05.07.2006

Le partage

LE PARTAGE


Le Partage (partager = diviser en éléments qu’on peut distribuer ou échanger ; participer,collaborer; se solidariser)

PLAN PROPOSE:
1 Partager quoi, avec qui, et pourquoi?
2 Comment mieux partager, dans la vie publique et dans la vie privée?


introduction : partager est une nécessité absolue

Le devoir de partage constitue la base des liens économiques, politiques, culturels, sociaux, familiaux et affectifs qui tissent notre vie commune et toute l’organisation du travail :

Une façon d’évoquer ces liens serait de nous pencher sur les applications du partage :

Dans la vie courante, on comprend aisément ce que signifie (partager l’usage de sa langue maternelle), partager un repas , un lit, ou de participer à des taches domestiques, participer à l’éducation des enfants.

L’action de diviser un gâteau , de le distribuer en parts plus ou moins égales est facilement compréhensible ; cette activité devient plus difficile à analyser et à réaliser sur d’autres biens et services plus complexes matériels et immatériels:

QUE PEUT-ON PARTAGER ?

Partage de droits et de libertés fondamentales ( dans la vie publique et dans la vie privée) au regard des droits de l’homme

Partage du travail et des richesses économiques : dans le domaine économique, le « gâteau » pris par chacun conditionne la part de la part de tous les autres

Partage de la cultures et de l’information :
dans le domaine culturel et artistique le désir de partager inspire les créateurs qui font de leur talent, de leur savoir, une offrande qui envahit toute la société ; et plus simplement, dans la vie courante, nous savons bien qu’il faut partager nos émotions et nos sentiments, nos pensées sinon elles meurent …….;

n’oublions pas l’esprit de tolérance qui s’exerce aussi dans le multiculturalisme :
Face à l’existence de minorités étrangères sur la sol national, il me semble que la démocratie doit permettre aussi la libre expression de ces minorités et concilier la vie en commun sans exclusion radicale ; d’où les discussions sur les possibilités « d’un multiculturalisme » qui constitue un axe majeur de réflexion de la sociologie politique. EXEMPLE réussis de l’Espagne…….. des PAYS BAS ( au nom de l’humanisme et l’appartenance à l’l’humanité ..)


POURQUOI PARTAGER et avec qui ?
l’échange est-il toujours conditionné par un intérêt clair à partager ?
S’agit-il de transferts fondés sur la simple réciprocité : donner (une partie )pour recevoir ?
S’agit-il d’un don unilatéral apparemment gratuit, régi par l’altruisme ou par d’autres motivations ?



QUELS SONT LES PRINCIPES DE JUSTICE QUI CONDITIONNENT UN MEILLEUR PARTAGE? Quelles sont les difficultés d’applications de ces principes dans le monde actuel traversé par les turbulences du mondialisme et de la post modernité?

PLAN PROPOSE Analyse du partage sur 2 plans :

1 Les dimensions et les applications du partage : partager quoi, avec qui et pourquoi ?
2 Dans un souci de plus grande justice comment mieux partager ? ( sans avoir ce soir la prétention naïve de changer le monde)



1° partie les dimensions et les applications de la notion de partage



Au niveau mondial : échanges et coopération ( plus les pays commercent et coopèrent, moins il y a de risques de guerres)

A Montée en puissance des échanges et de la coopération dans le secteur international depuis 60 ans : progression des échanges et des collaborations internationales (accords transnationaux, émergence d’organismes supranationaux et de structures non étatiques type ONG) :
au lendemain de la 2° guerre la mise en place progressive de ce qui deviendra la CEE ( marché commun): l’intégration européenne crée un droit communautaire qui étend tous les jours sa compétence à des domaines nouveaux ( la Cour européenne exerce une sorte de contrôle de la constitutionnalité des lois nationales, lorsqu’elle les juge non conformes au traité de ROME….)

- une collaboration internationale accrue : avec la charte de l’ONU en 1945, avec la CEE ( 47 pays participent actuellement aux activités du Conseil de l’Europe dans les domaines de l’Education et de la Culture : 225 langues européennes sont parlées dans les pays membres et plusieurs centaines de langues y sont parlées par les populations migrantes)
- accord du GATT
1989 : la chute du mur de BERLIN a favorisé une nette progression des échanges économiques : 1995 création de l’OMC qui compte 149 états
et sur le plan de la politique internationale à l’ONU, on observe un élargissement du droit de veto

extensions des accords économiques dans le monde : EXEMPLES

ASEAN en Asie,
MERQUANSOUR en AMERIQUE
Accord de CHANGHAI
Progression des ONG ( « les multinationales du cœur »)

B conséquence : une prise de conscience planétaire du problème du partage des ressources du globe

le droit international se mondialise et prend davantage conscience des problèmes planétaires : EXEMPLE comment prévenir les risques de catastrophes naturelles : (réchauffement du climat…défense de l’environnement et de la faune ) ; comment assurer un nouveau « partage » du monde ( droit de pêche…). Le club de ROME en 1972 avait déjà mis en garde la communauté internationale sur l’épuisement des ressources naturelles…..

sur le plan économique mondial, faut-il conclure que l’accroissement des échanges a fait diminuer l’écart entre pays riches et pays pauvres ? ( ici nous restons « partagés » au sens « d’écartelé entre des jugements opposés »)
réponse : les experts s’accordent sur la réduction des disparités entre pays occidentaux grâce aux échanges économiques;
Il y a consensus aussi sur le fait que les inégalités entre les pays riches et les pays pauvres s’est accentuée jusque vers 1973. Par contre, le diagnostic devient incertain concernant la période récente.
EXEMPLE l’Afrique souffre de pas pouvoir investir dans les technologies nouvelles….. contrairement à l’Asie qui a compris que son évolution économique serait dépendante sur le long terme sur sa capacité à innover….EXEMPLE. TAÏ WAN…..

Au niveau national et régional

Au niveau national : un nouveau style de gouvernance :
La France instaure la décentralisation : transfert de compétences
- transfert de l’exécutif aux collectivités
- extension des pouvoirs économiques des collectivités locales . L’Etat se décharge sur elles des responsabilités onéreuses (bâtiments scolaires, hôpitaux), avec transferts de personnels et de moyens financiers.
un libéralisme qui n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat: abandon de l’Etat Providence…..au profit d’un nouveau style de « gouvernance ».
la coordination à l’échelle gouvernementale devient délicate et complexe :
pour négocier avec les élus sourcilleux de leur légitimité ;
avec une fragmentation des services de l’Etat qui collaborent avec les services régionaux ou généraux correspondants.
Sans doute, la transformation de l’état providence s’accompagne apparemment d’une perte de pouvoir :
Décentralisation ;
Privatisation ;
Fin du dirigisme industriel
Mais le libéralisme n’a pas fait reculer le poids global de l’Etat :
Prélèvement obligatoires en hausse
Augmentation des agents de l’état
Un domaine d’intervention sans cesse croissant qui explique que la société française n’ait pas « craquée » malgré l’augmentation du chômage……

Au niveau social et économique en EUROPE et en FRANCE: un NOUVEAU PARTAGE entre riches et pauvres

On a d’abord assisté après guerre à une période spectaculaire de la croissance ( « les 30 glorieuses ») en EUROPE avec une réduction sensible des écarts entre les niveaux de vie:

Mais en France, à partir des années 80 ces tendances ont cessées :
Des écarts importants subsistent dans la répartition des biens et des richesses et la séparation nantis/ laissés –pour-compte s’est accentuée

.le bilan social reste complexe :
la répartition de la propriété foncière en France est restée la même …..
en matière de salaires et de pouvoir d’achat on a enregistré une progression globale importante jusqu’en 1995et depuis les disparités ont faiblement évoluées:
resserrement de l’éventail des salaires ; actuellement, le SMIG a augmenté de 18 % en 3 ans
augmentation des revenus des retraites
mais l’écart persiste entre hommes et femmes

le nombre de pauvres n’a pas augmenté (10% de la population française) mais il a changé de catégories…. On assiste à un brouillage des groupes sociaux et à de nouvelles inégalités qui ne sont plus liées à l’absence de patrimoine ou de culture mais aux aléas de la conjoncture : chômage, emplois précaires

l’évolution du droit du travail enregistre une régression : déréglementation dans le secteur privé ;
la protection légale a reculé sur certains points :
-sécurité de l’emploi ( « les entreprises sont devenues des centrifugeuses qui virent les maillons faibles »)
-conditions de travail difficiles
-pouvoirs de licenciement accrus

la protection légale a progressé sur d’autres points :
représentation du personnel
traitement égal des sexes
progression des droits à la formation ( loi de 1971 en France concernant le droit à la formation des salariés)
de façon générale, les inégalités entre hommes et femmes persistent dans de nombreux secteurs ( participation à la vie politique ……….)

la fracture sociale s’accentue au niveau de l’école : ( L’école fait également l’objet d’un bilan complexe : globalement, le niveau « monte » mais l’orthographe baisse) : le partage « démocratique » des connaissances demeure très insuffisant: (analyses de BOURDIEU concernant « les héritiers ».et autres analyses de l’inégalité : accès au capital économique/biens financiers, patrimoine, social/ réseau d’influence, culturel/diplôme, niveau linguistique qui possèdent une forte dimension symbolique .) : un abîme culturel sépare encore les enfants des classes moyennes et les adolescents du sous-prolétariat..
les inégalités par rapport au savoir apparaissent aujourd’hui plus insupportables qu’auparavant : EXEMPLE à l’embauche de personnels dans un super marché…les difficultés de lecture deviennent un obstacle absolu….

LA LUTTE CONTRE LES INEGALITES PASSE PAR L’ETAT DISTRIBUTEUR
(allocations chômage ; politique de formation ; politique de la ville) QUI ENCOURAGE LES INITIATIVES LOCALES….
CONCLUSION partielle : En 60 ans notre pays est devenu une France moins inégale mais plus inquiète face à la mondialisation

Famille et sociabilité
Nous savons que la famille est un des premiers ancrages de la sociabilité :
Déjà, dés le rituel du partage du petit déjeuner, la famille formule des mots simples qui expriment les goûts, les peines, les espoirs, les vérités des uns et des autres……des mots aussi qui entretiennent la connivence conjugale.

De façon plus sérieuse,
-----On assiste à un renouveau du partage des taches domestiques et des responsabilités mais en même temps à un bouleversement de la famille qui est devenu un lieu de socialisation plus précaire ( suite à l’émancipation économique et professionnelle de la femme):
nouveau partage des taches :
EXEMPLE actuellement le mari participe aux taches domestiques et à l’éducation
Autrefois, dans les milieux populaires, la fonction du père se limitait à remettre sa paye à son épouse qui assurait la gestion du ménage.
---De même la solidarité intra familiale se poursuit au niveau des grand parents qui gardent les petits enfants et aident financièrement les jeunes ménages
Mais la famille se fragilise : plus actives, plus diplômées , plus autonomes, les femmes se sont affranchies des contraintes les plus pesantes attachées à leur rôle d’épouse et de mère : un des facteurs avec la fragilisation des normes du mariage qui explique la difficulté à vivre en couple …..
Dans le domaine des loisirs le « partage » d’activités communes peut être le moteur de l’amitié
-----Le partage d’activités et de projets communs ( sport, vie associative, loisirs) est souvent l’origine d’une amitié possible….paradoxalement, les enquêtes montrent que l’augmentation récente des célibataires en France ne signifie pas forcément une plus grande solitude : les nouveaux célibataires entretiennent un riche réseaux de relations , téléphonent plus fréquemment que le reste de la population et sortent beaucoup entre amis.

----Toutefois, il convient de remarquer que dans la vie courante partager n’est pas forcément fraterniser ..
Mais vous pardonnerez cette digression avec ce petit éloge du don, qui paradoxalement est aussi un « échange »
Eloge du don : une société qui encourage une universelle concurrence entre les hommes les dispose aussi à placer tout leur bonheur dans leur capacité à consommer. Ce bonheur n ’est-il pas particulièrement fragile ? C’est un bonheur qui suppose une exaltation du désir dont on sait qu’il est souffrance aussi bien que jouissance à travers l’expérience du manque qui lui est consubstantiel. De plus, ce bonheur se met à la merci de circonstances qui ne sont jamais absolument maîtrisables ( chômage, faillite…). Le don qui ne vise à rien d’autre qu’au don est bien sûr une forme d’échange, mais ce qui est échangé c’est de l’être et non de l’avoir. Il s’agit d’un « supplément d’être » dont l’obtention ne dépend que de nous et dont la permanence nous est garantie par l’estime de soi que personne ne peut nous arracher.

L’impératif du partage demeurera toujours en butte à « l’insociable sociabilité » (KANT) de l’homme

Les français prennent plaisir à violer quotidiennement les règles de la vie commune : nous ne respectons pas le code de la route, nous essayons de resquiller dans les files d’attentes et d’échapper au fisc ; la désobéissance civique est en nette progression ( EXEMPLE fauchage de champs d’O G M.)


2° partie : propositions pour inciter à mieux partager


Je n’ai pas de recettes miracles à proposer pour imposer la solidarité et préserver la cohésion sociale ; je ne prétends pas non plus changer le monde ce soir.
D’éventuelles propositions nécessiteraient un diagnostic préalable sur les ambivalences de la modernité: thème de la dissolution du lien social
Dans nos sociétés à prétention « démocratique », le thème de la dissolution du lien social (anomie) a d’abord été analysé par TOCQUEVILLE ; cette dissolution s’est accentuée avec les effets de la post modernité

1 L’IDEOLOGIE DE LA MODERNITE VUE PAR TOCQUEVILLE et WEBER
et ses conséquences : une anomie généralisée :

Le développement de la démocratie s’est d’abord développé par une marche vers la liberté et l’égalité après « la guerre des classes » qui a été le principal ressort de la Révolution française.
Mais à la suite à la disparition des relations hiérarchiques antérieures, il y a eu aussi « atomisation » : comment faire tenir ensemble une société désormais composée d’individus autonomes ? « l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part ».

Pour lutter contre cette tendance centrifuge, le monde moderne a développé des agrégations communautaires et sociétaires dont les concepts fondateurs sont notamment :
L’ECOLE : elle véhicule une morale républicaine et un nouvel art de vivre ensemble
LES SYSTEMES DE PROTECTION SOCIALE et L’ETAT PROVIDENCE : une solidarité entre les membres de la société qui n’est plus directe ou personnelle mais qui passe par des formes institutionnelles et administratives.

MAX WEBER A PRÉDIT LES DÉSENCHANTEMENTS DE LA POSTMODERNITÉ :
La dialectique de la socialisation /désocialisation est encore davantage perceptible dans les effets de la post-modernité :

Les droits de l’Homme, fondement de la démocratie moderne, ont d’abord été vivement critiqués et dénoncés par « les maîtres du soupçon ». MARX dénonce sous l’apparente neutralité des textes fondateurs , la consécration des droits de la propriété et un Etat au services des classes dominantes.

De même, MAX WEBER décèle derrière la proclamation des grands principes démocratiques la domination d’une minorité sur la majorité : ses disciples mettront en évidence « la loi d’airain de l’oligarchie », montrant comment les grands partis politiques et les syndicats eux-mêmes finissent progressivement par être dirigés par une minorité de dirigeants professionnels qui prétendent parler au nom de la base militante.

L’instabilité de nos sociétés modernes s’est dangereusement accentuée à la fois par une rationalisation excessive et par une perte de repères:
la rationalisation des activités humaines est une trait dominant de la modernité. Elle a décuplée de nos jours avec l’hyper-spécialisation du savoir et du travail tournée essentiellement vers la consommation de masse. Désormais, l’homme contemporain est « prisonnier d’une cage en fer » ( MAX WEBER) et il se déshumanise ; il s’ensuit une anomie généralisée ( affaiblissement des mécanismes d’intégration harmonieuse) .



2 LA SOCIETE ACTUELLE EST DOMINEE PAR L’ECHANGE DE SIGNES FLOTTANTS, CAUSE DE FRUSTRATIONS ET D’IMPUISSANCE


la société est dominée par la production et l’échange de signes « flottants » :

Les excès des messages et l’ambiguïté des images ont, selon BAUDRILLARD, construit un monde de simulacres, susceptibles de prendre toutes sortes de significations. Cette diversité n’est pas un facteur de liberté mais plutôt un piège dans lequel les acteurs sociaux sont englués : dans un monde de simulacres, la défiance et le doute sont partout : plus aucun pouvoir n’est pris au sérieux ; l’action sociale, politique , économique et autres projets communs à long terme sont devenus impossibles.

Désormais la post modernité est devenu un mélange des genres où l’on s’accommode sans doute des différences culturelles de l’autre mais où l’on n’a plus foi au Progrès….on ne peut plus compter sur la vérité ou sur la révolution pour atteindre la liberté et le bonheur ( JEAN FRANCOIS LYOTARD)

Ce tableau pessimiste explique en partie l’indifférence générale et la désertion du champ social et par ailleurs la montée de la violence aux extrêmes.


conclusion

Nous avons vu que les dimensions et les modalités du partage sont variées et qu’un échange se présente sous la forme de don, de troc, d’échange marchand, d’échanges matériels et immatériels.
Les échanges et le partage fondent la société, sur la base de la complémentarité. Ils produisent à long terme un surplus de richesses matérielles, culturelles, artistiques et affectives.

Etre humain signifie partager mais j’ai observé aussi que les frontières de la justice se brouillent quand il s’agit de mieux partager sur la base d’une saine concurrence.. D’où notre effort pour dénoncer les causes des inégalités injustes et montrer l’intérêt que les hommes ont à cohabiter, malgré un tableau un peu pessimiste.

Angelicum 29 juin 2006

Café Philo à Clermont Ferrand

Le café philosophique de CLERMONT- FERRAND


Historique et activités du café lecture de Clermont


Le grand public a un engouement pour la philosophie que les spécialistes de la philosophie n’ont pas satisfait, comme l’atteste le succès croissant, aussi large qu’inattendu des « cafés philo » , innovés en 1992 par Marc SAUTET dans le café Les Phares à PARIS. Aujourd’hui, presque chaque grande ville compte un café où se retrouve un petit groupe de personnes pour participer librement et gratuitement pendant 2 heures à un débat « philosophique ».
Si je mets des guillemets au mot « philosophique », c’est parce que la question se pose sur la nature de ces débats dans un « café » et qu’il faudra la préciser ; il me semble qu’à CLERMONT ce terme ne soit pas usurpé, malgré l’esprit parfois décalé ou humoristique avec lequel s’expriment certains philosophes de comptoir….

Tout de suite, je précise que le café philo n’est qu’une activité parmi d’autres du Café « les Augustes » situé au 5 rue sous les Augustins, association loi 1901 fondée en octobre 1996 par Christian LAMY qui en est encore le Secrétaire; elle est doublée d’une petite SARL pour la partie commerciale; son budget de fonctionnement est subventionné à un peu moins de 20 % par des fonds publics (DRAC,Cconseil régional, Conseil général, ville de CLERMONT).et sa structure porteuse est le CREFAD (Centre Régional d’Etude et de Formation d’Animation et de Développement), qui est une association d’éducation populaire.

Comme d’autres cafés lectures celui de CLERMONT est avant tout un lieu convivial, un espace d’échange ; il est ouvert 6 jours sur 7 toute l’année ; il offre journaux , revues, livres , et au moins une animation quotidienne, parfois 3, toutes organisées par une centaine de bénévoles, avec une fréquentation en constante progression : c’est ainsi qu’à l’exception d’une légère baisse en 2001/2002, l’établissement est passé de 2280 entrées en 1997/1998 à 33 600 en 2004/2005.

La vie de l’établissement est souvent en effervescence en raison de ses nombreuses activités. Ce sont 50 écrivains accueillis toute l’année et un partenariat avec près de 120 associations, 25 éditeurs, des libraires, des établissements scolaires. C’est récemment la création de 2 nouveaux ateliers de lecteurs : « l’orchestre de lecteurs les Kiliquois » en partenariat avec le « Théâtre des Guetteurs de l’Ombre » et « les conteurs des Augustes ». La structure apporte également son soutien à la naissance du café –lecture de LYON. Une coopération avec d’autres associations qui se concrétise par l’organisation des « Nuits bleu toute la nuit » qui sont en fait des « nuits blanches » du soir au matin consacrées à des débats : nuit de la philo, nuit hispanique, nuit de la lecture, de l’écriture, du théâtre…..

Avant de parler du café philo proprement dit, il faut mentionner les autres activités :
Café santé , café sexo , café sciences, café psycho, café politique, café pédagogique, café polonais, café espagnol, café allemand, café-les mains ( pour les sourds) , café littéraire, café homo, café citoyen, café anglais, café occitan, café spiritualité, « Songo sorongo », café poésie, monde diplomatique, « le vin et le verbe » , jeux, , caf’Contes, bibliothèque ATAC(présentation d’un livre suivi d’un débat), café solfège, café jazz, café tango, atelier ludique d’écriture, et, de façon ponctuelle, soirées musicales et théâtrales.

Le programme des activités
figure dans un prospectus bi-mensuel et les actions les plus importantes (soirées musicales, expositions et réception d’écrivains et d’artistes…) font toujours l’objet d’un compte- rendu diffusé à 350/ 400 abonnés dans un bulletin mensuel.

la réception d’écrivains figure en bonne place dans les activités du café lecture ; ils sont invités le plus souvent en soirée avec un temps de présentation et de discussion sur leur œuvre. A titre d’exemple au programme du mois de mai-juin 2006 on apprend la venue de 4 auteurs et réalisateurs :
Stéphane NADAUD qui offre une nouvelle actualité de sa pensée pour son livre Manuel à l’usage de ceux qui veulent réussir leur (anti)Œdipe ; cet auteur avait déjà été invité ici, en mai 2005 pour son précédent livre qui avait constitué la matrice sur laquelle GUATTARI et DELEUZE ont rédigé leur livre phare des années 70 L’Anti-Œdipe……..
Joëlle BASSO est l’invitée du « Songo Sorongo » (un lieu pour détecter comment les cultures se font et se défont ) : elle est l’auteur de Chiens de faïence où elle évoque quelques fragments de son enfance et de son âge adulte …
Pierre BOUVIER auteur du Lien social….
des auteurs de livre de contes……
enfin, quelques réalisateurs de films amateurs..(association Making off).

Enfin, plus loin dans le passé, parmi les rencontres/débats à caractère philosophique, je citerai volontiers quelques écrivains que j’ai vraiment appréciés…..
Gilles A. TIBERGHIEN amitier (Desclée de Brouwer1992)où l’auteur crée un néologisme concernant l’amitié pour désigner non plus seulement un état mais une action ;
Louis MAISONNEUVE, journaliste, pour son livre de vulgarisation scientifique sur le cosmos Notre père qui n’êtes pas aux cieux, (2004) qui nous explique les raisons de sa sympathie pour les théories de TEILHARD de CHARDIN ;
Vinciane DESPRET Ces émotions qui nous fabriquent (2004) qui nous invite à prendre conscience des émotions construites par les pratiques sociales et non plus sur des fondements biologiques ……

Le café philo : « un espace pour apprendre et participer avec la rigueur de la philosophie »


Le café philo figure parmi les activités régulières du café lecture avec une séance hebdomadaire, animée à tour de rôle par 2 animateurs bénévoles au moins (2 jeunes professeurs); au fil du temps, à ce « noyau dur », sont venus s’ajouter d’autres animateurs, dont l’auteur de ces lignes …..

La fonction d’animateur ne confère aucun « droit » sur un public qui entre dans un lieu d’accès libre et gratuit, sans obligation d’assiduité ni même de participation active ; le « territoire » appartient autant aux participants qu’à l’animateur. Le tutoiement est de règle, sauf pour les personnes âgées……
L’animateur doit ménager les susceptibilités aussi bien celle de l’intervenant à qui il ne doit pas faire « perdre la face » , que celle de l’assistance qui souhaite que l’animateur ne fasse pas preuve de trop d’autorité vis à vis d’un participant, même agaçant .

Les sujets sont publiés à l’avance, sauf exception ; les thèmes sont variés ( voir en annexe les sujets traités depuis 5 ans ). A chaque premier vendredi du mois, l’explication porte le plus souvent sur un auteur (ARISTOTE , PLATON , AUGUSTIN, PASCAL, LEIBNIZ, KANT, JASPERS , HUSSERL, HEIDEGGER, RAWLS, ARENDT, RICOEUR….).Les autres sujets sont libellés sous la forme d’une question ; s’il s’agit de notions , l’animateur prendra le soin ensuite dans son exposé introductif, de les transformer en « problèmes ».

Une soirée au café philo commence donc par un exposé préliminaire où sont d’abord abordées des explications sur le sens des mots … on en vient ensuite à la thèse et à l’antithèse, similitudes, différences, ou encore à la genèse des concepts évoqués, à leur structure et enfin à leur valeur. (L’animateur cherche à développer un « plan » qui soit autant que possible à la fois descriptif et dynamique..) ….…Puis on en vient au débat avec un public qui compte entre 15 et 40 participants environ par séance ; je précise que ce public est toujours constitué de jeunes et de moins jeunes et forme un brassage générationnel… qui évidemment favorise la richesse des débats ; cependant, les questions du public ne se suivent pas dans un ordre logique et on constate que certains, quel que soit le sujet débattu, parviennent à chaque séance à affirmer leur credo.

Durant les nocturnes de la philo , le débat s’instaure même entre les animateurs qui sont tous réunis et qui font découvrir ainsi à cette occasion, aux autres participants leurs convictions profondes. C’est ainsi par exemple que récemment durant la longue nuit consacrée à « penser avec KANT », je me suis élevé contre KANT, compte tenu de mes convictions thomistes…avec à l’appui distribution d’un résumé de mes arguments pour contrecarrer les documents distribués par mes « collègues »…. Une façon de nous enrichir de nos différences…..

C’est à l’animateur qu’incombe la tache de recentrer les différents propos sur le sujet de départ, d’élever le débat ou au contraire de le ramener à un niveau convenable s’il s’élève à des hauteurs d’abstraction où plus personne ne suit, de l’ouvrir sur de nouvelles pistes de réflexions s’il tourne en rond…..
Bien entendu il n’y a jamais de conclusion nette. C’est à l’animateur qu’il revient de clore la séance sous la forme d’une tentative de synthèse des idées qui ont été exprimées. En réalité, c’est le public qui a le mot de la fin. S’il est pleinement satisfait, il lui arrive d’applaudir….c’est une façon pour lui de remercier l’animateur mais aussi de dire le contentement ressenti parce qu’on lui a permis de s’exprimer sur des sujets réputés réservés aux « spécialistes » ; c’est là à mes yeux qu’il faut chercher la réussite et l’engouement pour cette activité.

En conclusion, il faut répéter que la philosophie est l’affaire de tous : pour avoir une idée de ce qu’ont pu dire les plus grands philosophes, il n’est pas indispensable d’avoir fait dix ans de grec ou de latin……
Le café philo inaugure une nouvelle parole. Dans une société désorientée par les enjeux de la mondialisation, dans un univers décentré et excentrique, le café philo apparaît comme un lieu propice pour évoquer quelques pistes sur les fondement de nos valeurs sociales et morales, et peut-être aussi l’occasion de se détacher des « préjugés » et autres illusions. Le « café » permet ainsi à la philosophie de trouver un nouveau public, « un café pour SOCRATE ! ».

Dominique CREPIN, animateur bénévole


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ANNEXE : relevé sur 5 ans de la presque totalité des sujets proposés ( sur la liste sont absents aussi tous les auteurs anciens ou modernes qui ont fait l’objet d’un commentaire de texte détaillé)

Année 2001
à la rencontre d’Hannah ARENDT, l’essentiel est-il invisible à nos yeux ?, pourquoi travailler ? le travail justifie la propriété ? le travail aliène t-il ? comment vaincre la mort ? la mort dans l’âme, philosopher c’est apprendre à mourir, la maîtrise de soi, l’éthique peut-elle aider l’action ? l’exigence de justice a t-elle sa place dans les rapports économiques ? image et langage, la haine de la raison, penser l’inégalité, la mondialisation, les pouvoirs de la philosophie , philosophie et psychologie, philosophie et vérité, l’utilité des prisons, les fondements de la religion, les finalités de la religion, quelle critique peut-on adresser à la religion ? vivre 100 ans, la sociabilité, la socialisation, pourquoi étudier la société?

Année 2002
la puissance de la technique, le pardon, le médiat et l’immédiat, la tentation, qu’est ce qu’une question philosophique ? percevoir et concevoir, l’expérience, qu’est ce qu’un problème philosophique ? s’engager et résister, raison humaine raison des choses, les limites de la rationalité, soi c’est l’autre, vivre en citoyen, les limites du pouvoir de l’état, Quodlibet ( question choisie par le public au début de la séance : le silence), Cycle LEIBNIZ , renoncer à la vie peut-il constituer un acte libre ? la liberté existe elle ? la parole est-elle un pouvoir ? l’absurde : mythe ou réalité ?

Année 2003
le désir amoureux, « connais toi et tu connaîtras les dieux, les autres et l’univers », le désordre amoureux, la démarche philosophique : pourquoi faire ? l’amour peut-il contribuer à donner un sens à chacun ? morale et politique (avec 3 animateurs), les droits de l’homme : évidence ou problème? penser avec J. RAWLS (avec 2 animateurs), suffit il de savoir pour pouvoir ? y a-t-il de l’indémontrable ? la communication et l’accord des esprits, la solidarité, liberté et propriété, la piètre condition de l’homme moderne ( réflexions avec 2 animateurs sur le livre de H. ARENDT ), politique et religion, humour et ironie.

Année 2004
qu’est ce qu’une vie proprement humaine ? quelles ficelles pour nouer, dénouer nos idées philosophiques ?la croyance en Dieu est-elle une entrave à la liberté humaine ? faut-il avoir peur du regard d’autrui ? dans l’action est-ce l’intention qui compte ? qu’est ce qu’une image ? individu et société, l’imagination, dans quelle mesure le citoyen est-il libre ? musique et peinture, que signifie la réalité ? l’imagination, concevoir le temps, une éthique de la pensée ? comment concilier l’obéissance et la liberté ? qu’est ce qui permet de dire d’un pouvoir qu’il est légitime ? la jalousie, l’intérêt est-il l’unique lien social ? l’interprétation de la loi, l’éducation morale, le juste et le bien, la force des émotions.

Année 2005
bonheur et bienveillance, les sciences sont elles en crise ? (HUSSERL, la crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale), la propriété : le propre et l’appropriation chez LOCKE dans le traité du gouvernement civil, penser avec TOCQUEVILLE (avec 2 animateurs), valeur des Confessions de ST AUGUSTIN, la cité de Dieu de ST AUGUSTIN, la propriété :l’espace politique et social, quelques exemple de collaboration réussie entre littérature et philosophie, qu’est ce qu’une anthropologie ? l’inconstance, politique et religion, la scolastique est-elle une faillite ?, faut-il éviter les querelles de mots ? qu’est ce que la métaphysique ? la pensée de KANT , PLOTIN ou l’enchantement du monde, la querelle des universaux et ses prolongements scientifiques actuels, l’eugénisme et la science, Quodlibet (question choisie par le public au début de la séance : la mort), HEIDEGGER, l’éthique comme philosophie première pour Emmanuel LEVINAS.