06.10.2008

LE BEAU AUJOURD'HUI


Le beau exprime une émotion, un jugement, une appartenance culturelle

Il semble que le beau fasse l'objet d'une expérience complexe et mouvante comme le suggére au fil du temps l'histoire de l'art; le beau demande une adhésion mais aussi une éducation même si au départ, il y a une satisfaction à voir ou à entendre, un plaisir désintéressé qui suscite un jugement irréfléchi « c'est beau ! »; ce jugement nous invite ensuite à nous livrer à une explicitation par des considérations sur la chose aussi bien dans l'ordre de la beauté naturelle (beauté corporelle, naturelle) que dans l'ordre de la beauté artistique (tableaux, vitraux, fresques, architectures ou autre productions humaines).

« c'est beau! » c'est aussi faire partager notre émotion comme si le beau pouvait faire l'objet d'un jugement universel.
Nous observons alors que certaines productions-surtout contemporaines -exposées dans les musées ou sur les places publiques nous choquent. Est-ce une erreur d'appréciation de notre part ou le signe d'un manque de culture? D'où l'intérêt de tenter de discerner quelques critéres du beau même si nous savons bien que le beau ne se prouve pas mais qu'il s'éprouve, et prendre ainsi conscience de l'objectivité ( ce qui est partagé par tous ) ou de la subjectivité (émotion non partagée par tous ) de nos jugements esthétiques.

En Occident,  parmi les nombreuses doctrines esthétiques quis'affrontent,  j'en citerai 2 principales:

l'une est classique ( en vigueur durant l'Antiquité, la Renaissance et jusqu'au XVII°eme siécle): la beauté artistique repose sur une « vérité choisie », autrement dit une certaine imtitation de la nature qui elle-même est très souvent belle
EXEMPLE  la statue de LAOCON du 3°eme  siécle avant JC dans laquelle MICHEL ANGE voyait un miracle de l'art.

L'autre doctrine est moderne mais complexe (théorie kantienne développée dans la critique du jugement): le jugement esthétique semble attribuer une qualité à une oeuvre d'art mais en réalité il part d'une réalité subjective: les sources du beau sont en nous même, quand il y a une satisfaction désintéressée née du libre jeu de la sensibilité et de la faculté intellectuelle; malgré tout, il est possible théoriquement, selon KANT, de passer de la subjectivité qui fonde le «  c'est beau !» à une objectivité,  celle du «  c'est beau pour tous ». En outre, il n'y a pas de règles préetablies pour produire le beau: ceci explique déjà que le beau est toujours une surprise, une grâce qui fonde notamment la séparation entre le prosaïque et le poétique...Cependant, KANT a encore une prétention trop classique à l'universalité, négligeant les facteurs culturels...

le beau exprime une émotion, une jugement mais aussi une appartenance culturelle. Les oeuvres d'art sont exposées dans les musées et si certaines productions contemporaines ne nous semblent pas belles, elles y sont néammoins présentées car elles marquent une étape historique ou un avénement, l'art « authentique » serait de « faire » pour la première fois et non pas de « refaire » (tout le monde pourrait refaire du MONDRIAN ou du PICASSO avec des rectangles et des cercles et d'autres figures géométriques mais cela ne serait plus original ni originel); certaines de ces créations sont exposées peut-être aussi tout simplement parce qu'on appelle art ce qui a été institutionnalisé comme tel (EXEMPLE la roue de bicyclette sur un tabouret de DUCHAMP); il y aurait une élite qui fait la loi et dicte plus ou moins arbitrairement la séparation de ce qui est laid, de ce qui est vulgaire par rapport à ce qui est beau ou distingué.

Finallement, il serait difficile de mettre au point une définition éternelle de la beauté ( mais pour moi qui suis trop  classique -le classicisme, c'est ce qui est si vieux que cela ne peut plus vieillir- la beauté se définira toujours comme le « resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matiére » Thomas d'Aquin/Aristote ).
Et pourtant, je concluerai qu'en matiére de jugements esthétiques, le temps « feutre » les évènements et les autres combats d'avant garde (art brut, cubisme, constructivisme, dadaïsme, fauvisme, surréalisme, pop art): jugements que le temps et la postérité enrichissent parfois de commentaires élogieux et qui rendent souvent « classiques », « les modernes » du temps présent.

D. CREPIN