16.01.2008
LA SAGESSE DES MODERNES selon A. COMTE-SPONVILLE et L. FERRY
La sagesse des modernes (Robert Laffont 1998) est un gros livre dicté au magnétophone par André COMTE-SPONVILLE et Luc FERRY. C'est un dialogue entre 2 philosophes parmi les plus connus du grand public, le premier est un matérialiste athée, le second un humaniste agnostique; dans cet ouvrage, ils se proposent de reformuler dans un langage contemporain les interrogations des Anciens et de confronter leurs visions respectives sur des questions essentielles, à savoir:
La vie a t-elle un sens ?
Comment vivre?
Comment trouver la sagesse sans se soumettre aux religions?
Comment être libre?
Nous rappellons que FERRY et SPONVILLE sont surtout connus, le premier comme ancien ministre de l' Education nationale (2002/2004) mais aussi comme l'auteur de L'homme-Dieu (Grasset 1996),..le second pour son Petit traité des grandes vertus (PUF 1995) et le bonheur désespéremment (Pleins Feux 2000). Tous leurs travaux philosophiques suivent une même tentative, celle de promouvoir la sécularisation du christianisme qui constitue selon eux le caractère principal de l'Occident moderne : cette évolution leur paraît aussi irréversible que la marche vers la démocratie en politique ; elle serait liée à un mouvement de rationalisation et de laïcisation enregistré depuis 3 siècles et elle se traduit pour eux par le refus de renvoyer l'homme à autre chose que lui-même, un homme moderne qui revendique progressivement son autonomie et sa liberté de conscience; ils évoquent donc, à leur manière, l'évolution de l'Occident vers un univers laïque qui récuse la représentation d'un Dieu et celui d'un univers transcendant, tout ce qui est « extérieur » à l'homme.Ce mouvement d'émancipation se traduit aussi par le rejet de l'argument d'autorité et du refus du dogmatisme des religions révélées. Cependant, ils estiment aussi que la philosophie doit prendre le relais de la religion et qu'elle doit lutter contre des visions encore trop réductrices de l'homme.
Tout en gardant leur vision propre, FERRY et SPONVILLE s'accordent à estimer que la question du sens est devenue aujourd'hui plus que jamais nécessaire dans nos sociétés occidentales ; aussi leurs interrogations sont-elles centrées principalement sur l'éthique comme le dénote le contenu des dialogues qui développent 3 thèmes principaux:
1- débats centrés sur les fondements et les enjeux de l'éthique, de l'humanitaire, de la bioéthique
2- débats centrés sur l'éthique face à la religion: que nous est-il permis d'espérer sans le secours de Dieu?
3- réflexions sur le rôle du philosophe dans la cité: l'esthétique moderne, la société médiatique, la politique et la résolution de ses conflits.
Finalement, l'un et l'autre se demandent comment on peut être encore humaniste ?( point de vue de la « transcendance dans l'immanence » défendu par FERRY) ou comment on peut être encore matérialiste?( SPONVILLE).
Des questions très diverses y sont évoquées: on y parle tour à tour de la neurologie, de l'écologie, de la sociobiologie. des évenements de Mai 1968, du féminisme, du Front National ou de la télévision. Rien n'est oublié , au risque de perdre un peu le lecteur, d'autant plus que d'autres personnalités interviennent aussi à l'improviste dans la conversation: on peut citer entre autres MAREK HALTER, BERNARD KOUCHNER, TZVETAN TODOROV, l'éditeur BERNARD FIXOT...
Mais dans ce dialogue, les deux voix de FERRY et SPONVILLE suivent leurs préférences personnelles pour l'une des deux voies, qui sont deux traditions qui s'opposent, aussi anciennes que celles de l'histoire de la philosophie et l'histoire de la sagesse.
Le débat se porte d'abord sur le terrain strictement philosophique à travers une série d'oppositions
- dans lesquelles FERRY et SPONVILLE reconnaissent une partie de leurs convictions respectives- et dont la ligne de front serait :
Le conflit
entre le matérialisme (EPICURE) et l'idéalisme(PLATON);
entre le monisme (SPINOZA) et le dualisme (DESCARTES);
entre le naturalisme de (DIDEROT) et l'humanisme (ROUSSEAU);
entre l'immanence (SPINOZA de nouveau, mais aussi MARX et FREUD) et la transcendance ( fût-elle en quelque sorte de « l'intérieur »: KANT et HUSSERL)
et dans le prolongement des oppositions précédentes: le structuralisme (LEVI-STRAUSS, ALTHUSSER) et l'existentialisme (SARTRE).
Autrement dit, pour résumer, le dialogue FERRY/SPONVILLE apparaît d'abord comme une vaste confrontation entre une philosophie de la nature ou de l'histoire d'une part, une philosophie de la personne ou du sujet d'autre part.
En effet, Luc FERRY est fortement influencé par le kantisme et plaide en faveur « d'un humanisme transcendantal » selon lequel « il y a du sacré » en l'homme et d'une certaine maniére du divin, c'est-à-dire des valeurs transcendantes et absolues. » . « L'humanisme transcendantal » désigne ici la position « hors nature » du propre de l'homme, dans la mesure où il échappe aux déterminismes qui régissent les phénomènes naturels. Pour FERRY, les sciences humaines ont trop tendance à réduire l'homme à des déterminismes bio-socio-historiques.
A l'inverse, SPONVILLE se reconnaît davantage dans la tradition de la philosophie sceptique et matérialiste ou encore dans le naturalisme classique d'un SPINOZA. Certes, il rejette le nihilisme pour lequel il n'y a ni permis ni défendu...mais il rejette aussi le lien entre la vérité et la valeur qu'il estime être un nouveau « dogmatisme ». Il accorde davantage de crédit que FERRY aux sciences humaines et au contexte pour cerner la condition humaine...
Sur le plan plus large de la sagesse et de la religion, les oppositions entre les 2 hommes sont encore flagrantes:
L'un et l'autre concédent bien l'existence d'une forme de sacré et affirment que c'est bien la primauté de l'amour et du respect de la vie qui donnent à la morale sa véritable signification, une morale libérée des illusions sécurisantes de l'espérance religieuse .
Cependant, SPONVILLE refuse l'existence d'un sacré qui ne se réduise pas finalement à du naturel « différencié » ou socialisé; il refuse toute transcendance y compris celle proposée par FERRY, fut- elle pensée de « de l'intérieur » : SPONVILLE critique FERRY qui préfère « croire » à l'homme et qui maintient encore en l'homme une zone de « mystère et de liberté ». Au contraire, SPONVILLE cherche à approfondir les frontières entre le déterminisme et l'indéterminisme dans un cadre strictement naturaliste, qui nie l'existence de la liberté en tant que telle: SPONVILLE évoque le clinamen d'EPICURE , et de nos jours, l'effet « réversif » de la nature contre elle-même (culture) développé par DAMASIO, J.P..CHANGEUX....
Mais paradoxalement, SPONVILLE se définit aussi comme un « athée fidèle »:
Athée parce que les religions révélées sont « un asile d'ignorance » et qu'il ne croit pas en Dieu;
Fidéle parce qu'il reconnaît certaines valeurs valeurs judéo chrétiennes, intéressantes seulement pour leur morale (Evangiles): on n'a pas besoin de croire en Dieu pour comprendre que l'amour et la compassion valent mieux que la haine. Sur ce point, SPONVILLE se sent plus proche que FERRY des spiritualités orientales immanentes (bouddhistes, taoïstes) et des autres sagesses immanentes grecques(épicurisme, stoïcisme). FERRY se sent plutôt étranger à ces spiritualités orientales, malgré leurs préceptes de compassion, en raison de son apologie pour une spiritualité de la personne, de l'espérance, très éloignée donc de la dissolution de l'ego ou du sujet dans l'immanence, et sans véritable espérance selon lui...
Dans ce livre on ne peut passer sous silence le champ politique et humanitaire qui est largement évoqué:
En politique comme en philosophie il convient de « penser par soi- même » KANT ( même si en pratique l'on commence toujours par penser par et avec les autres), il faut promouvoir et poursuivre le mouvement d'émancipation des individus entrepris depuis 1789 avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen: SPONVILLE et FERRY s'accordent donc pour refuser « la langue de bois » qui engendre le conformisme; ils veulent développer autant que possible la vérité et la liberté dans l'espace public, en incitant le citoyen à faire preuve d'une plus grande responsabilité. FERRY est convaincu que le fameux repli sur la sphére privée dont on a tant parlé depuis quelque temps, est loin de consacrer le triomphe des égoïsmes et que la sacralisation progressive des liens affectifs privés qui marque l'histoire de la famille s'accompagne aussi d'un souci inédit de justice universelle et d'un potentiel de « sympathie » qui pourraient être utilisés pour fonder de grands projets politiques. Il en voit la possiblité concréte dans le développement de l'humanitaire qui constitue un grand progrès; l'humanitaire se situe dans la droite ligne de la philosophie contemporaine qui place l'expérience d'autrui au coeur de la conscience morale et qui pourrait être résumé par le fameux précepte chrétien: « ne fais pas à l'autre ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ».
Pour FERRY le désenchantement du monde actuel ne serait donc causé que par les excès de la technique (dénoncés déjà par HEIDEGGER) dans un monde privé des réponses ultimes fournis autrefois par les religions; il estime qu'on ne peut pas fonder uniquement la politique sur des motivations de type technique mais sur les « passions positives ». précitées.... SPONVILLE s'avére bien plus pessimiste et pense au contraire que la principale difficulté n'est pas celle de déterminer la finalité de la politique ( bien commun, solidarité) sur laquelle tout le monde semble presque d'accord , mais la difficulté réside dans les moyens techniques pour rêgler les conflits très concrets qui opposent les intérêts et les égoïsmes des groupes sociaux. Il n'en demeure pas moins vrai que tous deux demeurent soucieux de la juste mesure en matière d'exigence éthique et politique, ils restent encore attachés, dans une certaine limite, à une forme d'universel aussi bien théorique ( la raison) que pratique( les droits de l'homme).
Conclusion personnelle et très anti-moderne qui vont vous choquer :
La lecture de ce livre nous est apparue très intéressante mais difficile . Pour nous, Luc FERRY et André COMTE SPONVILLE sont bel et bien représentatifs de la morale moderne, mais nous éprouvons de la réticence pour ce type de sagesse moderne d'où Dieu est absent: qui aura encore l'audace comme nous de prétendre que l'expérience morale est véritablement d'essence religieuse et en même temps que la référence à Dieu semble métaphysiquement établie et fondatrice de l'ordre moral ?( sur ce point, permettez nous de citer SAINT THOMAS D'AQUIN somme théologique Ia, Q60, a5
« toute chose qui par nature reléve d'une autre, se trouve d'abord inclinée vers cette autre plus que vers elle-même... en effet, ... la main s'expose aux coups, pour préserver le corps...Ceci posé, il faut remarquer que le bien universel est Dieu lui-même ... il suit de là que l'ange et l'homme aimeront naturellement Dien en priorité et plus qu'eux mêmes »).
19:30 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sagesse, clbarimaj, arimaj, A. COMTE-SPONVILLE, L. FERRY
05.07.2006
Le partage
LE PARTAGE
Le Partage (partager = diviser en éléments qu’on peut distribuer ou échanger ; participer,collaborer; se solidariser)
PLAN PROPOSE:
1 Partager quoi, avec qui, et pourquoi?
2 Comment mieux partager, dans la vie publique et dans la vie privée?
introduction : partager est une nécessité absolue
Le devoir de partage constitue la base des liens économiques, politiques, culturels, sociaux, familiaux et affectifs qui tissent notre vie commune et toute l’organisation du travail :
Une façon d’évoquer ces liens serait de nous pencher sur les applications du partage :
Dans la vie courante, on comprend aisément ce que signifie (partager l’usage de sa langue maternelle), partager un repas , un lit, ou de participer à des taches domestiques, participer à l’éducation des enfants.
L’action de diviser un gâteau , de le distribuer en parts plus ou moins égales est facilement compréhensible ; cette activité devient plus difficile à analyser et à réaliser sur d’autres biens et services plus complexes matériels et immatériels:
QUE PEUT-ON PARTAGER ?
Partage de droits et de libertés fondamentales ( dans la vie publique et dans la vie privée) au regard des droits de l’homme
Partage du travail et des richesses économiques : dans le domaine économique, le « gâteau » pris par chacun conditionne la part de la part de tous les autres
Partage de la cultures et de l’information :
dans le domaine culturel et artistique le désir de partager inspire les créateurs qui font de leur talent, de leur savoir, une offrande qui envahit toute la société ; et plus simplement, dans la vie courante, nous savons bien qu’il faut partager nos émotions et nos sentiments, nos pensées sinon elles meurent …….;
n’oublions pas l’esprit de tolérance qui s’exerce aussi dans le multiculturalisme :
Face à l’existence de minorités étrangères sur la sol national, il me semble que la démocratie doit permettre aussi la libre expression de ces minorités et concilier la vie en commun sans exclusion radicale ; d’où les discussions sur les possibilités « d’un multiculturalisme » qui constitue un axe majeur de réflexion de la sociologie politique. EXEMPLE réussis de l’Espagne…….. des PAYS BAS ( au nom de l’humanisme et l’appartenance à l’l’humanité ..)
POURQUOI PARTAGER et avec qui ?
l’échange est-il toujours conditionné par un intérêt clair à partager ?
S’agit-il de transferts fondés sur la simple réciprocité : donner (une partie )pour recevoir ?
S’agit-il d’un don unilatéral apparemment gratuit, régi par l’altruisme ou par d’autres motivations ?
QUELS SONT LES PRINCIPES DE JUSTICE QUI CONDITIONNENT UN MEILLEUR PARTAGE? Quelles sont les difficultés d’applications de ces principes dans le monde actuel traversé par les turbulences du mondialisme et de la post modernité?
PLAN PROPOSE Analyse du partage sur 2 plans :
1 Les dimensions et les applications du partage : partager quoi, avec qui et pourquoi ?
2 Dans un souci de plus grande justice comment mieux partager ? ( sans avoir ce soir la prétention naïve de changer le monde)
1° partie les dimensions et les applications de la notion de partage
Au niveau mondial : échanges et coopération ( plus les pays commercent et coopèrent, moins il y a de risques de guerres)
A Montée en puissance des échanges et de la coopération dans le secteur international depuis 60 ans : progression des échanges et des collaborations internationales (accords transnationaux, émergence d’organismes supranationaux et de structures non étatiques type ONG) :
au lendemain de la 2° guerre la mise en place progressive de ce qui deviendra la CEE ( marché commun): l’intégration européenne crée un droit communautaire qui étend tous les jours sa compétence à des domaines nouveaux ( la Cour européenne exerce une sorte de contrôle de la constitutionnalité des lois nationales, lorsqu’elle les juge non conformes au traité de ROME….)
- une collaboration internationale accrue : avec la charte de l’ONU en 1945, avec la CEE ( 47 pays participent actuellement aux activités du Conseil de l’Europe dans les domaines de l’Education et de la Culture : 225 langues européennes sont parlées dans les pays membres et plusieurs centaines de langues y sont parlées par les populations migrantes)
- accord du GATT
1989 : la chute du mur de BERLIN a favorisé une nette progression des échanges économiques : 1995 création de l’OMC qui compte 149 états
et sur le plan de la politique internationale à l’ONU, on observe un élargissement du droit de veto
extensions des accords économiques dans le monde : EXEMPLES
ASEAN en Asie,
MERQUANSOUR en AMERIQUE
Accord de CHANGHAI
Progression des ONG ( « les multinationales du cœur »)
B conséquence : une prise de conscience planétaire du problème du partage des ressources du globe
le droit international se mondialise et prend davantage conscience des problèmes planétaires : EXEMPLE comment prévenir les risques de catastrophes naturelles : (réchauffement du climat…défense de l’environnement et de la faune ) ; comment assurer un nouveau « partage » du monde ( droit de pêche…). Le club de ROME en 1972 avait déjà mis en garde la communauté internationale sur l’épuisement des ressources naturelles…..
sur le plan économique mondial, faut-il conclure que l’accroissement des échanges a fait diminuer l’écart entre pays riches et pays pauvres ? ( ici nous restons « partagés » au sens « d’écartelé entre des jugements opposés »)
réponse : les experts s’accordent sur la réduction des disparités entre pays occidentaux grâce aux échanges économiques;
Il y a consensus aussi sur le fait que les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres s’est accentuée jusque vers 1973. Par contre, le diagnostic devient incertain concernant la période récente.
EXEMPLE l’Afrique souffre de pas pouvoir investir dans les technologies nouvelles….. contrairement à l’Asie qui a compris que son évolution économique serait dépendante sur le long terme sur sa capacité à innover….EXEMPLE. TAÏ WAN…..
Au niveau national et régional
Au niveau national : un nouveau style de gouvernance :
La France instaure la décentralisation : transfert de compétences
- transfert de l’exécutif aux collectivités
- extension des pouvoirs économiques des collectivités locales . L’Etat se décharge sur elles des responsabilités onéreuses (bâtiments scolaires, hôpitaux), avec transferts de personnels et de moyens financiers.
un libéralisme qui n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat: abandon de l’Etat Providence…..au profit d’un nouveau style de « gouvernance ».
la coordination à l’échelle gouvernementale devient délicate et complexe :
pour négocier avec les élus sourcilleux de leur légitimité ;
avec une fragmentation des services de l’Etat qui collaborent avec les services régionaux ou généraux correspondants.
Sans doute, la transformation de l’état providence s’accompagne apparemment d’une perte de pouvoir :
Décentralisation ;
Privatisation ;
Fin du dirigisme industriel
Mais le libéralisme n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat :
Prélèvement obligatoires en hausse
Augmentation des agents de l’état
Un domaine d’intervention sans cesse croissant qui explique que la société française n’ait pas « craquée » malgré l’augmentation du chômage……
Au niveau social et économique en EUROPE et en FRANCE: un NOUVEAU PARTAGE entre riches et pauvres
On a d’abord assisté après guerre à une période spectaculaire de la croissance ( « les 30 glorieuses ») en EUROPE avec une réduction sensible des écarts entre les niveaux de vie:
Mais en France, à partir des années 80 ces tendances ont cessées :
Des écarts importants subsistent dans la répartition des biens et des richesses et la séparation nantis/ laissés –pour-compte s’est accentuée
.le bilan social reste complexe :
la répartition de la propriété foncière en France est restée la même …..
en matière de salaires et de pouvoir d’achat on a enregistré une progression globale importante jusqu’en 1995et depuis les disparités ont faiblement évoluées:
resserrement de l’éventail des salaires ; actuellement, le SMIG a augmenté de 18 % en 3 ans
augmentation des revenus des retraites
mais l’écart persiste entre hommes et femmes
le nombre de pauvres n’a pas augmenté (10% de la population française) mais il a changé de catégories…. On assiste à un brouillage des groupes sociaux et à de nouvelles inégalités qui ne sont plus liées à l’absence de patrimoine ou de culture mais aux aléas de la conjoncture : chômage, emplois précaires
l’évolution du droit du travail enregistre une régression : déréglementation dans le secteur privé ;
la protection légale a reculé sur certains points :
-sécurité de l’emploi ( « les entreprises sont devenues des centrifugeuses qui virent les maillons faibles »)
-conditions de travail difficiles
-pouvoirs de licenciement accrus
la protection légale a progressé sur d’autres points :
représentation du personnel
traitement égal des sexes
progression des droits à la formation ( loi de 1971 en France concernant le droit à la formation des salariés)
de façon générale, les inégalités entre hommes et femmes persistent dans de nombreux secteurs ( participation à la vie politique ……….)
la fracture sociale s’accentue au niveau de l’école : ( L’école fait également l’objet d’un bilan complexe : globalement, le niveau « monte » mais l’orthographe baisse) : le partage « démocratique » des connaissances demeure très insuffisant: (analyses de BOURDIEU concernant « les héritiers ».et autres analyses de l’inégalité : accès au capital économique/biens financiers, patrimoine, social/ réseau d’influence, culturel/diplôme, niveau linguistique qui possèdent une forte dimension symbolique .) : un abîme culturel sépare encore les enfants des classes moyennes et les adolescents du sous-prolétariat..
les inégalités par rapport au savoir apparaissent aujourd’hui plus insupportables qu’auparavant : EXEMPLE à l’embauche de personnels dans un super marché…les difficultés de lecture deviennent un obstacle absolu….
LA LUTTE CONTRE LES INEGALITES PASSE PAR L’ETAT DISTRIBUTEUR (allocations chômage ; politique de formation ; politique de la ville) QUI ENCOURAGE LES INITIATIVES LOCALES….
CONCLUSION partielle : En 60 ans notre pays est devenu une France moins inégale mais plus inquiète face à la mondialisation
Famille et sociabilité
Nous savons que la famille est un des premiers ancrages de la sociabilité :
Déjà, dés le rituel du partage du petit déjeuner, la famille formule des mots simples qui expriment les goûts, les peines, les espoirs, les vérités des uns et des autres……des mots aussi qui entretiennent la connivence conjugale.
De façon plus sérieuse,
-----On assiste à un renouveau du partage des taches domestiques et des responsabilités mais en même temps à un bouleversement de la famille qui est devenu un lieu de socialisation plus précaire ( suite à l’émancipation économique et professionnelle de la femme):
nouveau partage des taches :
EXEMPLE actuellement le mari participe aux taches domestiques et à l’éducation
Autrefois, dans les milieux populaires, la fonction du père se limitait à remettre sa paye à son épouse qui assurait la gestion du ménage.
---De même la solidarité intra familiale se poursuit au niveau des grand parents qui gardent les petits enfants et aident financièrement les jeunes ménages
Mais la famille se fragilise : plus actives, plus diplômées , plus autonomes, les femmes se sont affranchies des contraintes les plus pesantes attachées à leur rôle d’épouse et de mère : un des facteurs avec la fragilisation des normes du mariage qui explique la difficulté à vivre en couple …..
Dans le domaine des loisirs le « partage » d’activités communes peut être le moteur de l’amitié
-----Le partage d’activités et de projets communs ( sport, vie associative, loisirs) est souvent l’origine d’une amitié possible….paradoxalement, les enquêtes montrent que l’augmentation récente des célibataires en France ne signifie pas forcément une plus grande solitude : les nouveaux célibataires entretiennent un riche réseaux de relations , téléphonent plus fréquemment que le reste de la population et sortent beaucoup entre amis.
----Toutefois, il convient de remarquer que dans la vie courante partager n’est pas forcément fraterniser ..
Mais vous pardonnerez cette digression avec ce petit éloge du don, qui paradoxalement est aussi un « échange »
Eloge du don : une société qui encourage une universelle concurrence entre les hommes les dispose aussi à placer tout leur bonheur dans leur capacité à consommer. Ce bonheur n ’est-il pas particulièrement fragile ? C’est un bonheur qui suppose une exaltation du désir dont on sait qu’il est souffrance aussi bien que jouissance à travers l’expérience du manque qui lui est consubstantiel. De plus, ce bonheur se met à la merci de circonstances qui ne sont jamais absolument maîtrisables ( chômage, faillite…). Le don qui ne vise à rien d’autre qu’au don est bien sûr une forme d’échange, mais ce qui est échangé c’est de l’être et non de l’avoir. Il s’agit d’un « supplément d’être » dont l’obtention ne dépend que de nous et dont la permanence nous est garantie par l’estime de soi que personne ne peut nous arracher.
L’impératif du partage demeurera toujours en butte à « l’insociable sociabilité » (KANT) de l’homme
Les français prennent plaisir à violer quotidiennement les règles de la vie commune : nous ne respectons pas le code de la route, nous essayons de resquiller dans les files d’attentes et d’échapper au fisc ; la désobéissance civique est en nette progression ( EXEMPLE fauchage de champs d’O G M.)
2° partie : propositions pour inciter à mieux partager
Je n’ai pas de recettes miracles à proposer pour imposer la solidarité et préserver la cohésion sociale ; je ne prétends pas non plus changer le monde ce soir.
D’éventuelles propositions nécessiteraient un diagnostic préalable sur les ambivalences de la modernité: thème de la dissolution du lien social
Dans nos sociétés à prétention « démocratique », le thème de la dissolution du lien social (anomie) a d’abord été analysé par TOCQUEVILLE ; cette dissolution s’est accentuée avec les effets de la post modernité
1 L’IDEOLOGIE DE LA MODERNITE VUE PAR TOCQUEVILLE et WEBER et ses conséquences : une anomie généralisée :
Le développement de la démocratie s’est d’abord développé par une marche vers la liberté et l’égalité après « la guerre des classes » qui a été le principal ressort de la Révolution française.
Mais à la suite à la disparition des relations hiérarchiques antérieures, il y a eu aussi « atomisation » : comment faire tenir ensemble une société désormais composée d’individus autonomes ? « l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part ».
Pour lutter contre cette tendance centrifuge, le monde moderne a développé des agrégations communautaires et sociétaires dont les concepts fondateurs sont notamment :
L’ECOLE : elle véhicule une morale républicaine et un nouvel art de vivre ensemble
LES SYSTEMES DE PROTECTION SOCIALE et L’ETAT PROVIDENCE : une solidarité entre les membres de la société qui n’est plus directe ou personnelle mais qui passe par des formes institutionnelles et administratives.
MAX WEBER A PRÉDIT LES DÉSENCHANTEMENTS DE LA POSTMODERNITÉ :
La dialectique de la socialisation /désocialisation est encore davantage perceptible dans les effets de la post-modernité :
Les droits de l’Homme, fondement de la démocratie moderne, ont d’abord été vivement critiqués et dénoncés par « les maîtres du soupçon ». MARX dénonce sous l’apparente neutralité des textes fondateurs , la consécration des droits de la propriété et un Etat au services des classes dominantes.
De même, MAX WEBER décèle derrière la proclamation des grands principes démocratiques la domination d’une minorité sur la majorité : ses disciples mettront en évidence « la loi d’airain de l’oligarchie », montrant comment les grands partis politiques et les syndicats eux-mêmes finissent progressivement par être dirigés par une minorité de dirigeants professionnels qui prétendent parler au nom de la base militante.
L’instabilité de nos sociétés modernes s’est dangereusement accentuée à la fois par une rationalisation excessive et par une perte de repères:
la rationalisation des activités humaines est une trait dominant de la modernité. Elle a décuplée de nos jours avec l’hyper-spécialisation du savoir et du travail tournée essentiellement vers la consommation de masse. Désormais, l’homme contemporain est « prisonnier d’une cage en fer » ( MAX WEBER) et il se déshumanise ; il s’ensuit une anomie généralisée ( affaiblissement des mécanismes d’intégration harmonieuse) .
2 LA SOCIETE ACTUELLE EST DOMINEE PAR L’ECHANGE DE SIGNES FLOTTANTS, CAUSE DE FRUSTRATIONS ET D’IMPUISSANCE
la société est dominée par la production et l’échange de signes « flottants » :
Les excès des messages et l’ambiguïté des images ont, selon BAUDRILLARD, construit un monde de simulacres, susceptibles de prendre toutes sortes de significations. Cette diversité n’est pas un facteur de liberté mais plutôt un piège dans lequel les acteurs sociaux sont englués : dans un monde de simulacres, la défiance et le doute sont partout : plus aucun pouvoir n’est pris au sérieux ; l’action sociale, politique , économique et autres projets communs à long terme sont devenus impossibles.
Désormais la post modernité est devenu un mélange des genres où l’on s’accommode sans doute des différences culturelles de l’autre mais où l’on n’a plus foi au Progrès….on ne peut plus compter sur la vérité ou sur la révolution pour atteindre la liberté et le bonheur ( JEAN FRANCOIS LYOTARD)
Ce tableau pessimiste explique en partie l’indifférence générale et la désertion du champ social et par ailleurs la montée de la violence aux extrêmes.
conclusion
Nous avons vu que les dimensions et les modalités du partage sont variées et qu’un échange se présente sous la forme de don, de troc, d’échange marchand, d’échanges matériels et immatériels.
Les échanges et le partage fondent la société, sur la base de la complémentarité. Ils produisent à long terme un surplus de richesses matérielles, culturelles, artistiques et affectives.
Etre humain signifie partager mais j’ai observé aussi que les frontières de la justice se brouillent quand il s’agit de mieux partager sur la base d’une saine concurrence.. D’où notre effort pour dénoncer les causes des inégalités injustes et montrer l’intérêt que les hommes ont à cohabiter, malgré un tableau un peu pessimiste.
Angelicum 29 juin 2006
17:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : partage, blog, arimaj, philo, philosophie, Angelicum,
Café Philo à Clermont Ferrand
Le café philosophique de CLERMONT- FERRAND
Historique et activités du café lecture de Clermont
Le grand public a un engouement pour la philosophie que les spécialistes de la philosophie n’ont pas satisfait, comme l’atteste le succès croissant, aussi large qu’inattendu des « cafés philo » , innovés en 1992 par Marc SAUTET dans le café Les Phares à PARIS. Aujourd’hui, presque chaque grande ville compte un café où se retrouve un petit groupe de personnes pour participer librement et gratuitement pendant 2 heures à un débat « philosophique ».
Si je mets des guillemets au mot « philosophique », c’est parce que la question se pose sur la nature de ces débats dans un « café » et qu’il faudra la préciser ; il me semble qu’à CLERMONT ce terme ne soit pas usurpé, malgré l’esprit parfois décalé ou humoristique avec lequel s’expriment certains philosophes de comptoir….
Tout de suite, je précise que le café philo n’est qu’une activité parmi d’autres du Café « les Augustes » situé au 5 rue sous les Augustins, association loi 1901 fondée en octobre 1996 par Christian LAMY qui en est encore le Secrétaire; elle est doublée d’une petite SARL pour la partie commerciale; son budget de fonctionnement est subventionné à un peu moins de 20 % par des fonds publics (DRAC,Cconseil régional, Conseil général, ville de CLERMONT).et sa structure porteuse est le CREFAD (Centre Régional d’Etude et de Formation d’Animation et de Développement), qui est une association d’éducation populaire.
Comme d’autres cafés lectures celui de CLERMONT est avant tout un lieu convivial, un espace d’échange ; il est ouvert 6 jours sur 7 toute l’année ; il offre journaux , revues, livres , et au moins une animation quotidienne, parfois 3, toutes organisées par une centaine de bénévoles, avec une fréquentation en constante progression : c’est ainsi qu’à l’exception d’une légère baisse en 2001/2002, l’établissement est passé de 2280 entrées en 1997/1998 à 33 600 en 2004/2005.
La vie de l’établissement est souvent en effervescence en raison de ses nombreuses activités. Ce sont 50 écrivains accueillis toute l’année et un partenariat avec près de 120 associations, 25 éditeurs, des libraires, des établissements scolaires. C’est récemment la création de 2 nouveaux ateliers de lecteurs : « l’orchestre de lecteurs les Kiliquois » en partenariat avec le « Théâtre des Guetteurs de l’Ombre » et « les conteurs des Augustes ». La structure apporte également son soutien à la naissance du café –lecture de LYON. Une coopération avec d’autres associations qui se concrétise par l’organisation des « Nuits bleu toute la nuit » qui sont en fait des « nuits blanches » du soir au matin consacrées à des débats : nuit de la philo, nuit hispanique, nuit de la lecture, de l’écriture, du théâtre…..
Avant de parler du café philo proprement dit, il faut mentionner les autres activités :
Café santé , café sexo , café sciences, café psycho, café politique, café pédagogique, café polonais, café espagnol, café allemand, café-les mains ( pour les sourds) , café littéraire, café homo, café citoyen, café anglais, café occitan, café spiritualité, « Songo sorongo », café poésie, monde diplomatique, « le vin et le verbe » , jeux, , caf’Contes, bibliothèque ATAC(présentation d’un livre suivi d’un débat), café solfège, café jazz, café tango, atelier ludique d’écriture, et, de façon ponctuelle, soirées musicales et théâtrales.
Le programme des activités figure dans un prospectus bi-mensuel et les actions les plus importantes (soirées musicales, expositions et réception d’écrivains et d’artistes…) font toujours l’objet d’un compte- rendu diffusé à 350/ 400 abonnés dans un bulletin mensuel.
la réception d’écrivains figure en bonne place dans les activités du café lecture ; ils sont invités le plus souvent en soirée avec un temps de présentation et de discussion sur leur œuvre. A titre d’exemple au programme du mois de mai-juin 2006 on apprend la venue de 4 auteurs et réalisateurs :
Stéphane NADAUD qui offre une nouvelle actualité de sa pensée pour son livre Manuel à l’usage de ceux qui veulent réussir leur (anti)Œdipe ; cet auteur avait déjà été invité ici, en mai 2005 pour son précédent livre qui avait constitué la matrice sur laquelle GUATTARI et DELEUZE ont rédigé leur livre phare des années 70 L’Anti-Œdipe……..
Joëlle BASSO est l’invitée du « Songo Sorongo » (un lieu pour détecter comment les cultures se font et se défont ) : elle est l’auteur de Chiens de faïence où elle évoque quelques fragments de son enfance et de son âge adulte …
Pierre BOUVIER auteur du Lien social….
des auteurs de livre de contes……
enfin, quelques réalisateurs de films amateurs..(association Making off).
Enfin, plus loin dans le passé, parmi les rencontres/débats à caractère philosophique, je citerai volontiers quelques écrivains que j’ai vraiment appréciés…..
Gilles A. TIBERGHIEN amitier (Desclée de Brouwer1992)où l’auteur crée un néologisme concernant l’amitié pour désigner non plus seulement un état mais une action ;
Louis MAISONNEUVE, journaliste, pour son livre de vulgarisation scientifique sur le cosmos Notre père qui n’êtes pas aux cieux, (2004) qui nous explique les raisons de sa sympathie pour les théories de TEILHARD de CHARDIN ;
Vinciane DESPRET Ces émotions qui nous fabriquent (2004) qui nous invite à prendre conscience des émotions construites par les pratiques sociales et non plus sur des fondements biologiques ……
Le café philo : « un espace pour apprendre et participer avec la rigueur de la philosophie »
Le café philo figure parmi les activités régulières du café lecture avec une séance hebdomadaire, animée à tour de rôle par 2 animateurs bénévoles au moins (2 jeunes professeurs); au fil du temps, à ce « noyau dur », sont venus s’ajouter d’autres animateurs, dont l’auteur de ces lignes …..
La fonction d’animateur ne confère aucun « droit » sur un public qui entre dans un lieu d’accès libre et gratuit, sans obligation d’assiduité ni même de participation active ; le « territoire » appartient autant aux participants qu’à l’animateur. Le tutoiement est de règle, sauf pour les personnes âgées……
L’animateur doit ménager les susceptibilités aussi bien celle de l’intervenant à qui il ne doit pas faire « perdre la face » , que celle de l’assistance qui souhaite que l’animateur ne fasse pas preuve de trop d’autorité vis à vis d’un participant, même agaçant .
Les sujets sont publiés à l’avance, sauf exception ; les thèmes sont variés ( voir en annexe les sujets traités depuis 5 ans ). A chaque premier vendredi du mois, l’explication porte le plus souvent sur un auteur (ARISTOTE , PLATON , AUGUSTIN, PASCAL, LEIBNIZ, KANT, JASPERS , HUSSERL, HEIDEGGER, RAWLS, ARENDT, RICOEUR….).Les autres sujets sont libellés sous la forme d’une question ; s’il s’agit de notions , l’animateur prendra le soin ensuite dans son exposé introductif, de les transformer en « problèmes ».
Une soirée au café philo commence donc par un exposé préliminaire où sont d’abord abordées des explications sur le sens des mots … on en vient ensuite à la thèse et à l’antithèse, similitudes, différences, ou encore à la genèse des concepts évoqués, à leur structure et enfin à leur valeur. (L’animateur cherche à développer un « plan » qui soit autant que possible à la fois descriptif et dynamique..) ….…Puis on en vient au débat avec un public qui compte entre 15 et 40 participants environ par séance ; je précise que ce public est toujours constitué de jeunes et de moins jeunes et forme un brassage générationnel… qui évidemment favorise la richesse des débats ; cependant, les questions du public ne se suivent pas dans un ordre logique et on constate que certains, quel que soit le sujet débattu, parviennent à chaque séance à affirmer leur credo.
Durant les nocturnes de la philo , le débat s’instaure même entre les animateurs qui sont tous réunis et qui font découvrir ainsi à cette occasion, aux autres participants leurs convictions profondes. C’est ainsi par exemple que récemment durant la longue nuit consacrée à « penser avec KANT », je me suis élevé contre KANT, compte tenu de mes convictions thomistes…avec à l’appui distribution d’un résumé de mes arguments pour contrecarrer les documents distribués par mes « collègues »…. Une façon de nous enrichir de nos différences…..
C’est à l’animateur qu’incombe la tache de recentrer les différents propos sur le sujet de départ, d’élever le débat ou au contraire de le ramener à un niveau convenable s’il s’élève à des hauteurs d’abstraction où plus personne ne suit, de l’ouvrir sur de nouvelles pistes de réflexions s’il tourne en rond…..
Bien entendu il n’y a jamais de conclusion nette. C’est à l’animateur qu’il revient de clore la séance sous la forme d’une tentative de synthèse des idées qui ont été exprimées. En réalité, c’est le public qui a le mot de la fin. S’il est pleinement satisfait, il lui arrive d’applaudir….c’est une façon pour lui de remercier l’animateur mais aussi de dire le contentement ressenti parce qu’on lui a permis de s’exprimer sur des sujets réputés réservés aux « spécialistes » ; c’est là à mes yeux qu’il faut chercher la réussite et l’engouement pour cette activité.
En conclusion, il faut répéter que la philosophie est l’affaire de tous : pour avoir une idée de ce qu’ont pu dire les plus grands philosophes, il n’est pas indispensable d’avoir fait dix ans de grec ou de latin……
Le café philo inaugure une nouvelle parole. Dans une société désorientée par les enjeux de la mondialisation, dans un univers décentré et excentrique, le café philo apparaît comme un lieu propice pour évoquer quelques pistes sur les fondement de nos valeurs sociales et morales, et peut-être aussi l’occasion de se détacher des « préjugés » et autres illusions. Le « café » permet ainsi à la philosophie de trouver un nouveau public, « un café pour SOCRATE ! ».
Dominique CREPIN, animateur bénévole
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ANNEXE : relevé sur 5 ans de la presque totalité des sujets proposés ( sur la liste sont absents aussi tous les auteurs anciens ou modernes qui ont fait l’objet d’un commentaire de texte détaillé)
Année 2001
à la rencontre d’Hannah ARENDT, l’essentiel est-il invisible à nos yeux ?, pourquoi travailler ? le travail justifie la propriété ? le travail aliène t-il ? comment vaincre la mort ? la mort dans l’âme, philosopher c’est apprendre à mourir, la maîtrise de soi, l’éthique peut-elle aider l’action ? l’exigence de justice a t-elle sa place dans les rapports économiques ? image et langage, la haine de la raison, penser l’inégalité, la mondialisation, les pouvoirs de la philosophie , philosophie et psychologie, philosophie et vérité, l’utilité des prisons, les fondements de la religion, les finalités de la religion, quelle critique peut-on adresser à la religion ? vivre 100 ans, la sociabilité, la socialisation, pourquoi étudier la société?
Année 2002
la puissance de la technique, le pardon, le médiat et l’immédiat, la tentation, qu’est ce qu’une question philosophique ? percevoir et concevoir, l’expérience, qu’est ce qu’un problème philosophique ? s’engager et résister, raison humaine raison des choses, les limites de la rationalité, soi c’est l’autre, vivre en citoyen, les limites du pouvoir de l’état, Quodlibet ( question choisie par le public au début de la séance : le silence), Cycle LEIBNIZ , renoncer à la vie peut-il constituer un acte libre ? la liberté existe elle ? la parole est-elle un pouvoir ? l’absurde : mythe ou réalité ?
Année 2003
le désir amoureux, « connais toi et tu connaîtras les dieux, les autres et l’univers », le désordre amoureux, la démarche philosophique : pourquoi faire ? l’amour peut-il contribuer à donner un sens à chacun ? morale et politique (avec 3 animateurs), les droits de l’homme : évidence ou problème? penser avec J. RAWLS (avec 2 animateurs), suffit il de savoir pour pouvoir ? y a-t-il de l’indémontrable ? la communication et l’accord des esprits, la solidarité, liberté et propriété, la piètre condition de l’homme moderne ( réflexions avec 2 animateurs sur le livre de H. ARENDT ), politique et religion, humour et ironie.
Année 2004
qu’est ce qu’une vie proprement humaine ? quelles ficelles pour nouer, dénouer nos idées philosophiques ?la croyance en Dieu est-elle une entrave à la liberté humaine ? faut-il avoir peur du regard d’autrui ? dans l’action est-ce l’intention qui compte ? qu’est ce qu’une image ? individu et société, l’imagination, dans quelle mesure le citoyen est-il libre ? musique et peinture, que signifie la réalité ? l’imagination, concevoir le temps, une éthique de la pensée ? comment concilier l’obéissance et la liberté ? qu’est ce qui permet de dire d’un pouvoir qu’il est légitime ? la jalousie, l’intérêt est-il l’unique lien social ? l’interprétation de la loi, l’éducation morale, le juste et le bien, la force des émotions.
Année 2005
bonheur et bienveillance, les sciences sont elles en crise ? (HUSSERL, la crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale), la propriété : le propre et l’appropriation chez LOCKE dans le traité du gouvernement civil, penser avec TOCQUEVILLE (avec 2 animateurs), valeur des Confessions de ST AUGUSTIN, la cité de Dieu de ST AUGUSTIN, la propriété :l’espace politique et social, quelques exemple de collaboration réussie entre littérature et philosophie, qu’est ce qu’une anthropologie ? l’inconstance, politique et religion, la scolastique est-elle une faillite ?, faut-il éviter les querelles de mots ? qu’est ce que la métaphysique ? la pensée de KANT , PLOTIN ou l’enchantement du monde, la querelle des universaux et ses prolongements scientifiques actuels, l’eugénisme et la science, Quodlibet (question choisie par le public au début de la séance : la mort), HEIDEGGER, l’éthique comme philosophie première pour Emmanuel LEVINAS.
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13.02.2006
La querelle des Universaux au Moyen Age
PLAN proposé :
I le problème des universaux
II les solutions proposées et ses conséquences durant les trois périodes du moyen âge
III quelques retombées de ce débat dans le monde scientifique actuel
I L’étude des universaux pose le problème de la valeur de la connaissance conceptuelle
Il s’agit de 5 concepts ( genre, espèce, différence, propre, accident) qui sont les modes généraux d’attributions. Leur étude fait partie de la seule logique lorsque ces prédicables sont considérés du point de vue de l’extension (ensemble des sujets auxquels l’idée convient) EXEMPLE « l’arbre » du néo-platonicien PORPHYRE de la fin du III° siècle ; leur étude devient intéressante dés que l’on prétend restituer ces représentations aux objets concrets par un jugement de type compréhensif (ensemble des éléments dont une idée se compose EXEMPLE l’homme est vivant, animal, raisonnable): ces concepts sont-ils ou non des éléments ayant un fondement direct dans les choses?. Ces prédicables sont-ils applicables aux dogmes et mystères de la religion ? Les problèmes deviennent alors métaphysiques et théologiques.
La question des universaux avait été posée sans réponse par PORPHYRE dans son introduction (Isagoge) aux Catégories d’ARISTOTE :
« Les espèces et les genres existent ils dans la nature en tant que choses réelles ou n’existent-ils qu’à titre de pensées dans notre esprit ?
S’ils existent hors de nous sont corporels ou incorporels ?
Existent-ils séparés des objets sensibles ou dans les objets mêmes ? »
BOECE (480-524), considéré comme le dernier des romains et le premier scolastique, avait rouvert et commenté ce dossier avec 2 attitudes seulement à son époque:
Attitude ante rem (réalisme): proche de PLATON et SAINT AUGUSTIN : les essences (idées et universaux ) sont des êtres réels puisque l’intelligence les connaît ; mais l’intelligence ne saurait les percevoir directement dans le sensible qui est singulier et soumis au devenir, il faut admettre que les universaux subsistent dans un monde intelligible,
Attitude post rem (Une attitude très peu admise avant le XII° siècle): les abstracta élaborés par notre esprit n’ont pas de portée ontologique mais seulement une fonction utilitaire ; ils ne sont que de simples mots pour désigner des collections d’individus (nominalisme)..
Grâce à BOECE, pendant des siècles byzantins , juifs , arabes et latins d’occident apprirent la même logique et la même ontologie rudimentaire, comprenant l’arbre de PORPHYRE jusqu’au début du XIII , date à la quelle la totalité des œuvres du STAGIRITE sera enfin totalement traduite et diffusée en Occident, une découverte qui par la suite permettra de proposer des solutions plus complexes.
II les querelles du Moyen Age
1° La querelle durant la période de la « première scolastique »
A ) ROSCELIN (1050-1121), chanoine de COMPIEGNE souleva le premier la querelle, lorsqu’il eu l’imprudence d’appliquer la théorie nominaliste au dogme de la TRINITE : les 3 personnes ne sont que 3 aspects sous lesquels l’idée de DIEU se présente à l’esprit et par conséquent la TRINITE n’était qu’une abstraction, n’ayant aucune réalité réelle hors de l’esprit : « on pourrait dire vraiment qu’il y a 3 dieux si l’usage le permettait ».
Il fut donc anathématisé par le concile de SOISSONS en 1092 et aussitôt le nominalisme devint suspect au point d’être considéré incompatible avec l’orthodoxie religieuse.
ROSCELIN eut pour adversaire GUILLAUME DE CHAMPEAUX et le célèbre ANSELME,( 1033-1109) futur archevêque de CANTORBERY. Le réalisme régna sans conteste avec l’Ecole de CHARTRES (1124-1130)…..
B) la position ante rem appliquée à la théologie fut attaquée à son tour par d’AMAURY DE CHARTRES et par ABELARD :
C’est ainsi que AMAURY critique GUILLAUME DE CHAMPEAUX en tirant toutes les conséquences du réalisme de ce théologien qui, selon lui, mène au panthéisme (du même genre plus tard que celui de GIORDANO BRUNO et de SPINOZA), lequel absorbe toutes choses dans l’être infini et risque ainsi de déprécier la solidité concrète de la Création . AMAURY souhaite montrer au contraire l’irréductible originalité de l’âme individuelle et l’éminente valeur du rapport à autrui qui est bien plus qu’une simple participation aux monde des idées….
ABELARD (1079-1142) un auteur non moins illustre tentera de définir une voie moyenne : les idées générales ne sont ni des types , ni de simples mots mais des conceptions de l’esprit (conceptualisme) qui n’ont qu’une existence subjective. Le conceptualisme s’avère en fait un nominalisme modéré. Il sera donc à son tour condamné au concile de SENS , accusé à tort par saint BERNARD de comprendre la TRINITE comme un arien, la grâce comme un pélagien, et la Personne du CHRIST comme un nestorien….
C) retour au fidéisme et au mysticisme ( BERNARD DE CLAIRVAUX : « il y a plus de choses à apprendre sous les roches et les arbres que dans les livres ») :
L’application excessive de la dialectique en matière religieuse risque de compromettre la foi, en versant dans l’hérésie (BERANGER, ROSCELIN, ABELARD). On observe alors chez certains la même réaction de défiance que celle jadis des Simpliciores de l’Eglise primitive. Pierre DAMIEN au milieu du XI me siècle fulmine contre les excès des dialecticiens. De même, le pape GREGOIRE IX déclare que les théologiens ne doivent délaisser les disciplines ecclésiastiques au profit des sciences séculières : La philosophie ne doit pas être la maîtresse (comme pour BERANGER DE TOUR mort en 1088) , ni la servante maîtresse ( comme pour ANSELME et ABELARD) mais la captive de la théologie (philosophia ancilla theologiae).
2° La querelle durant la période de la haute scolastique.
A) quelques précisions historiques :
Jusqu’au XII° siècle, le monde intellectuel avait vécu sous un régime intellectuel théologique :
Il n’existait que des écoles de sciences sacrés étudiant la sacra pagina (écrits inspirés), quelques écoles de droit et de médecine, des écoles d’arts libéraux : à part la logique, 7°me des arts libéraux, la philosophie était absent de ses programme scolaires.( on ne connaît guère à cette époque, qu’une partie de l’Organon d’ARISTOTE.)
A partir du milieu du XII° siècle, l’invasion massive de la philosophie païenne provoque une crise intellectuelle sans précédent. Au début du XIII° me siècle, la diffusion de l’œuvre complète d’ARISTOTE se fait par des traductions venues d’ESPAGNE, de SICILE, d’ITALIE ; son œuvre immense apparut comme la somme des connaissances humaines auxquelles l’esprit humain peut accéder par ses propres forces ;
B) SAINT THOMAS (1225-1274), rompt avec les hésitations de ses contemporains néo platoniciens et même avec son maître ALBERT DE COLOGNE ; il estime que la métaphysique aristotélicienne qui développe un réalisme modéré (l’idée trouve sa source dans la réalité sensible ), est prédestinée à la justification rationnelle du dogme :
Mais un aristotélisme intégral ne saurait satisfaire aucun chrétien. Aussi, il perfectionne les distinctions aristotéliciennes (substance/accident, acte/puissance), en y appliquant les notions essence/existence, déjà découvertes par les néoplatoniciens: l’ensemble formera alors la théorie de la distinction réelle entre l’essence et l’existence et de son inséparabilité . .
Cette théorie qui est la clé de voûte de la métaphysique thomiste aura pour conséquence d’opérer la distinction entre universel logique et universel métaphysique ( universel réflexe, universel direct), et la distinction entre concept formel et concept objectif : le même esse se trouve exercée, sous des modes différents, dans la nature et dans l’esprit. Le couple substance/accident, ainsi complété, permet de mieux admettre par EXEMPLE :
- le mystère de l’EUCHARISTIE transsubstantiation des espèces consacrées sous la permanence des accidents sensibles du pain et du vin ;
- en anthropologie, la distinction réelle entre âme et facultés, et la nature individuelle de l’intellect agent ( contre AVERROES 1125- 1196).
Toutefois, au moyen âge l’école thomiste ne sera jamais majoritaire, pour des raisons historiques : la menace d’excommunication qui accompagna le décret de 1277 freina le progrès du thomisme à PARIS en raison de la confusion de ses thèses avec celles de l’aristotélisme hétérodoxe comme celui de SIGER DE BRABANT(1220-1196) qui professe la théorie de « la double vérité » et surtout à cause du raz de marée du nominalisme au XIV° me siècle. Comme le dit E. GILSON « ce solitaire n’a pas écrit pour son siècle, mais il avait le temps pour lui »…..la « Philosophie Perennis » du Docteur Angélique deviendra la philosophie officielle de l’Eglise dans l’Encyclique de LEON XIII Aeterni Patris du 4 août 1879.En attendant, le Docteur Angélique, trouvera son apothéose au Paradis de la Divine Comédie, où il préside la couronne des Douze Sages du 4eme ciel….
3° Le nominalisme durant la période de la « scolastique tardive » et ses conséquences : la philosophie cesse tout à fait d’être la servante de la théologie et devient autonome :
A) les nominalistes font leur véritable apparition au XIII eme siécle avec le franciscain Guillaume d’OCKHAM (1300-1350) dénommé le « docteur irréfragable » (appelé à OXFORD Venerabilis Inceptor Nominalium). Ensuite, il est suivi dés le XIV eme, par la plupart des maîtres de l’Université de PARIS et de l’Université d’OXFORD, notamment :
DURAND DE SAINT POURCAIN, NICOLAS D’AUTRECOURT, BURRIDAN de BETHUNE, NICOLAS ORESME.
Ils rejettent le réalisme des universaux ou l’existence in re des idées abstraites par une série d’objections:
Rejet des universaux en DIEU : ( existence ante rem) : comment concilier la pluralité des idées avec la simplicité de l’essence divine ?
Rejet des universaux ( in re) : en raison de la convertibilité de l’être et de l’un , si l’universel existe hors de notre esprit, il devrait être unique de son espèce : comment l’essence humaine pourrait elle exister distributivement chez tous les individus de l’espèce humaine ?( ils rejettent aussi la théorie thomiste de l’individuation et des formes substantielles) .
B la doctrine d’OCKHAM et ses conséquences : son empirisme et sa théorie du terminisme ruinent le réalisme :
- OCKHAM distingue la connaissance intuitive ( connaissance claire et singulière) de la connaissance abstraite
( connaissance confuse) EXEMPLE « Socrate est un homme » n’est qu’une superpositions de photographies. L’intuition porte seulement sur le quia ( jugement d’existence des vérités empiriques) et non sur le propter quid (comprendre la raison des choses).
- IL s’oppose à saint THOMAS en refusant l’universel direct dont SAINT THOMAS faisait l’objet propre de l’intelligence humaine. Pour lui, l’universel dans l’esprit ne fait que suppléer les réalités singulières de l’expérience : l’objet immédiat de l’esprit n’est pas la chose même mais ce qui « supplée » pour elle ; la réalité extra-mentale devient un objet indirect, le terme d’une inférence (terminisme).
- conséquences : plus de place à la métaphysique ; la philosophie se réduit alors à la physique et à la logique , elle cesse d’être la servante de la théologie. Avec OCKHAM, réapparaissent la théorie averroïste de la double VERITE et le renforcement du fidéisme.
En 1339, la faculté es Arts de PARIS interdit d’alléguer les opinions des savants d’OXFORD dans les leçons et disputes. En dépit de ces condamnations et de celle du pape CLEMENT VI en 1346, l’ockhamisme passe d’OXFORD à PARIS puis à PADOUE, à HEIDELBERG puis à TUBINGEN.
III quelques aspects de ce débat dans le monde scientifiqueA)un premier débat pour ou contre le nominalisme scientifique dans la période 1860/1910 :
A cette époque certains savants s’interrogent sur les fondements, les méthodes, les limites, de leurs disciplines
( MACH, HELMHOLTZ, DUHEM, POINCARE, LEROY).
Pour les partisans du nominalisme scientifique la science est un simple construction de l’esprit, reposant sur des conventions commodes, dont la valeur est purement instrumentale, sans qu’elle puisse prétendre décrire la nature réelle des objets auxquels elle s’applique.
Parmi les grandes figures de la philosophie des sciences qui défendent cette thèse, on peut citer Pierre DUHEM et Edouard LEROY :
Pierre DUHEM ( 1861-1916) professeur agrégé de physique théorique montre (dans le système du monde, histoire des doctrines cosmologiques…1913). que tout système scientifique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain…Il cherche à jeter un pont sur le fossé qui semblait séparer la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne et affirme que les nominalistes du moyen age facilitèrent le passage de l’esprit médiéval à l’esprit moderne grâce à leur empirisme et en s’émancipant du joug de d’ARISTOTE et de l’Ecriture. Pierre DUHEM montre ainsi que BURIDAN et ORESME, ces deux grands philosophes et savants du XIV° siècle annoncent la mécanique universelle de COPERNIC, GALILEE, NEWTON. LEROY montre que ce sont eux qui ont fait sortir la physique de sa prison en rompant avec la notion de mouvement éternel et cyclique (qui était d’ailleurs celle d’ARISTOTE). En outre, ORESME ( avec son traité de la sphère 1337) apparaît comme un précurseur de la géométrie analytique de DESCARTES.
Les thèses soutenues par DUHEM Pierre ( 1861-1916) sont reprises par EDOUARD LEROY ( 1870-1955). Pour lui, la vérité est le résultat d’une sorte d’invention re-créatrice personnelle. Il s’élève contre le dogmatisme scientifique, contre le dogmatisme religieux, contre le dogmatisme thomiste…Dans un article de la revue de Métaphysique et de Morale (1899-1900) il s’attaque au dogmatisme scientifique où l’on croyait encore que la science donnait dans ses lois un tableau fidèle et objectif de l’univers, dans lequel il entrait peu d’éléments subjectifs.
Il souligne l’écart qui sépare la science de la réalité. L’esprit casse le réel en morceaux mesurables : les faits sont taillés par l’esprit dans la matière amorphe du donné. La théorie repose sur le fait mais comme elle a servi en partie à la confection de l’expérience où le fait apparaît , « nous sommes au rouet » .
B) Contre offensive des défenseurs du réalisme scientifique à l’époque de LEROY
La position du nominalisme scientifique de LEROY réveilla les savants de leur sommeil dogmatique : Elle amena le mathématicien HENRI POINCARE (1854-1912 science et méthode 1908) à rétorquer et à ramener l’écart entre la science et le réel à de plus justes proportions « la commodité d’un symbole résulte au moins de la vérité partielle de ce symbole ».
D’une manière générale, POINCARE s’élève contre les excès du conventionnalisme d’un PEANO ou d’un RUSSELL qui réduisent les mathématiques à la logique, alors que l’auteur soutient que le conventions sont admises en fonction de leur conformité avec des faits….
C) Sur le continent américain, la philosophie des sciences a connu un nouveau tournant contre le réalisme dans les années soixante avec KUHN ( structure des révolutions scientifiques 1962), QUINE qui débattent sur la variété du réalisme en philosophie des sciences ….
Conclusion
Cette problématique des universaux du moyen âge a permis d’enrichir le vocabulaire de la philosophie, même si par ailleurs il y a eu nécessité de réécrire ce vocabulaire dans un langage plus accessible aux hommes de notre siècle. Elle a permis aussi de nourrir les débats concernant la portée et la valeur de la connaissance conceptuelle.
Elle démontre une fois de plus que tout système scientifique et philosophique est tributaire de ce qui l’a précédé et solidaire de ce qui lui est contemporain et qu’il est possible parfois de jeter un pont entre la culture ecclésiastique médiévale et la science moderne.
01/02/06 Angelicum
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