvement
Le contenu de la musique n’est rien d’autre que sa forme, c’est-à-dire sa structure mélodique, harmonique et rythmique : c’est la thèse développée par le critique musical Edouard HANSLICK (1825-1904 contemporain de NIETZSCHE…) du beau dans la musique page 57 « la beauté musicale est spécifiquement musicale, c’est-à-dire qu’elle réside dans la combinaison des sons, sans relation avec une sphère d’idées ».
« La musique est un langage qui n’exprime que lui-même » : un art non signifiant dépourvu de toute intention descriptive. C’est bien là le sort de « la musique pure » :un point de vue repris par STRAVINSKY : «la musique , par son essence , est impuissante à exprimer quoi que ce soit….. si la musique paraît exprimer quelque chose , ce n’est qu’une illusion ;… un élément additionnel que, par convention tacite, nous lui avons prêté, comme une étiquette…. ».
Principale conséquence : dénotation et connotation sont totalement subjectives :
Le flux musical ne signifie en lui-même absolument rien, mais il présente simplement pour moi qui l’écoute, une analogie avec mes sentiments, à savoir le mouvement, l’aspect dynamique, de sorte que, selon l’état dans lequel je me trouve, je plaque sur cette musique ce sentiment que qui provient de mon propre fond ; la musique exprime ce sentiment, sans me rendre compte de cette illusion.
Exemple : La mer de DEBUSSY dénote bien le bruit des vagues mais seul le titre permet de d’attribuer une dimension sémantique à la structure musicale qui possède une signification infinie parce que justement elle n’en possède aucune et se prête à toutes :
La musique n’a pas de dimension sémantique propre.
La musique n’ayant pas de dimension sémantique spécifique, comment peut-on justifier le contraire et invoquer un hypothétique « paramètre musical » dans le domaine de la représentation ?
B le symbolisme : la musique est l’expression de l’essence du monde
Une signification transcendante est inscrite dans la musique qui est l’expression de l’essence du monde
Ce symbolisme métaphysique est développé dans l’esthétique romantique du XIX° siècle : SCHUMANN, LISZT, SCHOPENHAUER, le jeune NIETZSCHE, WAGNER, SCHELLING……
SCHOPENHAUER
SCHOPENHAUER (1788-1860) en est le meilleur représentant: La musique n’ayant pas besoin de mots, elle est langue universelle et coïncide avec l’essence des choses :
La thèse métaphysique centrale de SCHOPENHAUER est que le monde est essentiellement VOLONTE qui se dégrade en REPRESENTATION
Le VOULOIR implique souffrance mais la musique nie le Vouloir grâce à la contemplation.
En effet, la volonté insatiable se déchire elle- même et crée sans cesse de nouvelles souffrances mais il arrive que par ses jeux, l’art musical mieux que les autres arts réussisse à transposer (hinüberspielen) sur le plan de la représentation les mouvements du VOULOIR. Or ce faisant, elle transforme l’univers réel parce qu’elle transforme le sujet connaissant et lui impose l’attitude contemplative. Notre douleur, notre désir égoïste deviennent la douleur, le désir universel. Et nous cessons de souffrir parce que nous cessons de « vouloir » .
La musique est le seul art qui permet le dépassement complet de l’individuation……
La musique n’ayant pas besoin de mots, elle est langue universelle et coïncide avec l’essence des choses : elle est explication du monde : « la musique est la mélodie dont le texte est formé par le monde » leçons philosophiques 1820.
Dans son essence, la musique est comme DIEU… elle voit dans les cœurs. C’est pourquoi elle seule, peut exprimer les mouvements qui forment la texture de l’âme. Comme elle dépasse les idées, elle est indépendante du monde sensible ; elle ne parle pas des choses mais uniquement du bien être et de la douleur, les seules réalités valables pour la VOLONTE : bien être et souffrance constituent par exemple les thèmes de l’amour tragique des opéras y compris ceux de « la mauvaise musique » et autres chansonnettes ( un bouillon cube avec 3 notes) dont Marcel PROUST, défenseur des idées de SCHOPENHAUER, fait paradoxalement l’éloge, dans les Plaisirs et les Jours.
Pour SCHOPENHAUER, la musique exprime aussi la nostalgie d’une unité ineffable; CLEMENT ROSSET interprète ainsi SCHOPENHAUER : la musique signifierait la réapparition d’un thème originel dont la vie serait une perpétuelle répétition ; l’art est la réminiscence obscure, dans un sens très différent du sens platonicien, de ce qui fut, avant le temps, l’origine des répétitions (CLEMENT ROSSET l’esthétique de Schopenhauer ).
La musique a le privilège d’être l’expression quasi- immédiate de la VOLONTE. Celle-ci, imperceptible commence à être perçue dans la note la plus basse que puissent entendre les instruments de musique, la « basse fondamentale » dont le prélude de l’Or du Rhin de WAGNER est une image approchée.
Rappelons que le prélude de l’Or du Rhin commence par le petit grain d’une note grave qui enfle de façon statique progressivement pendant 137 mesures .
Toute l’architecture musicale de SCHOPENHAUER est bâtie sur ce socle analogue à de la matière inerte ; elle a valeur d’analogie concernant les différents degrés de l’être : les voies musicales moyennes expriment le monde végétal et animal, la voie aiguë , porteuse de mélodie manifeste la VOLONTE pleinement consciente de soi que seule possède seule l’humanité.
Chez SCHOPENHAUER « l’architecture » ou échelle des formes musicales est parallèle aux degrés d’objectivation du VOULOIR (le monde comme volonté et comme représentation : paragraphe 52 du Livre II) : le rythme est une forme de la sensibilité pure…..la mélodie est le noyau de la musique; elle est une phrase fermée qui part de la tonique et qui y revient après être passé par la dominante…elle est réconciliation toujours renouvelée de l’élément rythmique et de l’élément harmonique…….
Le charme de la musique ( succession de dissonances et d’accords harmoniques ) suggère la naissance toujours nouvelle des désirs et de leur satisfaction, faisant miroiter à l’homme la réalisation de ses vœux sans jamais la décrire dans son individuation …. : ainsi s’explique l’équivocité apparente de la musique.
Ces théories ont été reprises par WAGNER et le jeune NIETZSCHE (DYONISIOS surmonte l’illusion artistique d’APOLLON pour pénétrer au cœur des choses)
La musique est incarnée par ces 2 polarités qui luttent entre elles. Symbole de ce dualisme : la mort d’ORPHEE qui est déchiré par les ménades de THRACE parce qu’il a dédaigné leurs avances et avec raison, face à ces bacchantes qui sont de véritables furies, ivres de passions…..
L’esthétique de SCHELLING reprend cette thématique, en partie… ( bien que, pour lui, la musique n’occupe pas le premier rang contrairement à SCHOPENHAUER) : la musique naît de la douleur de l’être en lutte avec lui-même ; elle est d’essence tragique et dionysiaque ; une violence avec laquelle la nature cherche à s’arracher elle-même pour se faire esprit. Une divine folie apparaît au moment où jaillit de la profondeur de l’être une liberté créatrice . La Folie d’auto- lacération de la nature est symbolisée dans l’iconographie par le char de DIONYSIOS tiré par des panthères…….
Quelques critiques contre SCHOPENHAUER
CRITIQUES DE BERGSON (1859-1941):
--- l’esthétique de SCHOPENHAUER est trop réductrice : une esthétique qui ne prétend qu’à révéler le monde (théoria) s’oppose à une esthétique qui le transfigure(poésis)
--- il a sous estimé l’importance de la temporalité : pour BERGSON c’est le rythme ( et non la mélodie) qui permet d’accéder au sens…
Sur ce problème métaphysique de la temporalité, la théorie de SCHOPENHAUER s’oppose nettement à celles de ses prédécesseurs, notamment à HEGEL (1770-1831) : pour HEGEL la musique se déploie dans le temps et l’âme doit donc être analysée comme temporelle ; la musique aura donc vocation à représenter plus spécifiquement l’âme humaine mais en contre partie, la musique n’occupera qu’une place intermédiaire et médiocre dans la hiérarchie des arts: en étant plus matérielle que la poésie, elle se situe entre la poésie et la peinture ……
Il conviendrait donc de mieux cerner le statut du temps tel qu’il est suggéré par la musique; mieux que par les mots, la musique permet de comprendre et de « vivre » le temps (dont voici quelques pistes de réflexion …)
C La musique est aussi une « pensée » archaïque et antérieure au langage des mots
Avec le symbolisme métaphysique, nous avons vu que la musique est la structure d’une émotion possible et que son indétermination apparente ne doit pas invoquée comme un obstacle à des projections et à des émotions « objectives » réellement ressenties comme telles par chacun d’entre nous.
D’autres motifs peuvent justifier l’existence d’une sémantique musicale:
1 er argument : il existe des émotions strictement musicales dont nous connaissons les mécanismes (émotions « brutes » immédiatement accessibles)
.
Il existe des émotions spécifiquement musicales : relations directe entre certaines séquence musicales et certains états émotionnels : Les harmonies consonantes sont jugées joyeuses ;
Les harmonies dissonantes sont jugées saisissantes, agitées, énergiques ;
Des pièces jouées en majeur sont jugées joyeuses, vives, gaies ;
Les mêmes jouées en mode mineur sont jugées pathétiques, mélancoliques, plaintives, tristes, notamment avec un tempo plus lent ;
Les pièces jouées dans les tessitures graves sont jugées tristes ou toniques, les mêmes pièces jouées plus haut sont ressenties comme vives et pleines d’humour.
Tierce majeure = plaisir
Quinte, octave = neutralité
Exemple: L’adagio d’ALBINONI peut provoquer la réaction de larmes
Une altération au niveau du mode et du rythme permet de passer d’un registre gai à un registre triste ou inversement( EXEMPLE la marche funébre de CHOPIN jouée de 2 façons différentes…..) ; ce type d’altération permet aussi de passer à un autre genre de musique :
Exemple: Le passage d’une petite musique pour enfant à une musique savante dans le 3°mouvement de la 1° ère symphonie de GUSTAV MALHER:
frère Jacques ( frère MARTIN en allemand) joué en mineur et non plus en majeur, mais MAHLER conserve le canon : avec un ralenti : mouvement lent, grinçant, ironique, très étrange pour l’époque ; une sorte de marche funèbre en ré mineur ; contrebasse avec sourdine , voix suraigu du basson qui provoque une impression d’étrange ; se greffe le chant du coucou sans joie, désolé, triste ; la trompette émet un gros soupir ; les violons sont mélancoliques ; un dialogue entre le violon et le hautbois évoque le lyrisme du souvenir du bonheur passé…..
Impression d’ironie …… volonté de brouiller les frontières entre musique populaire et musique savante, unir le tragique et le vulgaire…
Toutefois, il convient de ne pas confondre sentiment et passion avec le simple plaisir/déplaisir, émerveillement, surprise, tristesse…des émotions « brutes » d’où mon souhait de préciser l’expressivité du langage musical….
2° eme argument : La musique est un langage parce qu’elle est une échographie fidèle du psychisme : la musique a le mérite de représenter ce qui, dans la vie de l’âme, individuelle et collective, échappe à la pensée analytique des mots.
A Cette affirmation semble se vérifier aisément pour la description des grandes passions universelles ( émotions portées à l’extrême) qui sont immédiatement accessibles et qui constituent indiscutablement notre manière d’être au monde:
Dans son admirable livre la musique consolatrice (1944) GEORGES DUHAMEL, cite DUPARC : « Aucun art, plus que la musique n’est propre à exprimer les grandes passions qui agitent l’âme humaine et qui sont les mêmes dans tous les temps et tous les pays… ».
QUELQUES EXEMPLES D’EMOTIONS PUISSANTES ET DE PENSEES « ARCHAÏQUES » EVOQUEES PAR LA MUSIQUE
Exemple: Evoquer l’interrogation par le procédé de la suspension ( commencer une phrase et l’arrêter aussitôt) :
Am grabe de RICHARD WAGNER 1863 de LISZT (piano)
Exemple: Evoquer de façon suggestive l’idée archaïque et ineffable de la vie périlleuse : une fugue de BACH a un coté très élaboré, technique, complexe et en même temps un coté « sauvage » ; c’est l’histoire d’un sujet qui court après un contre sujet qui est rattrapé par le sujet dans une autre voix… et à l’arrivée, dans la fugue il y a un strette, un moment où le sujet se superpose à lui-même dans un moment de resserrement temporel, tout à fait prodigieux…..
On y trouve l’idée de la chasse ( du « sauvage » très civilisé), du danger, d’une situation de péril permanent… « il y a l’idée qu’il faut y arriver… ! »(Bernard SEVE).
AUTRES EXEMPLES ROMANTIQUES et POST-ROMANTIQUES :
BEETHOVEN : les premières notes de la Cinquième Symphonie de BEETHOVEN disent du « destin qui frappe à la porte » ce que nulle autre figure de l’esprit n’a pu mieux dire…….. peut-être trop romantique à mon goût (et aux yeux de CHOPIN qui préférait BACH dénommé par les musicologues « l’ancien testament »)
RAMANINOV « le dernier des romantiques » 3° me concerto morceau riche en émotions à « fleur de piano » avec des vagues émotionnelles incessantes, une musique brûlante avec des tensions chromatiques intenses….
B Qu’en est-il concernant le pouvoir d’expression d’émotions très délicates ? :Sur ce point, il faut donner raison à HANSLICK : nous savons que ces émotions font l’objet de jugements et d’expériences variables pour chacun d’entre nous. Dans ce registre, La musique prend une signification différente pour tel ou tel un individu en fonction de son vécu et de son éducation
EXEMPLE A l’opposé de BEETHOVEN, la musique de MOZART comporte davantage d’émotions très délicates : pour ne pas rayer ce diamant , il faut apprendre à ne pas y mettre trop d’émotion dans son exécution elle-même (Cosi fan tutte : une œuvre à la fois simple et très difficile avec l’amertume et la légèreté du champagne ……)
Ceci explique que beaucoup d’entre nous peuvent trouver la musique de MOZART fade…quoique d’une façon générale la musique de MOZART soit appréciée dans le monde entier ( article de science et vie ……..)
Il me semble que les « connaissances » musicales n’intensifient pas la qualité et la quantité de ce genre d’émotions (je pense aux réflexions de SWANN à l’écoute de « la petite phrase » de VINTEUIL, qui cherche vainement des raisons formelles d’écriture musicale pour expliquer la qualité de son plaisir) ; les personnes qui ont davantage de « savoir » musical ne ressentiront pas des émotions très différentes du néophyte….
Ici encore, la musique a pour vocation à représenter ce qui, dans la vie de l’âme, individuelle et collective, échappe à la pensée analytique des mots.
EXEMPLE l’intermezzo en la majeur op.118 de BRAHMS parvient à dire l’étonnement comme jamais les philosophes ne sont parvenus à dire
EXEMPLE la musique qui chante et qui accompagne GOLAUD à la scène 4 de l’acte III de Pelléas DEBUSSY (« Ah ! Patience, mon Dieu, patience….. ») touche un registre de l’angoisse mieux que ce qu’ont pu montrer beaucoup de pages de la littérature.
3° argument : le chant, l’opéra, le cinéma au secours d’une sémantique musicale
La collaboration merveilleuse et inouïe entre le son et l’image confère un second souffle à la sémantique musicale.
Contre le formalisme de HANSLICK, le critique et théoricien J.J. NATTIEZ argumente en évoquant l’exemple de l’opéra de GLUCK : .: « sans doute, le dynamisme de la mélodie d’ORPHEE « que faro senze Euridice ?» peut convenir aussi bien à l’évocation du malheur que du bonheur, cela ne veut pas dire que la sémantique musicale soit toujours arbitraire : cet air « vivace » ne conviendrait pas à l’expression de la langueur » (la signification comme paramètre musical. )
NATTIEZ poursuit : « Comment ne pas associer Ainsi parlait Zarathoustra de STRAUSS à 2001 de KUBRICH ( caractère transcendantal de la musique pour l’évocation de l’infinité de l’espace), l’adagio de la 5° eme symphonie de MAHLER à Mort à Venise de VISCONTI ? »
Par ailleurs, la musique se fond à un tel point dans le texte et dans l’intrigue que l’on ne sait plus si ce sont les films qui sont associés à la musique ou l’inverse…..
AUTRES EXEMPLES d’associations réussies :
« in the mood for love » film de WONG KAR-WAI, HONGKONG 2000 ; un sommet du glamour, avec le fameux tube jazy, qui est une valse triste rythmant les chassés croisés des voisins de pallier.
EXEMPLE « les oiseaux » de HITCHKOCK : paradoxalement, au début du film, devant la présence silencieuse des corbeaux, le réalisateur crée davantage d’angoisse que ne le ferait le son d’une contrebasse, avec la cantine faussement rassurante des enfants d’une maternelle ….
CONCLUSION
La musique est la structure d’une émotion possible mais j’ai souhaité montrer que son indétermination sémantique n’est pas totale, notamment pour objectiver des émotions « brutes » immédiatement accessibles par tous.
La musique est donc bien un langage mais elle garde tout son mystère infini et inépuisable car chaque musicien nous communique une vision originale de son monde intérieur.
La palette des « régions de l’être » que la musique peut atteindre ne se limite pas au registre de l’âme. Elle concerne la vie et le cosmos tout entiers, même le monde minéral et jusqu’aux espaces intersidéraux.
Elle doit sans doute cette puissance suggestive à son caractère structurellement non figuratif, ainsi qu’à sa nature diachronique, qui lui donne vocation à saisir à la fois les émotions et la pure vie des formes et leurs incessantes métamorphoses.
08:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, langage, blog, philosophie
05.07.2006
Le partage
LE PARTAGE
Le Partage (partager = diviser en éléments qu’on peut distribuer ou échanger ; participer,collaborer; se solidariser)
PLAN PROPOSE:
1 Partager quoi, avec qui, et pourquoi?
2 Comment mieux partager, dans la vie publique et dans la vie privée?
introduction : partager est une nécessité absolue
Le devoir de partage constitue la base des liens économiques, politiques, culturels, sociaux, familiaux et affectifs qui tissent notre vie commune et toute l’organisation du travail :
Une façon d’évoquer ces liens serait de nous pencher sur les applications du partage :
Dans la vie courante, on comprend aisément ce que signifie (partager l’usage de sa langue maternelle), partager un repas , un lit, ou de participer à des taches domestiques, participer à l’éducation des enfants.
L’action de diviser un gâteau , de le distribuer en parts plus ou moins égales est facilement compréhensible ; cette activité devient plus difficile à analyser et à réaliser sur d’autres biens et services plus complexes matériels et immatériels:
QUE PEUT-ON PARTAGER ?
Partage de droits et de libertés fondamentales ( dans la vie publique et dans la vie privée) au regard des droits de l’homme
Partage du travail et des richesses économiques : dans le domaine économique, le « gâteau » pris par chacun conditionne la part de la part de tous les autres
Partage de la cultures et de l’information :
dans le domaine culturel et artistique le désir de partager inspire les créateurs qui font de leur talent, de leur savoir, une offrande qui envahit toute la société ; et plus simplement, dans la vie courante, nous savons bien qu’il faut partager nos émotions et nos sentiments, nos pensées sinon elles meurent …….;
n’oublions pas l’esprit de tolérance qui s’exerce aussi dans le multiculturalisme :
Face à l’existence de minorités étrangères sur la sol national, il me semble que la démocratie doit permettre aussi la libre expression de ces minorités et concilier la vie en commun sans exclusion radicale ; d’où les discussions sur les possibilités « d’un multiculturalisme » qui constitue un axe majeur de réflexion de la sociologie politique. EXEMPLE réussis de l’Espagne…….. des PAYS BAS ( au nom de l’humanisme et l’appartenance à l’l’humanité ..)
POURQUOI PARTAGER et avec qui ?
l’échange est-il toujours conditionné par un intérêt clair à partager ?
S’agit-il de transferts fondés sur la simple réciprocité : donner (une partie )pour recevoir ?
S’agit-il d’un don unilatéral apparemment gratuit, régi par l’altruisme ou par d’autres motivations ?
QUELS SONT LES PRINCIPES DE JUSTICE QUI CONDITIONNENT UN MEILLEUR PARTAGE? Quelles sont les difficultés d’applications de ces principes dans le monde actuel traversé par les turbulences du mondialisme et de la post modernité?
PLAN PROPOSE Analyse du partage sur 2 plans :
1 Les dimensions et les applications du partage : partager quoi, avec qui et pourquoi ?
2 Dans un souci de plus grande justice comment mieux partager ? ( sans avoir ce soir la prétention naïve de changer le monde)
1° partie les dimensions et les applications de la notion de partage
Au niveau mondial : échanges et coopération ( plus les pays commercent et coopèrent, moins il y a de risques de guerres)
A Montée en puissance des échanges et de la coopération dans le secteur international depuis 60 ans : progression des échanges et des collaborations internationales (accords transnationaux, émergence d’organismes supranationaux et de structures non étatiques type ONG) :
au lendemain de la 2° guerre la mise en place progressive de ce qui deviendra la CEE ( marché commun): l’intégration européenne crée un droit communautaire qui étend tous les jours sa compétence à des domaines nouveaux ( la Cour européenne exerce une sorte de contrôle de la constitutionnalité des lois nationales, lorsqu’elle les juge non conformes au traité de ROME….)
- une collaboration internationale accrue : avec la charte de l’ONU en 1945, avec la CEE ( 47 pays participent actuellement aux activités du Conseil de l’Europe dans les domaines de l’Education et de la Culture : 225 langues européennes sont parlées dans les pays membres et plusieurs centaines de langues y sont parlées par les populations migrantes)
- accord du GATT
1989 : la chute du mur de BERLIN a favorisé une nette progression des échanges économiques : 1995 création de l’OMC qui compte 149 états
et sur le plan de la politique internationale à l’ONU, on observe un élargissement du droit de veto
extensions des accords économiques dans le monde : EXEMPLES
ASEAN en Asie,
MERQUANSOUR en AMERIQUE
Accord de CHANGHAI
Progression des ONG ( « les multinationales du cœur »)
B conséquence : une prise de conscience planétaire du problème du partage des ressources du globe
le droit international se mondialise et prend davantage conscience des problèmes planétaires : EXEMPLE comment prévenir les risques de catastrophes naturelles : (réchauffement du climat…défense de l’environnement et de la faune ) ; comment assurer un nouveau « partage » du monde ( droit de pêche…). Le club de ROME en 1972 avait déjà mis en garde la communauté internationale sur l’épuisement des ressources naturelles…..
sur le plan économique mondial, faut-il conclure que l’accroissement des échanges a fait diminuer l’écart entre pays riches et pays pauvres ? ( ici nous restons « partagés » au sens « d’écartelé entre des jugements opposés »)
réponse : les experts s’accordent sur la réduction des disparités entre pays occidentaux grâce aux échanges économiques;
Il y a consensus aussi sur le fait que les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres s’est accentuée jusque vers 1973. Par contre, le diagnostic devient incertain concernant la période récente.
EXEMPLE l’Afrique souffre de pas pouvoir investir dans les technologies nouvelles….. contrairement à l’Asie qui a compris que son évolution économique serait dépendante sur le long terme sur sa capacité à innover….EXEMPLE. TAÏ WAN…..
Au niveau national et régional
Au niveau national : un nouveau style de gouvernance :
La France instaure la décentralisation : transfert de compétences
- transfert de l’exécutif aux collectivités
- extension des pouvoirs économiques des collectivités locales . L’Etat se décharge sur elles des responsabilités onéreuses (bâtiments scolaires, hôpitaux), avec transferts de personnels et de moyens financiers.
un libéralisme qui n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat: abandon de l’Etat Providence…..au profit d’un nouveau style de « gouvernance ».
la coordination à l’échelle gouvernementale devient délicate et complexe :
pour négocier avec les élus sourcilleux de leur légitimité ;
avec une fragmentation des services de l’Etat qui collaborent avec les services régionaux ou généraux correspondants.
Sans doute, la transformation de l’état providence s’accompagne apparemment d’une perte de pouvoir :
Décentralisation ;
Privatisation ;
Fin du dirigisme industriel
Mais le libéralisme n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat :
Prélèvement obligatoires en hausse
Augmentation des agents de l’état
Un domaine d’intervention sans cesse croissant qui explique que la société française n’ait pas « craquée » malgré l’augmentation du chômage……
Au niveau social et économique en EUROPE et en FRANCE: un NOUVEAU PARTAGE entre riches et pauvres
On a d’abord assisté après guerre à une période spectaculaire de la croissance ( « les 30 glorieuses ») en EUROPE avec une réduction sensible des écarts entre les niveaux de vie:
Mais en France, à partir des années 80 ces tendances ont cessées :
Des écarts importants subsistent dans la répartition des biens et des richesses et la séparation nantis/ laissés –pour-compte s’est accentuée
.le bilan social reste complexe :
la répartition de la propriété foncière en France est restée la même …..
en matière de salaires et de pouvoir d’achat on a enregistré une progression globale importante jusqu’en 1995et depuis les disparités ont faiblement évoluées:
resserrement de l’éventail des salaires ; actuellement, le SMIG a augmenté de 18 % en 3 ans
augmentation des revenus des retraites
mais l’écart persiste entre hommes et femmes
le nombre de pauvres n’a pas augmenté (10% de la population française) mais il a changé de catégories…. On assiste à un brouillage des groupes sociaux et à de nouvelles inégalités qui ne sont plus liées à l’absence de patrimoine ou de culture mais aux aléas de la conjoncture : chômage, emplois précaires
l’évolution du droit du travail enregistre une régression : déréglementation dans le secteur privé ;
la protection légale a reculé sur certains points :
-sécurité de l’emploi ( « les entreprises sont devenues des centrifugeuses qui virent les maillons faibles »)
-conditions de travail difficiles
-pouvoirs de licenciement accrus
la protection légale a progressé sur d’autres points :
représentation du personnel
traitement égal des sexes
progression des droits à la formation ( loi de 1971 en France concernant le droit à la formation des salariés)
de façon générale, les inégalités entre hommes et femmes persistent dans de nombreux secteurs ( participation à la vie politique ……….)
la fracture sociale s’accentue au niveau de l’école : ( L’école fait également l’objet d’un bilan complexe : globalement, le niveau « monte » mais l’orthographe baisse) : le partage « démocratique » des connaissances demeure très insuffisant: (analyses de BOURDIEU concernant « les héritiers ».et autres analyses de l’inégalité : accès au capital économique/biens financiers, patrimoine, social/ réseau d’influence, culturel/diplôme, niveau linguistique qui possèdent une forte dimension symbolique .) : un abîme culturel sépare encore les enfants des classes moyennes et les adolescents du sous-prolétariat..
les inégalités par rapport au savoir apparaissent aujourd’hui plus insupportables qu’auparavant : EXEMPLE à l’embauche de personnels dans un super marché…les difficultés de lecture deviennent un obstacle absolu….
LA LUTTE CONTRE LES INEGALITES PASSE PAR L’ETAT DISTRIBUTEUR (allocations chômage ; politique de formation ; politique de la ville) QUI ENCOURAGE LES INITIATIVES LOCALES….
CONCLUSION partielle : En 60 ans notre pays est devenu une France moins inégale mais plus inquiète face à la mondialisation
Famille et sociabilité
Nous savons que la famille est un des premiers ancrages de la sociabilité :
Déjà, dés le rituel du partage du petit déjeuner, la famille formule des mots simples qui expriment les goûts, les peines, les espoirs, les vérités des uns et des autres……des mots aussi qui entretiennent la connivence conjugale.
De façon plus sérieuse,
-----On assiste à un renouveau du partage des taches domestiques et des responsabilités mais en même temps à un bouleversement de la famille qui est devenu un lieu de socialisation plus précaire ( suite à l’émancipation économique et professionnelle de la femme):
nouveau partage des taches :
EXEMPLE actuellement le mari participe aux taches domestiques et à l’éducation
Autrefois, dans les milieux populaires, la fonction du père se limitait à remettre sa paye à son épouse qui assurait la gestion du ménage.
---De même la solidarité intra familiale se poursuit au niveau des grand parents qui gardent les petits enfants et aident financièrement les jeunes ménages
Mais la famille se fragilise : plus actives, plus diplômées , plus autonomes, les femmes se sont affranchies des contraintes les plus pesantes attachées à leur rôle d’épouse et de mère : un des facteurs avec la fragilisation des normes du mariage qui explique la difficulté à vivre en couple …..
Dans le domaine des loisirs le « partage » d’activités communes peut être le moteur de l’amitié
-----Le partage d’activités et de projets communs ( sport, vie associative, loisirs) est souvent l’origine d’une amitié possible….paradoxalement, les enquêtes montrent que l’augmentation récente des célibataires en France ne signifie pas forcément une plus grande solitude : les nouveaux célibataires entretiennent un riche réseaux de relations , téléphonent plus fréquemment que le reste de la population et sortent beaucoup entre amis.
----Toutefois, il convient de remarquer que dans la vie courante partager n’est pas forcément fraterniser ..
Mais vous pardonnerez cette digression avec ce petit éloge du don, qui paradoxalement est aussi un « échange »
Eloge du don : une société qui encourage une universelle concurrence entre les hommes les dispose aussi à placer tout leur bonheur dans leur capacité à consommer. Ce bonheur n ’est-il pas particulièrement fragile ? C’est un bonheur qui suppose une exaltation du désir dont on sait qu’il est souffrance aussi bien que jouissance à travers l’expérience du manque qui lui est consubstantiel. De plus, ce bonheur se met à la merci de circonstances qui ne sont jamais absolument maîtrisables ( chômage, faillite…). Le don qui ne vise à rien d’autre qu’au don est bien sûr une forme d’échange, mais ce qui est échangé c’est de l’être et non de l’avoir. Il s’agit d’un « supplément d’être » dont l’obtention ne dépend que de nous et dont la permanence nous est garantie par l’estime de soi que personne ne peut nous arracher.
L’impératif du partage demeurera toujours en butte à « l’insociable sociabilité » (KANT) de l’homme
Les français prennent plaisir à violer quotidiennement les règles de la vie commune : nous ne respectons pas le code de la route, nous essayons de resquiller dans les files d’attentes et d’échapper au fisc ; la désobéissance civique est en nette progression ( EXEMPLE fauchage de champs d’O G M.)
2° partie : propositions pour inciter à mieux partager
Je n’ai pas de recettes miracles à proposer pour imposer la solidarité et préserver la cohésion sociale ; je ne prétends pas non plus changer le monde ce soir.
D’éventuelles propositions nécessiteraient un diagnostic préalable sur les ambivalences de la modernité: thème de la dissolution du lien social
Dans nos sociétés à prétention « démocratique », le thème de la dissolution du lien social (anomie) a d’abord été analysé par TOCQUEVILLE ; cette dissolution s’est accentuée avec les effets de la post modernité
1 L’IDEOLOGIE DE LA MODERNITE VUE PAR TOCQUEVILLE et WEBER et ses conséquences : une anomie généralisée :
Le développement de la démocratie s’est d’abord développé par une marche vers la liberté et l’égalité après « la guerre des classes » qui a été le principal ressort de la Révolution française.
Mais à la suite à la disparition des relations hiérarchiques antérieures, il y a eu aussi « atomisation » : comment faire tenir ensemble une société désormais composée d’individus autonomes ? « l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part ».
Pour lutter contre cette tendance centrifuge, le monde moderne a développé des agrégations communautaires et sociétaires dont les concepts fondateurs sont notamment :
L’ECOLE : elle véhicule une morale républicaine et un nouvel art de vivre ensemble
LES SYSTEMES DE PROTECTION SOCIALE et L’ETAT PROVIDENCE : une solidarité entre les membres de la société qui n’est plus directe ou personnelle mais qui passe par des formes institutionnelles et administratives.
MAX WEBER A PRÉDIT LES DÉSENCHANTEMENTS DE LA POSTMODERNITÉ :
La dialectique de la socialisation /désocialisation est encore davantage perceptible dans les effets de la post-modernité :
Les droits de l’Homme, fondement de la démocratie moderne, ont d’abord été vivement critiqués et dénoncés par « les maîtres du soupçon ». MARX dénonce sous l’apparente neutralité des textes fondateurs , la consécration des droits de la propriété et un Etat au services des classes dominantes.
De même, MAX WEBER décèle derrière la proclamation des grands principes démocratiques la domination d’une minorité sur la majorité : ses disciples mettront en évidence « la loi d’airain de l’oligarchie », montrant comment les grands partis politiques et les syndicats eux-mêmes finissent progressivement par être dirigés par une minorité de dirigeants professionnels qui prétendent parler au nom de la base militante.
L’instabilité de nos sociétés modernes s’est dangereusement accentuée à la fois par une rationalisation excessive et par une perte de repères:
la rationalisation des activités humaines est une trait dominant de la modernité. Elle a décuplée de nos jours avec l’hyper-spécialisation du savoir et du travail tournée essentiellement vers la consommation de masse. Désormais, l’homme contemporain est « prisonnier d’une cage en fer » ( MAX WEBER) et il se déshumanise ; il s’ensuit une anomie généralisée ( affaiblissement des mécanismes d’intégration harmonieuse) .
2 LA SOCIETE ACTUELLE EST DOMINEE PAR L’ECHANGE DE SIGNES FLOTTANTS, CAUSE DE FRUSTRATIONS ET D’IMPUISSANCE
la société est dominée par la production et l’échange de signes « flottants » :
Les excès des messages et l’ambiguïté des images ont, selon BAUDRILLARD, construit un monde de simulacres, susceptibles de prendre toutes sortes de significations. Cette diversité n’est pas un facteur de liberté mais plutôt un piège dans lequel les acteurs sociaux sont englués : dans un monde de simulacres, la défiance et le doute sont partout : plus aucun pouvoir n’est pris au sérieux ; l’action sociale, politique , économique et autres projets communs à long terme sont devenus impossibles.
Désormais la post modernité est devenu un mélange des genres où l’on s’accommode sans doute des différences culturelles de l’autre mais où l’on n’a plus foi au Progrès….on ne peut plus compter sur la vérité ou sur la révolution pour atteindre la liberté et le bonheur ( JEAN FRANCOIS LYOTARD)
Ce tableau pessimiste explique en partie l’indifférence générale et la désertion du champ social et par ailleurs la montée de la violence aux extrêmes.
conclusion
Nous avons vu que les dimensions et les modalités du partage sont variées et qu’un échange se présente sous la forme de don, de troc, d’échange marchand, d’échanges matériels et immatériels.
Les échanges et le partage fondent la société, sur la base de la complémentarité. Ils produisent à long terme un surplus de richesses matérielles, culturelles, artistiques et affectives.
Etre humain signifie partager mais j’ai observé aussi que les frontières de la justice se brouillent quand il s’agit de mieux partager sur la base d’une saine concurrence.. D’où notre effort pour dénoncer les causes des inégalités injustes et montrer l’intérêt que les hommes ont à cohabiter, malgré un tableau un peu pessimiste.
Angelicum 29 juin 2006
17:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : partage, blog, arimaj, philo, philosophie, Angelicum,
Café Philo à Clermont Ferrand
Le café philosophique de CLERMONT- FERRAND
Historique et activités du café lecture de Clermont
Le grand public a un engouement pour la philosophie que les spécialistes de la philosophie n’ont pas satisfait, comme l’atteste le succès croissant, aussi large qu’inattendu des « cafés philo » , innovés en 1992 par Marc SAUTET dans le café Les Phares à PARIS. Aujourd’hui, presque chaque grande ville compte un café où se retrouve un petit groupe de personnes pour participer librement et gratuitement pendant 2 heures à un débat « philosophique ».
Si je mets des guillemets au mot « philosophique », c’est parce que la question se pose sur la nature de ces débats dans un « café » et qu’il faudra la préciser ; il me semble qu’à CLERMONT ce terme ne soit pas usurpé, malgré l’esprit parfois décalé ou humoristique avec lequel s’expriment certains philosophes de comptoir….
Tout de suite, je précise que le café philo n’est qu’une activité parmi d’autres du Café « les Augustes » situé au 5 rue sous les Augustins, association loi 1901 fondée en octobre 1996 par Christian LAMY qui en est encore le Secrétaire; elle est doublée d’une petite SARL pour la partie commerciale; son budget de fonctionnement est subventionné à un peu moins de 20 % par des fonds publics (DRAC,Cconseil régional, Conseil général, ville de CLERMONT).et sa structure porteuse est le CREFAD (Centre Régional d’Etude et de Formation d’Animation et de Développement), qui est une association d’éducation populaire.
Comme d’autres cafés lectures celui de CLERMONT est avant tout un lieu convivial, un espace d’échange ; il est ouvert 6 jours sur 7 toute l’année ; il offre journaux , revues, livres , et au moins une animation quotidienne, parfois 3, toutes organisées par une centaine de bénévoles, avec une fréquentation en constante progression : c’est ainsi qu’à l’exception d’une légère baisse en 2001/2002, l’établissement est passé de 2280 entrées en 1997/1998 à 33 600 en 2004/2005.
La vie de l’établissement est souvent en effervescence en raison de ses nombreuses activités. Ce sont 50 écrivains accueillis toute l’année et un partenariat avec près de 120 associations, 25 éditeurs, des libraires, des établissements scolaires. C’est récemment la création de 2 nouveaux ateliers de lecteurs : « l’orchestre de lecteurs les Kiliquois » en partenariat avec le « Théâtre des Guetteurs de l’Ombre » et « les conteurs des Augustes ». La structure apporte également son soutien à la naissance du café –lecture de LYON. Une coopération avec d’autres associations qui se concrétise par l’organisation des « Nuits bleu toute la nuit » qui sont en fait des « nuits blanches » du soir au matin consacrées à des débats : nuit de la philo, nuit hispanique, nuit de la lecture, de l’écriture, du théâtre…..
Avant de parler du café philo proprement dit, il faut mentionner les autres activités :
Café santé , café sexo , café sciences, café psycho, café politique, café pédagogique, café polonais, café espagnol, café allemand, café-les mains ( pour les sourds) , café littéraire, café homo, café citoyen, café anglais, café occitan, café spiritualité, « Songo sorongo », café poésie, monde diplomatique, « le vin et le verbe » , jeux, , caf’Contes, bibliothèque ATAC(présentation d’un livre suivi d’un débat), café solfège, café jazz, café tango, atelier ludique d’écriture, et, de façon ponctuelle, soirées musicales et théâtrales.
Le programme des activités figure dans un prospectus bi-mensuel et les actions les plus importantes (soirées musicales, expositions et réception d’écrivains et d’artistes…) font toujours l’objet d’un compte- rendu diffusé à 350/ 400 abonnés dans un bulletin mensuel.
la réception d’écrivains figure en bonne place dans les activités du café lecture ; ils sont invités le plus souvent en soirée avec un temps de présentation et de discussion sur leur œuvre. A titre d’exemple au programme du mois de mai-juin 2006 on apprend la venue de 4 auteurs et réalisateurs :
Stéphane NADAUD qui offre une nouvelle actualité de sa pensée pour son livre Manuel à l’usage de ceux qui veulent réussir leur (anti)Œdipe ; cet auteur avait déjà été invité ici, en mai 2005 pour son précédent livre qui avait constitué la matrice sur laquelle GUATTARI et DELEUZE ont rédigé leur livre phare des années 70 L’Anti-Œdipe……..
Joëlle BASSO est l’invitée du « Songo Sorongo » (un lieu pour détecter comment les cultures se font et se défont ) : elle est l’auteur de Chiens de faïence où elle évoque quelques fragments de son enfance et de son âge adulte …
Pierre BOUVIER auteur du Lien social….
des auteurs de livre de contes……
enfin, quelques réalisateurs de films amateurs..(association Making off).
Enfin, plus loin dans le passé, parmi les rencontres/débats à caractère philosophique, je citerai volontiers quelques écrivains que j’ai vraiment appréciés…..
Gilles A. TIBERGHIEN amitier (Desclée de Brouwer1992)où l’auteur crée un néologisme concernant l’amitié pour désigner non plus seulement un état mais une action ;
Louis MAISONNEUVE, journaliste, pour son livre de vulgarisation scientifique sur le cosmos Notre père qui n’êtes pas aux cieux, (2004) qui nous explique les raisons de sa sympathie pour les théories de TEILHARD de CHARDIN ;
Vinciane DESPRET Ces émotions qui nous fabriquent (2004) qui nous invite à prendre conscience des émotions construites par les pratiques sociales et non plus sur des fondements biologiques ……
Le café philo : « un espace pour apprendre et participer avec la rigueur de la philosophie »
Le café philo figure parmi les activités régulières du café lecture avec une séance hebdomadaire, animée à tour de rôle par 2 animateurs bénévoles au moins (2 jeunes professeurs); au fil du temps, à ce « noyau dur », sont venus s’ajouter d’autres animateurs, dont l’auteur de ces lignes …..
La fonction d’animateur ne confère aucun « droit » sur un public qui entre dans un lieu d’accès libre et gratuit, sans obligation d’assiduité ni même de participation active ; le « territoire » appartient autant aux participants qu’à l’animateur. Le tutoiement est de règle, sauf pour les personnes âgées……
L’animateur doit ménager les susceptibilités aussi bien celle de l’intervenant à qui il ne doit pas faire « perdre la face » , que celle de l’assistance qui souhaite que l’animateur ne fasse pas preuve de trop d’autorité vis à vis d’un participant, même agaçant .
Les sujets sont publiés à l’avance, sauf exception ; les thèmes sont variés ( voir en annexe les sujets traités depuis 5 ans ). A chaque premier vendredi du mois, l’explication porte le plus souvent sur un auteur (ARISTOTE , PLATON , AUGUSTIN, PASCAL, LEIBNIZ, KANT, JASPERS , HUSSERL, HEIDEGGER, RAWLS, ARENDT, RICOEUR….).Les autres sujets sont libellés sous la forme d’une question ; s’il s’agit de notions , l’animateur prendra le soin ensuite dans son exposé introductif, de les transformer en « problèmes ».
Une soirée au café philo commence donc par un exposé préliminaire où sont d’abord abordées des explications sur le sens des mots … on en vient ensuite à la thèse et à l’antithèse, similitudes, différences, ou encore à la genèse des concepts évoqués, à leur structure et enfin à leur valeur. (L’animateur cherche à développer un « plan » qui soit autant que possible à la fois descriptif et dynamique..) ….…Puis on en vient au débat avec un public qui compte entre 15 et 40 participants environ par séance ; je précise que ce public est toujours constitué de jeunes et de moins jeunes et forme un brassage générationnel… qui évidemment favorise la richesse des débats ; cependant, les questions du public ne se suivent pas dans un ordre logique et on constate que certains, quel que soit le sujet débattu, parviennent à chaque séance à affirmer leur credo.
Durant les nocturnes de la philo , le débat s’instaure même entre les animateurs qui sont tous réunis et qui font découvrir ainsi à cette occasion, aux autres participants leurs convictions profondes. C’est ainsi par exemple que récemment durant la longue nuit consacrée à « penser avec KANT », je me suis élevé contre KANT, compte tenu de mes convictions thomistes…avec à l’appui distribution d’un résumé de mes arguments pour contrecarrer les documents distribués par mes « collègues »…. Une façon de nous enrichir de nos différences…..
C’est à l’animateur qu’incombe la tache de recentrer les différents propos sur le sujet de départ, d’élever le débat ou au contraire de le ramener à un niveau convenable s’il s’élève à des hauteurs d’abstraction où plus personne ne suit, de l’ouvrir sur de nouvelles pistes de réflexions s’il tourne en rond…..
Bien entendu il n’y a jamais de conclusion nette. C’est à l’animateur qu’il revient de clore la séance sous la forme d’une tentative de synthèse des idées qui ont été exprimées. En réalité, c’est le public qui a le mot de la fin. S’il est pleinement satisfait, il lui arrive d’applaudir….c’est une façon pour lui de remercier l’animateur mais aussi de dire le contentement ressenti parce qu’on lui a permis de s’exprimer sur des sujets réputés réservés aux « spécialistes » ; c’est là à mes yeux qu’il faut chercher la réussite et l’engouement pour cette activité.
En conclusion, il faut répéter que la philosophie est l’affaire de tous : pour avoir une idée de ce qu’ont pu dire les plus grands philosophes, il n’est pas indispensable d’avoir fait dix ans de grec ou de latin……
Le café philo inaugure une nouvelle parole. Dans une société désorientée par les enjeux de la mondialisation, dans un univers décentré et excentrique, le café philo apparaît comme un lieu propice pour évoquer quelques pistes sur les fondement de nos valeurs sociales et morales, et peut-être aussi l’occasion de se détacher des « préjugés » et autres illusions. Le « café » permet ainsi à la philosophie de trouver un nouveau public, « un café pour SOCRATE ! ».
Dominique CREPIN, animateur bénévole
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ANNEXE : relevé sur 5 ans de la presque totalité des sujets proposés ( sur la liste sont absents aussi tous les auteurs anciens ou modernes qui ont fait l’objet d’un commentaire de texte détaillé)
Année 2001
à la rencontre d’Hannah ARENDT, l’essentiel est-il invisible à nos yeux ?, pourquoi travailler ? le travail justifie la propriété ? le travail aliène t-il ? comment vaincre la mort ? la mort dans l’âme, philosopher c’est apprendre à mourir, la maîtrise de soi, l’éthique peut-elle aider l’action ? l’exigence de justice a t-elle sa place dans les rapports économiques ? image et langage, la haine de la raison, penser l’inégalité, la mondialisation, les pouvoirs de la philosophie , philosophie et psychologie, philosophie et vérité, l’utilité des prisons, les fondements de la religion, les finalités de la religion, quelle critique peut-on adresser à la religion ? vivre 100 ans, la sociabilité, la socialisation, pourquoi étudier la société?
Année 2002
la puissance de la technique, le pardon, le médiat et l’immédiat, la tentation, qu’est ce qu’une question philosophique ? percevoir et concevoir, l’expérience, qu’est ce qu’un problème philosophique ? s’engager et résister, raison humaine raison des choses, les limites de la rationalité, soi c’est l’autre, vivre en citoyen, les limites du pouvoir de l’état, Quodlibet ( question choisie par le public au début de la séance : le silence), Cycle LEIBNIZ , renoncer à la vie peut-il constituer un acte libre ? la liberté existe elle ? la parole est-elle un pouvoir ? l’absurde : mythe ou réalité ?
Année 2003
le désir amoureux, « connais toi et tu connaîtras les dieux, les autres et l’univers », le désordre amoureux, la démarche philosophique : pourquoi faire ? l’amour peut-il contribuer à donner un sens à chacun ? morale et politique (avec 3 animateurs), les droits de l’homme : évidence ou problème? penser avec J. RAWLS (avec 2 animateurs), suffit il de savoir pour pouvoir ? y a-t-il de l’indémontrable ? la communication et l’accord des esprits, la solidarité, liberté et propriété, la piètre condition de l’homme moderne ( réflexions avec 2 animateurs sur le livre de H. ARENDT ), politique et religion, humour et ironie.
Année 2004
qu’est ce qu’une vie proprement humaine ? quelles ficelles pour nouer, dénouer nos idées philosophiques ?la croyance en Dieu est-elle une entrave à la liberté humaine ? faut-il avoir peur du regard d’autrui ? dans l’action est-ce l’intention qui compte ? qu’est ce qu’une image ? individu et société, l’imagination, dans quelle mesure le citoyen est-il libre ? musique et peinture, que signifie la réalité ? l’imagination, concevoir le temps, une éthique de la pensée ? comment concilier l’obéissance et la liberté ? qu’est ce qui permet de dire d’un pouvoir qu’il est légitime ? la jalousie, l’intérêt est-il l’unique lien social ? l’interprétation de la loi, l’éducation morale, le juste et le bien, la force des émotions.
Année 2005
bonheur et bienveillance, les sciences sont elles en crise ? (HUSSERL, la crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale), la propriété : le propre et l’appropriation chez LOCKE dans le traité du gouvernement civil, penser avec TOCQUEVILLE (avec 2 animateurs), valeur des Confessions de ST AUGUSTIN, la cité de Dieu de ST AUGUSTIN, la propriété :l’espace politique et social, quelques exemple de collaboration réussie entre littérature et philosophie, qu’est ce qu’une anthropologie ? l’inconstance, politique et religion, la scolastique est-elle une faillite ?, faut-il éviter les querelles de mots ? qu’est ce que la métaphysique ? la pensée de KANT , PLOTIN ou l’enchantement du monde, la querelle des universaux et ses prolongements scientifiques actuels, l’eugénisme et la science, Quodlibet (question choisie par le public au début de la séance : la mort), HEIDEGGER, l’éthique comme philosophie première pour Emmanuel LEVINAS.
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27.04.2006
La réalité
que signifie la réalité ?
« signifie » : désigner, nommer;
« la réalité » : définition provisoire , celle du dictionnaire du Petit Robert : ce qui est réel
I le vocabulaire de la réalité
a)dans le dictionnaire : de trop nombreuses expressions qui compliquent le problème : le mot employé est seul, avec un article, avec un adjectif ou avec un complément de nom :
une réalité, la réalité
réalité de la matière (matérialisme), réalité de l’esprit (spiritualisme)
croyance à la réalité extérieure, ce qui existe en fait
caractère réel concernant les choses : ce qui est actuel, ce qui est donné comme tel par l’esprit, en réalité, réellement, en fait
l’existence réelle opposée aux illusions , aux rêves, a l’imagination, à la représentation des images
quelques expressions courantes : « l’expérience de la réalité », « confronté à la dure réalité ».
Pour essayer de simplifier :
une première remarque : beaucoup de termes se distribuent en contraires :
réalité sensible/ réalité intelligible
réalité externe/ réalité interne
réalité objective/ réalité subjective
réalité réelle/ réalité idéale
une deuxième remarque :
des couples qui - selon nous - recoupent– de façon synonyme- un dédoublement de l’être en :
être/ paraître
essence/ existence.
Ces deux articulations ont l’avantage de dépasser le point de vue étymologique qui me semble insuffisant. En effet, l’étymologie « res » (chose) a d’abord un sens physique très concret, et signifie objet dans un sens dérivé: voir HEIDEGGER qu’est ce qu’une chose ? le mot chose a donc une portée plus générale comme le suggère l’expression « objet et chose ce n’est pas la même chose »…. l’étymologie, trop matérielle, doit donc être dépassée pour laisser place à d’autres plans plus abstraits de la réalité ….
b)le mot réalité est synonyme du mot être avec ses dédoublements
être/ paraître, essence/ existence :
essence/ existence :
EXEMPLES Pierre, la lune existe, la lune existe mais Pierre n’est pas la lune ;
3 n’est pas 4 mais, « d’une certaine façon »( pour reprendre l’expression du Philosophe) le chiffre 3 existe, le chiffre 4 existe.
Un couple qui aurait une portée analogique et universelle (même pour Dieu ?…) et qui mériterait beaucoup de précisions : ces notions sont-elles vraiment distinctes, sont-elles séparables ou inséparables, quelle priorité d’une terme sur l’autre ?
Un débat qui date du Moyen–Age et qui a été remis à l’ordre du jour par SARTRE : « l’existence précède l’essence ».
être/ paraître : dans le langage ordinaire :
Cette distinction permet déjà de recouper une grande partie des couples de contraires énumérées au début notamment l’opposition (très ambiguë) entre réalité objective/ réalité subjective . L’être serait du coté du réel, du vrai et de l’objectif,
Le statut du paraître( apparence, apparaître) s’avère plus problématique ; car paraître a 2 significations : « ce qui apparaît »( phénomène une réalité qui n’est pas forcément fausse ou illusoire)et apparence au sens alors d’illusion.
1-l’apparaître au sens d’illusion :
a) le mensonge : induire volontairement chez autrui de fausses croyances ; elle est une tromperie véritable (tromperie intentionnelle pour travestir, transgresser la réalité)
b)l’illusion involontaire, lorsque la victime se trompe elle-même :
illusions des sens externes et internes: notre œil n’est pas une caméra, notre oreille n’est pas un magnétophone, notre perception temporelle n’est pas une horloge car notre cerveau a été programmé pour être rapide, et non pour être exact ; il s’agit toutefois de faits physiques objectifs ( ils ont une réalité objective) : illusions d’optiques, illusions sonores, illusions temporelles.
illusions d’optique ( EXEMPLES voir un bâton droit courbé lorsqu’il est plongé à moitié dans l’eau, voir sur un fond montagneux des nuages comme des montagnes, ne pas distinguer la véritable séparation entre l’air et l’eau dans un horizon marin, prendre des récifs pour des bateaux à la façon des tableaux de TURNER) ; l’information qui traverse la pupille est segmentée, déformée, amplifiée, reconstituée, présagée. La plus grande illusion est encore celle-ci : comment peut-on avoir l’impression de voir si bien avec un appareil optique si pauvre ?
illusion temporelle EXEMPLE le temps semble passer plus vite quand notre corps accélère..
illusions sonores EXEMPLES :continuer à entendre une cloche sonner… il existe des dispositifs expérimentaux qui font croire - faussement du point de vue acoustique- que le son monte ; AUTRE EXEMPLE un cerveau qui baigne dans le bruit urbain, soustrait le son régulier des voitures, étant donné que la cochlée située dans l’oreille interne accentue le contraste auditif…
ces illusions sont encore en grande partie des faits physiques objectifs (ils sont causés par une réalité externe), avec des effets subjectifs ( subjectif au sens de vécu par un sujet) contrairement aux délires totalement subjectifs (cad des images mentales, des affects sans aucun fondement externe provoqués uniquement par l’état du cerveau de l’individu).
autre illusions:
celles qui sont provoquées par « l’imagination déformante » et par l’inconscient dans le domaine des passions…..: certaines ont un sens caché .EXEMPLE la signification du rêve selon FREUD : le rêve signifie apparemment une absurdité mais il réalise un rébus.
Dans le « paraître », le « faire semblant » peut être ( contrairement au mensonge) un travestissement complice du réel à travers des effets poétiques et jeux de langages EXEMPLES les métaphores : « le printemps de la vie », « le Puy de Dôme a mis son chapeau ». . ou encore des fictions littéraires purement imaginaires EXEMPLE le griffon, le phénix.
Les métaphores, lorsqu’elles ne sont pas trop « usées » par le langage courant (comme aujourd’hui « le pied de la table », « la terre est bleue comme une orange »), permettent de mieux faire comprendre des états de conscience liés aux affects, sentiments et autres visions personnelles : elles facilitent la connaissance par connaturalité …
2 le paraître au sens ordinaire de phénomène : un aspect vrai de l’être mais qui n’est pas tout l’être. En quel sens alors faut-il comprendre le mot tout ?
Pour ce faire, il convient de dépasser la notion d’être au sens vague c’est à dire tout ce qui conjugue le verbe exister : à l’indicatif « ce qui est », « ce qui peut être », à l’impératif « ce qui doit être».et de développer l’opposition être/ paraître sur le terrain plus solide de l’ontologie.
II LES DOCTRINES QUI DEDOUBLENT LA REALITE entre ETRE et PARAITRE
peuvent se ranger soit dans une dualité souple soit dans un dualisme radical :
Dualité souple entre être et paraître :
a) Chez ARISTOTE et les scolastiques du Moyen-Age un compromis est possible entre les exigences de l’un et du multiple, entre le même et l’autre ( changer c’est devenir autre tout en restant d’une certaine façon le même: le même serait ici du côté de l’être/substance, le devenir autre serait du côté du paraître/accident.
« l’être se prend en plusieurs acceptions » Méta. ARISTOTE : la richesse de la réalité s’explique par les théories logique et ontologique des catégories (notamment la distinction substance/ accidents), de l’acte et de la puissance (autre explication du devenir) …..
les scolastiques ont développé des principes analogiques d’explication de l’être à travers le couple essence/ existence et autre relatifs que sont les transcendantaux que sont l’un, le vrai et le bien (qui incarnent de façon complexe mais souple la distinction entre être et paraître): CONSEQUENCE : « l’être n’est pas un genre » ni un concept univoque, il est pensable- dans une certaine mesure- dans l’unité de sa réalisation analogique…
REMARQUE la valeur métaphysique du principe d’analogie sera niée à partir du XVIII° siècle notamment par KANT et plus récemment par SARTRE, HEIDEGGER… qui contestent la valeur métaphysique de la raison...
b) Dualisme radical : EXEMPLES : les éléates, le jeune PLATON, DESCARTES, les logiciens de l’école de VIENNE, certains épistémologues… cas particulier de KANT :
La réalité vraie s’oppose à l’apparent ( phénomène) ou à l’illusoire si l’on privilégie le permanent, le stable, l’identique, le nécessaire ( ce sont les caractères même de l’être en tant qu’être selon PARMENIDE : « l’être est, le non-être n’est pas » ; refus du PARAITRE, refus du changement et du multiple du monde sensible car changer c’est devenir autre… de l’être ne peut venir le non-être puisque l’être est déjà : il n’y a donc pas de changement réel. La deuxième partie du Poème décrit les illusions du changement et de la diversité du monde sensible. Par là PARMENIDE s’oppose à HERACLITE défenseur du changement radical « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » ) ; il s’oppose à ARISTOTE pour qui de l’être en tant que non-être( puissance) vient l’être ( en acte).
COROLLAIRE : dans ce contexte l’ontologie véritable nécessite une dé-subjectivation du réel (l’ordre du monde suggère spontanément son intelligibilité mais cette intelligibilité est impensable dans le cadre des concepts commun)
EXEMPLES :
DESCARTES : privilégier le quantitatif et tout ce qui est conceptualisable de façon claire et distincte (argument du morceau de cire……), comme pour le jeune PLATON, penser c’est identifier
travaux de logique et de linguistique de l’Ecole de Vienne… WITTGENSTEIN
travaux des épistémologues ……BERNARD d’ESPAGNAT
Une place particulière pour KANT :
Ici encore, la célèbre coupure noumène (être : réalité en soi)/ phénomène( apparence du monde) est radicale ; elle place l’être véritable du côté du noumène inconnaissable, même si les phénomènes sont connaissables scientifiquement.
Par ailleurs, KANT privilégie « l’impératif » ( la morale) sur « l’indicatif » pour justifier a posteriori la réalité des Idées « pures » du MONDE , du MOI, de DIEU, une triangulation qui était contestée un premier temps ( étape de la critique de la raison pure)… et auquel se réfèrent nos réalités : monde : réalité physique, sociale, économique, politique, juridique, artistique….
moi : psychologie, morale…..
Dieu : religion
La démarche kantienne est inverse de celle de la tradition antique et scolastique où la morale était fondée sur l’étude préalable de la nature …..le devoir reposant d’abord sur ce qui est… « deviens ce que tu es » .
QUELQUES CRITIQUES: ce qui est excessif est insignifiant…
Des concepts trop rigides qui ne rendent pas compte suffisamment de la richesse du réel. (EXEMPLE en morale, l’impératif kantien conçu sur le mode de l’universel me paraît sans nuance concernant la prise en compte des mobiles, du contexte, de la nature de l’action morale .).
Même si la réalité ordinaire semble équivoque, elle demeure en partie pensable à l’aide de principes et de causes rationnelles en accord avec l’expérience de la réalité ordinaire.
III LE DUALISME DE L’ETRE ET DU PARAITRE
est une base solide à la solution des grands problèmes de l’ontologie :
démonstration a contrario à partir de l’existentialisme athée de SARTRE :
la position de SARTRE :
Il refuse la réification des distinctions ontologiques. « le dualisme de l’être et du paraître ne saurait plus trouver droit de cité en philosophie » écrit-il dans l’introduction de son livre l’Etre et le Néant.
--- Pour lui cette affirmation a une valeur « phénoméniste » : « ce qui apparaît » est la seule réalité qui soit, puisque le phénomène est la seule réalité que nous atteignons. Il n’y a rien en dehors de ce qui paraît, ni même de « noumène », fut- ce en le déclarant inconnaissable, comme le faisait KANT.
Cette affirmation se veut « existentialiste » : l’apparence n’est pas une simple représentation mentale. Elle est l’existant lui-même qui se réduit « à la série de ses apparitions ».
En prétendant éliminer le faux problème du dualisme de l’être et du paraître, il prétend éliminer aussi l’opposition idéalisme/ réalisme, qui sont des doctrines qui soutiennent – grosso modo- que l’idée correspond à un réel qui est « en dehors » de la pensée. Pour SARTRE, Il ne faut pas distinguer l’intérieur et l’extérieur de l’existant. « le phénomène est absolument indicatif de lui-même » écrit-il.
La conscience révèle l’être : « toute conscience est conscience de quelque chose »
(il reprend HUSSERL). Bien plus encore, elle n’est conscience que par cet être qui se révèle comme existant par elle.
Finalement pour SARTRE, à la dualité de l’être et du paraître, se substitue une AUTRE dualité entre le fini (qui est le paraître actuel) et l’infini du « transphénoménal » (qui est la série des apparitions pour la conscience).
a)critiques contre SARTRE :
CERTES, il a raison de refuser la réification des distinctions ontologiques (notamment une bonne critique de KANT…)
il a raison d’affirmer qu’il n’y a pas de conscience qui ne soit pas conscience de quelque chose
TOUTEFOIS,
pour lui, l’homme se réduit à sa pensée et tout est en acte EXEMPLE le génie de PROUST se réduit à l’ensemble de ses manifestions
critique : Qu’est ce qui permet alors à l’homme de se connaître lui-même, de se diriger lui-même ? Que devient l’unité entre le corps et la pensée ? Que devient la personnalité de l’homme ? En effet, comment maintenir la distinction essence/existence sans les notions d’acte et de puissance ?
grâce à la distinction acte puissance, l’être garde sa puissance qui n’est pas épuisée par ses actes EXEMPLE lorsque je dors , je ne suis pas intelligent en acte, je le demeure en puissance.
CERTES, SARTRE admet la distinction ESSENCE/EXISTENCE :
pour lui l’essence s’identifie à l’apparence, l’existence est la source des essences, il admet une dimension trans-phénoménale de la conscience pour expliquer le caractère permanent des essences.
« l’existence, c’est la loi qui préside à la succession des apparences, la raison des séries » l’être et le néant.
critique : Mais qu’est ce que cette loi qui ne réside en aucun être, puisque la conscience elle-même n’est que phénomène ? Solution non recevable encore sans les notions de puissance et de substance/accident qui maintient l’identité de la série des apparitions
conclusion : être= trans phénoménal, substance, puissance( puissance active) et en partie existence….
Paraître= phénomène, apparitions en acte, apparitions changeantes et en partie essence….
CONCLUSION GENERALE
LA REALITE : toute la conjugaison du verbe être en maintenant les 2 aspects d’une duplication essence/existence, être/paraître, étant entendu que le paraître n’est pas tout l’être dans le cadre d’un dualisme souple(dualité) ou radical…...
Que signifie la réalité ? une tentative trop ambitieuse devant la richesse du réel et l’indigence de son expression : SHAKESPEARE « il y a plus de réalités sur la terre et dans le ciel que dans toute la philosophie »
Force est de constaté que j’ai opéré un choix trop limité de doctrines (par exemple j’ai passé sous silence HEGEL important dans l’histoire de la philosophie ….ou encore de nos jours le psychanalyste LACAN … J’ai cité par contre d’autres penseurs moins importants..)
J’ai montré surtout ma préférence pour les théories qui satisfont à la fois nostalgie de l’unité et en même temps la diversité du réel, notamment pour la scolastique qui développe une représentation analogique de la réalité : l’être , le vrai , le bien sont des relatifs qui résolvent selon moi d’une manière souple le problème incontournable de l’un et du multiple.
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09.04.2006
La responsabilité
LA RESPONSABILITE
INTRODUCTION
Définition provisoire de la responsabilité :
D’après l’étymologie : obligation de « répondre »( se porter « garant » ; cas extrême : « doit être sanctionné »
exemple : dans une ville occupée par l’ennemi les otages (qui sont responsables sans l’avoir voulu) seront responsables
c’est à dire « punis » en cas de troubles).
En outre, on « répond « toujours devant une autorité souveraine
( tribunal intime de ma conscience, celui de mon « for intérieur » ou tribunal externe institué par divers groupes sociaux)
PLAN PROPOSE
Nous examinerons d’abord les 2 principales formes de responsabilité suivant l’autorité devant laquelle on doit répondre :
- responsabilité morale vis à vis de mon for intérieur,
- responsabilité sociale : responsabilité politique, professionnelle, responsabilité pénale, responsabilité civile
Enfin, nous verrons comment les conditions de la responsabilité morale (Liberté et connaissance du bien et du mal)
ne sont pas toujours très claires et nous invitent à élargir le champ de notre réflexion.
1- EXAMEN des différentes sortes de responsabilité
A- responsabilité morale( celle d’un individu physique, libre et pleinement conscient)
Ici, je suis tenu de répondre de mes actes devant le tribunal intime de ma conscience.
Condition :Pour que je puisse être jugé moralement responsable de mes actes, il faut être pleinement conscient,
capable de discerner le bien et le mal ; il faut être libre (ne pas subir de contrainte externe et disposer de toute ma liberté interne)
B- les différentes formes de responsabilité sociale :
>
* responsabilité pénale : un homme est pénalement responsable lorsqu’il a personnellement commis un délit ou un crime.
Elle est directement liée à la responsabilité morale : l’intention de l’inculpé a plus d’importance que la gravité du dommage.
Un meurtre sera plus sévèrement puni qu’un homicide par imprudence
* responsabilité civile : elle est très différente de la responsabilité pénale. Si on me vole ma voiture et
si le voleur écrase un piéton, c’est moi qui suis civilement responsable (autrement dit c’est mon assurance qui paiera),
du moins tant que je n’ai pas déclaré le vol au commissariat.
* La responsabilité civile (définie aux articles 1383 et 1384 du Code Civil) semble obéir à d’autres préoccupations
que la responsabilité morale. Ce qui compte, ce n’est pas l’intention du responsable, qui n’est pas toujours
une personne physique ( exemple une compagnie ou Société ou autre personne « morale » au sens juridique) ;
ce qui compte, c’est le dommage causé et le responsable est celui qui peut, en pratique, payer réparation.
La responsabilité civile a recours à des assurances, vastes systèmes collectifs de protections et de garanties réciproques
En droit positif français, la responsabilité civile fait partie de « la responsabilité délictuelle » : obligation de réparer
le dommage causé par des faits juridiques intentionnels(délits) ou non intentionnels ( quasi-délits) ( exemple :
je suis responsable de la chose dont j’ai la garde, par exemple, de mon chien s’il mord un passant…exemple :
dans le domaine professionnel, les enseignants et artisans sont responsables du dommage causé par leurs élèves ou
apprentis pendant qu’ils sont sous leur surveillance.) Cependant, en matière de responsabilité civile, l’accent porte
davantage sur le dommage et sur sa réparation, que sur la culpabilité morale de l’auteur
* responsabilité politique : en régime parlementaire, les ministres sont responsables devant le Parlement,
ils peuvent être appelés à se justifier, doivent littéralement « répondre » aux « interpellations » des députés.
CONCLUSION partielle
Typologie de la responsabilité en fonction de l’autorité et de l’intention ;
Par delà les différentes formes, une similitude dans les conditions de toute responsabilité :
est pleinement responsable celui qui peut prévoir les conséquences de ce qu’il fait ou de ce dont il est gardien….
2 - LIMITES et ambiguïtés de la responsabilité :
dans le domaine de la responsabilité morale : quelques objections qui limitent la responsabilité
* les illusions de la liberté : le remords apporte quelquefois l’illusion du libre arbitre.
J’ai du remords quand j’ai l’impression d’avoir choisi librement le mal et donc d’être responsable de mes actes.
Or, selon les rationalistes, « nul n’est méchant volontairement »(SOCRATE) : on ne peut pas « choisir librement le mal » :
dans une certaine mesure, la responsabilité morale semble limitée chez celui qui est prisonnier de ses préjugés et de ses passions ;
le « coupable » n’est pas libre, mais esclave de son ignorance et de ses passions ; dans ce contexte,
liberté/libération s’identifie avec la raison.
Les traditionalistes répliquent que l’expérience du remords prouve que le libre arbitre a été engagé dans la faute,
car si je ne me savais pas libre d’avoir choisi le mal, j’aurais tout au plus du regret et pas de remords
( comme j’ai simplement du regret qu’il ait plu dimanche et pas de remords car ce n’est pas de ma faute)
- cas extrême : chez certains existentialistes (SARTRE), ma responsabilité est toujours entière, étant donné la nature de ma liberté ...
Autre difficulté dans le cas d’une éventuelle responsabilité collective :
quelle est la part de responsabilité d’un citoyen dans les domaines d’un génocide ou autres crimes contre l’humanité si son pays en est l’auteur ?
EXEMPLES: la « solution finale » en Allemagne , les génocides africains ou serbes : témoignages à la fois accablants et nuancés…
(A titre de curiosité, dans le domaine religieux : le scandale du péché originel pour certains chrétiens : scandale logique ou paradoxe ?
pourquoi endosser la responsabilité de ce qu’a fait ADAM ?
Pourquoi devrais-je être hypothéqué par une action que je n’ai pas décidée ?…solution proposée par THOMAS D’AQUIN …
3- L’EDUCATION A LA RESPONSABILITE
La responsabilité fait partie de l’éducation qui vise la socialisation, notamment celle des jeunes générations: rôle des institutions
qui prennent le relais des parents pour inculquer la maîtrise de soi et la notion de devoir envers la société ( instruction civique à l’Ecole)
Par définition, les structures éducatives développent toute sorte de compétences mais la compétence renvoie souvent à
une capacité de décision dans un domaine donné : la responsabilité doit alors être comprise comme une charge
( une fonction ) que l’on accepte d’assumer ( « prendre une responsabilité », « avoir des responsabilités »
dans un environnement social privé, public, professionnel)( avec beaucoup de difficultés parfois,
exemples professionnels : responsabilité du magistrat, du médecin….)
Une nouvelle forme d’éducation à la responsabilité a fait son apparition : devoirs à l’égard de la biosphère (Hans Jonas) ;
le danger des derniers développements techniques menaçants pour l’environnement ( exemple : pollution)
et l’humanité future (exemple : clonage humain), impose la prise en compte d’obligations et
de devoirs visa vis de la planète et des générations futures.
CONCLUSION
L’étude de la responsabilité permet d’éclaircir la nature du lien que l’homme entretient avec ses actes.
Une notion à la fois morale et juridique qui s’articule de façon complexe sur celle de la liberté humaine.
Angelicum
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13.02.2006
La querelle des Universaux au Moyen Age
PLAN proposé :
I le problème des universaux
II les solutions proposées et ses conséquences durant les trois périodes du moyen âge
III quelques retombées de ce débat dans le monde scientifique actuel
I L’étude des universaux pose le problème de la valeur de la connaissance conceptuelle
Il s’agit de 5 concepts ( genre, espèce, différence, propre, accident) qui sont les modes généraux d’attributions. Leur étude fait partie de la seule logique lorsque ces prédicables sont considérés du point de vue de l’extension (ensemble des sujets auxquels l’idée convient) EXEMPLE « l’arbre » du néo-platonicien PORPHYRE de la fin du III° siècle ; leur étude devient intéressante dés que l’on prétend restituer ces représentations aux objets concrets par un jugement de type compréhensif (ensemble des éléments dont une idée se compose EXEMPLE l’homme est vivant, animal, raisonnable): ces concepts sont-ils ou non des éléments ayant un fondement direct dans les choses?. Ces prédicables sont-ils applicables aux dogmes et mystères de la religion ? Les problèmes deviennent alors métaphysiques et théologiques.
La question des universaux avait été posée sans réponse par PORPHYRE dans son introduction (Isagoge) aux Catégories d’ARISTOTE :
« Les espèces et les genres existent ils dans la nature en tant que choses réelles ou n’existent-ils qu’à titre de pensées dans notre esprit ?
S’ils existent hors de nous sont corporels ou incorporels ?
Existent-ils séparés des objets sensibles ou dans les objets mêmes ? »
BOECE (480-524), considéré comme le dernier des romains et le premier scolastique, avait rouvert et commenté ce dossier avec 2 attitudes seulement à son époque:
Attitude ante rem (réalisme): proche de PLATON et SAINT AUGUSTIN : les essences (idées et universaux ) sont des êtres réels puisque l’intelligence les connaît ; mais l’intelligence ne saurait les percevoir directement dans le sensible qui est singulier et soumis au devenir, il faut admettre que les universaux subsistent dans un monde intelligible,
Attitude post rem (Une attitude très peu admise avant le XII° siècle): les abstracta élaborés par notre esprit n’ont pas de portée ontologique mais seulement une fonction utilitaire ; ils ne sont que de simples mots pour désigner des collections d’individus (nominalisme)..
Grâce à BOECE, pendant des siècles byzantins , juifs , arabes et latins d’occident apprirent la même logique et la même ontologie rudimentaire, comprenant l’arbre de PORPHYRE jusqu’au début du XIII , date à la quelle la totalité des œuvres du STAGIRITE sera enfin totalement traduite et diffusée en Occident, une découverte qui par la suite permettra de proposer des solutions plus complexes.
II les querelles du Moyen Age
1° La querelle durant la période de la « première scolastique »
A ) ROSCELIN (1050-1121), chanoine de COMPIEGNE souleva le premier la querelle, lorsqu’il eu l’imprudence d’appliquer la théorie nominaliste au dogme de la TRINITE : les 3 personnes ne sont que 3 aspects sous lesquels l’idée de DIEU se présente à l’esprit et par conséquent la TRINITE n’était qu’une abstraction, n’ayant aucune réalité réelle hors de l’esprit : « on pourrait dire vraiment qu’il y a 3 dieux si l’usage le permettait ».
Il fut donc anathématisé par le concile de SOISSONS en 1092 et aussitôt le nominalisme devint suspect au point d’être considéré incompatible avec l’orthodoxie religieuse.
ROSCELIN eut pour adversaire GUILLAUME DE CHAMPEAUX et le célèbre ANSELME,( 1033-1109) futur archevêque de CANTORBERY. Le réalisme régna sans conteste avec l’Ecole de CHARTRES (1124-1130)…..
B) la position ante rem appliquée à la théologie fut attaquée à son tour par d’AMAURY DE CHARTRES et par ABELARD :
C’est ainsi que AMAURY critique GUILLAUME DE CHAMPEAUX en tirant toutes les conséquences du réalisme de ce théologien qui, selon lui, mène au panthéisme (du même genre plus tard que celui de GIORDANO BRUNO et de SPINOZA), lequel absorbe toutes choses dans l’être infini et risque ainsi de déprécier la solidité concrète de la Création . AMAURY souhaite montrer au contraire l’irréductible originalité de l’âme individuelle et l’éminente valeur du rapport à autrui qui est bien plus qu’une simple participation aux monde des idées….
ABELARD (1079-1142) un auteur non moins illustre tentera de définir une voie moyenne : les idées générales ne sont ni des types , ni de simples mots mais des conceptions de l’esprit (conceptualisme) qui n’ont qu’une existence subjective. Le conceptualisme s’avère en fait un nominalisme modéré. Il sera donc à son tour condamné au concile de SENS , accusé à tort par saint BERNARD de comprendre la TRINITE comme un arien, la grâce comme un pélagien, et la Personne du CHRIST comme un nestorien….
C) retour au fidéisme et au mysticisme ( BERNARD DE CLAIRVAUX : « il y a plus de choses à apprendre sous les roches et les arbres que dans les livres ») :
L’application excessive de la dialectique en matière religieuse risque de compromettre la foi, en versant dans l’hérésie (BERANGER, ROSCELIN, ABELARD). On observe alors chez certains la même réaction de défiance que celle jadis des Simpliciores de l’Eglise primitive. Pierre DAMIEN au milieu du XI me siècle fulmine contre les excès des dialecticiens. De même, le pape GREGOIRE IX déclare que les théologiens ne doivent délaisser les disciplines ecclésiastiques au profit des sciences séculières : La philosophie ne doit pas être la maîtresse (comme pour BERANGER DE TOUR mort en 1088) , ni la servante maîtresse ( comme pour ANSELME et ABELARD) mais la captive de la théologie (philosophia ancilla theologiae).
2° La querelle durant la période de la haute scolastique.
A) quelques précisions historiques :
Jusqu’au XII° siècle, le monde intellectuel avait vécu sous un régime intellectuel théologique :
Il n’existait que des écoles de sciences sacrés étudiant la sacra pagina (écrits inspirés), quelques écoles de droit et de médecine, des écoles d’arts libéraux : à part la logique, 7°me des arts libéraux, la philosophie était absent de ses programme scolaires.( on ne connaît guère à cette époque, qu’une partie de l’Organon d’ARISTOTE.)
A partir du milieu du XII° siècle, l’invasion massive de la philosophie païenne provoque une crise intellectuelle sans précédent. Au début du XIII° me siècle, la diffusion de l’œuvre complète d’ARISTOTE se fait par des traductions venues d’ESPAGNE, de SICILE, d’ITALIE ; son œuvre immense apparut comme la somme des connaissances humaines auxquelles l’esprit humain peut accéder par ses propres forces ;
B) SAINT THOMAS (1225-1274), rompt avec les hésitations de ses contemporains néo platoniciens et même avec son maître ALBERT DE COLOGNE ; il estime que la métaphysique aristotélicienne qui développe un réalisme modéré (l’idée trouve sa source dans la réalité sensible ), est prédestinée à la justification rationnelle du dogme :
Mais un aristotélisme intégral ne saurait satisfaire aucun chrétien. Aussi, il perfectionne les distinctions aristotéliciennes (substance/accident, acte/puissance), en y appliquant les notions essence/existence, déjà découvertes par les néoplatoniciens: l’ensemble formera alors la théorie de la distinction réelle entre l’essence et l’existence et de son inséparabilité . .
Cette théorie qui est la clé de voûte de la métaphysique thomiste aura pour conséquence d’opérer la distinction entre universel logique et universel métaphysique ( universel réflexe, universel direct), et la distinction entre concept formel et concept objectif : le même esse se trouve exercée, sous des modes différents, dans la nature et dans l’esprit. Le couple substance/accident, ainsi complété, permet de mieux admettre par EXEMPLE :
- le mystère de l’EUCHARISTIE transsubstantiation des espèces consacrées sous la permanence des accidents sensibles du pain et du vin ;
- en anthropologie, la distinction réelle entre âme et facultés, et la nature individuelle de l’intellect agent ( contre AVERROES 1125- 1196).
Toutefois, au moyen âge l’école thomiste ne sera jamais majoritaire, pour des raisons historiques : la menace d’excommunication qui accompagna le décret de 1277 freina le progrès du thomisme à PARIS en raison de la confusion de ses thèses avec celles de l’aristotélisme hétérodoxe comme celui de SIGER DE BRABANT(1220-1196) qui professe la théorie de « la double vérité » et surtout à cause du raz de marée du nominalisme au XIV° me siècle. Comme le dit E. GILSON « ce solitaire n’a pas écrit pour son siècle, mais il avait le temps pour lui »…..la « Philosophie Perennis » du Docteur Angélique deviendra la philosophie officielle de l’Eglise dans l’Encyclique de LEON XIII Aeterni Patris du 4 août 1879.En attendant, le Docteur Angélique, trouvera son apothéose au Paradis de la Divine Comédie, où il préside la couronne des Douze Sages du 4eme ciel….
3° Le nominalisme durant la période de la « scolastique tardive » et ses conséquences : la philosophie cesse tout à fait d’être la servante de la théologie et devient autonome :
A) les nominalistes font leur véritable apparition au XIII eme siécle avec le franciscain Guillaume d’OCKHAM (1300-1350) dénommé le « docteur irréfragable » (appelé à OXFORD Venerabilis Inceptor Nominalium). Ensuite, il est suivi dés le XIV eme, par la plupart des maîtres de l’Université de PARIS et de l’Université d’OXFORD, notamment :
DURAND DE SAINT POURCAIN, NICOLAS D’AUTRECOURT, BURRIDAN de BETHUNE, NICOLAS ORESME.
Ils rejettent le réalisme des universaux ou l’existence in re des idées abstraites par une série d’objections:
Rejet des universaux en DIEU : ( existence ante rem) : comment concilier la pluralité des idées avec la simplicité de l’essence divine ?
Rejet des universaux ( in re) : en raison de la convertibilité de l’être et de l’un , si l’universel existe hors de notre esprit, il devrait être unique de son espèce : comment l’essence humaine pourrait elle exister distributivement chez tous les individus de l’espèce humaine ?( ils rejettent aussi la théorie thomiste de l’individuation et des formes substantielles) .
B la doctrine d’OCKHAM et ses conséquences : son empirisme et sa théorie du terminisme ruinent le réalisme :
- OCKHAM distingue la connaissance intuitive ( connaissance claire et singulière) de la connaissance abstraite
( connaissance confuse) EXEMPLE « Socrate est un homme » n’est qu’une superpositions de photographies. L’intuition porte seulement sur le quia ( jugement d’existence des vérités empiriques) et non sur le propter quid (comprendre la raison des choses).
- IL s’oppose à saint THOMAS en refusant l’universel direct dont SAINT THOMAS faisait l’objet propre de l’intelligence humaine. Pour lui, l’universel dans l’esprit ne fait que suppléer les réalités singulières de l’expérience : l’objet immédiat de l’esprit n’est pas la chose même mais ce qui « supplée » pour elle ; la réalité extra-mentale devient un objet indirect, le terme d’une inférence (terminisme).
- conséquences : plus de place à la métaphysique ; la philosophie se réduit alors à la physique et à la logique , elle cesse d’être la servante de la théologie. Avec OCKHAM, réapparaissent la théorie averroïste de la double VERITE et le renforcement du fidéisme.
En 1339, la faculté es Arts de PARIS interdit d’alléguer les opinions des savants d’OXFORD dans les leçons et disputes. En dépit de ces condamnations et de celle du pape CLEMENT VI en 1346, l’ockhamisme passe d’OXFORD à PARIS puis à PADOUE, à HEIDELBERG puis à TUBINGEN.
III quelques aspects de ce débat dans le monde scientifiqueA)un premier débat pour ou contre le nominalisme scientifique dans la période 1860/1910 :
A cette époque certains savants s’interrogent sur les fondements, les méthodes, les limites, de leurs disciplines
( MACH, HELMHOLTZ, DUHEM, POINCARE, LEROY).
Pour les partisans du nominalisme scientifique la science est un simple construction de l’esprit, reposant sur des conventions commodes, dont la valeur est purement instrumentale, sans qu’elle puisse prétendre décrire la nature réelle des objets auxquels elle s’applique.
Parmi les grandes figures de la philosophie des sciences qui défendent cette thèse, on peut citer Pierre DUHEM et Edouard LEROY :
Pierre DUHEM ( 1861-1916) professeur agrégé de physique théorique montre (dans le système du monde, histoire des doctrines cosmologiques…1913). que tout système scientifique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain…Il cherche à jeter un pont sur le fossé qui semblait séparer la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne et affirme que les nominalistes du moyen age facilitèrent le passage de l’esprit médiéval à l’esprit moderne grâce à leur empirisme et en s’émancipant du joug de d’ARISTOTE et de l’Ecriture. Pierre DUHEM montre ainsi que BURIDAN et ORESME, ces deux grands philosophes et savants du XIV° siècle annoncent la mécanique universelle de COPERNIC, GALILEE, NEWTON. LEROY montre que ce sont eux qui ont fait sortir la physique de sa prison en rompant avec la notion de mouvement éternel et cyclique (qui était d’ailleurs celle d’ARISTOTE). En outre, ORESME ( avec son traité de la sphère 1337) apparaît comme un précurseur de la géométrie analytique de DESCARTES.
Les thèses soutenues par DUHEM Pierre ( 1861-1916) sont reprises par EDOUARD LEROY ( 1870-1955). Pour lui, la vérité est le résultat d’une sorte d’invention re-créatrice personnelle. Il s’élève contre le dogmatisme scientifique, contre le dogmatisme religieux, contre le dogmatisme thomiste…Dans un article de la revue de Métaphysique et de Morale (1899-1900) il s’attaque au dogmatisme scientifique où l’on croyait encore que la science donnait dans ses lois un tableau fidèle et objectif de l’univers, dans lequel il entrait peu d’éléments subjectifs.
Il souligne l’écart qui sépare la science de la réalité. L’esprit casse le réel en morceaux mesurables : les faits sont taillés par l’esprit dans la matière amorphe du donné. La théorie repose sur le fait mais comme elle a servi en partie à la confection de l’expérience où le fait apparaît , « nous sommes au rouet » .
B) Contre offensive des défenseurs du réalisme scientifique à l’époque de LEROY
La position du nominalisme scientifique de LEROY réveilla les savants de leur sommeil dogmatique : Elle amena le mathématicien HENRI POINCARE (1854-1912 science et méthode 1908) à rétorquer et à ramener l’écart entre la science et le réel à de plus justes proportions « la commodité d’un symbole résulte au moins de la vérité partielle de ce symbole ».
D’une manière générale, POINCARE s’élève contre les excès du conventionnalisme d’un PEANO ou d’un RUSSELL qui réduisent les mathématiques à la logique, alors que l’auteur soutient que le conventions sont admises en fonction de leur conformité avec des faits….
C) Sur le continent américain, la philosophie des sciences a connu un nouveau tournant contre le réalisme dans les années soixante avec KUHN ( structure des révolutions scientifiques 1962), QUINE qui débattent sur la variété du réalisme en philosophie des sciences ….
Conclusion
Cette problématique des universaux du moyen âge a permis d’enrichir le vocabulaire de la philosophie, même si par ailleurs il y a eu nécessité de réécrire ce vocabulaire dans un langage plus accessible aux hommes de notre siècle. Elle a permis aussi de nourrir les débats concernant la portée et la valeur de la connaissance conceptuelle.
Elle démontre une fois de plus que tout système scientifique et philosophique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain et qu’il est possible parfois de jeter un pont entre la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne.
01/02/06 Angelicum
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